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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Jean Benoist, PAYSANS DE LA RÉUNION (1981)
Avertissement de l'auteur


Une édition électronique réalisée à partir du livre de M. Jean Benoist, PAYSANS DE LA RÉUNION. Extrait de L'Annuaire des pays de l'Océan indien, vol. VIII, 1981, pp. 145-240. Centre d'Études et de Recherches sur les sociétés de l'Océan Indien. Fondation Pour la Recherche et le Développement dans l'Océan Indien. Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 1984 [Autorisation formelle accordée par l'auteur, le 17 juillet 2007 de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, toutes ses publications.]

Avertissement de l'auteur

Cet essai peut déconcerter par sa forme et par son contenu. L'un et l'autre ont cependant été choisis délibérément, et en voici les raisons. 

La forme fait alterner un effort d'analyse sociologique et une approche plus subjective. Subjectivité multiple, de l'observateur et de ses interlocuteurs. Trop souvent les travaux de sciences sociales laissent dans l'ombre les vies qui ont servi à les édifier, mieux, qui sont leur substance. Les paroles et les sentiments sont enfouis dans des abstractions à la scientificité incertaine. Si bien qu'on se demande souvent si la véritable objectivité ne réside pas dans le chœur de ces voix personnelles, et non dans les discours dont l'apparente distance intellectuelle sert de masque aux a priori. En tout cas, cette tentative s'adresse au lecteur en lui laissant le soin de confronter son interprétation à la mienne [1]. 

Le contenu peut lui aussi étonner. Certains se demanderont si les paysans de la Réunion sont bien ceux dont traitent ces pages. Il existe dans certaines parties de l'Île des agriculteurs et des maraîchers qui vivent dans un contexte fort différent. Mais justement, c'est en général à eux que l'on pense, ou aux cultivateurs des Hauts, lorsque l'on s'intéresse à la vie rurale de l'Île. Ce qu'il s'agit de faire comprendre et sentir ici, c'est l'importance d'un autre monde rural, celui dont les terres sont concentrées par les grandes propriétés sucrières. Là vivent des gens dont les ancêtres sont venus dans l'Île à cause des besoins du travail de la terre, des gens qui n'ont eu pendant longtemps d'autres perspectives que d'y trouver le moyen de sortir de la misère. Leur avenir passait par l'accès à un carré de terre, et à une maison. Pour leur malheur, les terres auxquelles ils auraient pu aspirer étaient celles des grandes propriétés, les plus belles terres de l'Île, celles qui avaient une « vocation » sucrière. Le combat trop inégal s'achève en général par un échec pour eux, mais l'on évite de se demander si ce n'est pas en même temps un échec pour l'île. C'est cette question que pose cet essai [2]. 

La canne à sucre, prise dans la logique économique de la fuite en avant vers la technicité est-elle encore une voie souhaitable ? On n'espère cependant pas rééquilibrer par les exportations de sucre, la balance des comptes de la Réunion, alors que les exportations ne couvrent pas 25% des importations ! D'ailleurs cette forme de raisonnement n'a de sens que dans la perspective d'une indépendance ou d'un autonomie de l'Île. Sinon, le besoin principal n'est-il pas de permettre au maximum de Réunionnais de vivre et de travailler au pays ? Et sur ces belles terres d'autres formes d'agriculture que les grandes concentrations sucrières, d'autres structures foncières, ne le permettraient-elles pas mieux ? Ne dynamiseraient-elles pas plus ceux qui vivent sur l'immense ceinture sucrière de l'Île ? Or tout se passe comme si on détournait l'attention des pouvoirs publics, et même des chercheurs, vers les zones marginales, pour laisser intact le pouvoir du sucre. Quitte à ce qu'en meurent ceux qui auraient pu être les vrais paysans de la Réunion. 

En donnant ici la parole à d'autres qu'à ceux qui décident, peut-être parviendra-t-on à leur offrir cette écoute qui leur manque, car les véritables experts qui devraient être consultés sont bien souvent ceux qu'on ne sait pas entendre parce qu'ils n'accèdent pas aux lieux de la parole.


[1]   On trouvera des perspectives complémentaires et une bibliographie dans « Un développement ambigu », Fondation pour la Recherche, Saint-Denis, 1983, qui reprend deux travaux publiés antérieurement.

[2]   Tous les noms de ceux qui parlent dans ce texte sont fictifs. Les propos toutefois sont réels, et reproduits souvent mot à mot. Lorsqu'ils étaient tenus en créole, on a préféré serrer au plus près cette langue, quitte à conserver des termes et des expressions aisément compréhensibles pour ceux qui l'ignorent.

         Afin de préserver l'anonymat de ceux qui interviennent, certains changement de lieux, et quelques retouches de détails ont été faits à partir des notes originales. Mais rien dans ces modifications ne vient altérer l'équilibre des acteurs et de leur milieu.

         Que ce texte soit pour eux un remerciement concret et le signe qu'ils ont su faire aimer leur île et partager leur sensibilité.

         Illustrations : Les illustrations sont extraites du « Voyage à l'Île de la Réunion » par L. SIMONIN publié dans la revue « Le Tour du Monde », année 1862.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 29 septembre 2007 12:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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