La succession des limites de propriétés est reconstruite d'après les indications collectées dans son manuscrit par le Père Meerlsman (« Histoire de Saint-Gilles les Hauts »). Elle permet de suivre l'évolution foncière d'une région de la Réunion. Le premier domaine est issu de la concession initiale de 1698. Par héritages et par vente, il subit une série de divisions tout au long du 18e siècle. Il est alors cultivé en vivres et en coton, jusqu'à la fin du siècle.
L'installation d'une sucrerie va s'accompagner d'un effort de contrôle de la terre par les propriétaires de la sucrerie et d'une extension de la canne a sucre. Le domaine reconstitué retrouve alors les dimensions de la première concession, puis les dépasse.
Le passage des plantations-sucreries aux usines porte un premier coup à l'exploitation qui ne peut plus maintenir le faire-valoir direct et passe au colonage. Elle maintient toutefois son unité mais ne parvient pas à une bonne viabilité économique. Elle est alors reprise dans l'énorme groupe des Sucreries de Bourbon, ce qui accroît la tendance à la concentration et à la monoculture dans la région.
On remarque toutefois qu'une zone, faite de deux étroites bandes de 25 gaulettes de large chacune, séparées par une bande analogue que la grande propriété avait pu ressaisir, persiste jusqu'à nos jours.
Traversant le grand domaine ces deux bandes ont un rôle sociologique essentiel. Morcelées à façon d'une échelle, elles sont devenues aie cours du l9e siècle l'enjeu et le moyen de ceux qui voulaient échapper à la présence totalitaire de la grande plantation. Cultivateurs d'origine européenne, travailleurs issus (le l'affranchissement de l'esclavage et Indiens avant ayant accumulés quelque capital s'y sont retrouvés et placés à quelque distance (le la plantation. C'est de là qu'est partie avec la départementalisation un mouvement vers l'éducation et la fonction publique.