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Collection « Les auteur(e)s classiques »

DESTIN DES MALADIES INFECTIEUSES (1939)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Charles Nicolle, DESTIN DES MALADIES INFECTIEUSES. Paris: Les Presses universitaires de France, 1939, 3e édition, 303 pp. Collection: Leçons du Collège de France.

DESTIN DES MALADIES INFECTIEUSE.

Introduction
aux leçons de la deuxième année

Avant d'aborder la substance même de ces leçons, j'estime qu'il est utile de nous entendre. Vous serez mieux assurés de ne pas perdre votre temps, si mon programme ne vous convient pas. De mon côté, j'aurai plus de chances de ne pas manquer le but hasardeux que je me suis proposé en me présentant à cette chaire.

J'ai traité de ce but dans les leçons de l'an passé. Il me faut y revenir brièvement.

L'objet de mon enseignement est de vous intéresser à l'avenir de la Médecine expérimentale. Cette science est aujourd'hui délaissée. L'activité des jeunes gens ne se porte plus vers les recherches de laboratoire.

Un tel état d'esprit s'explique. Toutes les périodes qui ont suivi les grandes calamités l'ont connu. L'humanité n'est pas encore guérie des séquelles morales de la guerre. Une inquiétude générale porte les meilleurs des hommes vers des satisfactions immédiates.

Il est cependant nécessaire que l'intelligence humaine ne se détourne pas d'une science qui a donné tant de preuves de son utilité et dont il est légitime d'attendre de nouveaux, d'incessants bienfaits. Cette reprise apparaît plus urgente encore dans notre nation que des qualités naturelles favorisent singulièrement pour la recherche originale. Une longue abstention de sa part ne serait pas seulement une perte pour l'universalité des hommes ; elle priverait notre pays de l'une de ses plus sûres valeurs.

Médecin, attaché à ces travaux, il m'a semblé que je pourrais plaider cette grande œuvre auprès d'un publie médical avec plus de chances de succès, peut-être, que ceux de mes collègues qui se sont spécialisés dans les recherches de laboratoire. C'est, du moins, ce que m'ont dit les collègues bienveillants qui m'ont conduit vers cette chaire. Et j'ai pensé, puisque je pouvais faire cet effort, que je m'y devais.

Je me propose donc tout d'abord, dans ces leçons, de chercher d'intéresser à la médecine expérimentale les jeunes médecins afin de déterminer chez eux des vocations. L'occasion qui m'est donnée de m'adresser, en même temps, à un public instruit me permet, en outre, si je suis assez heureux pour le toucher, de déterminer un mouvement d'opinion. Si la sympathie de ce publie, si la confiance des jeunes me manquaient, je n'aurais vraiment ici rien à faire.

Le titre de cette chaire est vaste. Il en perd signification. Pour enseigner la médecine, toute la médecine, besoin serait de la posséder toute. Je ne sais si, dans l'état de nos connaissances, il est une intelligence assez riche pour y prétendre.

J'avoue mon insuffisance sur la plupart des branches d'une science aussi étendue. Son enseignement régulier appartient aux Facultés. La mission des professeurs du Collège de France est de faire œuvre originale, si possible, par le choix des sujets, au moins par le point de vue, l'intention, la forme sous lesquels ils les traitent.

Intéresser, à la fois, les jeunes gens, les médecins et le public instruit qui m'écoute est une première difficulté. À celle-ci, il s'en ajoute une autre, plus grande. Certains de mes collègues me font l'honneur d'assister à ces leçons quand, sur bien des points de celles-ci, peut-être sur tous, ils pourraient parler en maîtres.

Je ferai de mon mieux pour satisfaire tous mes auditeurs. Je n'emploierai de termes techniques que ceux que j'aurai expliqués ; je m'abstiendrai même, autant que possible, du jargon scientifique. De la sorte, j'espère être compris des non initiés. J'élirai les questions les plus propres à stimuler l'intérêt des jeunes médecins. À certaines parties, surtout à l'exposé des opinions, je donnerai un développement plus grand, afin de ne pas lasser l'attention de mes pairs. L'ensemble n'offrira pas une parfaite harmonie. Je ne vois pas comment, parlant à un auditoire divers, je pourrais lui servir un discours uniforme.

Ces leçons seront donc consacrées, de préférence, à l'exposé d'idées générales, parfois philosophiques. Je chercherai, en toute occasion, à situer les questions médicales dans le cadre biologique. Séparées des phénomènes de la vie, elles ne présentent aucun sens. Microbiologiste, incompétent dans ce qui sort de mes préoccupations journalières, je ne traiterai guère que des maladies infectieuses.

Pour mener, au moins mal, mon entreprise, je dispose d'un certain nombre de moyens. De cette chaire d'abord ; j'y reviendrai en terminant. Ensuite, d'un laboratoire mis à ma disposition par l'Institut Pasteur. Ce laboratoire est bien petit. Tel qu'il est, il a commencé de fonctionner et de produire, grâce à l'activité de son excellent chef, le Dr Paul Giroud. Je veux espérer que notre installation prendra assez vite un plus grand développement et que nous pourrons y recevoir, y faire travailler les jeunes gens qui s'adresseront à nous. Plusieurs l'ont déjà fait ; je les remercie de leur confiance vis-à-vis du patron inconnu que je suis pour eux. Je ne puis leur promettre, pas plus qu'à ceux qui viendront par la suite, de les conduire d'emblée à de véritables découvertes. Ils pourront se rendre compte auprès de nous de leurs aptitudes et élaborer ce premier travail personnel de recherche que réalise une bonne thèse.

Dans ce laboratoire, ici la leçon terminée, aussi bien dans des réunions particulières, je me tiendrai à la disposition de ceux qui voudront me consulter, pour débattre avec eux des problèmes qui les intéressent, pour les guider, si je puis, dans leur carrière.

Mes leçons seront publiées, comme l'ont été celles de l'an passé, et, comme elles, largement distribuées. Elles prolongeront ainsi, sous forme, plus durable je l'espère, l'effet passager de mes paroles. Je me servirai des périodiques et des journaux qui me sont ou me seront libéralement ouverts afin de donner une publicité plus grande à mon entreprise et pour y intéresser, en plus du corps médical, le publie instruit, même le grand publie. Au besoin, je ne répugnerais pas à des actions plus vives. Il est certain que ce n'est pas par elles qu'il convient de commencer.

J'ai fait choix, pour l'enseignement de cette année, d'un vaste sujet que je vous définirai tout à l'heure. Il ne suffira pas au chiffre rituel des leçons. Je compte qu'il nous occupera pendant douze séances. Trois autres seront remplies par les leçons que je ferai au cours de microbiologie de l'Institut Pasteur. Vous y serez conviés. J'y joindrai, pour terminer, l'étude de questions que nous choisirons d'un accord commun par la suite [1].



[1] Les dernières leçons ont été consacrées à un commentaire anticipé d'un livre en voie d'impression : La Nature ; conception et morale biologiques, qui paraît en même temps que ce cours (F. Alcan, éditeur). Il n'a donc point paru utile de résumer ici ces leçons.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 14 décembre 2008 14:50
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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