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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Femmes: pouvoir, politique, bureaucratie (1984)
En guise d'introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Nicole Laurin-Frenette, Yolande Cohen et Kathy Ferguson, Femmes: pouvoir, politique, bureaucratie. Lyon: Atelier de création libertaire: IRL, février 1984. 135 p. Une édition numérique réalisée par Diane Brunet, bénévole, Chicoutimi. [Autorisation accordée par l’auteur, sociologue et professeure au département de sociologie de l’Université de Montréal, le 14 janvier 2003.]

En guise d'introduction

Annick Houel
Lyon, janvier 1984

 

Avec l'avènement du socialisme en 1981, les militantes françaises du mouvement des femmes se sont trouvées dans une situation nouvelle qui ne laisse pas de les diviser, en chacune d'elle et parfois même entre elles : le malaise face à la proposition d'une loi antisexite par Yvette Roudy, ministre des Droits de la Femme, en est l'exemple le plus récent, et a remis à l'ordre du jour ce vieil épouvantail hérité du gauchisme qu'est le concept de récupération. Les féministes, pourtant échaudées au sein même de leur mouvement par des pratiques de récupération telles que l'appropriation du sigle M. L. F. par une minorité, puis le soutien officiel apporté par ce groupe au P.S., semblent se laisser aller actuellement Plus à un éventuel repli sur soi qu'à une quelconque interrogation. 

Ce type de dilemme ne se pose pas aux militantes féministes nord-américaines pour des raisons sans doute tout autant conjoncturelles que culturelles, au sens d'une tradition politique qui, là-bas, en semble exempte. Reste à se demander d'ailleurs si ce dilemme est honorablement soluble en termes politiques. Aussi, sans être un évitement, se poser la question en termes sociologiques comme le font Nicole Laurin-Frenette et Yolande Cohen ne peut qu'éclairer notre lanterne. Dans quelle mesure, se demande Nicole L.-F., un mouvement contestataire tel que le féminisme est-il subversif ou un simple régulateur de la société capitaliste ? Grâce à des exemples historiques et contemporains, toutes deux illustrent cette contradiction au sein du féminisme et nous incitent au mouvement de recul nécessaire pour comprendre les phénomènes actuels de reflux de l'après 1968 ; peut-être ainsi pourrions-nous sortir d'une situation bloquée dans l'impuissance ou l'inertie et en profiter pour nous demander effectivement ce que sont devenus des slogans tel que : « Le privé est politique », avec ses implications radicales de remise en cause de la famille et de toute forme de pouvoir. 

L'autre intérêt de cet ensemble d'articles venus d'ailleurs est de réinterroger un concept aussi galvaudé que celui de féminité. Tentative déjà amorcée en France par Monique Witty dans un article intitulé : « On ne naît pas femme » (in Questions féminines,Nº8), mais tentative avortée car restée sans écho dans le mouvement français. Pour Nicole L. -F., « chacune des dimensions de la différenciation, la classe et le sexe, doit donc être prise en considération dans l'analyse », ce qui permet, d'une part, de sortir du climat de victimologie dans lequel a longtemps baigné le féminisme et, d'autre part, en prenant, comme le propose Kathy Ferguson « la féminité comme une catégorie politique plutôt que biologique », d'analyser d'autres phénomènes de domination et de subordination. Elle prend, quant à elle, l'exemple de la bureaucratie moderne pour illustrer un concept de féminité définissant un être, homme ou femme, en position de subordonné. 

Prendre en compte ces définitions peut aider à repenser la question de l'impact des idées contestataires, qu'elles soient féministes ou autres. Ainsi, à propos de l'exemple des "Yvettes" pris par Yolande Cohen au Québec, peut-on parler de retard des mentalités, d'intériorisation des valeurs les plus traditionnelles, ou de phénomènes de résistance à l'État ? En France, l'État socialiste peut apparaître, au niveau des grandes idées humanitaires, le racisme ou l'abolition de la peine de mort par exemple, comme plus progressiste que ceux-là mêmes qu'il est censé représenter ; mais dans quelle mesure ne s'agit-il pas surtout d'imposer une volonté, un pouvoir politique, bref d'étatiser jusqu'aux consciences ? L'utilisation des femmes comme courroie de transmission de ce pouvoir dans la famille en est alors un exemple particulièrement flagrant ; si une relative égalité des rôles masculins et féminins commence à se dessiner, cela signe peut-être tout autant l'entrée d'un regard de l'État, et d'un État patriarcal, que la perte du pouvoir du père au sein de la famille. La femme-mère ayant alors pour partenaire essentiel Big Brother qui prendrait les traits de l'instituteur(trice) ou du travailleur(se) social(e) qui, même si ce sont des femmes, n'en sont pas moins porteuses de l'image du père par le biais de l'autorité de l’État. 

Bref, une famille de plus en plus étatisée. Non bien sûr qu'on puisse avancer que la famille représente la liberté, mais il est intéressant de constater que, historiquement, il s'agit de "domestiquer" l'homme comme l'a été la femme, jusque d'ailleurs dans les derniers replis de leurs secrets d'alcôve, grâce aux sexologues et autres conseillers conjugaux... La mort de la famille est bien la pierre à laquelle les projets révolutionnaires achoppent et même si, comme on le voit bien dans "La Caecilia" ce n'est pas la seule, elle n'en reste pas moins une question particulièrement refoulée aujourd'hui. 

Enfin, les éléments d'histoire rappelés dans ces articles pourraient nous aider à saisir la nature des difficiles rapports qui existent depuis toujours entre le féminisme et l'anarchisme, en dépassant des situations bloquées sur des positions plus moralistes que politiques : renvoyer les féministes du début du siècle à leur appartenance de classe bourgeoise ne devrait pas permettre de faire l'économie d'une analyse de la nature de cette appartenance ; être “femme de” ou “fille de”, est-ce appartenir à la classe de, ou d'abord à la classe des femmes et/ou des filles ? C'est sur cette nouvelle définition que repose la notion de sororité, si souvent battue en brèche par les vieux restes de misogynie ancrée en chacune de nous... et de vous. 

Annick HOUEL

Lyon, janvier 1984


Retour à l'auteur: Nicole Laurin-Frenette, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le dimanche 25 mars 2007 14:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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