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Revue du MAUSS, vol. 2, no 30, 2007, pp. 491-495.
Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales.


Tableau d'honneur.
du MAUSS
décerné à Jean-Marie Tremblay.”


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Nous renouons ici avec la pratique initiée de manière très discontinue aux tout débuts du MAUSS, à l’époque héroïque du Bulletin du MAUSS, tapé sur de vieilles machines à écrire fatiguées, autofabriqué, autodiffusé, mal relié et qui tombait en morceaux dès qu’on l’ouvrait.

Nous avions attribué alors, je crois, trois tableaux d’honneur, ce qui avait d’autant plus de sens que nous n’avions aucun titre à le faire.

Pourquoi avoir abandonné cette pratique ? Peut-être par manque d’actions anti-utilitaristes exemplaires dont nous aurions eu spécifiquement connaissance (nous n’allions pas donner un tableau d’honneur à l’abbé Pierre ou à Augustin Legrand, etc., les médias s’en chargent suffisamment). Peut-être, aussi et surtout, parce que, devenant peu à peu plus reconnus, plus légitimes, nous risquions de paraître basculer dans l’esprit de sérieux, de sembler nous croire en somme autorisés à distribuer des honneurs, à prodiguer de la reconnaissance.

Qu’on se rassure, nous ne croyons rien de tel.
L’attribution de ces tableaux d’honneur n’est qu’une manière de marquer notre sympathie et notre estime à des compagnons de route, connus ou inconnus. Louons maintenant les grand(e)s ou petit(e)s anti-utilitaristes, avant que l’espèce bien menacée n’ait disparu. Voilà une motivation honorable, n’est-ce pas ? En outre, on le verra, cette mise en lumière et à l’honneur de Jean-Marie Tremblay a toutes les chances de se révéler fort utile à ceux qui ne connaissent pas encore Les Classiques des sciences sociales , la plus importante bibliothèque en ligne et gratuite en la matière, qui vient de mettre en ligne tout récemment son trois millième ouvrage. Il fallait le faire. Jean-Marie Tremblay l’a fait. Il nous explique ici comment.



PETITE AUTOPRÉSENTATION


En 1948, à 10 ans, je savais que je voulais changer le monde, je voulais faire bien. C’est près de cinquante ans plus tard que j’aurai le sentiment d’avoir retrouvé, si je puis m’exprimer ainsi, mon « âme », c’est-à-dire mon idéal d’enfant, en amorçant dès le début de 1999 ce qui allait devenir Les Classiques des sciences sociales, une grande bibliothèque numérique dédiée à la diffusion en accès libre et gratuit des œuvres classiques et contemporaines en sciences sociales. On pourrait presque dire « sciences humaines ».

J’enseigne la sociologie dans un collège préuniversitaire depuis trente et un ans déjà. J’ai toujours voulu faire découvrir la socio-logie, montrer la pertinence des sciences sociales dans l’explication de la vie sociale. J’ai voulu montrer le caractère rigoureux de la sociologie, en confectionnant des bases de données permettant à mes étudiants de s’initier au traitement de données quantitatives, mais j’ai toujours voulu qu’ils perçoivent la complexité de la société en leur faisant découvrir la sociologie d’abord, ensuite l’anthropologie, l’économie politique, la démographie, l’histoire, la criminologie, la science politique, le travail social, mais aussi la psychologie et la philosophie. Et quelle meilleure façon de le faire qu’en leur donnant accès aux œuvres de Durkheim, Montesquieu, Tocqueville, Ruth Benedict, etc. ?

En vieillissant, je pensais à toutes mes lectures de jeunesse et je regrettais que mes étudiants ne connaissent pas ces auteurs. Je pensais à Karl Mannheim, Georg Lukacs et combien d’autres. C’est ainsi qu’en 1999 l’idée me vint que je pourrais enfin permettre à mes étudiants de découvrir de grandes œuvres, et cela en accès libre et gratuit, en utilisant Internet, à la condition que les œuvres soient du domaine public au Canada. Et c’était parti. Mon besoin d’indépendance et de liberté m’a conduit à créer un site où les œuvres seraient accessibles en téléchargement. Mon souci de justice sociale m’amenait à rendre toutes ces œuvres accessibles librement et gratuitement à tous. J’aime la sociologie et je peux enfin faire découvrir cette discipline et les autres connexes en mettant à la disposition des internautes des œuvres pour lesquelles j’ai eu un coup de cœur.

Je travaille à partir de chez moi. J’y consacre, en dehors de mon temps de travail professionnel, presque tous mes loisirs. En fait, un peu plus de 2 500 heures par année de travail volontaire (bénévole). Si en 1999, j’étais seul, huit ans plus tard, ce n’est plus le cas. Plus d’une cinquantaine de bénévoles, des centaines de chercheurs et professeurs d’université coopèrent avec nous en nous autorisant à diffuser leurs travaux. Plusieurs éditeurs nous permettent de diffuser des livres encore en circulation commerciale – La Découverte, l’Éditeur du Québec, Les Presses de l’Université de Montréal, les Éditions Sciences et Culture, les Éditions du Renouveau pédagogique, Fidès, Lux Éditeur, les Éditions Hurtubise HMH, les éditions Nota Bene, pour n’en nommer que quelques-uns.

Plusieurs œuvres en langue étrangère sont enfin disponibles en français parce que des traducteurs professionnels les traduisent pour nous et nous permettent de les rendre disponibles librement et gratuitement à tous. Les Classiques des sciences sociales, c’est plus qu’une bibliothèque numérique, une vraie (avec métadonnées, fiches de catalogage, fonctions de recherche) : c’est un lieu d’accès au savoir en sciences humaines où bénévoles, chercheurs, professeurs, internautes, gens des bibliothèques, éditeurs coopèrent. En un sens, on peut dire que Les Classiques des sciences sociales sont devenus une aventure collective.

Les Classiques des sciences sociales n’auraient pu voir le jour sans la coopération logistique de l’Université du Québec qui nous offre un accès illimité à son serveur Internet, l’accès à tous les livres de mon choix et, au besoin, le soutien informatique. La municipalité de Saguenay nous donne son soutien. Mon employeur, le CÉGEP de Chicoutimi, un collège préuniversitaire, est gagné à notre initiative et m’a toujours permis d’effectuer une grande partie de mon travail à la maison.

Pour faire connaître cette bibliothèque numérique, j’ai utilisé les moyens gratuits à ma disposition. Des métadonnées sur chaque page Web et l’indexation des classiques dans tous les moteurs de recherche. En 2007, l’Université du Québec à Chicoutimi met gratuitement à disposition de toutes les bibliothèques du monde entier les fiches de catalogage au format MARC des œuvres disponibles dans Les Classiques des sciences sociales. Nous sommes ainsi visibles sur le Web et nous le serons dans tous les catalogues des bibliothèques qui auront importé les fiches de catalogage au format MARC.

Je n’aurais voulu pour rien au monde attendre la retraite pour amorcer le développement de cette belle bibliothèque numérique. Je voulais me battre à ma manière. Je voulais plus de justice sociale, un accès libre à tous, ici comme dans les pays où les bibliothèques sont moins garnies. Je considère Les Classiques des sciences sociales comme une lutte sociale pour l’accès à la connaissance et son partage. J’ai le sentiment que le numérique peut, lorsque l’accès aux connaissances est gratuit, permettre de réduire les inégalités dans les pays du tiers monde. Lorsque les œuvres sont téléchargeables, cela assure l’autonomie de tous les utilisateurs et les dispense de l’obligation d’une connexion Internet continue.

Je voudrais ajouter une dernière remarque en terminant. Quatre facteurs m’ont encouragé à créer cette bibliothèque numériquement :

1˚— les années 1990 ont été pénibles ; l’atmosphère était morose ; j’avais le sentiment qu’on accordait moins d’intérêt aux sciences sociales et qu’il fallait faire quelque chose contre cette dégradation ;

2˚— pour faire face à la parcellisation des savoirs ou, si l’on veut, l’émiettement des connaissances, il fallait retourner à l’enseignement des fondateurs de nos disciplines et relire leurs travaux ;

3˚— l’avènement d’Internet et surtout son utilisation croissante par les familles d’ici – en 1995,30 % des familles de mes élèves étaient branchées contre 80 % en 1999 – m’ont amené à penser que ce pourrait être là un moyen de communiquer plus facilement avec mes élèves ;

4˚— le (quatrième) facteur a été l’accueil enthousiaste de la direction de l’Université du Québec à l’égard de mon projet d’une bibliothèque numérique en sciences sociales. J’avais posé trois conditions :

totale liberté éditoriale (choix des œuvres, présentation et organisation du site Internet), donc aucune ingérence ;
• accès à l’espace illimité, en fait, tout l’espace dont j’aurais besoin pour développer le site des Classiques des sciences sociales ;

• contrôle exclusif du site par moi-même et gestion du site Internet à partir de chez moi, ce qui impliquait l’accès au serveur Internet de l’université à partir de chez moi.

Bien sûr, tout cela en respectant la loi du droit d’auteur en vigueur au Canada. Après dix minutes de présentation de mon projet de bibliothèque, j’avais l’accord sans condition du directeur de la bibliothèque de l’université. Deux jours plus tard, on me donnait mon code d’accès au serveur Internet, l’accès à partir de chez moi. Je créai donc la première version du site des Classiques des sciences sociales. En 2005, l’université m’aidait à moderniser mon site Internet en ajoutant trois fonctions de recherche, en cataloguant toutes les œuvres disponibles et en rafraîchissant la présentation du site. Si j’avais été dans un milieu bureaucratisé, dans un milieu contrôlant, Les Classiques des sciences sociales n’auraient pas vu le jour.

Ici au Québec, je n’avais pas besoin d’être une sommité internationale pour présenter mon projet à l’université. Juste un projet réalisable, une capacité de travail, de la persévérance et la volonté de contribuer au rayonnement des sciences sociales.

Merci.

Jean-Marie Tremblay

http://classiques.uqac.ca/
159 rue Beaupré Chicoutimi,
Ville de Saguenay Québec,
Canada G7G 4E5

NOTES

[ 1] Jean-Marie Tremblay :

— site Web pédagogique: http://jmt-sociologue.uqac.ca/
— courriel 1: jmt_sociologue@videotron.ca.
— courriel 2: Jean-Marie_Tremblay@uqac.ca.

POUR CITER CET ARTICLE

« Tableau d'honneur du MAUSS décerné à Jean-Marie Tremblay », Revue du MAUSS 2/2007 (n° 30), p. 491-495.


Retour à la liste des commentaires Dernière mise à jour de cette page le vendredi 30 avril 2010 7:35
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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