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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Initiation à la recherche dans les sciences humaines. (1968)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Marc-Adélard Tremblay, Initiation à la recherche dans les sciences humaines. Montréal: McGraw-Hill, Éditeurs, 1968, 425 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [M Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l’enseignement de l’Université Laval, nous a accordé le 4 janvier 2004 son autorisation de diffuser électroniquement toutes ses oeuvres.]

Introduction

I. Perspectives générales

II. Les principes directeurs du manuel

1. L'approche inductive
2. Continuités entre la théorie et la méthodologie
3. L'apprentissage d'un vocabulaire conceptuel nouveau
4. Les travaux d'observation : un mode d'insertion dans le réel

III. Les objectifs du manuel

IV. Le contenu du manuel

I – Perspectives générales

En intitulant ce manuel « Initiation à la recherche dans les sciences humaines », nous avons voulu mettre l'accent sur le fait que l'ensemble des exposés qui apparaissent ici constituent les éléments essentiels à l'élaboration d'une méthodologie scientifique, telle que celle-ci s'applique dans les études inductives dans les sciences humaines. Le thème principal de ce manuel est le processus d'observation, ce concept étant pris dans sa signification la plus large. Ce processus s'appuie sur une problématique qui en constitue l'arrière-plan théorique et débouche sur l'explication scientifique et parfois sur l'élaboration de schèmes théoriques. Autrement dit, l'observation est possible et fructueuse à la condition de découler d'une préoccupation scientifique et d'une perspective théorique. Tandis que celle-là permet de poser une question à la réalité, celle-ci définit et précise l'angle théorique sous lequel cette question sera examinée. Les observations recueillies acquerront une valeur scientifique et pourront être systématiquement organisées parce qu'elles respectent les règles fondamentales de la méthode scientifique. Elles constituent un ensemble d'informations susceptibles de fournir une meilleure compréhension de la réalité et de permettre des explications valables. Ces dernières correspondent à la réalité, possèdent une certaine stabilité et représentent les explications les plus plausibles dans les circonstances.

On aura saisi, par ce qui précède, le caractère relatif de l'explication scientifique : les interprétations qui sont valables et plausibles à un moment donné pourront ne plus l'être à un moment subséquent. Mais alors, pourra-t-on juger de la qualité et de la valeur d'une explication ? Grosso modo on peut dire que l'explication valable est celle qui procède d'observations suffisamment nombreuses et fiables, et qui permet une meilleure compréhension de la réalité. On peut ajouter qu'elle se fonde sur des faits d'observation qui correspondent largement aux faits de réalité.

II – Les principes directeurs du manuel

1. L'approche inductive

Les étudiants venant des collèges classiques ont toujours éprouvé de sérieuses difficultés à comprendre et à appliquer les principes du modèle inductif dans la conduite d'une recherche scientifique. À ce niveau de leur formation, la plupart d'entre eux avaient pris l'habitude de connaître et de penser selon le modèle logico-déductif, modèle théorique exclusivement en usage dans l'enseignement de la philosophie traditionnelle. Il ne s'agit point de définir ou d'évaluer la portée de ce mode particulier de connaissance, mais de développer le modèle qui se fonde directement sur la réalité. Si, dans le modèle du premier type, il fallait élaborer des propositions théoriques fondamentales et en dégager les conséquences logiques nécessaires, dans le modèle inductif il faut, au contraire, poser une question à la réalité et imaginer les procédés concrets à utiliser pour y répondre.

– Pourquoi ces travailleurs sont-ils insatisfaits ?

– Quelles sont les conditions de vie des familles salariées canadiennes françaises ?

– Quelle est la vision du monde dans cette communauté isolée ?

– Quel est le processus d'anglicisation des canadiens d'expression française vivant dans des milieux anglo-saxons ?

– Pourquoi y a-t-il eu une grève des hôpitaux en 1966 ?

- Et pourquoi les radiologistes se sont-ils mis en grève en 1967 ?

– Quels sont les possibilités de développement économique et social de la région du Bas-Saint-Laurent ?

– Peut-on définir les modèles de consommation d'alcool des adultes de la Province de Québec ?

– La pauvreté favorise-t-elle diverses formes de désintégration sociale ?

– Quelles sont les classes sociales de la ville de Montréal ?

– Quelles sont les fonctions de l'hôpital dans la société technique ?

Une fois la question posée, on doit définir l'ensemble des informations qu'il est essentiel de recueillir afin de la documenter le plus adéquatement possible et d'élaborer une stratégie de l'observation qui rende accessibles les données exigées. Les faits pourront suggérer plusieurs interprétations, toutes aussi plausibles les unes que les autres, ou bien ils pourront accorder à une réponse particulière un poids et une valeur supérieurs aux autres.

Il s'agit donc d'un mode de connaissance différent du mode déductif parce qu'il est ancré dans les faits. On avait l'habitude d'affirmer que l'induction était l'inverse de la déduction. Cette conception n'est que partiellement vraie pour une raison bien simple : le mode déductif de connaissance n'est point purement logique et il s'inspire de la réalité concrète, tandis que le mode inductif de connaissance ne laisse pas uniquement les faits parler par eux-mêmes, mais découle d'orientations théoriques préalables qui guident l'observation. La position de l'empiricisme est difficilement défendable. Si ces deux modes de connaissance ne constituent pas à proprement parler une opposition stricte, ils représentent tout de même des façons très différentes de poser les problèmes et de chercher à les comprendre. Leurs méthodologies respectives sont donc également différenciables.

C'est cette approche centrée sur les faits qu'il s'agit d'expliciter dans ses principes et dans ses démarches qui doivent être cohérents. Par cohérence nous entendons ici la logique interne du système, la continuité des étapes intermédiaires et le caractère identique des règles du jeu.

2. Continuités entre la théorie et la méthodologie

Nous postulons qu'il est tout à fait essentiel de développer les fondements théoriques de la recherche empirique, afin de spécifier sous quelles conditions elle peut devenir rigoureuse et décisive. Nous ferons un effort systématique pour montrer les liens de continuité qui existent entre la théorie et la méthodologie. Si la méthodologie est, entre autres, une logique opératoire, c'est que ses démarches découlent de la position théorique du problème. Les observations qu'elle permet de recueillir sont les éléments utilisés dans l'effort d'explication.

La méthodologie des sciences de l'homme s'inspire en tous points des grands principes de la méthode scientifique universelle. Elle s'en distingue toutefois par les éléments humains qui s'interposent entre la réalité et l'observation. Pour bien comprendre les principes de la méthodologie de la recherche empirique, il faut établir clairement les différences qui existent entre les divers types de recherche en ce qui a trait à leur nature et à leurs objectifs. Il faut également montrer comment s'effectue le passage du concept théorique au concept opératoire et au concept expérimenté. On verra, enfin, comment les propriétés instrumentales et l'instrumentation découlent d'exigences théoriques liées à la nature du problème à l'étude. On ne saurait négliger, par ailleurs, de réfléchir sur la sûreté et la validité des résultats obtenus.

3. L'apprentissage d'un vocabulaire conceptuel nouveau

La recherche empirique exige non seulement la connaissance du modèle inductif mais aussi celle d'un vocabulaire technique nouveau. Ce n'est pas uniquement le mode d'appréhension du réel qui change, mais aussi les symboles et les concepts qui traduisent la réalité. L'étudiant qui apprend de nouvelles règles de grammaire doit, en même temps, développer et maîtriser un lexique adéquat. Relativement à ce double mécanisme d'apprentissage, deux remarques s'imposent : l'une se rapporte au langage de la méthodologie scientifique générale, l'autre, aux conceptualisations de la méthodologie dans les sciences humaines.

Chaque fois que nous le pourrons, nous introduirons aussi rigoureusement que possible la conceptualisation et les vocabulaires utilisés dans les sciences dites « pures », afin de bien montrer le caractère général de l'activité scientifique et les significations équivalentes des concepts qui le traduisent. Mais nous utiliserons aussi les concepts et la terminologie des sciences humaines – non seulement pour décrire les démarches méthodologiques, mais aussi pour traduire les activités économiques, psychologiques, sociologiques et anthropologiques, telles qu'on les observe dans ces disciplines.

Si le langage scientifique est un lorsqu'il s'agit de méthode de travail et d'observation, il est multiple et spécialisé quant au contenu spécifique de chacune des sciences. Au surplus, les sciences de l'homme introduisent des difficultés à la fois méthodologiques et théoriques parce que c'est l'homme qui s'observe lui-même (méthodologie), et parce que chacune des sciences de l'homme possède plusieurs schémas théoriques concurrents pour expliquer la réalité.

Nous éviterons également d'utiliser, autant que possible, le langage analogique afin de ne pas avoir, chaque fois, à démontrer l'authenticité et l'exactitude des analogies utilisées. Nous démasquerons, à l'occasion, les comparaisons abusives entre les sciences naturelles et les sciences du comportement. Il ne peut être question, en effet, de prêter à ces dernières la même rigueur, la même exactitude qu'aux premières.

Finalement, la méthodologie propre à une discipline particulière est étroitement liée aux objectifs de celle-ci ainsi qu'à ses champs particuliers d'observation. La méthodologie ne peut se séparer complètement du contenu des diverses sciences. Étant tributaire des usages conceptuels spécifiques à chacune des disciplines, nous traduirons inévitablement en même temps qu'elles, les ambiguïtés conceptuelles qu'elles n'ont pas encore réussi à dissiper.

4. Les travaux d'observation : un mode d'insertion dans le réel

Tout manuel qui vise à initier à l'observation scientifique doit déboucher sur un travail concret mettant en application les principes et les techniques que le volume énonce et définit. Cela revient à dire que la réflexion méthodologique n'acquiert sa pleine signification que lorsqu'elle s'appuie sur une ou plusieurs expériences concrètes, à l'intérieur desquelles le chercheur vit et assume les difficultés que suscite l'observation sous toutes ses formes.

Aujourd'hui, alors que la planification, la rationalité et l'efficacité sont des objectifs de plus en plus courants dans toutes les sphères de l'activité professionnelle, la recherche est une nécessité. Toute science fondamentale ou d'application repose sur une tradition que chaque discipline essaie de faire progresser. Le progrès n'est pas le résultat unique d'activités novatrices comme l'invention ou la création, c'est aussi le perfectionnement de ce qui existe déjà, c'est-à-dire d'une certaine tradition. On sait que la science ne se coupe jamais de ses racines historiques, car elle en est le résultat. Il est donc possible de perfectionner le savoir tout comme les démarches permettant son acquisition. Lorsque nous avons effectué l'étude sur les comportements économiques de la famille salariée du Québec [1], par exemple, nous nous sommes inspirés de la tradition française des études sur le budget, sur les modes de vie et sur les classes sociales. Nous avons également consulté les études américaines sur la consommation, la psychologie du consommateur et l'influence des communications de masse. Nous avons ensuite intégré à notre recherche ce qui, dans ces deux traditions, nous apparaissait le plus valable pour le contexte québécois (étant donné l'état actuel des connaissances en économique, en psychologie, en sociologie et en anthropologie).

Mais toute expérience de recherche, si riche et si profitable soit-elle, demeure forcément incomplète en ce qu'elle exige l'application d'un nombre limité de principes et de techniques. Il nous apparaît donc nécessaire d'utiliser, pour illustrer les principes que nous avançons, des exemples concrets de travaux de recherche effectués au Canada français. Nous trouvons aussi profitable de nous reporter à un travail où il est facile de repérer chacune des étapes du processus d'observation [2] et d'identifier les principaux instruments d'observation. Cette mise en application des principes méthodologiques, ainsi qu'une référence constante au milieu dans lequel nous vivons, permettent une insertion dans la réalité et une certaine « objectivisation » des expériences passées et présentes. L'arrière-plan empirique permet de remémorer des expériences vécues et de les évaluer à la lumière de nouveaux schémas théoriques. Voyant aussi comment le chercheur définit et dissèque les résultats de ses observations, l'étudiant confère à ses propres expériences passées de nouvelles significations.


III. – Les objectifs du manuel

1. Énoncer les grands principes d'une méthodologie scientifique générale.

2. Indiquer comment cette méthodologie générale peut s'appliquer, selon certaines modalités, aux sciences de l'homme. Démontrer ses implications au niveau de la validité des résultats, des explications de la réalité et de l'élaboration de généralisations spatio-temporelles.

3. Initier à la recherche inductive – mode de connaissance fondé sur les faits d'observation.

4. Faire prendre conscience des réalités socio-culturelles du Canada français à travers les exemples concrets utilisés à titre d'illustration.

Si ces objectifs sont atteints, vous connaîtrez les fondements de l'activité scientifique, vous pourrez entreprendre des recherches originales et en tirer les conclusions possibles et vous serez en mesure d'évaluer les travaux des autres.


IV. – Le contenu du manuel

Le manuel est divisé en trois parties à peu près égales :

1. Les fondements théoriques de la méthode scientifique.
2. Le processus d'observation.
3. Les techniques de collecte.

Chacune se subdivise en un certain nombre de leçons.

La section sur les fondements scientifiques énonce les principes et les critères à respecter dans la conception et la mise en application de la démarche scientifique. Nous insistons, en particulier, sur les différences majeures entre les sciences de la nature et les sciences de l'homme ; nous établissons les principaux types de recherche ; nous illustrons la façon de passer du concept théorique au concept opératoire ; nous distinguons théorie et méthodologie, techniques et instruments ; nous visons à démontrer, par la suite, l'utilité de la planification de la recherche.

La section sur le processus d'observation comprend trois leçons. L'une définit l'ensemble des étapes à suivre pour que l'observation s'effectue selon les canons de la méthode scientifique et permette d'élaborer des interprétations plausibles. Une autre évalue la qualité des résultats obtenus. La troisième est centrée sur les études de vérification et sur les manières de confronter les hypothèses à la réalité.

La dernière section traite des techniques. Elle présente quelques-unes des principales ainsi que certains instruments utilisés pour recueillir des faits à différents stades du processus d'observation. Les techniques choisies sont l'inventaire, la documentation, l'observation, l'entrevue et le questionnaire. Dans toutes les sciences de l'homme, les chercheurs les utilisent. Elles font donc partie du répertoire instrumental.



[1] En collaboration avec Gérald Fortin, Les Comportements économiques de la famille salariée du Québec, Québec, P.U.L., 1964.

[2] Les Comportements économiques, op. cit.



Retour au texte de l'auteur: Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l'Université Laval Dernière mise à jour de cette page le samedi 1 mai 2010 9:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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