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Collection « Les sciences sociales contemporaines »


Louise Guyon

DERRIÈRE LES APPARENCES.
Santé et conditions de vie des femmes
.


Avec la collaboration de Claire Robitaille, May Clarkson et Claudette Lavallée. Québec : Ministère de la Santé et des Services sociaux, novembre 1996, 384 pp. [
Autorisation accordée par l'éditeur du Québec le 17 octobre 2006.]

Première partie:
Les Québécoises, leur santé, leurs conditions et leurs habitudes de vie

Chapitre 10. Les Québécoises, leur santé, leurs conditions et leurs habitudes de vie: conclusion à la première partie.

Les femmes et les hommes diffèrent sensiblement quant à leur état de santé et à leurs attitudes et comportements sanitaires et psychosociaux. La spécificité biologique et la socialisation des rôles sexuels sont les deux grands axes explicatifs que l'on a souvent invoqués pour tenter de comprendre ces différences. Mais il semble bien qu'il faille rajouter, et avec autant de poids, toute la configuration sociale et culturelle dans laquelle se posent les gestes liés à la santé et se vivent les souffrances. Les femmes sont, dans l'ensemble, plus pauvres que les hommes ; cette réalité explique en grande partie les différences qui sont observées sur différents points. Les femmes ont également de leur santé et de leur corps une image particulière et cette perception joue un rôle de première importance. 

Malgré un état de santé déclaré plus détérioré, elles vivent plus longtemps que les hommes et toutes les raisons invoquées jusqu'à présent n'ont pas réussi à lever complètement le mystère sur ce paradoxe. Elles sont, dans l'ensemble, plus préoccupées qu'eux par le maintien de saines habitudes de vie, pour elles et leurs proches, mais sont plus sédentaires et les plus jeunes d'entre elles fument et boivent davantage d'alcool que leurs aînées. Et, surtout, certaines d'entre elles font face à des conditions de vie difficiles qui viennent contrebalancer les progrès récents dans les domaines sociosanitaire et biomédical. 

Ces constats ne sont pas nouveaux, d'autres études avaient souligné ces paradoxes et tenté d'y trouver une signification. Les résultats présentés viennent en réaffirmer la persistance en s'appuyant sur des données recueillies sur le terrain. Comment, par ailleurs, situer ces résultats dans la poursuite des réflexions sur leur interprétation ? On a vu, avec les enquêtes de Santé Québec, que les femmes déclarent plus de symptômes pour des problèmes de santé mineurs que les hommes, et ceci va dans le même sens que les études faites dans d'autres pays (Popay et al., 1993). Par ailleurs, elles présentent également des taux plus élevés pour un certain nombre de problèmes chroniques ou d'incapacité sévère, et ce, à partir de l'âge de 15 ans. Il y a là plus qu'une sensibilité aux manifestations précoces de la maladie, et ce dernier résultat va de pair avec les plus récentes études de Gijsbers van Wilk (1995) auprès des femmes des Pays-Bas. L'impact des conditions sociales et économiques constitue toujours une piste de recherche valable, compte tenu des résultats découlant de l'analyse des différentes enquêtes transversales utilisées. 

Que s'est-il passé depuis 1987 ? La population québécoise a pris de l'âge, surtout à cause de la diminution de la proportion de ses jeunes gens. Les femmes et les hommes ont vu leur espérance de vie à la naissance augmenter; toutefois, ils font aussi face à un plus grand nombre d'années à vivre avec une perte d'autonomie fonctionnelle, et les femmes âgées en sont particulièrement touchées. Les femmes ont consulté un peu plus les services sociaux et de santé et ont consommé plus de médicaments en 1992-1993. La détresse psychologique s'est accrue, particulièrement chez les jeunes. La consommation d'alcool a diminué légèrement, bien que la tolérance sociale face à cette consommation semble s'être considérablement amoindrie. Le tabagisme a continué à baisser, quoique l'on remarque une récente remontée de ce problème chez les adolescentes. La consommation générale d'anovulants a diminué sensiblement, sauf chez les adolescentes. Ces dernières auraient connu une augmentation des grossesses et des interruptions volontaires de grossesse. Par ailleurs, les différences entre les hommes et les femmes semblent s'être amenuisées sur certains points, particulièrement en ce qui a trait aux habitudes de vie des jeunes, qui ont tendance à se ressembler de plus en plus ; la montée de la détresse psychologique chez les jeunes hommes a de plus réduit l'écart entre les sexes à ce chapitre. 

Si l'on se tourne vers les prochaines années, il est probable que les femmes ne connaîtront plus de gains importants dans leurs années de vie. Leur qualité de vie continuera d'être affectée par les problèmes de santé dont elles souffrent: maladies ostéo-articulaires et hypertensives, conditions chroniques pour lesquelles on n'a pas encore trouvé de véritables solutions. Les conditions et les styles de vie qui sont les leurs depuis quelques années, caractérisés par une participation accrue au marché du travail combinée avec une difficile conciliation « travail-famille », la consommation de tabac, d'alcool et de médicaments (hormones et psychotropes), jouent un rôle non négligeable dans la montée de certaines maladies : cancer du poumon et problèmes de santé mentale. La proportion des femmes vivant dans la pauvreté, particulièrement des mères seules et des femmes âgées, risque d'augmenter dans le contexte de récession économique qui est le nôtre actuellement. 

Les personnes, organismes ou groupes préoccupés de la santé des femmes devront porter une attention accrue à ces questions ; pour chacun des problèmes détectés, il y a possibilité de soulager et de prévenir. C'est également en fonction d'eux qu'on pourra définir des objectifs prioritaires en ce qui a trait aux femmes dans l'organisation des services et dans l'orientation des activités de recherche. 

L'enquête nous apprend en même temps que les femmes sont très préoccupées de leur santé : comparativement aux hommes, elles ont de meilleures habitudes de vie et posent plus de gestes en vue d'améliorer leur santé. Le savoir des femmes en matière de santé, trop souvent occulté dans le discours scientifique, émerge ainsi à travers les résultats des enquêtes. C'est une constatation importante, bien que peu exploitée encore, et on ne peut que souhaiter que la recherche se poursuive sur ces questions. On a vu aussi que, dans l'ensemble, les femmes sont plus sensibles à la prévention et collaborent volontiers à des actions ou programmes de santé. Par ailleurs, on ignore si elles ont à leur disposition suffisamment de connaissances sur les structures et les politiques de santé et de bien-être, et de moyens pour mieux gérer le devenir de leur santé. On peut se demander aussi si les conditions de vie qui sont les leurs, et qui le seront encore dans les prochaines années, leur permettront de faire les bons choix sur le plan de la santé et comment pourront se faire ces choix.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 28 juillet 2007 10:08
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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