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Entrevue accordée le 5 février 2001 à E-book Time France,
le portail du livre numérique en Europe


Le directeur de la collection Les Classiques des sciences sociales accordait, le 5 février 2001, une entrevue à M. Emmanuel Gill, directeur d'E-book Time France, le portail du livre numérique en Europe.

Vous aimeriez prendre connaissance de la philosophie de la vie de l'auteur, les raisons de son engagement dans la bibliothèque virtuelle Les Classiques des sciences sociales, ce qu'il pense du multimedia etc. ?

Ou bien cliquez ici pour télécharger le texte de l'entrevue accordée en format Word 2001.(Un fichier de 41 K)

Ou encore lisez ci-dessous le texte de cette entrevue et prenez connaisance de la philosophie de l'auteur.

Pourriez-vous en quelques mots nous faire votre présentation ?

C’est par un hasard de la vie que je suis passé à l’enseignement. Je me destinais à la recherche sociologique afin d’expliquer les faits sociaux : les luttes sociales, les inégalités, les idées, la fausse conscience, comprendre le rôle de l’État dans la société, etc. Et je pensais que je pourrais être utile dans ce domaine.

Comme j’ai toujours travaillé méthodiquement avec le souci de faire comprendre, donc de faire appel à l’intelligence des gens, le passage à l’enseignement de la sociologie s’est fait tout en douceur. Et je m’y suis laissé prendre.

Je me suis toutefois immédiatement rendu compte que mon enseignement seul ne me satisferait jamais s’il n’était pas associé à la recherche et aux connaissances léguées par nos prédécesseurs.

À 10 ans, je savais ce que je voulais faire dans la vie : expliquer ce qui se passait autour de moi, expliquer les contradictions sociales et lorsqu’à 16 ans j’ai eu mon premier cours de sociologie, ma vie a changé. Rien d’autre que la sociologie et, bien sûr, les sciences sociales, ne m’intéressait. J’avais toujours adoré la réflexion philosophique pour son côté analytique et son regard épistémologique, mais la découverte de la sociologie résonnait en moi comme un signe me disant que ma voie était là.

Je me vois souvent, si je regarde comment je vis, comme un moine du Moyen Age : de longues heures de travail, une vie presqu’ascétique.

J’ai 52 ans maintenant et j’enseigne depuis près de 25 ans la sociologie et j’aime mieux mon travail maintenant parce que je puis faire davantage bénéficier mes élèves de mes connaissances en les outillant mieux pour l’avenir : une pensée sociologique, une méthode rigoureuse et l’initiation aux nouvelles technologies, notamment le traitement statistique de grandes quantités de données.

Vous dirigez une collection, “ Les Classiques des sciences sociales ”. Ce sont des textes de grands sociologues qui sont numérisés et disponibles sur Internet . Vous effectuez bénévolement ce travail, pourquoi cela est -il si important à vos yeux ?

Quand j’y songe, ça me fait tout drôle de vous dire cela. Laissez-moi toutefois vous dire quelque chose avant.

Il y a quelques mois, je cherchais un vieux texte de Karl Mannheim,
Idéologie et utopie pour en parler à mes élèves. J’avais aimé ce texte lorsque j’étais étudiant à la maîtrise à l’Université d’Ottawa (Canada). Je me rappelle son importance, de même que celle d’un texte de Georg Lukacs, Histoire et conscience de classe, dans un cours de Sociologie de la connaissance dispensé par un excellent professeur d’origine chilienne, M. Roberto Miguelez.

J’ai trouvé une vieille édition anglaise du texte de Mannheim sur une de mes étagères de livres, mais aucune édition française. J'ai alors pensé que je devais permettre aux jeunes francophones d’aujourd’hui et de demain d’accéder à ce savoir, en produisant une version numérique disponible gratuitement sur Internet. Cet événement m'a fait réaliser que nous ne pouvions pas ignorer l’héritage légué par les penseurs qui ont formé les gens de ma génération. Et, en rendant disponible sur Internet, grâce à la volonté et aux préoccupations allant en ce sens des dirigeants de l’Université du Québec à Chicoutimi — je pense ici à M. Gilles Caron, directeur de la bibliothèque à l’Université du Québec à Chicoutimi et à son adjoint, M. Serge Harvey —, je contribuais à rendre disponible un savoir, une façon de raisonner sur la vie, gratuitement, pourvu qu’on ait accès à un ordinateur et être connecté au réseau Internet. C’est comme si la propriété privée des connaissances était abolie puisqu’il n’était plus nécessaire de payer pour ces textes accessibles en ligne.

En étant répertorié selon la classification du Congrès américain, ces textes deviennent accessibles universellement dans les moteurs de recherche et les universités.

Mon père adoptif m’a élevé, tout jeune, dans une mentalité de justice sociale. Monter cette collection bénévolement, c’est comme si je contribuais à partager mon savoir, sans contrainte idéologique ni financière. Bénévolement parce que, dans une logique de propriété privée, je ne crois pas qu’on me subventionnerait pour ce travail de clerc du Moyen Age. Bénévolement parce que je peux le faire dans mes temps libres.

Ça me rend heureux de penser qu’on puisse être en Australie, dans un quelconque petit village en France ou au Québec et à la condition d’avoir accès à un ordinateur connecté au réseau Internet, qu'on puisse découvrir des textes d’auteurs sociologiques toujours importants. Et cela gratuitement.

Je le fais donc bénévolement pour les raisons suivantes :

1. Pour laisser UN HÉRITAGE INTELLECTUEL à mes enfants et aux générations à venir par l’intermédiaire d’une banque de textes informatisés et accessibles universellement ;
2. Pour donner un accès libre et universel à des textes d’auteurs sociologiques sans droit à payer à n’importe quel francophone dans le monde ;
3. Pour rendre accessibles des textes qui ne doivent pas être oubliés, pour éviter 1984 ;
4. Parce que j’ai les compétences et le temps pour réaliser ce projet ;
5. Parce que je considère comme une perte de temps le temps consacré à la recherche d’une subvention. Je préfère, pendant ce temps, produire une version électronique de nouveaux textes ;
6. Parce que j’ai un travail à temps plein qui me permet de réaliser cette œuvre colossale que j’envisage.
7. Parce que cette collection « Les Classiques des sciences sociales » n’est qu’un prolongement d’un travail que je fais depuis plusieurs années pour mes élèves ;
8. Et parce que les nouvelles technologies permettent cette redistribution des connaissances.

Selon vous en quoi la numérisation des textes est aujourd’hui un passage obligé et une nécessité pour les éditeurs ?

Plusieurs des textes actuellement disponibles sont soit dactylographiés, soit saisis en traitement de texte. Et il est fréquent que les fichiers informatiques des textes saisis en traitement de texte sont ou bien égarés, ou bien inaccessibles ou ont, même, pu être détruits par mégarde.

Et c’est là, qu’entre en jeu un numériseur (‘scanner’) de qualité professionnelle et un logiciel de reconnaissance de caractères haut de gamme. Ce qui pourrait demander plus de 20 à 30 minutes par page pour la saisie d’un texte ne demande maintenant qu’environ 1 minute incluant la numérisation, la définition des zones (texte et image) à reconnaître et la reconnaissance de texte proprement dit.

La quantité de travail est à ce point phénoménal qu’il importe de remplacer des tâches plus ou moins aliénantes de saisie de texte par des outils informatiques qui vont rendre le travail de la personne agréable et décupler sa productivité.

Il y a déjà plus de 7 ans que j’utilise un numériseur (‘scanner’) professionnel et un logiciel de reconnaissance de caractère haut de gamme (OCR pour ‘Optical Character Recognition’). Il m’a permis de rendre des milliers de pages de texte accessibles à mes élèves qui, autrement, seraient restées inaccessibles.

Ainsi, bien outillée, une personne peut numériser jusqu’à plus de 400 pages de texte en une journée. Vous imaginez ?

Plusieurs penseurs ou futurologues comme Pierre Levy dans son livre “ l'intelligence collective ” (ed° La Découverte) ou Joël de Rosnay (l’homme symbiotique) parlent de la formation d'une intelligence collective qui se développerait avec la mise en réseaux des connaissances de l'humanité. Pensez-vous que le livre électronique pourrait en être un des vecteurs ?

J’en suis persuadé. En rendant accessibles des connaissances par l’intermédiaire des TIC (Technologies de l’information et des communications), on assure une diffusion encore plus grande des connaissances que quiconque, outillé d’un ordinateur et branché au réseau INTERNET, peut s’approprier.

En fait, les TIC permettent un accès à une quantité phénoménale de données. Plus nous disposerons de sites offrant de telles connaissances, plus nous pourrons les rendre accessibles. Et si l’éditeur électronique prend soin d’indexer ses pages web et de les enregistrer auprès de moteurs de recherche, quiconque à la recherche de ces connaissances pourra les trouver, se les approprier et comprendre. Et plus nous disposerons de données et de connaissances accessibles GRATUITEMENT, plus le savoir sera DIFFUS (DIFFUSÉ).

Avec Internet et les sources innombrables que les réseaux procurent, la lecture sur des appareils type ordinateurs de bureau s'est largement généralisée. Pensez vous que les habitudes de lecture évolueront de manière inexorable vers le tout numérique et que nous assisterons à la lente disparition du papier ?

Je suis convaincu que le numérique ne remplacera pas, dans un avenir rapproché, l’imprimé. Ce que le texte numérique permet, lorsque disponible sur le réseau Internet, c’est un accès PLUS RAPIDE à des connaissances, à des données de toutes sortes.

Une fois le texte numérique dans son ordinateur, je suis convaincu que les gens vont continuer encore longtemps à les imprimer pour les lire.

La lecture d’un texte long en format numérique ne se fait pas sur un écran. C’est comme si c’était trop fatiguant pour notre œil. En imprimant ce même texte, la lecture, qui demande déjà un effort cérébral, devient une activité intellectuelle plaisante.

C’est comme si à l’écran, on consultait des données, on allait chercher l’information à analyser. Et une fois cette information disponible, la lire, l’analyser, la commenter et l’annoter ne pouvait se faire, pour la plupart d’entre nous, qu’à partir d’un texte imprimé.

En résumé, le numérique ne remplacera pas de sitôt l’imprimé. Sauf que le numérique peut être plus facilement accessible que l’imprimé, si l’on dispose d’un ordinateur raccordé au réseau Internet.

Il apparaît, selon certaines études, que la transmission du savoir via des appareils munis de fonctions multimédia interactives améliore l'apprentissage chez les élèves. Croyez-vous à une généralisation de ce type d'apprentissage ?

C’est comme si vous me demandiez si tous les professeurs devaient se ressembler ? Comme s’ils devaient tous utiliser les mêmes moyens d’apprentissage. Vouloir généraliser le multimédia comme principal moyen d’apprentissage pourrait avoir, à mon avis, plus de conséquences NÉGATIQUES que d’avantages. C’est comme si l’on voulait que tous perçoivent la réalité de la même manière, avec le même prisme. Etre aussi réducteur tuerait le goût d’apprendre de plusieurs.

En fait, le multimédia peut certainement être un moyen stimulant d’apprendre. Mais, il y en a d’autres aussi comme la conférence, l’exposé semi-informel, le travail d’équipe, la lecture d’un texte sans image pour développer les capacités d’abstraction.

Vouloir généraliser le multimédia, c’est vouloir enlever aux parents et aux éducateurs le contrôle sur leurs moyens d’apprentissage puisque peu d’entre nous maîtrisons les logiciels multimédia, d’une part, et la confection de matériel multimédia exige, d’autre part, une quantité astronomique de travail. Il faut alors maîtriser à la fois les savoirs à diffuser, les processus d’apprentissage et en plus, les outils informatiques multimedia.

À mon avis, il faut chercher à conserver un équilibre entre divers moyens d’apprentissage. Continuer à faire de la place à la lecture d’un texte imprimé, à l’activité de groupe, à l’analyse personnelle, à la consultation d’un document multimédia, à l’exposé, afin de permettre à chacun d’entre nous de développer sa curiosité et sa compréhension. En n’utilisant qu’un moyen pour nous stimuler, c’est comme si nous ignorions les multiples façons dont l’être humain peut apprendre et s’éveiller à la connaissance et à la compréhension. Ce qui peut être bon pour l’un peut ne pas l’être pour l’autre. Et généraliser un même moyen à tous pourrait être plus néfaste qu’avantageux.

Je passe de nombreuses heures à travailler devant mon écran cathodique. J’apprécie les présentations multimédia mais je ne me satisferai jamais de ce seul moyen, qu’il soit produit avec un logiciel comme PowerPoint, Flash ou autres .

Retour à la section: Couverture médiatique Dernière mise à jour de cette page le Lundi 21 mai 2001 21:26
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
 
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