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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

 “De l’hôpital médiéval à l’hôpital moderne”. (1966)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de M. Marc-Adélard Tremblay, “De l’hôpital médiéval à l’hôpital moderne”. Un article publié dans la revue L’HÔPITAL d’aujourd’hui, vol. 12, no 11, novembre 1966, pp. 16-22, 52 et 56. [Alors professeur d'anthropologie à l'Université Laval de Québec, Monsieur Tremblay a prononcé lors du congrès de l'Association des Hôpitaux de la Province de Québec, en 1966, une conférence intitulée: Les fonctions de l'hôpital dans la nouvelle société. Dans le présent numéro, nous publions le texte qui a servi de base à son exposé.] [M. Tremblay, anthropologue retraité de l'Université Laval nous a accordé, le 4 janvier 2004, sa permission de diffuser toutes ses oeuvres, plus d'une centaine.]

Introduction

Nous abordons avec beaucoup d'appréhension une question à la fois aussi large et aussi complexe que celle de définir les nouvelles fonctions de l'hôpital dans la société technique. N'ayant jamais été hospitalisé, nous n'avons pas une connaissance vécue de l'hôpital, ce qui est un peu trahir notre discipline que d'en parler quand même. Au surplus et ceci vient accentuer notre témérité, le champ de la sociologie médicale (1) est à peu près inexistant au Canada français. Pour justifier cette dernière constatation, on peut invoquer un certain nombre de faits historiques. La sociologie, l'anthropologie et les sciences de l'homme sont encore de jeunes sciences chez nous. De plus les frontières interdisciplinaires (ou les manières de découper la réalité) ont empêché et empêchent encore un rapprochement plus fécond des sciences médicales et des sciences humaines. On pourrait identifier plusieurs autres facteurs, dont le peu d'importance que l'on a accordé jusqu'à aujourd'hui à Ici recherche fondamentale. Cette convergence de facteurs explique donc le peu de connaissances sociologiques dont nous disposons sur l'hôpital du Canada français. Une troisième difficulté, celle-là liée à la nature du phénomène sous observation, vient s'ajouter aux premières. Les changements qui se produisent dans la pratique médicale et dans l'univers hospitalier sont si rapides qu'il est difficile non seulement de les inventorier mais aussi d'en comprendre les significations profondes à la fois sur les structures institutionnelles et sur le patient lui-même.


Photo 2: La «Grand-Chambre des Povres», exemple de l'hôpital médiéval, fait partie de l'Hôtel-Dieu de Beaune, fondé par le chancelier Rolin en 1443. Les sœurs de la Congrégation de Sainte-Marthe y soignent les malades, les vieillards et les indigents depuis plus de 500 ans, malgré les guerres, les crises et les révolutions.

Afin d'encadrer nos observations, nous voulons énoncer notre hypothèse de travail. Les changements qui sont aujourd'hui visibles dans l'univers des sains hospitaliers (qu'ils soient le résultat d'une action concertée ou le fruit du hasard) sont parallèles à ceux qui se produisent dans d'autres univers socio-culturels. Aussi, il serait tout à fait maladroit de dissocier la trilogie malade-hôpital-soins infirmiers de la société globale dans une analyse prospective de l'hôpital qui tend à être compréhensive. Même si ce n'est pas le type d'analyse que nous entendons poursuivre, elle suppose quand même que nous respections une autre exigence. On ne saurait, en effet, parler avec cohérence de l'hôpital de l'avenir sans se référer aux contextes hospitaliers d'hier et d'aujourd'hui.

Nous voulons redéfinir les fonctions de l'hôpital par rapport aux exigences de la société nouvelle. Cette société moderne est urbaine et industrialisée, elle est technique et bureaucratique, elle est, enfin, de type scientifique. Il ne s'agit pas ici de tracer le profil de l'ensemble des caractéristiques de la société moderne. Le trait dominant de cette nouvelle société c'est, au point de vue individuel, l'enrichissement de la conscience et de la rationalité ; au point de vue collectif, le développement et la planification. Nous voulons signifier par là que les individus, seuls ou collectivement, réfléchissent sur leurs expériences de vie, les cadres institutionnels et les situations sociales dans le but de mieux se connaître, bien sûr, mais aussi avec l'intention de transformer le milieu afin qu'il soit davantage au service de l'homme.

Si le développement de la société - dans le sens d'une transformation et d'un progrès constamment perfectibles - constitue une finalité fondamentale, c'est que les individus sont prêts à prendre en charge tout un ensemble de transformations sociales et de les orienter en fonction des choix les plus rationnels possibles.


Photo 3: Miniature du 15e siècle illustrant un département de l'Hôtel-Dieu de Paris.

Si nous transposons ces deux notions au domaine de la santé, elles s'expriment dans trois grandes tendances: a) un désir d'améliorer l'hygiène corporelle et mentale ainsi que la santé «publique»; b) la prise en charge de cette amélioration par une activité coordonnée dans trois champs d'action: le traitement et la réadaptation, la recherche fondamentale et appliquée, et la prévention sous toutes ses formes; et c) la conception de l'hôpital général comme un instrument de planification.

Tenant compte de ces notions, spécifions encore davantage l'hypothèse que nous énoncions plus tôt. Il s'agit de montrer ici comment l'hôpital est le reflet de la société et de définir les interventions nécessaires pour conférer à l'hôpital moderne les fonctions de haute efficacité tout en prévenant les conséquences déshumanisantes qui sont associées à l'avancement technique.


Photo 4: Soins des malades au 13e siècle. À gauche, des moines et des religieuses accueillent les voyageurs indigents. À droite, une religieuse soigne des infirmes. Manuscrit français du 13e siècle. Bibliothèque nationale.


Tout d'abord, nos observations porteront surtout sur l'hôpital général avec départements spécialisés. Notre intention n'est évidemment pas de rétrécir ou de compartimentaliser la notion de maladie, mais plutôt de choisir un type institutionnel comme champ privilégié de prospection. Ce choix est motivé à la fois par l'importance numérique et professionnelle de ce cadre hospitalier et par les nouvelles fonctions qu'il est appelé à assumer dans la planification des soins infirmiers, et hospitaliers. Ainsi comprises, nos références à l'hôpital général nous obligeront à définir le concept de santé d'une manière extensive et à préciser les nouvelles fonctions de l'hôpital dans le domaine des santés physique et psychique (base régionale).

Ayant présenté les principales coordonnées de notre analyse, voici comment se déroulera notre propos. Dans une première partie, nous présenterons deux types d'hôpitaux: l'hôpital traditionnel et l'hôpital moderne ayant soin de montrer comment s'est effectué le passage d'un type à l'autre. Pour chacun des types nous spécifierons la conception de la santé et de la maladie, les fonctions de l'hôpital ainsi que les principaux traits de la culture hospitalière et de son ouverture sur la société. La seconde partie, beaucoup plus courte, traitera de l'hôpital de l'avenir, et soulèvera plus de questions qu'elle apportera de réponses.

Si nous nous arrêtons à brosser à grands traits les principales étapes de l'évolution du contexte hospitalier c'est que nous définirons à la fois l'évolution de la science médicale, celle de la conception des soins infirmiers et celle des responsabilités étatiques en hygiène publique. Nous comprendrons davantage les multiples significations des tendances qui apparaissent déjà connaissant quelque peu les traditions qui les ont fait naître.

Note:

(1) Il ne faut point confondre ce champ avec celui de la médecine sociale qui recouvre principalement l'ensemble des mesures sociales et législatives ayant trait à la protection de la santé de l'individu.

Retour au texte de l'auteur: Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l'Université Laval Dernière mise à jour de cette page le Lundi 25 avril 2005 20:16
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 



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