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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Léviathan (1651): Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Thomas Hobbes (1651), Léviathan. Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile. Traduit de l’anglais par Philippe Folliot, professeur de philosophie au Lycée Ango de Dieppe en Normandie. Traduit de l'anglais à partir de l'ouvrage: LEVIATHAN or the Matter, Forme and Power of A Commonwealth Ecclesiastical and civil by Thomas Hobbes of Malmesbury. London. Printed for Andrew Crooke, 1651.

Introduction


La nature (l'art par lequel Dieu a fait le monde et le gouverne) est si bien imitée par l'homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art peut fabriquer un animal artificiel. Car, considérant que la vie n'est rien d'autre qu'un mouvement de membres, dont le commencement est en quelque partie principale intérieure, pourquoi ne pourrions-nous pas dire que tous les automates (des engins qui se meuvent eux-mêmes, par des ressorts et des roues, comme une montre) ont une vie artificielle? Car qu'est-ce que le coeur, sinon un ressort, les nerfs, sinon de nombreux ressorts, et les jointures, sinon autant de nombreuses roues qui donnent du mouvement au corps entier, comme cela a été voulu par l'artisan. L'art va encore plus loin, imitant cet ouvrage raisonnable et le plus excellent de la Nature, l'homme. Car par l'art est créé ce grand LEVIATHAN appelé REPUBLIQUE , ou ÉTAT (en Latin, CIVITAS), qui n'est rien d'autre qu'un homme artificiel, quoique d'une stature et d'une force supérieures à celles de l'homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été destiné, et en lequel la souveraineté est une âme artificielle, en tant qu'elle donne vie et mouvement au corps entier, où les magistrats et les autres officiers affectés au jugement et à l'exécution sont des jointures artificielles, la récompense et la punition (qui, attachées au siège de la souveraineté, meuvent chaque jointure, chaque membre pour qu'il accomplisse son devoir) sont les nerfs, et [tout] cela s'accomplit comme dans le corps naturel : la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force, le salus populi (la protection du peuple) est sa fonction , les conseillers, qui lui proposent toutes les choses qu'il doit connaître, sont la mémoire, l'équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles, la concorde est la santé, la sédition est la maladie, et la guerre civile est la mort. En dernier, les pactes et les conventions , par lesquels les parties de ce corps politique ont en premier lieu étaient faites, réunies et unifiées , ressemblent à ce fiat ou au faisons l'homme prononcé par Dieu lors de la création.

Pour décrire la nature de cet homme artificiel, je considérerai :

* Premièrement, la matière de cet homme artificiel, et l'artisan, les deux étant l'homme.
* Deuxièmement, comment et par quels pactes il est fait; quels sont les droits et le juste pouvoir d'un souverain, et ce qui le conserve et le détruit.
* Troisièmement, ce qu'est une république chrétienne.
* Enfin, ce qu'est le royaume des ténèbres.

En ce qui concerne le premier point, on dit, depuis peu, de façon très excessive , que la sagesse s'acquiert, non par les livres qu'on lit, mais par les hommes. En conséquence de quoi, ces personnes, qui ne peuvent, pour la plupart, donner d'autre preuve de leur sagesse, prennent grand plaisir à montrer ce qu'elles pensent avoir lu dans les hommes, se critiquant l'une l'autre dans le dos sans charité. Mais il existe un autre précepte qui n'a pas été compris récemment, par lequel les gens pourraient vraiment apprendre à se lire les uns les autres, s'ils s'en donnaient la peine, et c'est : Nosce teipsum , lis-toi toi-même; ce qui ne signifiait pas, comme il est d'usage aujourd'hui, [qu'il faut] encourager l'attitude barbare des hommes de pouvoir envers leurs inférieurs ou le comportement impertinent des hommes de basse condition envers leurs supérieurs . [Le précepte] nous enseigne que, par la similitude des pensées et des passions d'un homme et celles d'un autre homme, quiconque regarde en soi-même et considère ce qu'il fait quand il pense, opine, raisonne, espère, craint et sur quels principes , lira de cette façon et saura quelles sont les pensées et les passions de tous les autres hommes dans des situations semblables. Je parle de la similitude des passions, qui sont les mêmes chez tous les hommes, désir, crainte, espoir, etc., pas de la similitude des objets des passions, qui sont les choses désirées, craintes, espérées, etc. : la constitution individuelle et l'éducation particulière font tant varier ces objets, et il est si facile de les soustraire à notre connaissance, que les caractères du coeur humain, masqués et mêlés comme ils le sont par l'hypocrisie, le mensonge, la simulation et les doctrines erronées, ne sont lisibles que par celui qui sonde les coeurs. Et quoique, par les actions des hommes, nous découvrions parfois leurs desseins, pourtant, le faire sans les comparer avec les nôtres, et sans distinguer toutes les circonstances qui font que le cas peut être autre, c'est déchiffrer sans clé, et se tromper pour l'essentiel, par une trop grande confiance ou par une trop grande défiance, selon que celui qui lit est lui-même bon ou méchant.

Mais aussi parfaitement qu'un homme lise jamais un autre homme par ses actions, cette lecture ne lui sert qu'avec ses relations, qui sont peu nombreuses. Celui qui doit gouverner une nation entière doit lire en lui-même, non un tel ou un tel, mais l'humanité, quoique ce soit difficile à faire, plus difficile que d'apprendre une langue ou une science. Pourtant, quand j'aurai consigné ma propre lecture avec ordre et discernement , il ne restera plus aux autres qu'à prendre la peine de considérer s'ils trouvent en eux-mêmes la même chose. Car cette sorte de doctrine n'admet pas d'autre démonstration.

Retour à l'auteur: Thomas Hobbes Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 17 novembre 2002 09:02
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
 
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