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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Frantz Fanon, Pour la révolution africaine. Écrits politiques. (2001)
Note de l'éditeur


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Frantz Fanon, Pour la révolution africaine. Écrits politiques. Paris: Éditions La Découverte, 2001, 228 pp. Collection [Re]découverte, documents et témoignages. Une édition numérique réalisée par ma fille cadette, Émilie Tremblay, doctorante en sociologie à l'Université de Montréal.

[7]

Pour la révolution africaine

Écrits politiques

Note de l'éditeur


Les textes politiques de Frantz Fanon publiés dans ce volume couvrent la période la plus active de sa vie, de la publication de Peau noire, Masques blancs en 1952 —  il avait alors vingt-huit ans —  à celle des Damnés de la terre en 1961 qui devait coïncider à quelques jours près avec la date de sa mort.

La plupart de ces textes ne sont pas inédits. Ils ont été publiés dans diverses revues et périodiques dont nous donnons à chaque fois la référence et la date. Mais ils y restaient épars et difficiles à retrouver. Ceux d’El Moudjahid, en particulier, ne sont guère accessibles aujourd’hui, et ne l’ont été, à l’époque même, que pour une partie limitée du public.

Regroupés ainsi dans l’ordre chronologique, ces textes font jaillir une unité singulièrement vivante. Ils marquent les étapes successives d’un même combat, qui évolue et s’élargit, mais dont l’objectif et les moyens ont été vus et fixés depuis le début. Les trois livres publiés jusqu’ici nous donnaient trois analyses cristallisées à des moments précis de l’évolution de F. Fanon. Les textes qui suivent sont un fil conducteur plus quotidien, l’itinéraire d’une pensée en perpétuelle évolution, qui va constamment s’élargissant et s’enrichissant, tout en restant toujours fidèle à elle-même.

Les deux premiers articles, Le syndrome Nord-Africain et Antillais et Africains publiés en 1952 et 1955 peuvent marquer les premières étapes. A ce moment, Frantz Fanon a terminé ses études de psychiatrie : il peut ainsi, d’une part rendre [8] compte scientifiquement, de par son expérience médicale quotidienne de la situation du colonisé ; et d’autre part cette situation, il l’a historiquement vécue, il la vit encore, elle est pour lui une expérience personnelle dont il peut juger également de l’intérieur. Ayant décidé de s’écarter à la fois de la « grande erreur blanche » et du « grand mirage noir » il amorce une voie nouvelle, révolutionnaire ; pour poser la question du colonisé et pour la résoudre, il occupe une place privilégiée : la conscience qu’il en a, la clarté de sa vision, renforcent la dureté de son engagement.

F. Fanon va choisir d’exercer en Algérie, pays du colonialisme par excellence, pour vivre et lutter parmi des colonisés comme lui. Le thème est repris et amplifié dans Racisme et Culture, conférence prononcée en 1956 au 1er Congrès des Ecrivains Noirs. Cette fois, l’analyse devient plus aiguë, la mise en cause radicale, l’engagement ouvert et précis. Son diagnostic du racisme qui « n’est pas une découverte accidentelle » mais « entre dans un ensemble caractérisé, celui de l’exploitation d’un groupe d’hommes par un autre » implique une seule solution : « La fin logique de cette volonté de lutte est la libération totale du territoire national » « ... La lutte est d’emblée totale, absolue ». Cette lutte n’est pas verbale. Depuis qu’il est médecin psychiâtre à l’hôpital de Blida, et plus encore après le déclenchement de l’insurrection, F. Fanon milite concrètement dans l’organisation, révolutionnaire algérienne. Dans le même temps il accomplit un remarquable travail médical, novateur sur tous les plans, profondément, viscéralement proche de ses malades en qui il voit avant tout les victimes du système qu’il combat. Il accumule les notes cliniques et les analyses sur les phénomènes de l’aliénation colonialiste vue au travers des maladies mentales. Il explore les traditions locales et ses rapports à la colonisation. Ce matériel capital est intact, mais lui aussi dispersé, et nous espérons pouvoir le réunir en un volume à part.

Son travail de militant F.L.N. le fait bientôt repérer par la police française. A la fin de 1956, avant de rejoindre Tunis, il consacre par sa lettre de démission, un engagement total beaucoup plus ancien. C’est avec la lettre à un français, inédite, le seul texte qui témoigne de cette période dont nous avons fait le chapitre Pour l’Algérie. De l’expérience ainsi accumulée [9] au cœur même du combat, devait naître plus tard l’Au V de la Révolution algérienne.

À Tunis, F, Fanon est appelé à participer aux Services de Presse du F.L.N. Il est dans l’équipe des animateurs d’El Moudjahid dont ce sont les premiers numéros. Sans répit il s’attache à dénoncer la totalité, l’unité sans faille du système colonialiste, la solidarité qui, bon gré mal gré, lie ceux qui sont de son côté, tandis que s’exécute le génocide d’un million d’Algériens. Son analyse sur les intellectuels de gauche et la guerre d’Algérie outre la gauche française. Il y dénonce l’hypocrisie de ceux qui ne voient dans le colonialisme et ses suites, guerre, torture, qu’une excroissance monstrueuse qu’il suffit de circonscrire et de réprouver, alors qu’il s’agit d’un ensemble parfaitement logique, parfaitement cohérent, qui rend irrémédiablement complices tous ceux qui vivent en son sein.

Fanon a dès lors le moyen d’amplifier l’un de ses premiers thèmes : la conjonction de la lutte de tous les colonisés. L’un des premiers à envisager de manière concrète — non pas comme une « vision prophétique » mais comme un objectif de combat immédiat — l’unité de l’Afrique, il lie constamment le sort de la Révolution algérienne à celui de l’ensemble du continent, faisant de celle-ci l’avant-garde de la Révolution africaine. El Moudjahid développe constamment cette ligne : La Révolution algérienne et la libération de l’Afrique, ce titre donné à la brochure d’articles et de documents du F.L.N. la plus diffusée à cette époque indique bien l’importance que les révolutionnaires algériens lui accordent alors.

Les articles d’El Moudjahid n’étaient jamais signés. L’anonymat y était total. Les articles publiés ici, sous le contrôle de Madame F. Fanon, sont seulement ceux dont nous avons la certitude irréfutable qu’ils ont été écrits par F. Fanon. Certes sa collaboration ne s’est pas limitée à ces textes précis. Mais comme dans toute équipe, et particulièrement dans cette révolution en plein jaillissement, c’était un perpétuel travail d’osmose, d’interaction, de stimulations réciproques. Au moment même où la pensée de F. Fanon atteignait de nouvelles dimensions au contact du noyau créateur de la Révolution algérienne, elle transmettait à celle-ci de nouvelles impulsions. Nous avons groupé les textes ainsi reproduits sous le titre Libération de l’Afrique.

[10]

L’idée que Fanon formait de l’Afrique en marche se concrétise dans la mission qu’il mena dans les pays d’Afrique occidentale, après avoir été ambassadeur à Accra. Il devait notamment étudier les conditions d’une alliance plus étroite entre Africains, la levée de volontaires noirs, l’ouverture d’un nouveau front au Sud du Sahara... Les pages que nous publions dans ce dernier chapitre — Unité Africaine — sont celles d’un carnet de route inédit où ce plan prend toute sa clarté et sa violence.

F. Fanon rentra épuisé de cette mission : il était atteint de leucémie. Il consacra ses derniers efforts à rédiger Les damnés de la terre. Il devait mourir un an après avoir assisté à la chute de Lumumba dont il était l’ami et qui fut le leader africain dont la vision africaine était la plus proche de la sienne. Il gardait la certitude de la prochaine libération totale de l’Afrique, convaincu, comme il l’avait écrit dans l’An V de la Révolution algérienne que la révolution africaine avait créé « une situation irréversible ».



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 26 novembre 2011 11:59
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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