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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Léon Bernier, sociologue, “ Les relations sociales ” (1997)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Léon Bernier, sociologue, “ Les relations sociales ”. Un article publié dans l’ouvrage de Madeleine Gauthier, Léon Bernier, Francine Bédard-Hô, Lise Dubois, Jean-Louis Paré, André Roberge, Les 15-19 ans. Quel présent ? Quel avenir ? Chapitre 2 « Les relations sociales », pages 39 à 63. Montréal : Institut québécois de recherche sur la culture, 1997, 252 pages. [Autorisation accordée par M. Léon Bernier le 29 septembre 2004]

Introduction

Aborder les jeunes sous l'angle des relations sociales, c'est aller directement au cœur de cette catégorie d'âge qui, plus que toute autre, se définit non seulement par l'intensité effective des interactions familiales, amicales et amoureuses, mais par l'importance qu'y revêtent l'échange et la communication à cette phase de construction de l'identité. Si la jeunesse est l'âge par excellence des choix, elle est aussi, suivant une formule d'Olivier Galland, une «phase d'expérimentation des définitions de soi [...] et des façons d'être ensemble» (1993: 35). C'est une période où parents et enfants apprennent progressivement à se percevoir les uns et les autres dans une relation entre adultes. C'en est une où l'amitié et, plus largement, l'entretien d'un réseau de sociabilité dans le groupe des pairs jouent un rôle central tant pour la fabrication de l'image et de l'estime personnelles que pour l'apprentissage des codes sociaux. C'en est une, enfin, où l'amour et la sexualité occupent une part de plus en plus tangible et engageante de projets de vie.

À ces coordonnées très globalement esquissées de l'univers relationnel des jeunes peuvent se conjuguer des effets d'âge, de génération et de période. Par exemple, on ne transige pas de la même façon avec ses parents à seize et à douze ans. Avoir seize ans ne veut pas dire non plus la même chose aujourd'hui qu'il y a vingt ou même dix ans. Les changements historiques ayant une influence sur les jeunes générations ne laissent pas non plus inchangées celles qui les vivent à un âge plus avancé. Les dissolutions d'union font notamment en sorte de ramener sur les rangs du marché matrimonial des hommes et des femmes d’âge mûr qui peuvent être ainsi appelés à revivre des débuts amoureux en même temps que leurs propres enfants. Les familles étant beaucoup moins nombreuses qu’auparavant, cela permet également aux couples de parents de conserver du temps libre pour entretenir un réseau de sociabilité hors du cercle familial, ce qui constitue un autre élément de rapprochement des styles de vie et des modes de sociabilité respectifs des différentes générations. Être jeune aujourd'hui et plus particulièrement avoir de quinze à dix-neuf ans comporte néanmoins, au plan des expériences relationnelles, des particularités qu'il va s'agir ici d'essayer de mettre en évidence.

Souvent enfants uniques sinon membres d'une fratrie restreinte (chapitre 7), les jeunes nés depuis les années 1970 ont grandi dans un contexte de profondes transformations de la famille et des rapports parents-enfants. Plusieurs d'entre eux ont connu une séparation parentale suivie d'un épisode plus ou moins long de monoparentalité, pour ensuite vivre peut-être une recomposition familiale, toutes transitions susceptibles d'avoir modifié non seulement la composition du cercle familial immédiat mais aussi celle du réseau plus large des parents et des proches (Marcil-Gratton et al, 1992; Dandurand, 1994). Les familles intactes sur le plan de l'histoire conjugale ne sont pas non plus sans se démarquer du modèle de la famille d'après-guerre, notamment en ce qui a trait à la présence des mères sur le marché du travail (chapitre 7). Contrairement à leurs propres parents, qui ri, ont jamais été en garderie et auraient été sans doute décontenancés de ne pas retrouver leur mère à la maison au retour de l'école, les jeunes de moins de vingt ans sont nombreux à avoir connu soit l'expérience de la garderie, soit celle des gardiennes de jour à domicile et à s'être, plus tard, habitués d'attendre seuls, ou le cas échéant avec les autres membres de la fratrie, le retour du travail des parents. Ces nouvelles caractéristiques familiales ne sont pas nécessairement négatives, mais ne sont pas non plus sans importance par rapport à la dynamique des relations parents-enfants, qui tend à perdre son caractère d'évidence pour devenir un processus beaucoup plus conscient et réflexif (Giddens, 1992).

N'allant plus autant de soi, les relations familiales sont devenues objet de préoccupation et de valorisation comme le confirment et le reconfirment les unes après les autres les multiples enquêtes réalisées auprès des jeunes depuis les années 1970. Dans les résultats de la première cueillette de l'enquête ASOPE (Aspirations scolaires et orientations professionnelles des étudiants), réalisée au Québec en 1972 (Bédard et al, 1974a), la famille ressortait déjà au premier rang des valeurs des jeunes et ce, dans une conjoncture pourtant marquée, en particulier dans la population francophone, par une forte distance idéologique entre les générations (Bernier et al, 1980). Faisant référence aux résultats d'une autre étude réalisée durant les années 1970 auprès d'un échantillon d'adolescents montréalais, Jean-François Saucier (1981) pour sa part attirait déjà l'attention, il y a de cela une quinzaine d'années, sur la discordance entre la perception généralement positive qu'ont les jeunes des relations avec leurs parents et le stéréotype persistant de la crise d'adolescence. Dans ses réflexions plus récentes (Saucier et Marquette, 1985), le même auteur a poursuivi la remise en question, non pas tant de la notion de crise d'adolescence elle-même, dont il reconnaît la pertinence dans certains cas, mais de sa généralisation à tous les parcours d'adolescents. Alors qu'on avait eu tendance durant les décennies d'après-guerre à interpréter le développement des sociabilités adolescentes et l'adhésion à une sous-culture jeune comme des indicateurs de distanciation de la famille, il est devenu aujourd'hui beaucoup plus clair que le processus d'autonomisation qui s'opère à l'adolescence, en empruntant notamment la voie d'une identification aux pairs, n'implique pas une rupture, mais plutôt une redéfinition réciproque des rapports parents-enfants (Boullier, 1986). Dans un contexte de complexification et d'incertitude croissante du processus d'insertion sociale et d'accès à l'âge adulte, la famille tend d'ailleurs à apparaître comme une alliée plutôt que comme un obstacle à l'acquisition de l'autonomie.

Pour Giddens (1992), la valorisation de la famille de la part des jeunes tient aussi au fait que la qualité des échanges et la création d'un rapport d'intimité entre parents et enfants (Lemieux, 1996) a remplacé l'ancienne structure de relations fondée sur l'autorité parentale. Si les idéaux démocratiques ont mis du temps à passer de l'espace public à l'espace privé, cette révolution s'est cependant accélérée au cours des dernières décennies et ce, tant à l'intérieur du couple qu'entre parents et enfants. Cette démocratisation des rapports de génération au sein de la famille s'inscrit dans un processus historique bien analysé pour la France par Michel Fize (1990). Abordant le phénomène par le biais des perceptions qu'en ont eux-mêmes les acteurs, Michel Claes souligne pour sa part l'existence à la fois d'une conscience et d'une approbation de ces changements chez les jeunes comme chez les adultes. «Qu'on examine la question, précise-t-il, en interrogeant les parents ou les adolescents, le discours des divers protagonistes indique un changement des rapports entre parents et enfants qui évolue d'un modèle qui préconisait l'autorité et le contrôle vers un modèle qui met l'accent sur l'affection et le partage» (1990: 80). On peut aussi faire remarquer que ces changements coïncident avec l'allongement de la période de jeunesse, dont l'un des effets est le maintien souvent tardif des jeunes au domicile parental. Or, si le prolongement de la période de cohabitation avec les parents s'explique en partie par la plus longue durée de la scolarisation et les difficultés nouvelles de l'insertion en emploi (Gauthier, 1994), on peut croire qu'il n'est pas non plus sans lien avec l'établissement d'un modus vivendi qui permet aux parents et aux jeunes de vivre sans trop de heurts, sinon avec bonheur, cette plus longue cohabitation des générations.

L'instauration de la «démocratie familiale» ne s'effectue cependant pas nécessairement au même rythme dans tous les groupes sociaux. Elle ne revêt pas non plus nécessairement une égale priorité et une même signification suivant l'histoire familiale qu'ont vécue les jeunes. Ceux-ci ne forment d'ailleurs pas un groupe monolithique et l'étude des relations sociales, chez les quinze à dix-neuf ans, doit tenir compte des différences qui peuvent exister à l'intérieur de cette catégorie d'âge. Les normes et les pratiques familiales concernant, par exemple, les fréquentations et les sorties des adolescents et plus particulièrement celles des adolescentes, peuvent notamment varier en fonction du groupe ethnique et du degré d'acculturation des familles immigrées (Joyal, 1986; D’Khissy et al., 1993; Meintel, 1992). Tout en subissant l'attrait du modèle de la famille démocratique pour la liberté qu'il accorde aux individus quel que soit leur âge et leur sexe, les jeunes immigrés peuvent rester attachés à certaines caractéristiques du modèle familial d'origine sans pour autant le vivre sur le mode du déchirement ou de la contradiction (Méthot, 1995).

Partant des données de deux enquêtes récentes sur les étudiants du secondaire (Cadrin-Pelletier et Nadeau, 1992; Cloutier et al, 1994a), auxquelles s'ajouteront au besoin des résultats d'autres recherches, la réflexion qui suit touchera d'abord quelques dimensions globales de l'«univers relationnel» des jeunes québécois, pour ensuite aborder des composantes plus spécifiques et plus concrètes de cet univers, soit les relations dans la famille, l'amitié et la vie amoureuse.


Retour au texte de l'auteur: Léon Bernier, sociologue, INRS Dernière mise à jour de cette page le dimanche 8 avril 2007 12:13
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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