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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Constanze VILLAR, Le discours diplomatique. (2006)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Constanze VILLAR, Le discours diplomatique. Paris: L’Harmattan Éditeur, 286 pp. L’Harmattan, 2008, 301pp. Collection “Pouvoirs comparés” dirigée par Michel Berges, professeur des universités, agrégé de science politique, Université de Bordeaux IV Montesquieu. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'enseignement à l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation formelle accordée par le directeur de la collection “Pouvoirs comparés”, Michel Bergès, le 5 mars 2011 de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[9]

INTRODUCTION.

LE DISCOURS DIPLOMATIQUE :
UN OBJET LÉGITIME


1. Les connotations dévalorisantes de la diplomatie

Un discours « banal et euphémique » ?
Un discours « discret, secret et silencieux » ?
Un discours « mensonger et lacunaire » ?

2. La discrétion des recherches françaises

La diplomatie : un « impensé » des manuels de référence
Les préjugés du paradigme « transnationaliste »


Cet ouvrage a pour objet le « discours diplomatique » en tant que variable des relations internationales. Il s’intéresse à un type universel plutôt qu’à des variantes spécifiques comme le sont des discours de politiques étrangères marqués par les croyances des diplomates et hommes d’État d’une période et d’un pays donnés. Le discours diplomatique en tant que type universel se situe hors du temps et de l’espace. Se présente alors un ensemble discursif dont il faut essayer de percer la spécificité. Notre démarche se place à la croisée de deux disciplines souvent séparées, toutefois complémentaires : la science politique, dans son étude de l’interétatique, du transnational et de l’international ; la linguistique – plus précisément la sémiotique –, au niveau des structures et des fonctions discursives.

Sur un plan théorique, il faudra nous interroger sur l’essence de la diplomatie discursive, la « diplomaticité ». Cela reviendra à réévaluer le concept de puissance, car la discursivité entre les États et les acteurs transnationaux, dans sa diversité, relève  aussi, au-delà de ses motifs et de ses contenus conjoncturels, d’un certain pouvoir de séduction (soft power). Avec le développement sans précédent des moyens techniques de communication et d’information, qui rétrécissent le temps, agrandissent les espaces, démultiplient les interactions, la diplomatie au sens large est plus que jamais devenue un instrument d’influence, notamment dans la construction de la paix et à travers les processus mondiaux ou régionaux de négociations.

[p. 10]

Sur le plan concret, la diplomatie revêt une dimension pratique et institutionnelle liée à l’action de ses membres, même si elle dégage un type de comportement spécifique et universel. Dans les définitions courantes [1], le terme désigne ainsi l’appareil des Affaires étrangères, la « carrière », la « fonction » ou « l’ensemble des diplomates », l’administration centrale et son réseau. Il peut encore renvoyer aux comportements entre les États ou les individus, suggérant alors le déploiement d’un certain « art » dans les relations avec autrui, empreint de tact et d’habileté.

Quel que soit l’angle retenu, malgré son caractère effectivement incontournable dans l’étude des relations internationales, l’objet diplomatique souffre paradoxalement d’un certain opprobre. Nonobstant son scintillement supposé [2], il se voit souvent affublé d’une connotation négative. « La persistance de l’Ancien Régime » ou le « mythe des gros » [3], que le sens commun croit qu’il incarne toujours, les paillettes des antichambres des palais des siècles passés qu’il évoque, constituent des préjugés préalables. Comment déconstruire ce mode de délégitimation ? Il nous faut évaluer de façon introductive ce type de représentations déformantes à partir d’une approche sociocognitive des savoirs quotidiens. Puis nous examinerons l’état des recherches disponibles, principalement dans la science politique française, espace de référence s’imposant à nous.


1. Les connotations dévalorisantes
de la diplomatie

Rien qu’à l’évocation des mots « diplomates » ou « diplomatie », un certain mépris apparaît, révélé par des aphorismes acerbes que relaient certains hommes politiques, voire les diplomates eux-mêmes. Pour Charles de Gaulle, coutumier de formules tranchantes à la façon des militaires, le jugement est sans appel :


« Les diplomates ne sont utiles que par beau temps fixe. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte [4]. »


D’autres se sont interrogés sur l’utilité de l’institution. Zbigniew Brzezinski, conseiller d’un président des États-Unis, qualifie les diplomates d’« anachronisme » et propose même de supprimer leurs ambassades [5]. George Kennan, diplomate améri-[p. 11] cain de la guerre froide, évoque une « diplomatie sans diplomates » [6]. Les sommets du pouvoir ne produisent pas innocemment de tels mots d’esprit et ce n’est pas un hasard si de telles boutades circulent à tous les niveaux de la société [7]. Leur persistance et leur abondance montrent que les représentations véhiculées sont largement partagées. Cette prégnance du sens commun reflète un « savoir ordinaire » étayé par la perception dévalorisante de l’univers politique que ressent le grand public [8].

Ainsi les représentations ordinaires reprochent aux diplomates de « parler pour ne rien dire » et de « ne pas agir ». Pour ces critiques, la diplomatie est assimilée à une administration de la parole – une mineure au regard de l’action –, à une machine à discourir au sein du pouvoir, des appareils de l’État et des instances internationales. Les diplomates eux-mêmes, quelles que soient les périodes, n’ont-ils pas volontiers alimenté une présentation ambivalente de leur fonction ? Si la « parole » diplomatique n’accapare pas l’ensemble des comportements et actes diplomatiques (composés aussi d’écrits – les « textes diplomatiques » –, de « gestes » et de signes non verbaux), il est évident que cet objet complexe souffre de la mauvaise image dont on affuble souvent, de façon plus générale, le langage et la parole. Pour beaucoup d’observateurs, ceux-ci n’ont pas la consistance des actes et l’oralité n’engage pas autant que l’écrit. Ce qui est rendu explicite par les acteurs n’est-il pas susceptible de dissimuler une réalité, des intérêts inavoués ou le sens caché des comportements ? Bref, les diplomates parleraient, soit pour ne rien dire, soit pour masquer quelque chose.

Il est donc important d’approfondir les images du sens commun qui qualifient au gré des circonstances le discours diplomatique de banal, d’euphémique, de discret, de secret, de silencieux, de lacunaire, de mensonger.


Un discours « banal et euphémique » ?

En premier lieu, les diplomates seraient des professionnels de la « langue de bois » [9], qualificatif qui stigmatise parfois aussi le discours juridique, administratif, politique ou syndical. Pour Carmen Pineira la « langue de bois » s’oppose à une parole vivante :

[p. 12]


« Un discours coupé du « réel », qui tournerait « à vide » pour satisfaire des objectifs politiques. Le formalisme, la répétition, l’uniformité, la rigidité contreviendraient à cette propriété essentielle d’une langue de permettre une communication dynamique, adaptative, créatrice entre énonciateurs. En ce sens, la « langue de bois » serait un langage vidé de ses messages [10]. »


Le discours diplomatique serait donc peu pertinent pour éclairer les problèmes internationaux. Qualifiée soit de banale, en raison de son entropie proche de zéro [11], soit d’euphémique pour ses tournures édulcorées, cette forme de discursivité, fermée sur elle-même, n’apporterait rien. Banal [12], car ne livrant qu’une quantité d’informations quasiment nulle ou déjà connue de tous, sans originalité, et redondant, tel serait le discours pour le grand public. Il suffirait donc, pour restituer l’essence de cette vacuité, de repérer sa redondance, érigée au rang de règle et de style.

Ce phénomène paraît s’être aggravé de nos jours avec la « standardisation » des textes produits par les institutions diplomatiques de par le monde. Ainsi les services gouvernementaux et internationaux de traduction et de terminologie, qui transposent des discours diplomatiques – déclarations, résolutions et autres documents – d’une langue vers l’autre, utilisent des mémoires de traduction [13] et éditent des phraséologies systématiques [14], notamment dans la production parajuridique de traités [15]. Or, ces recueils ne sont pas seulement destinés aux traducteurs et interprètes, mais aussi aux rédacteurs. On y précise, par exemple, que « les formulations standards [peuvent] servir de base pour les projets à rédiger [16] ». Par ces procédés, la variété des textes se restreint et la redondance se multiplie indéniablement.

Ensuite de nombreux aphorismes se plaisent à souligner l’euphémisation extrême dont sont coutumiers les propos et les textes diplomatiques. Ainsi, un lieu commun assène que « la diplomatie c’est faire et dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante » [17]. Un autre explique que « quand un diplomate dit « oui », cela signifie « peut-être » ; quand il dit « peut-être » cela veut dire « non » ; et quand il dit « non » ce n’est pas un diplomate » [18].

Ajoutons l’ambiguïté de certaines dénominations qui signifient le contraire de ce qu’elles semblent exprimer, inversant le sens apparent des formulations. Par exemple, le concept de « traité de [p. 13] non-agression », qui, malgré son sens premier pacifique, peut signifier une menace pour des tiers. Un praticien averti, Alain Plantey, définit ainsi ce procédé :


« La signature des traités de non-agression a été largement pratiquée avant la dernière guerre mondiale. Elle s’est révélée de nul effet, lorsque la proposition venait d’ennemis potentiels, sa signification étant plutôt celle de la menace pour les tiers.

(…) Dans la phraséologie diplomatique actuelle les traités de non-recours à la force, de consultation mutuelle, d’amitié et de coopération expriment l’établissement de relations particulières entre deux partenaires. Sans impliquer d’alignement politique complet, ils traduisent souvent l’acceptation d’une idéologie commune, voire d’une conduite semblable, qui peut aller jusqu’à une coopération militaire ou culturelle étroite.

Quel que soit l’habillage terminologique ou polémique, le réalisme diplomatique restitue aux pactes leur véritable nature. Des traités d’amitié peuvent dissimuler un antagonisme virtuel ; des accords de coopération, de consultation ou d’assistance mutuelles, ont la nature d’alliance [19]. »


Le sens commun conclurait à une inversion hypocrite entre l’explicite et l’implicite. De même, on relève souvent une autre ambivalence : dans de nombreuses interventions de politique internationale, on trouve des formulations qui associent sur un même axe syntagmatique deux termes contraires, du type « indépendance dans l’interdépendance » [20]. Les diplomates semblent se délecter de phrases paradoxales, condensées, antinomiques, mais aussi de jeux de mots. Une première réaction consisterait à penser, de façon « mathématique », que deux signes contraires s’annulant, l’information diplomatique ainsi formulée s’annihilerait elle-même, ce qui correspondrait bien à une absence de signification. Nous aurons à comprendre comment, par de telles formules syncrétiques, l’énonciateur cherche prudemment à ménager les événements et les protagonistes sans s’engager vraiment dans un sens ou dans un autre, comme si le jugement devait être suspendu et comme si toute parole devait impliquer un énoncé et son contraire, l’explicite et l’implicite… On accuse donc les diplomates de ce qu’ils disent. Il en va de même de ce qu’ils taisent.

[p. 14]


Un discours « discret, secret et silencieux » ?

En plus de cette culture de la banalité et de l’euphémisme expressif, un autre « défaut » est souvent reproché au langage diplomatique : le fait de différer une affirmation, un engagement, mais surtout, de s’abstenir de parler. Les médias s’en font souvent l’écho. La discrétion, la rétention d’informations, le secret, le silence, entourent rituellement ces hommes d’antichambres qui frayent avec le pouvoir.

La discrétion fait partie des recommandations classiques prodiguées aux apprentis diplomates. Ainsi, au début du xviiie siècle, François de Callières conseillait aux négociateurs :


« Pour réussir en ces sortes d’employs, il y faut beaucoup moins parler qu’écouter ; il faut du flegme, de la retenue, beaucoup de discrétion et une patience à toute épreuve [21]. »


De même, le premier Earl of Malmesbury recommandait, dans une lettre présentant la profession à un futur diplomate :


« Le premier et le meilleur conseil que je puisse donner à un jeune homme qui entre dans la carrière est d’écouter et de ne pas parler, tout au moins pas plus qu’il est nécessaire pour inciter d’autres à parler [22]. »


À l’époque contemporaine, la discrétion et l’effacement sont toujours cultivés. Ils résultent de la synthèse entre public et secret, institutionnalisée par la fonction de porte-parole. Alain Peyrefitte, alors médiateur officiel de la communication gouvernementale, comprend ainsi sa tâche de « diplomate de l’intérieur » auprès du Général de Gaulle :


« Mon seul souci était de mieux le saisir, de le comprendre assez à fond pour distinguer ce qui pouvait être communiqué à l’extérieur, de ce qui devait rester entre nous, tout en m’éclairant [23]. »


Une telle présentation paraît un peu flatteuse. Mais on se trouve bien en présence d’un faire savoir contenu, inférieur à un savoir plus étendu. Le plus souvent, les responsables des relations avec la presse se montrent plus prudents. Ils adoptent une position minimaliste que résume bien cette expression d’un autre ancien porte-parole gouvernemental : « autant que nécessaire, aussi peu que possible » [24].

Ajoutons une anecdote à ce sujet : lors de l’inauguration d’un nouveau service de presse à Berlin, pas moins de sept porte-parole du gouvernement fédéral allemand évoquèrent leur souci de [p. 15] communiquer le moins possible. Cette préoccupation explicite culmina avec le jeu de mot dont l’un d’entre eux usa à l’occasion. Karl-Günther Von Hase, qui servit trois chanceliers (Konrad Adenauer, Ludwig Erhard et Kurt-Georg Kiesinger), se replia en prononçant une tournure allemande bien connue : « Je m’appelle Hase, je ne suis au courant de rien » [25]. Ce précepte d’une communication « en retrait », ce minimalisme de parole et de pensée, semblent innés à la diplomatie. Doit-on en déduire la pauvreté de l’apport informatif de tout discours diplomatique ? L’« understatement » signifie-t-il pour autant absence de signification ? Quelle est la part du naturel et du construit en diplomatie ? S’agirait-il d’un demi-discours qui dissimulerait tactiquement ou stratégiquement en partie ses messages, comme par nécessité fonctionnelle ?


Un discours « mensonger et lacunaire » ?

Un autre problème – et non des moindres – a jeté le discrédit sur la parole des diplomates : leur rapport prétendument « tordu » à la vérité. Poussés jusqu’au bout, la banalité, l’euphémisme cultivé et le secret confinent au mensonge par omission, voire au mensonge tout court, tant la frontière entre les deux est ténue. Le sens commun affirme ainsi que le discours diplomatique n’est effectivement que mensonge et dissimulation. Sir Henry Wotton, ambassadeur anglais à Venise, a porté un jugement sévère sur la profession, comme en atteste son inscription dans le livre d’or d’un commerçant d’Augsbourg :


« Un ambassadeur est un honnête homme qui est envoyé à l’étranger afin d’y mentir pour le bien de son pays [26] ».


Selon Harold Nicolson, ce diplomate de sa Très gracieuse Majesté aurait seulement voulu « faire de l’esprit » [27]. Les politologues Thomas M. Franck et Edward Weisband, dans le même sens, ont repris ce préjugé en variant la formule :


« Après tout, diplomates et hommes d’État sont connus pour être des hommes payés pour mentir pour leur pays [28]. »


Cette caricature ne constitue pas seulement une coquetterie de l’histoire. De nos jours, Jacques Baeyens, ancien ambassadeur de France, porte-parole de la délégation française dans des conférences internationales, membre de la direction de l’Information et de la Presse au ministère des Affaires étrangères, alimenta lui-même cette conception :

[p. 16]


« Je ne me souviens plus à quelle occasion j’avais – sans doute pour épater et briller – lancé une boutade stupide, sur mes fonctions. Interrogé, j’avais déclaré que mon rôle consistait à « mentir et démentir. »


Regrettant a posteriori d’avoir cédé à la tentation de « faire de l’esprit », il ajouta :


« Cette phrase malheureuse obtint un grand succès et fut reprise par maintes feuilles. C’était maladroit et inexact. Le porte-parole peut manier la restriction mentale, taire certaines choses, mais il ne peut mentir sans se discréditer à jamais.

Dans l’embarras, deux moyens peuvent être utilisés, d’abord “noyer le poisson”, puis annoncer “No comment”. Je n’en suis venu à cet ultime recours que sur instructions précises de mes chefs, car j’estime qu’il faut éviter de rester coi [29]. »


La redondance de telles citations [30] montre la persistance, sinon de cette opinion largement répandue, du moins de l’attrait de la formule choc et de l’impact de la dévalorisation du discours diplomatique en général. Le sens commun se voit conforté par l’histoire anecdotique qui livre des traces multiples de tels comportements [31] et les retient bien volontiers pour leur pittoresque.

Pourtant la science historique contredit le « consentement universel » en montrant que la grande majorité des diplomates se conduit autrement. Ceux-ci savent qu’un mensonge peut détruire la confiance cruciale dans les relations entre États et toucher à la crédibilité même de leur propos et de leurs écrits (nous développerons ce point en examinant plus loin le concept d’« image »).

Enfin, aux lieux communs du mensonge et de la dissimulation, s’ajoutent encore les impressions et contradictions liées aux conditions de production du discours diplomatique moderne. Le charabia de certains textes est inséparable de la complexité des exécutifs étatiques : les affaires étrangères sont traitées par des secteurs administratifs multiples qui englobent les chefs d’État et leurs cabinets, les chefs de gouvernement, les ministres des affaires étrangères, divers ministères impliqués par des dossiers de dimension internationale, les diplomates de la centrale, ceux des postes, les réseaux administratifs et politiques… Un diplomate expérimenté, Yves Delahaye, a insisté sur cette dilution du texte diplomatique :


« [Un même acteur] est loin de ne produire qu’un seul type de texte et il a tendance à les diversifier selon les interlocuteurs. [p. 17] (…) Une politique étrangère (…) est en réalité une série de textes produits simultanément et souvent fort différents les uns des autres par leur nature et leur orientation [32]. »


De plus, des imprécisions peuvent surgir du fait que le discours diplomatique – comme toute langue de spécialité [33] – utilise les mêmes mots que ceux de la langue courante, mais dans un sens spécifique. Au-delà de ce qui serait, dès l’origine, les caractéristiques du métier de diplomate, la polysémie qui en résulte génère, en partie, les représentations déformantes de l’institution. Tous ces travers attribués couramment à la diplomatie, à ses agents comme à leurs discours – la banalité, l’euphémisation, l’ambiguïté, le minimalisme ou le mensonge –, ne semblent au premier abord que des observations superficielles, qui apparaissent plus ou moins « spontanées ». Celles-ci doivent donc être déconstruites.

On comprend mieux à partir de là l’ampleur de l’obstacle épistémologique auquel se heurte l’analyse de la diplomatie : la prédominance des faits discursifs et des débordements du sens commun dans son fonctionnement même. Les exemples précédents relèvent principalement de l’ordre du discours, du discours méfiant et disqualifiant émanant d’observateurs et d’acteurs extérieurs, mais aussi du discours détaché des acteurs internes qui servent l’institution [34]. L’interférence de tous ces niveaux de langage se complique d’autant plus que les interactions ordinaires sont aussi qualifiées de « diplomatiques ».

À travers diverses formes discursives (discours quotidien, académique, professionnel, politique, médiatique…), on détermine dans la langue courante la part du conforme et du non conforme, de ce qu’il convient de qualifier de « diplomatique » ou de « peu diplomatique » (ce qui, en langue diplomatique, veut dire « pas diplomatique » du tout !). C’est notamment le cas du commentaire politique des médias, l’exercice journalistique consistant à relever tel ou tel segment dans la production discursive pour caractériser le climat international, qualifier ou disqualifier la parole.

On ne peut cependant définir un tel objet ni par ses qualités supposées (qu’il ne possède pas toujours), ni par ses défauts [p. 17] dénoncés (par rapport à quelle norme ?). On doit, pour aller plus loin, dépasser les savoirs quotidiens, discours sur le discours, en sachant que l’on ne peut éviter de se confronter aux ambivalences des interférences discursives.

Le discours diplomatique se présente donc comme un langage prudent et subtil pour les uns, banal, ambigu, dissimulateur ou même mensonger pour les autres. Il semble pauvre, car il opère avec un nombre de signes assez restreint et redondant.

Une question vient à l’esprit : les prétendus « défauts » ne seraient-ils pas des qualités d’une communication masquée qui fonctionnerait « à la dissimulation » en tant que genre discursif ?

Et si les diplomates, pour mieux brouiller les pistes, alimentaient le sens commun, raillant les traits de la diplomatie et de son discours, alors que ceux-ci sont précisément constitutifs de la « diplomaticité » ?

En profondeur, les travers dénoncés par les aphorismes et les plaisanteries habituelles pourraient recéler une véritable ressource, révéler une fonctionnalité du discours visé. L’ambiguïté de la langue au lieu de dévaloriser l’institution, voire de lui nuire, la servirait, dégagerait sa nature sociale profonde ainsi que ses fonctions.

Avant d’explorer cette piste, face à ces représentations ordinaires qui nous signalent de prime abord l’importance de la discursivité diplomatique en tant qu’objet, voire en tant que symptôme, il faut dresser un rapide état des travaux de littérature française s’y rapportant. Allons-nous retrouver au niveau scientifique des attitudes comparables de réserves, de critiques, de réticences à l’encontre de la diplomatie ?


2. La discrétion des recherches françaises

Premier symptôme : le constat du manque de travaux sur la diplomatie apparaît redondant à travers de nombreux écrits. Alors que Bernard du Rosier, ecclésiastique et diplomate, avait déjà rédigé précocement en 1436 un « court traité » (brevilogus [35]), « le premier entièrement consacré à l’envoyé et ses devoirs publié en Europe occidentale » [36], en 1613, Ian Hotman remarquait à propos de la fonction d’ambassadeur :

[p. 19]


« Je ne sçache aucun des anciens, qui tout à dessein ait escrit de ce sujet : du moins n’en est il venu rien à ma connoissance [37]. »


De même, Martin Wight, un des fondateurs de l’école anglaise de relations internationales, constatait un déficit d’études, et un sociologue belge confirmait :


« Les diplomates ont toujours été sous les projecteurs de la scène internationale, mais paradoxalement, peu d’études systématiques de leur comportement et de leur pensée ont été entreprises. En 1893, le président de l’American Historical Association, James B. Angell, constata qu’aucun groupe de serviteurs de l’État n’était si méconnu dans l’étude des relations internationales que les diplomates. Ce fait est toujours très largement vrai [38]. »


Comment expliquer cette indifférence, cet impensé récurrent de la part des intellectuels ? Selon Luc Reychler, contrairement à la guerre, la diplomatie ne soulève pas de passions. Elle souffrirait du secret qui l’entoure, des confusions terminologiques qui l’obscurcissent [39]. D’autres mettent en avant un détachement effectif de la théorie politique, l’histoire diplomatique s’étant montré généralement plus descriptive qu’analytique [40]. Brian Hocking insiste sur l’imprégnation des appréciations négatives du sens commun à l’encontre de l’action diplomatique [41]. Doris A. Graber, attentive au poids de la communication dans les relations internationales, suggère qu’en dépit de sa « grande signification politique » le comportement verbal est généralement négligé parce qu’il est considéré comme moins fiable que la réalité empirique, et donc comme relativement secondaire [42].

Pourtant, pénurie de recherches théoriques ne signifie pas absence de publications. D’après Luc Reychler, l’abondante littérature dite « diplomatique », classée selon la nature des écrits [43], permet de distinguer :


– les mémoires de diplomates [44] ;
– les manuels de procédures et de protocole [45] ;

– les traités rédigés par des diplomates célèbres (comme ceux de Philippe de Commynes, Nicolas Machiavel, Abraham de Wicquefort, Richelieu, François de Callières, Jules Cambon, Ernest Satow, Harold Nicolson…) [46] ;

– les ouvrages d’histoires diplomatiques [47] ;
– les livres à succès, souvent superficiels, reposant sur des anecdotes et paraphrasant des paroles de grands diplomates [48] ;

[p. 20]

– les études portant sur des aspects substantiels de la diplomatie et des pratiques des diplomates ;

– les recueils de documents et de textes diplomatiques, les publications périodiques ou les anthologies, axés soit autour d’un acteur collectif (la France [49], l’Onu [50]…) ou individuel (Charles de Gaulle [51], Ronald Reagan [52], Dietrich Genscher [53]…), soit autour d’une fonction [54], d’un thème [55] ou d’une période, agencés le plus souvent de manière chronologique.


Malgré cette pléthore de publications, la catégorie des études scientifiques portant sur des aspects substantiels de la diplomatie serait « pratiquement vide » [56]. La science politique française ne semble pas déroger au paradoxe. Selon Guillaume Devin « à en juger par les mémoires et les réflexions qu’ils lui consacrent, la diplomatie intéresse les diplomates. Pour sa part, la communauté académique montre beaucoup moins d’empressement. Les recherches sur la diplomatie demeurent en effet marginales dans le panorama des études politiques internationales (et plus encore en langue française). Les raisons de ce relatif délaissement d’un objet ancien mais toujours vivant des relations internationales ne sont pas très claires [57]. »

Comme explication, ce politologue avance la prédominance d’études portant sur les politiques étrangères et l’omniprésence des diplomates dans l’enseignement supérieur, qui partent de l’idée que l’on ne peut parler de la diplomatie que de l’intérieur du corps et que les chercheurs n’y pénètrent guère. Pour évaluer l’état de la question, après un rapide regard sur les recherches en histoire des relations internationales, nous apprécierons la situation française à partir d’une lecture croisée des dictionnaires et manuels de référence, avant d’évoquer les travaux qui ont abordé directement l’objet diplomatique.


La diplomatie : un « impensé »
des manuels de référence

Nuançons la remarque précédente de Guillaume Devin sur un point : l’histoire diplomatique – discipline ancienne – ne semble pas, quant à elle, vraiment concernée par une carence scientifique. Elle se rattache à la branche prolixe de l’histoire des relations internationales, celle de la guerre et de la paix. Fondée sur une analyse minutieuse des « documents diplomatiques » publics ou privés, elle révèle les actions des responsables de politiques [p. 21] étrangères, les grandes négociations au sommet, les influences gravitant autour du pouvoir. Ainsi étudie-t-elle les arcanes des chancelleries, recherche une « balance des pouvoirs », un système périodisé de jeux d’alliance, comme par exemple le « Concert européen » du XIXe siècle. Contestée par le courant de l’École des Annales qui la considérait comme trop traditionaliste, l’histoire des relations internationales a été développée en France par Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle [58].

C’est dans cette tradition que s’inscrivent deux œuvres substantielles, l’une consacrée à l’histoire universelle de la diplomatie [59], l’autre à celle de la France. La première, en trois volumes, malgré un parti pris idéologique, reste une source précieuse d’informations, notamment concernant l’Antiquité. La seconde, patronnée par le ministère des Affaires étrangères, dirigée par Jean Baillou et réalisée par une équipe de diplomates de carrière, d’historiens (dont Jean-Baptiste Duroselle), d’archivistes et, pour l’époque contemporaine, d’une sociologue de l’administration, Marie-Christine Kessler, constitue une synthèse sur le sujet. Ce travail monumental de plus de mille huit cents pages, très documenté (il a puisé dans les archives du Quai d’Orsay) décrit avec précision l’aspect institutionnel de la diplomatie française, ainsi que son évolution des origines à l’époque moderne [60]. Ces publications de référence de même que bien d’autres, soit génériques [61], soit focalisant sur un pays en particulier [62], ont été complétées récemment par les ouvrages dirigés par Lucien Bély consacrés à « l’invention de la diplomatie » et aux ambassadeurs dans l’Europe médiévale, renaissante et classique [63], commémorant le 450e anniversaire de la Paix de Westphalie et de l’émergence des États-nations. On peut également évoquer les recherches originales de Daniel Ménager sur les relations entre diplomatie et théologie à la Renaissance [64].

Ces apports étudient les conditions de production du discours diplomatiques, mais point le code sous-jacent. Les textes diplomatiques analysés comme des évidences explicites semblent suffisants pour éclairer les événements. Qu’en est-il alors des ouvrages classiques de science politique, censés dépasser l’approche historique traditionnelle, pour élaborer un modèle théorique ?

Dans l’espace scientifique français, la diplomatie pâtit en fait de la place mineure qui touche pareillement le champ plus large [p. 22] des relations internationales. Dans le rapport de synthèse définissant les concepts clefs de cette discipline (Core Concepts in European Political Science [65]), l’inventaire dressé par un chercheur européen à partir d’anthologies, de grands manuels et de dictionnaires, montre que cette branche spécifique, pourtant très générale, n’est présente que dans un relevé sur trois et ne donne lieu qu’à quatre mots-clefs sur trente-cinq. L’infériorisation des relations internationales est encore plus marquée dans le cas de la France, comme l’a montré François Heisbourg dans son rapport de mission relatif à l’enseignement et à la recherche dans ce domaine. Alors que « les relations internationales sont une discipline-carrefour », il admet qu’elles ne sont pas « reconnues comme une discipline par le système universitaire » [66]. Le politologue Jean-Jacques Roche confirme ce constat [67].

La plupart des dictionnaires français de référence ne semblent pas vraiment s’intéresser à l’objet diplomatique. Leurs index n’y renvoient pas du tout ou de façon éparse, voire allusive, surtout à travers des événements ponctuels pris dans l’histoire diplomatique contemporaine. Ainsi le dictionnaire spécialisé de Pascal Boniface ne lui consacre aucun article spécifique et son index de près de mille références en omet le terme même [68]. Celui de Pascal Chaigneau effleure l’objet sans le définir, mentionnant des sujets diplomatiques éclatés, tels le « conflit », la « cellule de crise », la « francophonie » [69]. Le Lexique de politique de Charles Debbasch explique de façon concise quelques termes et outils de la diplomatie [70], mais ne mentionne pas sa dimension discursive. Le Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, centré sur des références théoriques, ignore symptomatiquement le mot comme la chose [71]. Toutefois, le Dictionnaire des relations internationales consacre cinq pages à la diplomatie en traitant de son avènement, des fonctions classiques des diplomates et de leur mise en concurrence par la technicité croissante et la multiplication des acteurs [72]. D’autres auteurs étrangers (de Grande-Bretagne) ou de jadis (du XVIIIe et XIXe siècle) évoquent à peine la langue [73] ou se consacrent au style [74]. Peut-on dresser le même bilan en ce qui concerne les manuels de relations internationales ?

Les écrits sur la diplomatie, descriptifs ou critiques, la confinent en fait dans une approche pragmatique qui dénote un manque [p. 23] flagrant d’analyses de cas, monographiques ou comparatives. Une majorité des manuels accorde à l’acteur étatique un rôle non négligeable, ainsi qu’à ses moyens de puissance. Dans cette perspective, la diplomatie n’a pas d’existence propre ; elle devient un « sous-produit », soit confondu ou absorbé par la « politique étrangère » [75], soit ravalé à un rôle d’instrument d’application des orientations et décisions prises par les autorités de l’État.

Dans les manuels contemporains d’initiation diplomatique, les hommes de l’art ont consigné les règles du sérail destinées aux jeunes entrants dans la profession, pour les familiariser avec les arcanes du protocole et avec celles de la « haute politique ». Ainsi, un diplomate expérimenté expose nombre d’exemples concernant la pratique diplomatique ou les procédures de nomination et d’entrée en fonction d’un ambassadeur [76]. De même, divers guides de protocole, dans un but normatif et didactique et très utiles sur le terrain [77], décrivent et transmettent les règles de l’étiquette, du fonctionnement et du déroulement des rapports officiels entre gouvernements. Ils consacrent généralement un chapitre au langage diplomatique dont ils présentent très concrètement, exemples à l’appui, les qualités et les défauts supposés (descriptions que l’on peut qualifier de modèles de comportement), en vue d’améliorer l’exercice de la charge d’ambassadeur. À défaut d’enquête de terrain ou d’observation participante, ces matériaux nous révèlent la perception portée de l’intérieur sur l’institution [78]. À un certain niveau théorique, Alain Plantey, diplomate de carrière, a abordé le fonctionnement du champ diplomatique dans deux ouvrages d’analyse stratégique. Après avoir dressé le contexte des négociations classiques entre les États, il décrit la communication diplomatique au niveau des relations et de la représentation, puis l’institution en tant que telle, dans ses procédures, son organisation et ses aspects multilatéraux, avant d’analyser des situations de crise [79]. Le même auteur, dans un second ouvrage destiné aux fonctionnaires de terrain, détaille les règles de la négociation diplomatique en cas de guerre, au niveau commercial, sous leur aspect juridique, puis dans leur dimension institutionnelle sur le plan international, en sensibilisant le lecteur aux aspects subtils de la stratégie et de l’art politique qu’elle implique [80].

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Pour ce qui est de la science politique académique, la plupart des publications de relations internationales ne consacrent que quelques rares pages à la diplomatie et à ses manifestations, en en faisant soit une branche des « politiques publiques », soit un instrument de l’action internationale de l’État.

L’approche institutionnelle classique l’appréhende comme un moyen d’action publique en détaillant son administration centrale et les postes (« la carte diplomatique »), avec le rôle des ambassadeurs sur le terrain, ou en abordant le corps diplomatique en termes sociologiques. La diplomatie, parfois assimilée à la politique étrangère, n’est qu’un « outil » sans influence déterminante par rapport à d’autres acteurs ou décideurs, porté par des individus. Comme l’écrit Marie-Christine Kessler :


« Il n’y a pas de position politique homogène [du corps des diplomates]. Derrière l’outil diplomatique se trouvent des individus, des groupes, des clans, des clivages variant en fonction des problèmes. Les points particulièrement sensibles mobilisent des opinions contraires. D’une façon plus générale, il y a « une prise de rôle » qui a pour effet de faire des titulaires d’un dossier géographique les défenseurs du pays dont ils ont la charge [81]. »


Certaines analyses de la diplomatie en termes de politique publique proposent une réflexion sur l’évolution de celle-ci et sur son adaptation face aux défis de la mondialisation ou de l’accroissement des tâches multilatérales liées au développement d’une gouvernance mondiale. Sont alors étudiées les nouvelles fonctions diplomatiques. Ainsi, dans une contribution critique à un ouvrage collectif sur l’état de l’administration dans la France de l’An 2000, François Heisbourg a souligné les nouveaux défis que l’appareil des Affaires étrangères français a subis depuis la fin de la guerre froide [82]. Il constate une relative inadaptation, malgré la densité – jugée un peu désuète – du réseau des ambassades, un dépassement de sa technologie d’information, ainsi qu’une perte de monopole par rapport à d’autres ministères qui interfèrent dans les affaires internationales. Il regrette que la France ne suive pas le modèle anglo-saxon et surtout américain des réseaux de recherche (think tanks) ou des fondations, ainsi que celui de l’élargissement de l’appareil à des organisations non gouvernementales, pas suffisamment associées à la politique étrangère (mais comment dépasser dans le pays de Richelieu la logique d’appropriation d’un [p. 25] secteur de l’État par un grand corps, celui du Quai d’Orsay, identique à celle déployée dans d’autres secteurs ministériels par les autres grands corps napoléoniens de l’État, renforçant « l’exception française » ?). Un diagnostic récent, le rapport Lanxade, a constaté les mêmes carences, notamment en matière de communication, précisant à ce sujet :


« L’appareil de relations extérieures de la France dispose d’une masse d’informations considérables, en particulier celles fournies par les postes diplomatiques. Il n’est toutefois pas certain que l’atout que représente la diffusion de l’information ait été bien compris. Dans certains domaines, l’impression prévaut que la France connaît un retard préoccupant dans l’expression de ses thèses, la communication de ses analyses et la prise de parole publique. Or, le travail de l’influence passe par-là, comme il passe aussi par la qualité des relations entretenues avec la sphère académique. Malgré la tendance française à l’abstraction, le poids et la force des idées paraissent, par un singulier paradoxe, encore insuffisamment reconnus [83]. »


Les manuels présentent la diplomatie comme un des « moyens » des relations internationales [84], à travers des typologies de négociation, des processus bi- et multilatéraux, parlementaires, ou encore des pratiques « préventives » onusiennes confrontées à celle des appareils diplomatiques internationaux ou nationaux [85]. L’objet diplomatique est alors décomposé concrètement et décrit à partir de certaines manifestations d’une action multiforme, « commerciale », « informelle », « secrète », « transnationale », « triangulaire » ou « verte » [86]. Notons au passage que des articles monographiques intègrent souvent le mot, sinon le concept, et appréhendent la diplomatie au niveau géographique ou catégoriel, en utilisant en fait le terme au sens large de politique étrangère globale ou sectorielle d’un pays [87]. Il en est de même d’une autre contribution (d’avant le 11 septembre 2001), qui porte sur la symbiose, dans le cas de la France, entre diplomatie et défense autour de la notion de prévention des risques et d’action diplomatico-militaire en temps de paix [88].

Les écrits qui distinguent politique étrangère et diplomatie, placent cette dernière parmi « les instruments de la politique internationale » ou parmi les « instruments interétatiques » [89]. Ils la définissent par extension en décrivant, de façon classique, [p. 26] d’une part, la diplomatie bilatérale avec ses modalités de fonctionnement positives (ouverture de relations, délégation de conseillers spéciaux, visite de chef d’État, négociation, intervention de médiateurs, canal des diplomates officiels) ou négatives (rappel d’ambassadeur, suspension de relations, rupture des relations, protestation, rupture de négociation, réalisation d’accords, expulsion de citoyens étrangers…), d’autre part, la diplomatie multilatérale dans ses dimensions constructives (organisation de conférences, médiation ou arbitrage par une organisation internationale, résolution en faveur d’un État, médiation, enquête par un tiers, rencontres au sommet, conférences internationales) ou en situation de crise (boycottage de conférences, résolution contre un État, soutien à des opposants exilés…) [90]. La dimension pragmatique domine de même un concept comme celui de « loyauté » dans les relations internationales, valorisé par un groupe de chercheurs autour de Josepha Laroche. La nature et le rôle des appareils diplomatiques ne sont pas abordés de façon systématique. L’analyse s’attache à des cas particuliers ou périodisés d’alliances guerrières, militaires et commerciales [91].

Reconnaissons cependant que depuis peu, l’intérêt pour la diplomatie s’est accru. En témoigne un ouvrage dirigé par Samy Cohen qui – une fois n’est pas coutume – donne la parole à des diplomates [92]. Ceux-ci réfléchissent sur les nouvelles façons de négocier dans un monde chaotique confronté au terrorisme mondialisé qui a entraîné, contrairement à ce que pensaient certains théoriciens transnationalistes, non un affaiblissement, mais un renforcement des États, notamment des grandes puissances, ainsi qu’un fonctionnement en réseau de ceux-ci. Est présentée de façon réaliste et pragmatique la « modernisation » de la diplomatie. À l’opposé de la conception de François Heisbourg, cette confrontation inédite avec les hommes du métier montre que face aux ong et à la prolifération d’acteurs non étatiques, face aux médias, les diplomates voient leur rôle et leurs fonctions renforcées, modernisées et complexifiées lorsqu’ils se trouvent en situation de négociation multilatérale permanente. La diplomatie, confrontée aux progrès de la communication en temps réel, doit, par ses outils d’analyse, éclairer un monde apparemment transparent et pourtant opaque. De plus, elle doit aussi répondre rapide-[p. 27] ment aux besoins pressants en informations de terrain pour des situations d’urgence. Dans un entretien de Samy Cohen avec Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères, on perçoit les nouvelles exigences d’une diplomatie moderne qui reste toutefois fortement dépendante, dans sa structure et surtout dans son fonctionnement concret, des orientations mêmes de la politique étrangère du pays qu’elle sert.

Le manuel de relations internationales de Jean-Jacques Roche réserve à première vue le même traitement à la diplomatie que de nombreux autres ouvrages : description des méthodes diplomatiques évoluant à travers le temps, approche pragmatique et définition instrumentale. Certains développements qu’il propose permettent cependant d’approfondir l’analyse politologique de l’objet. D’abord, à l’entrée du mot, l’index analytique indique vingt et une références la concernant, dont deux développements (« la conduite diplomatico-stratégique » [93] et la « diplomatie verte » [94]). L’auteur présente ensuite la diplomatie comme un « instrument de régulation » [95] au service de l’intérêt national [96], dont il modère le caractère « rationnel » en rappelant les recherches sur l’analyse décisionnelle qui montrent les âpres marchandages entre différentes administrations [97]. Jean-Jacques Roche souligne d’autres aspects importants. Résumant les étapes historiques de la diplomatie, il analyse l’émergence de ses pratiques modernes et dégage cinq changements principaux au XXe siècle : les développements de la diplomatie parlementaire, avec l’émergence de l’opinion publique et des ong, ceux de la diplomatie directe entre chefs d’États, consécutive aux progrès des moyens de transport et de communication, ceux de la diplomatie technique avec la création de multiples organisations internationales fonctionnelles, ceux de la diplomatie économique « au moins équivalente à sa dimension politique » et, enfin, ceux d’une diplomatie non officielle portée par de nouveaux acteurs (par exemple les anciens présidents américains) [98]. Enfin, Jean-Jacques Roche attire à plusieurs reprises l’attention sur la dimension discursive de la diplomatie en évoquant par exemple « la construction du discours dominant en matière de relations internationales » [99], ou la diplomatie publique, qui attache « plus d’importance au discours qu’aux faits » [100].

[p. 28]

À l’exception de cet apport, la lecture des travaux consacrés à la diplomatie montre un excès d’empirisme et l’absence de réflexion théorique. Cela est particulièrement le fait d’un courant dominant dans la théorie des relations internationales en France, emporté par une idéologie antiétatique manifeste, qui en vient à délégitimer l’objet diplomatique au profit de la diversification de la scène internationale, de la fin de la souveraineté des États et de la survalorisation des flux transnationaux.


Les préjugés du paradigme « transnationaliste »

Les auteurs « transnationalistes » entendent « dissiper le cloisonnement séparant l’interne de l’international » [101]. Selon eux, l’État est concurrencé et contourné. Par conséquent, la diplomatie comme objet de recherche ne revêt aucune pertinence.

Fait symptomatique : un ouvrage consacré aux « nouvelles relations internationales » et qui rassemble les recherches du Ceri [102] inspirées par une conception transnationaliste homogène ouverte aux apports de la science politique anglo-saxonne, ne consacre aucune étude spécifique à la diplomatie, émanation de l’État. Après une présentation claire des mutations de la discipline « relations internationales », est simplement mentionnée (contre les postulats réalistes) l’existence d’une « École anglaise » (les travaux d’Hedley Bull) selon laquelle l’activité diplomatique constitue une des cinq institutions de « l’ordre international » avec l’équilibre de la puissance, le droit international, la guerre et le club des grandes puissances [103]. Marie-Claude Smouts suggère simplement que la diplomatie a retenu l’attention du « paradigme pluraliste », qui, précise-t-elle, « s’intéresse à la coopération et aux interactions entre acteurs publics et privés de la société mondiale » [104]. À l’inverse, la diplomatie, en tant qu’objet d’observation et de recherche, n’apparaîtrait guère légitime pour le paradigme réaliste ou pour le paradigme « behavioriste », même si ce dernier « a permis de faire entrer les acquis d’autres disciplines dans l’analyse des relations internationales » [105].

L’ouvrage, qui défend une théorie de la fin de la souveraineté de l’État, rejette par définition le paradigme « stato-centré ». L’appareil diplomatique lui apparaît d’autant moins pertinent à [p. 29] étudier qu’il incarne une bureaucratie d’État assez étroite et traditionnelle qui négligerait la réalité des forces transnationalistes. Cet argument est alors avancé, malgré la dimension heuristique de certaines contributions :


« La puissance classique, territoriale et politico-militaire, se voit concurrencée par des jeux informels animés par des réseaux avec lesquels l’État doit composer [106]. »


On trouve encore cette formule sous la plume d’un des coauteurs les plus représentatifs de cette approche :


« Face au monde des États qui demeure, avec ses principes traditionnels et les pratiques qui lui sont propres, se constitue un autre monde comptant une infinité d’acteurs cherchant d’abord à protéger et à promouvoir leur autonomie, jouant davantage de la coopération (ou du refus de coopération) que de la force, et échappant aux normes traditionnelles de la diplomatie [107]. »


Dans le même ouvrage collectif, Samy Cohen décortique cependant de façon plus nuancée les nouvelles modalités des processus de rationalité et de décision en s’efforçant surtout de montrer que face à la mondialisation, les États sont mal préparés pour élaborer une politique étrangère adéquate [108]. La perte de pertinence des frontières, des territoires, de la souveraineté, l’intervention d’acteurs transnationaux humanitaires et écologistes, mais aussi la concurrence entre les administrations au sein des instances étatiques, altèrent l’efficacité étatique. Pour le paradigme de l’analyse décisionnelle l’intentionnalité obéit, selon Samy Cohen, plus à la satisfaction qu’à une optimisation, les actions manquant de cohérence et de vision stratégique. Pour tenter de comprendre une diplomatie, il ne suffit pas d’analyser simplement la structure et le fonctionnement d’un appareil isolé ou de ses agents sur le terrain. L’élargissement territorial et temporel des espaces de référence, l’apparition de fonctions para-diplomatiques inédites ou de nouvelles diplomaties économiques [109], la multiplication des acteurs, des flux, des interactions, rendraient peu crédible toute analyse « stato-centrée ». Derrière les présupposés de cette approche à dominante sociologique (la théorie des mobilisations et la prédominance des petits groupes), voire anthropologique, surgit un certain refus théorique de l’État même si cependant – Marie-Claude Smouts le reconnaît elle-même – on manque encore de « solides études de [p. 30] cas » [110] ! Exit ainsi, une fois de plus, toute étude de la diplomatie comme objet pertinent de compréhension des relations internationales.

Le même évitement traverse un article d’inspiration théorique différente sur le constructivisme en relations internationales. Audie Klotz et Cécilia Lynch [111] y défendent l’idée selon laquelle ce sont les acteurs, par leurs pratiques, qui changent les règles et les enjeux des interactions internationales. Les auteurs ne spécifient cependant pas le rôle de la diplomatie, des diplomates et du langage, objet qui reste pourtant compatible avec une problématique constructiviste…

Plus nuancés sont les « nouveaux regards » portés par Frédéric Charillon et divers auteurs français sur la politique étrangère, objet plus restreint que les relations internationales. Fait significatif cependant, dans cet ouvrage didactique, dominé lui aussi par les présupposés transnationalistes, la diplomatie, absente des « exemples » donnés à l’index, est annoncée au sommaire dans le second développement, intitulé symptomatiquement « les pratiques » [112]. La première partie de la démonstration, consacrée à l’examen des approches théoriques, révèle un flou habituel dans les ouvrages de relations internationales quant à la classification des paradigmes concernés. La diplomatie n’apparaît pas digne d’être théorisée en tant que telle. Seule Marie-Christine Kessler la situe en quelques lignes dans ce qu’elle dénomme le « paradigme de la politique publique ». Avec cette expression, elle sous-entend qu’un « paradigme » peut se résumer à un objet concret [113]. La diplomatie fait bien partie du noyau décisionnel politique et administratif, si important pour comprendre les façons d’élaborer des décisions de politique étrangère. Elle constitue un des moyens de la politique régalienne de l’État, même si elle se réalise de façon interétatique à travers des sommets et des conférences internationales. Elle revêt une dimension symbolique significative qui sert de « référentiel » en fixant valeurs et principes généraux pour l’action politique comme pour le fonctionnement de l’institution [114]. Le qualificatif « diplomatique » est alors employé dans des acceptions différentes, signifiant tantôt la mise en œuvre par l’appareil administratif, tantôt une manière de comportement ou la révélation d’un contenu (un « sens diplomatique »), tantôt, de nouveau, la politique étrangère globale d’un pays.

[p. 31]

Face à une telle généralisation, cette synthèse, qui ne différencie pas l’organisation et le fonctionnement complexe, interne et externe de l’institution, a le mérite de tenir compte du discours diplomatique – c’est un fait assez rare pour être souligné. Celui-ci est considéré comme porteur de sens, mais il est jugé « formel » et « solennel », sans plus de précision. L’approche mise en valeur avec la boîte à outil des politiques publiques ouvre des perspectives positives qui restent évidemment, là encore, à traduire en études de cas, notamment au niveau des réseaux d’action publique, des interactions entre niveaux interne et externe, des interdépendances institutionnelles, des styles d’action… Marie-Christine Kessler reconnaît que des manuels de politique étrangère anglo-saxons et allemands (mais pas français !) ne trouvent pas honteux de présenter une analyse fine des appareils et des décideurs (donc de la diplomatie), ainsi que de décrire de façon géostratégique les conduites des politiques étrangères de terrain, dans les aires régionales [115]. Elle admet en tout cas le caractère heuristique du paradigme décisionnel qui se combine avec différents niveaux d’objets, mais aussi l’incompatibilité entre le paradigme des politiques publiques (qui peut s’appliquer aux politiques étrangères vers lesquelles convergent en fait plusieurs politiques publiques) et celui d’un transnationalisme intransigeant, tenant du prétendu effacement de l’État, voire celui d’un constructivisme cognitif, qui ne retiendrait que les représentations des acteurs comme mode d’explication de leurs comportements internationaux.

Globalement donc, les travaux français concernant la diplomatie apparaissent peu fournis en étude de cas. Leurs catégories d’analyse sont soit descriptives et redondantes, soit importées de paradigmes stéréotypés qui refusent de prendre en considération la spécificité de la dimension théorique de cet objet. Serions-nous devant une situation confortant la position de Léon B. Poullada qui qualifie la diplomatie de « chaînon manquant » [116] dans l’analyse des relations internationales ? Paradoxalement, alors que les recherches de la science politique française ont particulièrement négligé ses dimensions discursives, c’est le sens commun, malgré des positions de dénigrement et de méfiance, qui fait apparaître l’importance de celles-ci pour mieux comprendre le fonctionnement et la structure de l’institution.

[p. 32]

La pertinence de l’objet diplomatique au niveau de l’étude des relations internationales ne saurait être négligée. Afin de dépasser les limites constatées, mais aussi de suivre les pistes de réflexion ouvertes par les différentes recherches que nous venons d’évoquer, il reste à passer au travail concret et théorique sur le discours diplomatique

Cinq étapes d’analyse et de réflexion peuvent être proposées.

Dans un premier chapitre, nous explorerons la dimension discursive de la diplomatie au niveau général, dont il faut savoir si elle est d’origine interne au monde diplomatique ou d’origine externe, avant de nous interroger sur l’existence d’une matrice fondatrice de la diplomaticité.

Un second chapitre résumera les enseignements que l’on peut tirer d’une saisie historienne de l’institution et de sa discursivité propre, à travers leurs traces sédimentarisées dans la longue durée, particulièrement dans les manuels rédigés par des diplomates, auteurs collectifs d’un discours sur leur propre discours ainsi que sur eux-mêmes.

Un troisième chapitre abordera la façon dont la sociologie politique d’un côté, l’analyse sémiotique de l’autre, peuvent éclairer le fonctionnement symbolique de l’institution et la structure narrative du discours diplomatique.

Un quatrième chapitre montrera, à partir d’un choix de travaux anglo-saxons heuristiques, comment le discours diplomatique peut être interprété en tant qu’élément structurant le système international, au point de le résumer entièrement, et comment, dans une visée stratégie, il permet d’influencer la configuration des relations interétatiques.

Dans un cinquième chapitre enfin, à partir des résultats acquis dans les étapes précédentes, nous proposerons la construction d’un modèle sémiotique de la « discursivité diplomatique », avant de mieux apprécier en conclusion les dimensions complexes et élargies d’un objet dont nous souhaitons souligner la pertinence dans la saisie des relations internationales en tant que telles.



[1] Dictionnaire, Paris, Larousse-Bordas, 1998.

[2] Nous pensons évidemment aux fastes des lieux et des manifestations, dont les ouvrages consacrés au fond immobilier de certains ministères des Affaires étrangères et ambassades donnent un aperçu : Marie Hamon-Jugnet, Catherine Oudin-Doglioni, Le Quai d’Orsay. L’hôtel du Ministère des affaires étrangères, Paris, Éditions du Felin, 1991 ; Anne Leclerc (éd.), Ambassades de France. Le Quai d’Orsay et les trésors du patrimoine diplomatique, Paris, Perrin, 2000 ; Jane C. Loeffler, The Architecture of diplomacy. Building America’s Embassies, New York, Princeton Architectural Press, 1998 ; Pierre-Jean Rémy, Trésors et secrets du Quai d’Orsay. Une histoire inédite de la diplomatie française, Paris, J-C. Lattès, 2001. Pour les cérémonies, cf. la description de certaines remises de lettres de créances, notamment dans les mémoires de diplomates, par exemple : Jean François Deniau, Mémoires de sept vies. Croire et oser (tome ii), Paris, Plon, 1997, p. 345 et suiv. Pour les mondanités, cf. le titre provocateur du livre d’un diplomate, Albert Chambon, Mais que font donc ces Diplomates entre deux cocktails ?, Paris, éd. Pédone, 1983.

[3] Arno Mayer, La Persistance de l’Ancien régime. L’Europe de 1848 à la Grande Guerre, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983 ; Pierre Birnbaum, Le Peuple et les gros, Paris, Grasset, 1979.

[4] Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome iii, Le Salut, Paris, Plon, 1959, p. 627.

[5] Zbigniew Brzezinski, « The diplomat is an anachronism », The Washington Post du 5.7.1970. Zbigniew Brzezinski a été Conseiller pour la sécurité nationale du Président américain Jimmy Carter (1977-1981).

[6] George F. Kennan, « Diplomacy without diplomats ? », Foreign Affairs, 76, sept.-oct. 1997.

[7] Outre les mémoires de diplomates, certaines publications sacrifient particulièrement aux anecdotes, par exemple : Albert Chambon, op. cit. ; Pietro Gerbore, Formen und Stile der Diplomatie, [Hambourg], Rowohlt, 1964 ; Walter Zechlin, Diplomatie und Diplomaten, Stuttgart, Berlin, dva, 1935 ; id., Die Welt der Diplomatie, Francfort, Athenäum, 1960 ; Hanns-Erich Haack, Diplomatengeflüster – Anekdoten vom internationalen Parkett, Munich, Piper, 1973 ; Jörg von Uthmann, Die Diplomaten. Affären und Staatsaffären von den Pharaonen bis zu den Ostverträgen, Munich, dtv, 1988 (2. Aufl.) ; ainsi qu’une amusante satire sur le monde diplomatique : Lawrence Durrell, Esprit de corps oder Diplomaten unter sich, Hambourg, Rowohlt, 1969.

[8] Par exemple, un ancien responsable au sein des structures « jeunes » de la majorité RPR-UDF en 1994, exprime, sans détour, sa déception : « L’homme politique moderne a un discours qui oscille entre la banalité et le mensonge », Jean-Christophe Mounicq, « Pour un retour de la pensée politique », Revue des deux mondes, février 1994, p. 144. Cf. aussi le résumé présentant cet article sur la base Esope : « La meilleure façon d’étudier la pensée des hommes politiques, c’est d’analyser leur langage. Or il se résume la plupart du temps au “parler faux” : langue de bois, non-choix, communication contradictoire, réduction d’une question complexe à une fausse alternative, dramatisation, utilisation du bouc émissaire, et même mensonges ! Avec un discours oscillant entre banalité et contrevérités, l’homme politique moderne réfléchit de moins en moins ».

[9] Pour l’origine du néologisme « langue de bois » du polonais dretwa mowa, signifiant « langue figée » ou « bois mort », cf. Carmen Pineira, Maurice Tournier, « De quel bois se chauffe-t-on ? Origines et contextes de l’expression langue de bois », Mots, Paris, 1989 (21), déc. 89, p. 5-19.

Il existe de nombreux travaux sur la langue de bois comme langue idéologique, par exemple : L. Martinez, « La “langue de bois” soviétique », Commentaire, 16, 1981-1982, p. 506-515 ; Françoise Thom, La Langue de bois, Paris, Julliard, 1987 ; « Le discours politique en Pologne » dans Mots, Paris, 1995, n° 42, mars 1995, p. 13-34. S’y ajoutent les études de l’équipe « Lexicométrie et Textes Politiques » de Saint-Cloud, publiés dans la revue Mots, notamment le numéro spécial coordonné par Pierre Fiala, Carmen Pineira et Patrick Sériot, « La langue de bois en éclat, les défilements dans les titres de presse quotidienne française », Mots, Paris, 1989 (21), déc. 89, p. 83-98 ; Slobodan Despot, « La victoire est pure comme une larme. L’aphorisme politique en Yougoslavie, une subversion de la langue de bois », Mots, Paris, 1989 (21), déc. 89, p. 67-81.

À noter que Patrick Sériot ne partage pas cette vision du langage idéologique : cf. Patrick Sériot, « Langue de bois, langue de l’autre et langue de soi. La quête du parler vrai en Europe socialiste dans les années 1980 », Mots, Paris, 1989 (21), déc. 89, p. 50-65. Nous aurons à revenir ultérieurement sur sa vision.

[10] Carmen Pineira-Tresmontant, « Rigidités discursives et flou sémantique », Mots 17, 1988, p. 145-169.

[11] L’entropie est la mesure de l’aléatoire ou du désordre. Ainsi, un événement certain (un discours totalement attendu) ou impossible a une entropie égale à 0, un événement parfaitement aléatoire (un discours entièrement improbable, inattendu) a une entropie égale à 1, cf. http ://de.wikipedia.org, article « information ».

[12] « Banal, 1° qui appartient au ban, au territoire où le seigneur fait proclamer les bans ou édits : territoire banal ; 2° qui est établi dans le ban : four, moulin banal, four, moulin du ban où tous les gens du village devaient aller faire moudre ou faire cuire leur farine ; 3° objet banal, qui est à la disposition de tous ; 4° pensées banales, que tous répètent et qui sont sans originalité… », Arsène Darmesteter, La Vie des mots étudiés dans leurs significations, Paris, Librairie Delagrave, 1928, p. 78.

[13] Les mémoires de traduction sont des logiciels qui, lors de la traduction sur ordinateur, à partir d’un texte source, proposent, à l’écran, la traduction en langue cible déjà validée par une traduction antérieure, de telle sorte qu’un click de souris suffit pour l’insérer.

[14] Cf., par exemple, Ministère fédéral [allemand] des Affaires étrangères, Phraséologie de l’Acte final de la CSCE, Bonn, Bundesdruckerei, sans date, en quatre langues et 3 tomes – ici l’exigence de cohérence et même d’identité peut être facilement comprise.

Cf. aussi des glossaires destinés surtout aux praticiens de la parole diplomatique, qui affichent d’ailleurs clairement l’objectif recherché puisque comme on peut le lire dans une des préfaces, « décidé d’adopter progressivement l’arabe comme langue de travail, la diversité des termes employés par les orateurs et les rédacteurs arabes, selon leur formation, imposait l’unification de la terminologie en langue arabe », Unesco, Glossary of Conference terms, 1980.

[15] Cf., par exemple, Referat 105 (Sprachendienst) des Auswärtigen Amts, Standardformulierung für deutsche Vertragstexte, Bonn, 1962.

[16] « Die Standardformulierung [können] bei deutscherseits herzustellenden Entwürfen… als Unterlage dienen », lettre de Karl Carstens, du 6.3.1962 qui introduit Standardformulierung, op. cit. ; Karl Carstens, juriste de formation, était alors directeur du service politique et secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères à Bonn (l’équivalent de secrétaire général dans un ministère français), ultérieurement, il fut président de la République fédérale d’Allemagne (1979-1984).

[17] Isaac Goldberg, Le réflexe, cité par Jérôme Duhamel, Le Grand Méchant Dictionnaire de la politique et des politiciens, Paris, Acropole, 1986, p. 20.

[18] Henry Louis Mencken, Dictionary of quotations, Knopf, 1946, cité par Jérôme Duhamel, op. cit., p. 20.

[19] Alain Plantey, De la Politique entre les États : principes de diplomatie, Paris, A. Pédone, 1991 (2e éd.), p. 69-70. A. Plantey a été membre du cabinet du général de Gaulle à la présidence de la République, chef de mission diplomatique, délégué à l’Assemblée générale des Nations unies, haut fonctionnaire européen, président de la Cour internationale d’Arbitrage de la CCI, négociateur à diverses conférences internationales.

[20] Edgar Faure au sujet des relations de la France avec le Maroc, « réglant l’affaire marocaine après le rétablissement du sultan et les accords de novembre 1955 entre Antoine Pinay et Mohammed Ben Youssef (et c’est à ce propos qu’il lancera la fameuse formule de « l’indépendance dans l’interdépendance »), Encyclopaedia Universalis, op. cit., article « Edgar Faure ».

[21] Callières, De la manière de négocier avec les souverains, de l’utilité des négociations, du choix des ambassadeurs et des envoyez, et des qualités nécessaires pour réussir dans ces employs, Paris et Amsterdam, M. Brunet, 1716 (trad. angl. A.F. White, Londres 1919), p. 42, passage repris par Sir Ernest Satow, A guide to diplomatic practice, Longmans, Green and Co., Londres, New York, Toronto, 1958, 5e éd. (1ère éd. 1917), p. 93.

[22] E. Satow, op. cit., p. 96 : « The first and best advice I can give a young man on entering this career is to listen, not to talk - at least, not more than is necessary to induce others to talk ».

[23] Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Paris, Fayard, 1994, p. 13.

[24] « So wenig wie möglich, so viel wie nötig », expression entendue dans la bouche de Peter Bönisch, ancien porte-parole du gouvernement allemand, résumant sa tâche.

[25] « Mein Name ist Hase, ich weiss von nichts ! » « Je m’appelle Hase, je ne suis au courant de rien », Ruppert Mayr, in Das Parlament, Nr. 9/23. Februar 2001, Berlin. Cette expression aurait été forgée par un étudiant portant le nom Hase qui veut dire « lapin » en allemand.

[26] « Legatus est vir bonus, peregre missus ad mentiendum republicae causa ». Cette citation est rapportée (d’après Logan Pearsall Smith, Life and Letters of Sir H. Wotton, Oxford 1907, II/9) dans plusieurs ouvrages, notamment un long développement, Ernest M. Satow, A guide to diplomatic practice, Londres, New York, Toronto, Longmans, Green and Co., 1958, 5e éd., p. 132 ; Baron J. de Szilassy, Traité pratique de diplomatie moderne, Paris, Payot, 1928, p. 43 ; Harold Nicolson, Diplomatie, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1948, p. 39 ; Pietro Gerbore, Formen und Stile der Diplomatie, Hambourg, Rowohlt, 1964, p. 13 ; Jörg von Uthmann, Die Diplomaten. Affären und Staatsaffären von den Pharaonen bis zu den Ostverträgen, Munich, Deutscher Taschenbuch Verlag, 1985, p. 144 ; Jérôme Duhamel, Le Grand Méchant Dictionnaire de la politique et des politiciens, op. cit., p. 20.

[27] Harold Nicolson, Diplomatie, op. cit., p. 39.

[28] Thomas M. Franck, Edward Weisband, Word Politics. Verbal Strategy among Superpowers, New York, Oxford University Press, 1971, p. 9 : « The tendency in the pragmatic West is to regard rhetoric at best as ornamentation. What matter what we say, or what the soviets say ? It is what is done that counts ».

[29] Jacques Baeyens, Au Bout du Quai. Souvenirs d’un retraité des postes, Paris, Fayard, 1975, p. 269. L’ambassadeur J. Baeyens fut notamment négociateur aux Bermudes (décembre 1953), à Berlin janvier-février 1954), et à Genève (avril-juin 1954).

[30] « Legatus est vir bonus, peregre missus ad mentiendum republicae causa ». Cette citation est rapportée (d’après Logan Pearsall Smith, Life and Letters of Sir H. Wotton, Oxford 1907, II/9) dans plusieurs ouvrages, notamment un long développement, Ernest M. Satow, A guide to diplomatic practice, Londres, New York, Toronto, Longmans, Green and Co., 1958, 5e éd., p. 132 ; Baron J. de Szilassy, Traité pratique de diplomatie moderne, Paris, Payot, 1928, p. 43 ; Harold Nicolson, Diplomatie, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1948, p. 39 ; Pietro Gerbore, Formen und Stile der Diplomatie, Hambourg, Rowohlt, 1964, p. 13 ; Jörg von Uthmann, Die Diplomaten. Affären und Staatsaffären von den Pharaonen bis zu den Ostverträgen, Munich, Deutscher Taschenbuch Verlag, 1985, p. 144 ; Jérôme Duhamel, Le Grand Méchant Dictionnaire de la politique et des politiciens, op. cit., p. 20.

[31] Comme exemple de mensonges « diplomatiques », on peut se reporter à Jörg von Uthmann qui évoque Nikolaus Pawlowitsch Ignatiew, ambassadeur de Russie à Constantinople (de 1864 à 1877) surnommé « Menteur Pasha » et Franz von Papen lors des négociations du concordat avec le Vatican, ibid., p. 144.

[32] Yves Delahaye, La Frontière et le texte. Pour une sémiotique des relations internationales, Paris, Payot, 1977, p. 82.

[33] Cf. par exemple Ingrid Simonnaes, « Textsorten und Terminologie », site Internet de l’Université de Sarrebruck, 1998.

[34] Cf. Marc Fumaroli à propos de la langue française : « Bien avant d’être l’objet d’une science, la langue française a été l’objet d’un discours sur son esprit et son génie », Marc Fumaroli, « Le génie de la langue française », dans Pierre Nora, Les Lieux de la mémoire, tome iii, 1997, Paris, Gallimard, p. 4623.

[35] Bernard du Rosier, Ambaxiator Brevilogus, Bibliothèque nationale (ms. latin 6020), 1436, et V.E. Hrabar (éd.), De Legatis et Legationibus Tractatus Varii, Dorpat (Livonie), publication de l’université, 1905, cité par Jean Baillou et al., Les Affaires étrangères et le corps diplomatique français, Paris, CNRS, 1984, tome i, p. 37 ; on peut également mentionner Etienne Dolet, De officio legato, Lyon, 1541, un écrit basé sur l’expérience de l’auteur acquise en effectuant une ambassade à Venise.

Bernard du Rosier, archevêque de Toulouse, a effectué plusieurs missions diplomatiques et a rédigé son bréviaire lors d’une Ambassade en Castille, cf. Jean Baillou et al., Les Affaires étrangères et le corps diplomatique français, op. cit., tome i, p. 37. Notons au passage l’association d’hommes d’Église et de diplomates caractéristique de la fin du Moyen Âge jusqu’à la Renaissance : cf. Geoffrey R. Berridge, Diplomacy, Theory and Practice, Houndmills, Palgrave, Basingstoke, 2002 (2e éd.), p. 2 et suiv.).

[36] Peter Barber, Diplomacy : the world of the honest spy, Londres, British Library, 1979, p. 13.

[37] Ian Hotman, Sieur de Villiers, De la Charge et dignité de l’Ambassadeur, Düsseldorf, Bernard Busius, 1613, troisième édition, p. 1.

[38] Luc Reychler, Patterns of diplomatic thinking : A Cross-National Study of Structural and Social-Psychological Determinants. Foreword by Karl W. Deutsch, New York, Praeger, 1979, op. cit., p. 1 (trad. par nous).

Pour Martin Wight, « Few political thinkers have made it their business to study the state-system, the diplomatic community itself », « Why is There no International Theory ? », dans Martin Wight, Herbert Butterfield (éd.), Diplo­matic Investigations. Essays in the Theory of International Politics, Londres, Unwin, 1966, p. 22.

[39] L. Reychler, op. cit., p. 2.

[40] S. Sofer, « Old and New Diplomacy : a Debate Revisited », Review of International Studies, 14 mars, 1988, p. 196.

[41] Brian Hocking, « Catalytic Diplomacy : Beyond “Newness” and “Decline” dans Jan Melissen Innovation in Diplomatic Practice, Houndmills, Macmillan Press Ltd., 1999, p. 22.

[42] « Despite its great political significance, man’s verbal behavior has received relatively little attention », Doris Appel Graber, Verbal behavior and politics, University of Illinois Press, Urbana, Chicago, Londres, 1976, p. 8. Notons que l’auteur évoque également le troisième type d’explication, l’idée de dissimulation et mensonge, déjà exposé ci-dessus.

[43] L. Reychler, op. cit., p. 1.

[44] Vu l’abondance des publications de cette catégorie, nous nous abstenons de citer des exemples. Notons toutefois que l’importance des mémoires comme « lieux de mémoire », d’une manière générale, a été démontrée par Pierre Nora « Les Mémoires d’État. De Commynes à de Gaulle », dans Pierre Nora, Les lieux de mémoire, Paris, 1997, tome i, p. 1383 et suiv. ; pour le champ diplomatique, en particulier, les mémoires trouvent une place de choix dans les travaux de l’histoire diplomatique, mais ils peuvent être également très précieux pour des analyses politologiques.

[45] Jean Serres, Manuel pratique de protocole, Courbevoie, Éditions de la Bièvre, 1992 (nouvelle éd.) ; John Wood, Jean Serres, Diplomatic Ceremonial and Protocol : Principles, Procedures and Practices, Londres, Macmillan, 1970 ; et comme curiosité parce que destinée aux diplomates de la défunte RDA. : David Dreimann, Das diplomatische Protokoll. Aufgaben, Mittel, Methoden und Arbeitsweise, Leipzig, Koehler & Amelang, 1985 (3. Aufl.).

[46] Pour un aperçu de ces ouvrages, cf. ci-après « Le discours autoréférentiel des manuels diplomatiques ».

[47] Ici encore, on observe une grande abondance des publications ! Trois références à titres d’exemples : Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, Paris, Garnier Flammarion, 1966 ; Augusto Torre, Versailles. Storia della Conferenza della Pace, Milan, Instituto per gli Studi di Politica internazionale, 1940 ; Philip Zelikow, Condoleezza Rice, Germany Unified and Europe Transformed. A Study in Statecraft, Cambridge Mass. & Londres, Harvard University Press, 1995.

[48] Par exemple, Pietro Gerbore, Formen und Stile der Diplomatie, Reinbek près de Hambourg, Rowohlt, 1964 ; Jörg von Uthmann, Die Diplomaten. Affären und Staatsaffären von den Pharaonen bis zu den Ostverträgen, Munich, dtv, 1988 (1ère éd. Stuttgart, Deutsche Verlagsanstalt, 1985).

[49] Par exemple, Pietro Gerbore, Formen und Stile der Diplomatie, op. cit. ; Jörg von Uthmann, Die Diplomaten. Affären und Staatsaffären von den Pharaonen bis zu den Ostverträgen, Munich, dtv, 1988 (1ère éd. Stuttgart, Deutsche Verlagsanstalt, 1985).

[50] On peut ici renvoyer aux publications de l’ONU, également disponible sur Internet http: //www.un.org.

[51] Charles de Gaulle, Discours et messages, Paris, Librairie Plon, 1970 (4 tomes).

[52] Ronald Reagan, Les Discours de Ronald Reagan. Préface de Guy Sorman, Paris, J. C. Lattès, 1990.

[53] Ministre allemand des Affaires étrangères, en fonction pendant les négociations de l’unification des deux Allemagne : Hans-Dietrich Genscher, Deutsche Aubenpolitik, Stuttgart, Verlag Bonn Aktuell, 1977 ; id., Deutsche Aubenpolitik. Ausgewählte Grundsatzreden, Stuttgart, Verlag Bonn Aktuell, 1981 ; id., Deutsche Aubenpolitik. Ausgewählte Aufsätze 1974-1985, Stuttgart, Verlag Bonn Aktuell, 1985.

[54] Klaus von Beyme (Einleitung und Kommentar), Die großen Regierungserklärungen der deutschen Bundeskanzler von Adenauer bis Schmidt. Munich/Vienne, 1979.

[55] Charles Zorgbibe, Textes de politique internationale depuis 1945, Paris, PUF, QSJ, n° 2224, 1985 (1ère éd.).

[56] « The last category is virtually empty », Luc Reychler, op. cit., p. 1.

[57] Guillaume Devin, « Les diplomaties de la politique étrangère », dans Frédéric Charillon (sous la dir. de), Politique étrangère. Nouveaux regards, Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 215.

[58] Voir notamment, P. Renouvin, Rapport présenté au congrès international des sciences historiques, 1955 ; id., Histoire des Relations Internationales, tome i : Du Moyen Âge à 1789 et tome ii : De 1789 à 1871, Paris, Hachette, dernière éd. ; id., Histoire des Relations Internationales. Le xixe siècle, de 1871 à 1914. L’Apogée de l’Europe, Paris, Hachette, 1963 ; P. Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle, Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris, 1964 ; Jean-Baptiste Duroselle, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, Paris, Dalloz, 1993, et Tout Empire périra. Une vision théorique des relations internationales, Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

[59] Vladimir Potiemkine, Histoire de la diplomatie (traduit du russe), Paris, Librairie de Médicis, 1946-1947, 3 tomes ; voir également avec profit pour une prise de vue synthétique : Harold Nicolson, L’Évolution des méthodes en diplomatie (traduit de l’anglais), Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1955.

[60] Jean Baillou et al., Les Affaires étrangères et le corps diplomatique français, op. cit.

[61] Comme introductions générales : Jean Baillou, Pierre Pelletier, Les Affaires étrangères, Paris, PUF, 1962 ; Jacques Chazelle, La Diplomatie, Paris, PUF, 1962, 2e éd., 1968 ; comme grande fresque historique portant sur la « lingua franca » à travers l’histoire : Alexander Ostrower, Language, law and diplomacy. A study of linguistic diversity in official international relations and international law, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1965.

[62] Voir par exemple, Wilbur Edel, « Diplomatic history State Department Style », Political Science Quarterly, 1991-1992 106 (4), hiv. 91-92, p. 695-712 ; Enrico Brandt, Christian Buck (Hrsg.) Auswärtiges Amt. Diplo­matie als Beruf, Opladen, Leske, Budrich, 2002, (2e éd.).

[63] Lucien Bély (dir.), L’Invention de la diplomatie. Moyen Âge – Temps modernes, Paris, PUF, 1998 ; id., L’Europe des traités de Westphalie. Esprit de la diplomatie et diplomatie de l’esprit, Paris, PUF, 2000. On peut aussi lire l’ouvrage de Lucien Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990.

[64] Daniel Ménager, Diplomatie et théologie à la Renaissance, Paris, PUF, coll. « Perspectives littéraires », Paris, 2001.

[65] Max Kaase, « Political Science Today : Contributions to the Thematic Network Conference », TN-Discussion Papers, n° 1, Leiden 1999, p. 13-18.

[66] François Heisbourg, Rapport de mission d’analyse et de proposition relative à l’enseignement et à la recherche en « relations internationales » et « affaires stratégiques et de défense », juin 2000, disponible sur le site :

http://www.archives.premierministre.gouv.fr/jospin_version2/PM/RAPPORTS. HTM.

[67] Jean-Jacques Roche, « L’enseignement des relations internationales en France : les aléas d’une « discipline-carrefour » dans La Revue internationale et stratégique, n° 47, automne 2002.

[68] Pascal Boniface (dir.), Dictionnaire des relations internationales, Paris, Hatier, 1996.

[69] Pascal Chaigneau (dir.), Dictionnaire des relations internationales, Paris, Économica, 1998.

[70] Charles Debbasch, Jacques Bourdon, Jean-Marie Pontier, Jean-Claude Ricci, Lexique de politique, Paris, Dalloz, 1984-1988, dernière éd. 2001, avec par exemple les entrées : « Accréditation », « Agents diplomatiques », « Ambassadeur », « Consul », « Lettres de créance », Exequatur, persona grata ou non grata.

[71] Guy Hermet, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, Philippe Braud, Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Paris, Armand Colin, 1994.

[72] Marie-Claude Smouts, « Diplomatie », dans Marie-Claude Smouts et alii, Dictionnaire des relations internationales, Paris, Dalloz, 2003, p. 132-137.

[73] Geoffrey R. Berridge, Alan James, « Diplomatic language », A Dictionary of Diplomacy, Houndmills, Palgrave, 2001, p. 67.

[74] Par exemple, Baron Charles de Martens, Manuel diplomatique ou précis des droits et des fonctions des agens [sic] diplomatiques ; suivi d’un recueil d’actes et d’offices pour servir de guide aux personnes qui se destinent à la carrière politique, Paris, Treuttel & Würtz [usw.], 1822, p. 115 citant M. de Flassan « dans l’avant-propos de son Histoire de la diplomatie française » ; également, Henri Auguste Meisel, Cours de style diplomatique, 2 tomes, Paris, J. P. Aillaud, 1826.

[75] Guillaume Devin, art. cité, p. 215 et suiv.

[76] Farag Moussa, Manuel de pratique diplomatique. L’Ambassade, Bruxelles, Bruylant, 1972, p. 59 et suiv.

[77] Jean Serres, Manuel pratique…, op. cit. ; ainsi que John Wood, Jean Serres, Diplomatic Ceremonial and Protocol : Principles, Procedures and Practices, Londres, Macmillan, 1970.

[78] Certains manuels sont mêmes constitués majoritairement d’exemples historiques, par exemple, Abraham de Wicquefort, L’Ambassadeur et ses fonctions augmentée des réflexions sur les mémoires pour les ambassadeurs. De la Réponse à l’Auteur et du discours historique et l’élection de l’empereur & des électeurs, La Haye, Cologne, Amsterdam, Pierre Marteau, 1677, 2 tomes. La dominante de l’exposé par l’exemple diminue avec le temps, de telle sorte que la proportion entre exposé méthodique et le récit d’anecdotes est inversée pour les manuels modernes.

[79] Alain Plantey, De la Politique entre les États : Principes de diplomatie, Paris, Pédone, 1987 (2e éd. 1991).

[80] Alain Plantey, La Négociation internationale. Principes et méthodes, Paris, CNRS Éditions, 1994.

[81] Marie-Christine Kessler, La Politique étrangère de la France. Acteurs et processus, Paris, Presses de Science Po, 1999, p. 133.

[82] François Heisbourg, « Défense et diplomatie : de la puissance à l’influence », dans Roger Fauroux, Bernard Spitz (dir.), Notre État. Le livre vérité de la fonction publique, Paris, Hachette Littératures, Robert Laffont, coll. « Pluriel », 2000, p. 214-239.

[83] Jean-Michel Charpin, « Avant-propos » au Rapport Lanxade, Organiser la Politique européenne et internationale de la France. Rapport du groupe présidé par l’amiral Jacques Lanxade, Paris, Documentation française, décembre 2002, p. 3, souligné par nous.

[84] Edmond Jouve, Relations internationales, Paris, PUF, coll. « Premier Cycle », 1992, p. 245-253.

[85] Serge Sur, Relations internationales, Paris, Domat Montchrétien, 2000, p. 268-269, 405, 442-443.

[86] Josepha Laroche, Politique internationale, Paris, LGDJ, 1998.

[87] Hirotaka Watanabe, « La diplomatie japonaise après la deuxième guerre mondiale », p. 62-77 et Daniel Colard, « La diplomatie française du désarmement sous la ve République : 1958-2000 », p. 411-425, dans Annuaire français des Relations internationales, Bruxelles, Bruylant, 2001.

[88] Henry Zipper de Fabiani, « Diplomatie de défense et diplomatie préventive. Vers une nouvelle symbiose entre diplomatie et défense », Annuaire français des Relations internationales, Bruxelles, Bruylant, 2002, p. 615-629.

[89] Frank R. Pfetsch, La Politique internationale, Bruxelles, Bruylant, 2000, p. 217 ; Jean-Jacques Roche, Relations internationales, Paris, Montchrestien, 1999, p. 11 ; J.-J. Roche, Relations internationales, Paris, Montchrestien, 1999, p. 11.

[90] Frank R. Pfetsch, op. cit., p. 219 et suiv.

[91] Josepha Laroche (dir.), La Loyauté dans les relations internationales, Paris, L’Harmattan, 2001.

[92] Samy Cohen (dir.), Les Diplomates. Négocier dans un monde chaotique, Paris, Éditions Autrement (coll. Mutations, n° 213), 2002.

[93] Jean-Jacques Roche, Relations internationales, Paris, Montchrestien, 1999, p. 115-124.

[94] Ibid., p. 270-274.

[95] Ibid., p. 11.

[96] Ibid., p. 115.

[97] Ibid., p. 108.

[98] Ibid., p. 116-117.

[99] Ibid., p. 249.

[100] Ibid., p. 259.

[101] Guy Hermet et al., Dictionnaire…, op. cit., p. 134.

[102] Marie-Claude Smouts (dir.), Les Nouvelles Relations internationales. Pratiques et théories, Paris, Presses de Science Po, 1998.

[103] Ibid., p. 18 ; on peut penser qu’il s’agit d’une référence à Hedley Bull, The Anarchical Society, Londres, Macmillan, 1977.

[104] Marie-Claude Smouts (dir.), Les Nouvelles Relations internationales…, op. cit., p. 20.

[105] Ibid., p. 17, avec notamment une référence à Robert Jervis concernant son approche psychosociologique que nous abordons infra : « Le discours d’influence : la stratégie par l’image ».

[106] Marie-Claude Smouts (dir.), Les Nouvelles Relations internationales…, op. cit., p. 24.

[107] Ibid., p. 50.

[108] Samy Cohen, « Décision, pouvoir et rationalité dans l’analyse de la politique étrangère », dans M-C. Smouts, Les Nouvelles Relations…, op. cit., p. 75-101 ; rappelons par ailleurs que cet auteur a récemment réuni des contributions présentées par des praticiens, cf. Samy Cohen (dir.), Les Diplomates…, op. cit.

[109] Ariel Colonomos, « L’acteur en réseau à l’épreuve de l’international », dans M-C. Smouts, Les Nouvelles Relations…, op. cit., p. 203-226.

[110] Marie-Claude Smouts, « La mutation d’une discipline », dans Les Nouvelles Relations internationales, op. cit., p. 29.

[111] Audie Klotz, Cecilia Lynch, « Le constructivisme dans la théorie des relations internationales » (trad. par Marie-Claude Smouts et al.) dans Critique Internationale, n° 2-1999 (hiver), Paris, Presse de Science Po.

[112] Frédéric Charillon (sous la dir. de), Politique étrangère. Nouveaux regards, Paris, Presses de Science Po, 2002. Y figure notamment l’étude de Guillaume Devin, précitée pour son constat de manque de travaux sur la diplomatie.

[113] Marie-Christine Kessler, « La politique étrangère comme politique publique », dans Frédéric Charillon (sous la dir. de), Politique étrangère. Nouveaux regards, op. cit., p. 167-192.

[114] « Les États ont généralement un programme d’action diplomatique, exprimé dans les déclarations des autorités officielles avant et après les conférences internationales, dans les discours et interventions devant les parlements, lors des visites à l’étranger ou lors de la réception des chefs d’États étrangers, des communiqués de presse émanant des porte-parole des gouvernements. Il ne faut pas se cacher le côté formel et solennel de ces exercices qui, néanmoins, existent, ne sont pas sans signification officielle et ont un sens diplomatique. Ces textes et écrits sont soutenus par un ensemble de principes et de valeurs qui sont la charpente stratégique et idéologique censée soutenir l’action et les relations diplomatiques du pays, c’est-à-dire les choix qui seront adoptés par les grands problèmes politiques et techniques internationaux comme dans les objectifs à développer », Marie-Christine Kessler, « La politique étrangère comme… », art. cité, p. 169-170 ; souligné par nous.

[115] Ibid., p. 174.

[116] Leon B. Poullada, « Diplomacy is a missing link in the study of international politics » dans David McLellan et al., The Theory and Practice of International Relations, Englewood Cliffs, N. J., Prentice-Hall, 1974.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 22 mars 2012 19:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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