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Collection « La désintégration du Québec et des régions »

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, réalité interdite.
Plaidoyer pour la reconquête de nos droits fondamentaux
Introduction


Une édition numérique réalisée à partir du livre de Mario Tremblay, Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, réalité interdite. Plaidoyer pour la reconquête de nos droits fondamentaux. Chicoutimi, février 2003, 133 pages. M. Mario Tremblay m'a accordé l'autorisation de diffuser son étude le 27 mars 2003. Merci infiniment de partager cette réflexion.

Introduction

Mario Tremblay


Je viens d'un lieu et d'un temps où la soumission devant l'injustice signifiait mourir un peu. Je viens d'un endroit et d'un passé où Représenter les citoyens devenait un devoir sacré et un privilège : à l'image de nos droits, il devait se mériter chaque jour. En ce temps, un serment ne s'oubliait pas, un chat s'appelait un chat, un incompétent s'appelait un incompétent et nous étions aptes à distinguer qui était la grande gueule et qui était le grand homme. Les droits fondamentaux n'étaient pas négociables, à plus forte raison s'ils appartenaient seulement au citoyen. A titre de membres d'une communauté, nous élisions un chef d'abord et un parti ensuite. Jamais, nous ne nous serions soumis. Jamais nous n'aurions toléré longtemps un représentant élu qui ne représente pas la substance du Pays que nous bâtissions sur l'intégrité, l'égalité, la liberté et la justice.

Mon pays intime faisait partie de ces millions d'autres où les bibles appartenaient seulement au domaine du spirituel. L'honneur avait une signification et une importance prépondérante. Notre soif de liberté dans l'égalité nous commandait de poser des jugements de citoyens. En cas d'insatisfaction, nous nous mettions en devoir d'agir respectueusement mais efficacement. Nous n'entretenions aucune peur de la réprobation venant des valets qui, pour le profit de leurs maîtres et pour préserver leurs privilèges personnels, tentaient d'entraver notre légitime marche. Bien avant que la souveraineté ne débarque dans le paysage et devienne fétiche, nous étions déjà souverains : fiers, dignes et maîtres de nos droits.

Patiemment, j'ai mené à terme une vaste quête pour satisfaire mes interrogations touchant ma valeur de citoyen dans ma région. Cette quête conduisait à la connaissance de nos droits.fondamentaux à l'égalité sans discrimination.

Détrompé, j'ai observé mes représentants élus au Parlement et le gouvernement de ma société. Je ne puis faire autrement qu'être en perte de confiance envers nos institutions* démocratiques. Je vois maintenant ce vers quoi se dirige ma région et ce en quoi elle m'échappe à jamais. Je comprends que nous devons nous libérer de la domination d'un ancien rêve qui, pour ma région, a entraîné déportation, dépossession et désolation. Je comprends la nécessité vitale de me réapproprier mon statut d'autochtone canadien français du Québec. En posant ce geste souverain, je reprends possession de mes droits, de ma personne, de ma pensée, de ma volonté et de mon avenir. Muni de mes droits fondamentaux, tels qu'inscrits dans la Constitution canadienne, je redeviens cent fois plus important que l'illusion souverainiste, je redeviens pleinement capable de devenir égal en tout point aux autres québécois et canadiens.

Ce plaidoyer* pour que la réalité reprenne ses droits aurait dû être adressé à mes représentants élus. J'ai plutôt déterminé de le dédier aux vrais maîtres du pays : les citoyens. En particulier, aux collectivités humaines laissées-pour-compte qui ont bâti les régions du SaguenayLac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.

Après lecture des prochains paragraphes, le lecteur est convié à faire un choix fondamental et souverain qui se pose simplement : pour la survie de sa collectivité régionale, il devra décider s'il est prêt à emprunter une avenue de solution qui n'est pas d'un usage familier dans ce pays. Elle mène à la défense citoyenne de nos droits fondamentaux, individuels et collectifs. Ces droits sont reconnus et confirmés dans la Constitution canadienne de 1982 et dans la Charte* des droits et libertés qui en fait partie intégrante. De plus, en matière de développement économique pour toute région, nos droits constitutionnels pointent une direction inverse à celle qu'a empruntée, depuis trente années, le gouvernement de la société québécoise.

Parmi ces droits, J'identifie plus spécifiquement :
  • le droit fondamental à l'égalité garantie sans discrimination fondée, entre autres, sur des motifs tels la race et la région d'appartenance;

  • le droit fondamental à l'égalité des chances économiques entre les collectivités régionales,

  • le droit d'exiger que, devant le tribunal, l'Assemblée nationale de nos députés et le gouvernement, aillent justifier le bien-fondé en droit de deux intolérables discriminations. La première a trait à la discrimination économique dont font l'objet la région du SaguenayLac-Saint-Jean et les autres « régions ressources » (sic), utilisées au profit de la croissance économique de la grande région de Montréal. La seconde touche la récidive de la première mais, cette fois, au profit exclusif des Amérindiens de la région du SaguenayLac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.

Le citoyen est artisan d'une double destinée, la sienne mais aussi celle de sa collectivité d'appartenance. S'il est prêt à poser les gestes démocratiques nécessaires pour que son propre pays cesse de l'exclure, la lecture de cet appel citoyen pour la reconquête de nos droits fondamentaux lui serait bénéfique. Il aurait des outils solides pour contribuer à le sauver. Ce Pays, peu importe qu'il l'identifie comme étant sa région, sa province, le Canada ou le continent. Son cœur est libre. Il est cependant certain que les générations futures seront redevables de son action citoyenne de bâtisseur.

Il se pourrait par contre qu'il ne se sente pas impliqué ou qu'il choisisse de ne pas adhérer aux valeurs, principes et droits éprouvés précédemment énoncés. Devant la chronique de notre mort collective que je constate annoncée, incapable de réprimer mon désespoir, je lui livre ainsi le fond de ma pensée : « Abolis-toi mon ami ! Entraîne avec toi le Pays que tes aïeux avaient bâti pour toi ! Gave-toi de l'illusion des discours partisans ! Continue à te laisser traiter en inférieur par ton gouvernement. Continue d'accueillir béatement les « raffinés » qu'il met en place et qu'à l'occasion, paniqué, il t'envoie en vue de t'infléchir, te décourager ou t'aveugler, pour que, toujours, rien ne change en ta faveur. Continue, subis et malheureusement disparais ! »

Quant à celui qui a choisi de rester, j'ai trouvé nécessaire de partager avec lui les fruits de mon travail. À cette fin, je me suis appliqué à retrouver et à mettre au jour les droits, les principes, les règles et les arguments fondés qui nous seront nécessaires pour alimenter, devant le peuple et devant la justice, la défense de notre région. J'éprouve de la gêne à devoir le préciser mais, dans cette conquête de notre dignité* perdue, nos opposants ne sont ni Anglais ni Iraquiens. Ce sont ceux qui, par leurs agissements serviles et par leurs fausses solutions, précipitent la mort de notre collectivité et s'en repaissent. Ces valets politiques et ces mercenaires intellectuels se manifesteront à nouveau et lanceront à tout vent que mes constats ne sont pas accrédités car je ne suis pas des leurs. Nous savons trop bien maintenant à quelles auges mangent ces béni-oui-oui qui nous vomissent à la figure leurs conclusions pontifiantes coiffées de leurs titres ronflants. À ceux-là je réponds déjà : « Comme d'habitude, faites demi-cercle par derrière et attaquez ! Considérez cependant, pour votre gouverne, que je suis redevenu un Canadien français et qu'à ce titre, avec les armes que me procure la loi fondamentale de ce pays, j'entends combattre pour moimême, pour mes frères, pacifiquement, démocratiquement mais sans merci ».

Sachez qu'à titre de citoyen canadien- français égal en droit, ma région d'appartenance redevient le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette terre, bien avant moi, mes ancêtres l'avaient baptisée de leur sueur, de leurs efforts individuels, collectifs et persévérants. Ils l'avaient défrichée, aménagée et embellie. Ma condition de citoyen du Saguenay-Lac-Saint-Jean fait partie de mon identité et de ma personnalité. Aucune force politique partisane ne peut m'en dépouiller. Je ne me soumets pas sans réagir à cette obscure volonté gouvernementale de faire de moi, de mes enfants et de mon groupe d'appartenance, des transplants pour le GrandMontréal (la grande région montréalaise). C'est ici que je suis né, que je vis, que j'espère et que j'entends mourir. Si je devais partir, ce serait par le fait de ma seule volonté éclairée et de mon libre choix. Le fondement et le centre de ma vie citoyenne consistent à me réaliser pleinement dans mon milieu d'appartenance et dans la dignité.

Pour moi-même mais aussi pour ma collectivité, je veux sincèrement que soient remis en fonction les mécanismes d'État nécessaires à la satisfaction de notre droit fondamental garanti à l'égalité des chances. L'Assemblée nationale de nos Élus et le gouvernement ne disposent d'aucun droit et d'aucun intérêt juste et légitime pour me traiter inégalement. Les politiques et les dispositifs d'application des lois ne peuvent avoir pour effet de m'appauvrir et d'empêcher que je me réalise pleinement et dignement. Ils ne peuvent aussi avoir pour effet de dégrader les chances de développement de ma région, ni d'y raréfier les conditions nécessaires pour que les gens y demeurent et y prospèrent aussi bien que dans d'autres régions.

L'heure vient pour chacun de nous, de réaffirmer la primauté de sa citoyenneté canadienne-française du Québec. Le temps est venu d'affirmer que les bâtisseurs de pays que nous sommes ont garanti, par la Constitution canadienne, des droits fondamentaux à chaque être humain habitant le Canada. Ces droits sont au-dessus de la créature qui, entre les mains d'une élite suffisante et cruelle est devenue une bête laide, hypocrite, malfaisante et brutale. Elle ose encore appeler souveraineté, la négation de ce que nous sommes.

Munis de nos droits fondamentaux - tel un coffre d'outils efficaces dont nous avions oublié l'existence - nous pourrons recommencer à nous défendre convenablement. Rassemblant les lambeaux de démocratie et de droits fondamentaux abandonnés par nos élus territoriaux et le gouvernement de notre société, nous ferons renaître le pays auquel nous avons pleinement droit. Cette fois, il sera inclusif pour « nous » tous !

Les pages qui suivent expliqueront d'abord comment notre région est confrontée à l'inégalité des chances. Dans un chapitre particulier, elles traiteront de la confusion qui s'est installée autour de l'identité fondamentale des peuples autochtones du Canada et de certaines conséquences d'avoir accordé un statut spécial à une classe de Canadiens, les Amérindiens. J'identifierai ensuite six objections fondamentales à la rétrocession de mes droits fondamentaux et du territoire de ma région telle que pratiquée par le gouvernement à l'endroit des « régions ressources » et telle que confirmée dans l'Approche commune. Les trois premières objections se situent dans l'axe juridique créé par la Constitution. Une quatrième fournit une connaissance plus approfondie de notre environnement citoyen en matière de droits constitutionnels. Les deux dernières tracent le portrait des agissements d'un gouvernement qui maintient une politique menant les régions vers leur fermeture et qui - sous le prétexte de soudainement respecter un article de la Constitution du Canada - est en train de rétrocéder aux seuls Amérindiens nos droits fondamentaux. En illustrant la différence entre équité et égalité, je me suis ensuite appliqué à porter la réflexion sur des bases qui permettent d'éviter certains pièges. Aussi, en soutien à une vaste cause juridique en droit à l'égalité, J'ai dressé une liste des principaux éléments de la preuve que la région est en mesure de fournir à la plus haute Cour du pays ainsi que ses légitimes réclamations et réparations. Enfin, j'ai exprimé en quoi nous sommes en devoir de nous porter à la défense de notre région.

Notes:

* Les mots suivis d'un astérisque sont définis au Lexique.

Retour à l'oeuvre de Mario Tremblay Dernière mise à jour de cette page le Samedi 22 mars 2003 13:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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