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Collection « La désintégration du Québec et des régions »

Les régions du Québec en crise. Bilan, enjeux et voie de solution
Jean Tremblay, maire de Saguenay


Les régions du Québec en crise. Bilan, enjeux et voie de solution. Saguenay, novembre 2002.

Annexe II b :

Martin Duval [CHICOUTIMI], « Générations réfléchies. La modération a bien meilleur goût ! » in journal À Cause ?, novembre 2002, page 23.
Télécharger l'annexe II b: Martin Duval [CHICOUTIMI], « Générations réfléchies. La modération a bien meilleur goût ! »
in journal À Cause ?, novembre 2002, page 23.
Journal À Cause ?, novembre 2002, page 23.

GÉNÉRATIONS RÉFLÉCHIES

La modération a bien meilleur goût !

Martin Duval
CHICOUTIMI

La désintégration des régions existe belle et bien et ses effets sont indéniables. Nul ne peut contester les chiffres sur la migration des jeunes vers les grands centres, l'expansion de la pauvreté ou le chômage endémique qui frappent les régions ressources. Là réside, sans doute, le plus grand mérite d'un chercheur comme Charles Côté qui a su analyser certaines statistiques sur une longue période.

La désintégration des régions n'est pas une fatalité insurmontable

Comment les chercheurs réputés, qui ont écrit te livre Le Pays trahi, dérivent-ils vers la politique-fiction en traitant des causes du sous-développement régional ? En effet, il y a une enflure verbale dans te discours lorsqu'on traite des causes du sous-développement des régions. Comment peut-on sincèrement et le plus sérieusement du monde déclarer, comme le font les auteurs du livre Le Pays trahi, que « (...) par une orientation explicite et délibérée depuis le début des années 1970, l'État québécois a entretenu et amplifié les disparités de la répartition de l'emploi entre les collectivités (...) » Comme théorie du complot on n'avait pas vit plus belle illustration depuis la chasse aux sorcières.

Comment ne pas également trouver d'un ridicule absolu cette fameuse déclaration du 14 juillet où l'on peut lire « que nos élus et le gouvernement du Québec s'entendent pour nous exproprier de notre région sans que nous n'ayons rien à y dire » S'il y a de mes compatriotes pour croire à ça, je les comprends de se sentir opprimés par le gouvernement. De telles paroles sont dangereuses parce qu'elles fabriquent sournoisement un sentiment imaginaire d'humiliation dans la population.

En fait, s'il y a trahison en ce pays du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce serait de celle des intellectuels dont il faudrait parler. Comment se fait-il que les leaders d'opinion, que les universitaires régionaux, que les groupes sociaux progressistes gardent le silence et ferment les yeux devant un tel ramassis de clichés, tic demi-vérités et de théories boiteuses concernant le développement de notre région ?

Une démonstration aux allures scientifiques

La démonstration des partisans de la thèse de la trahison s'appuie sur des documents gouvernementaux des années 1970, dont le fameux Rapport Higgins-Martin-Raynaud où l'on pouvait lire textuellement : « Il n'y a rien de répréhensible à supprimer la pauvreté dans une région peu développée en attirant sa population dans une ville dynamique ».Oui, il est vrai que le gouvernement a mis de l'avant, à une certaine époque de telles politiques. Des villages gaspésiens ont été fermés : les populations ont été déplacées. Constat unanime : cette politique fut un échec sur toute la ligne. N'importe qui le dit aujourd'hui, autant les spécialistes du développement régional que les représentants du gouvernement, partout, on enseigne que ces orientations des années 1970 sont à bannir et qu'il s'agit là d'un modèle de développement à proscrire.

Les partisans de la thèse de la trahison soutiennent de plus, sans rougir, que le gouvernement québécois n'aurait jamais depuis dévié de cette politique de fermeture de villages et de désintégration organisée des régions. M. Côté conclut dans ses travaux que les décisions gouvernementales, notamment le mode de financement en santé, sont la source de plusieurs problèmes en région (taux de suicide, chômage, santé, etc.).

Ayant fait quelques tours de méthodologie jadis, j'ai besoin de savoir comment M. Côté, en tant que sociologue réputé, arrive à isoler la variable « gouvernementale » pour expliquer la hausse des suicides ou l'exode des jeunes depuis les années 1970. Il ne s'agit pas, à mon avis, de phénomènes que l'on peut arbitrairement isoler des autres variables de la dynamique socio-économique. Si je voulais, pour m'amuser, prouver que la chute des feuilles à l'automne est la cause première de l'arrivée de la neige, je ferais comme M. Côté et serais en mesure de démontrer dans mes graphiques que les phénomènes sont associés, alors qu'il n'en est rien.

On le sent, dans leurs textes, les auteurs du livre Le Pays trahi voient dans l'État un bloc monolithique qui déciderait de tout et qui serait seul maître des réalités économiques. L'État,par sa nature, est plutôt à l'image d'une vaste toile insaisissable aux contours flous, un enchevêtrement de décisions ponctuelles et parfois désordonnées. De plus, l'État n'est qu'un acteur, parmi tant d'autres, qui influence les flux économiques. Dans ce contexte, l'horizon des possibles pour un gouvernement se résume, selon moi, à tenter d'atténuer les effets du sous-développement régional ; les politiques n'influençant pas de façon déterminante les tendances lourdes, telle la localisation des emplois.

Les causes réelles de la désintégration des régions sont multiples: passage d'une économie basée l'exploitation des ressources naturelles à une économie du savoir, un entrepreneurship étouffé par le développement des grandes entreprises, départ de la main-d’œuvre qualifiée, image négative de certaines régions (souvent entretenue par les régionaux eux-mêmes), etc. S'ajoutent à cette liste, bien sûr, les interventions déstructurantes du gouvernement, mais ce n'est là qu'un des éléments du puzzle.

Cela étant dit, la désintégration des régions n'est pas une fatalité insurmontable. Il est possible de renverser les tendances en s'attaquant aux différentes causes. Bref, si l'on veut contrer cette désintégration, il faut s'armer d'une stratégie globale et d'une mobilisation de tous les acteurs régionaux. Il ne faut plus demeurer dans une position d'attente face à des pourvoyeurs potentiels comme nous l'avons souvent fait. L'espérance aveugle d'une intervention divine des gouvernements serait une position aussi malsaine pour notre région que l'a été notre dépendance à l'égard des grandes entreprises nourricières jadis.

En conclusion, ce n'est ni la fatalité, ni un complot imaginaire qui expliquent la désintégration de la région, la réalité est beaucoup plus complexe. Savoir faire les nuances, garder son esprit critique et sa vigilance, voilà le défi. C'est pourquoi en terminant, je fais toute mienne cette maxime du philosophe Alain : Le difficile, voyez-vous, c'est d'être modéré sans être faible.


Pour aller plus loin

SITES INTERNET

• Observatoire jeunes et société : http://www.obsjeunes.qc.ca/. Vous y trouverez plusieurs recherches et articles traitant de la migration des jeunes.

• Fiscalité, répartition de la richesse et inégalités interrégionales au Québec et au Canada. Mémoire présenté en octobre 2001 à la Commission sur le déséquilibre fiscal par le Conseil central des syndicats nationaux dit Saguenay-Lac-Saint-Jean :
http://www.descquilibrefiscal.gouv.qc.ca/fr/menoire/pdf/M43.pdf

LIVRES

• CÔTÉ, Charles, et LAROUCHE, Daniel. Radiographie d'une mort fine, Chicoutimi, Éditions JCL, 2000, 285 p.
• CÔTÉ, Charles, Désintégration des régions. Le sous-développement durable au Québec. Chicoutimi, Éditions JCL, 1991, 262 p.

Retour au document: Les régions du Québec en crise Dernière mise à jour de cette page le samedi 24 février 2007 13:46
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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