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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Faut-il faire un lien entre religion et violence? (2005)
Texte de l'article


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Martin Geoffroy, Jean-Guy Vaillancourt et Élisabeth Campos, Faut-il faire un lien entre religion et violence?” Un article publié dans Le Devoir, Montréal, édition du 15 août 2005 – libre opinion. Extraits de l'introduction du numéro 31 de la revue Religiologiques sur le thème de la religion, de la violence et du contrôle social [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 10 janvier 2005 et reconfirmée le le 25 août 2006 son autorisation de diffuser électroniquement cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]
Faut-il faire un lien entre religion et violence?

Le Devoir, Montréal, édition du 15 août 2005 – libre opinion

Le thème de la violence et du contrôle social dans les mouvements religieux a émergé ces dernières années sur la scène internationale à la suite de la multiplication d'actes violents ou d'attentats terroristes fomentés par des adeptes de groupes ou de réseaux religieux extrémistes. On songe au suicide collectif des disciples du Temple du peuple du révérend Jim Jones, à Jonestown en 1978; à celui des membres de l'Ordre du Temple solaire de Joe Di Mambro et de Luc Jouret entre 1994 et 1997; ou encore au transit bizarre vers Sirius organisé par la secte californienne Heaven's Gate en 1997; à la confrontation violente entre les Davidiens de Waco et les forces du BATF en 1993; à l'attentat d'Oklahoma City en 1995 [...] et à l'attentat commis par la secte japonaise Aum dans le métro de Tokyo, en 1995. [...] 

Tous ces événements largement médiatisés ont suscité des interrogations qui sont devenues plus cruciales après les attentats du 11 septembre 2001 par des kamikazes islamistes radicaux. Depuis cette date fatidique, le couple violence et religion est devenu indissociable, notamment dans la presse et dans l'esprit du grand public. Avec les attentats de Londres du 7 juillet 2005, la psychose collective s'est encore amplifiée. [...] 

Les faits récents au Moyen-Orient et en Europe ne peuvent que susciter des interrogations nouvelles, d'autant plus que la religion a été traditionnellement considérée comme un puissant agent de contrôle social qui s'exerce sur les individus pour les empêcher de faire du mal à autrui, et dont l'action contribue normalement à prévenir les risques de violence plutôt qu'à les susciter et à encourager celle-ci. 

Instrumentalisation politique 

Si les années 60 ont mis en lumière,une sécularisation croissante de la société et une avancée marquée des mouvements et des revendications à caractère laïc, ainsi qu'un effacement surprenant des grandes églises traditionnelles - y compris au Québec -, on semble assister actuellement à une remontée du facteur religieux dans un certain nombre de conflits, un phénomène qui s'explique en bonne partie par des modifications d'ordre conjoncturel et structurel qui viennent accélérer ce mouvement. 

L'instabilité des sociétés soumises à l'impératif du changement et à l'éthique du moi dans un monde de plus en plus globalisé suscite aussi des réaffirmations marquées de l'identité religieuse, notamment chez des jeunes issus de l'immigration. [...] 

Cependant, on peut aussi s'interroger sur l'instrumentalisation du religieux par le politique à des fins qui lui sont propres. La direction de la violence est ici inversée, allant de la religion à la politique plutôt que le contraire, et les actes et les symboles religieux sont détournés de leur signification première. Il y a donc une interaction entre le politique, le social et le religieux qu'il nous faut cerner empiriquement et analyser théoriquement afin de saisir la complexité des situations, si on veut être en mesure d'agir sur celles-ci. [...] 

Déjà, il y a 2000 ans... 

La violence d'inspiration religieuse, et spécialement le terrorisme relié à des groupes religieux, ne date pas d'hier. Il y a eu des extrémistes et mêmes des terroristes religieux dès l'Antiquité et aussi au tout début de notre ère, il y a 2000 ans. Songeons par exemple aux juifs zélotes, puis plus tard, chez les musulmans, à la secte des assassins et aussi, chez les hindous, au groupe des thugs qui fut responsable, entre les VIIe et XIXe siècles, de plus d'un million de morts. 

Plus près de nous, le terrorisme des anarchistes extrémistes russes au tournant du XXe siècle, et des terroristes révolutionnaires allemands (la Bande à Baader), italiens (les Brigades rouges) et latino-américains (le Sentier lumineux) de la deuxième moitié du XXe siècle avait perdu les références religieuses des fous de Dieu antérieurs. 

Mais ce qui caractérise la plupart des nouveaux genres de terroristes au tournant du XXIe siècle, c'est l'étrange mélange d'une idéologie religieuse de droite et d'un radicalisme socio-politique qui se prétend et se veut progressiste. Dans tous les extrémismes religieux, on commet des actes de violence contre des ennemis perçus comme de véritables oppresseurs, en utilisant des moyens technologiques sophistiqués, à la suite de conspirations ourdies entre deux séances de prières. 

Ceux qui s'adonnent à ces activités sont souvent des jeunes possédant des formations scientifiques ou techniques, mais sans grande base intellectuelle dans les arts, les sciences sociales ou les humanités, et encore moins en théologie. Ce sont des jeunes et des moins jeunes spirituellement désemparés qui se laissent guider par des gourous en mal d'un contrôle social total qu'ils ne possèdent plus. 

Dans son dernier ouvrage, Gilles Kepel relève avec justesse que nous sommes actuellement témoins des séquelles de l'échec de l'islamisme dans les années 90 en Égypte, en Bosnie, en Arabie Saoudite et en Algérie. L'islamisme a failli aussi depuis 2001 en Afghanistan, en Irak, en Iran et en Indonésie. À la suite de ce déclin, et parallèlement au sursaut intégriste et terroriste chez les islamistes, les républicains et la droite américaine en général, grisés par leur idéologie néo-évangéliste, voient l'Amérique comme une nouvelle Jérusalem, et tentent de maintenir et même d'étendre leur empire dans un monde globalisé qu'ils n'arrivent plus à contrôler et encore moins à comprendre. 

Spirale 

La spirale de la violence s'est donc mise en marche sans que l'on puisse entrevoir où tout cela s'arrêtera. Les extrémistes religieux fanatiques qui attaquent des civils innocents disent qu'ils le font par vengeance pour les agressions d'Israël contre les Palestiniens, et surtout pour les centaines de milliers de civils irakiens et afghans morts depuis plus de 15 ans à cause des guerres, de l'embargo, et de la destruction de leur pays respectifs par les forces armées anglo-américaines. La vengeance appelle la vengeance et le sang appelle le sang. 

Quelques jours avant le 7 juillet 2005, l'armée américaine avait détruit tout un village afghan; il est certain que les musulmans n'ont pas le monopole de la violence religieuse. La violence ne vient pas toujours des seuls kamikazes islamistes désespérés, elle peut aussi venir de forces armées mandatées par des présidents et des premiers ministres démocratiquement élus. Les 8000 musulmans tués en Bosnie en 1995 l'ont été de la main de Serbes chrétiens orthodoxes. 

La lutte contre le terrorisme, si elle ne s'attaque pas à la racine du problème, est perdue d'avance. La racine du problème, c'est ce rapport complexe entre la religion, la violence et le contrôle social. 

Pour les chercheurs qui se penchent sur ces phénomènes, il n'est pas facile de rester neutres, voire même objectifs devant ces phénomènes nouveaux. C'est pourquoi, et pour longtemps encore, nous devons faire l'effort d'explorer, de décrire et d'expliquer non seulement la diversité de ces comportements, mais les facteurs individuels et sociaux qui les motivent. La tâche sera longue et ardue, à cause de la complexité et de la diversité des situations et des dimensions en jeu.


Retour au texte de l'auteur: Martin Geoffroy, sociologue, Université du Manitoba Dernière mise à jour de cette page le dimanche 17 décembre 2006 10:47
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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