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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La construction culturelle de la recherche psychosociale en santé mentale:
les enjeux scientifiques et sociopolitiques

Le sens de notre démarche


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de M. Marc-Adélard Tremblay et Charlotte Poirier, “La construction culturelle de la recherche psychosociale en santé mentale: les enjeux scientifiques et sociopolitiques”. Un article publié dans la revue Santé mentale au Québec, Montréal, 1989, vol. 14, no 1, juin 1989, pp. 11-34. [M Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l’enseignement de l’Université Laval, nous a accordé le 4 janvier 2004 son autorisation de diffuser électroniquement toutes ses oeuvres.]

Le sens de notre démarche

C'est à la demande du directeur de Santé mentale au Québec que nous avons entrepris cette tâche de mettre à découvert et de commenter les différents enjeux qui confrontent la recherche psychosociale dans le domaine de la santé mentale. La thématique proposée comporte une amplitude peu ordinaire et est d'une grande complexité par la multiplicité des facteurs et des dynamismes à prendre en compte. Aussi, il n'est guère surprenant que le sujet soit apparu rébarbatif à quelques chercheurs expérimentés et à des cliniciens chevronnés qui ont jugé préférable de ne pas acquiescer à la demande du directeur. Cette réaction, qui n'est sans doute pas univoque, nous a semblé significative sous l'angle de la démarche que nous entendions utiliser et par rapport à des idées maîtresses que nous escomptions proposer. Celle-ci renvoie aux conditions sociopolitiques de la production des connaissances dans ce champ d'étude tandis que celles-là s'inscrivent au cœur de cette dernière et se rapportent à la praxis de la recherche sociale [1] et aux dynamismes qui la transforment. 

Nous sommes conscients que notre témérité ne peut être pleinement justifiée! Malgré tout, il nous apparaît utile de spécifier notre problématique, sans avoir à documenter nos propres expériences de «recherche sur le social » [2]. Dans un premier temps, nous avons examiné la littérature québécoise pertinente sans toutefois viser à une compilation exhaustive. Nous avons été frappés par l'abondance des recherches psychosociales dans des champs aussi variés que les toxicomanies, la délinquance et la criminalité, la violence conjugale, les enfants mal aimés, la monoparentalité, la précarisation, le chômage, le suicide, et plus récemment, les aspects psychosociaux de l'accouchement, du vieillissement et de la solitude, de la fatigue et du surmenage, des maladies sexuellement transmises et du SIDA. Mais c'est certes dans le domaine de la santé mentale que l'on trouve le plus grand nombre d'études portant sur les aspects psychosociaux de la détresse psychologique et du désordre psychiatrique. Toutes intéressantes qu'elles fussent, ces études, à part quelques exceptions, ne nous projetaient pas au cœur des enjeux que nous voulions débattre. En bref, nous n'ambitionnons pas de présenter un bilan critique des travaux en santé mentale au Québec puisque ce travail a déjà été réalisé avec brio (Corin, 1987 ; Tousignant, 1987). Nous nous intéressons plutôt aux conditions de production des connaissances en santé mentale, un champ bien identifié depuis le milieu des années 50 (Jahoda, 1958) mais qui a connu un essor plutôt lent, ici au Québec, en dépit d'efforts amorcés dans le Rapport Bédard-Lazure-Roberts (1962), dans le Rapport Castonguay-Nepveu (1970) et dans les orientations récentes portant sur la désinstitutionnalisation des malades psychiatriques (1989). 

Devant la pauvreté des productions scientifiques traitant de cette question sous l'angle de nos préoccupations, il nous est apparu nécessaire d'élargir le bassin de la production aux États-Unis et à l'Europe (France, Angleterre, Pays-Bas et Scandinavie). Mais, cette littérature, justement, nous sensibilisait à l'éventail des disciplines scientifiques qui s'intéressaient, sous un angle donné, aux aspects psychosociaux d'un phénomène particulier et nous instruisait sur les différentes perspectives conceptuelles et les approches méthodologiques de la recherche psychosociale. Mais elle nous renseignait peu sur les conditions de production et d'utilisation de ces connaissances. C'est ainsi que nous en sommes venus à concevoir une troisième étape centrée sur des entrevues intensives auprès de chercheurs et de cliniciens du Québec reconnus pour leurs travaux à caractère psychosocial dans le domaine de la santé mentale. 

Les informateurs clefs, au nombre de quatorze [3], sélectionnés en fonction de leur engagement en recherche psychosociale dans leurs disciplines respectives, auraient à répondre essentiellement aux mêmes questions contenues dans un schéma établi. Ce dernier couvrait six thèmes, soit : 

a)  la formation académique et les fonctions professionnelles ;
b)  les conceptions et définitions de la recherche psychosociale ;
c)  les genres de problématique, les modes d'observation et les types d'analyse utilisés ;
d)  les sources de financement et les modes d'attribution des subventions ;
e)  la diffusion scientifique, le transfert des connaissances et l'utilisation des résultats ; et
f)  l'avenir de la recherche psychosociale sur l'horizon de l'an 2000.

  

Les chercheurs interrogés, à une ou deux exceptions près, disposent d'une double formation disciplinaire qu'ils ont reçue soit au Canada, aux États-Unis ou en Europe. On les retrouve à l'université (3), dans des centres de recherche à affiliation universitaire dans des établissements psychiatriques (8) et dans des établissements de santé voués principalement à la distribution de services et de soins de santé (3). Ils s'identifient à trois ou quatre écoles différentes, utilisent un des trois modèles théoriques que nous définissons plus loin et doivent confronter sensiblement les mêmes difficultés dans leurs efforts de production de connaissances nouvelles dans un domaine pourtant jugé prioritaire par les législateurs, les gestionnaires et les intervenants professionnels tant en Europe que sur le continent nord-américain [4]. Toutes les disciplines s'intéressant au psychosocial ne sont pas représentées par les interviewés mais on retrouve (par ordre alphabétique) l'anthropologie, l'ethnopsychologie, la philosophie, la psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse, la sociologie et le travail social. Étant donné la nature du champ d'étude, la psychiatrie, dans divers courants théoriques, est particulièrement bien représentée (psychiatrie comportementale, psychiatrie clinique, psychiatrie communautaire, psychiatrie épidémiologique, psychiatrie sociale). Il aurait fallu augmenter le nombre des informateurs pour retrouver dans l'univers d'observation d'autres disciplines comme la médecine sociale et préventive, la médecine psychosomatique, etc. Une autre lacune importante de notre démarche empirique se rapporte aux disciplines biologiques et neurologiques qui s'intéressent au psychosocial : c'est une faiblesse que nous nous proposons de corriger dans des travaux ultérieurs.


[1]     Par recherche sociale, nous entendons toute recherche portant sur les aspects psychosociaux et socioculturels de la santé ainsi que celles se rapportant aux « problèmes sociaux » couverts jadis pas l'expression « pathologie sociale » jugée aujourd'hui désuète et inacceptable. Ce type de recherche, comme il est affirmé dans la brochure du CQRS, peut être « clinique, étiologique, épidémiologique, organisationnelle, évaluative ou prospective ». La recherche peut être abordée sous l'angle des acteurs, des problématiques ou des ressources. Ainsi, les clientèles, les politiques, les pratiques, les services eux-mêmes, ainsi que leurs fondements, sont autant d'objets légitimes de la recherche sociale (1988, 10).

[2]     « Recherche sur le social » est le concept utilisé en France pour désigner sensiblement le même univers d'observation identifié par la notion de recherche sociale utilisée dans le contexte nord-américain. Pour obtenir des informations sur les conditions socio-politiques de la production et de l'utilisation des connaissances dans ce secteur d'étude, voir Tremblay, Picard et Boisvert (1988) et Tremblay (1989).

[3]     Nous tenons à exprimer nos remerciements ainsi que notre profonde gratitude à ces quatorze chercheurs qui nous ont offert leur collaboration et qui se sont prêtés avec un sens peu ordinaire de responsabilité professionnelle à nos nombreuses interrogations. C'est madame Poirier qui a effectué les entrevues auprès d'eux après s'être assurée de leur disponibilité. Nous avions prévu quelques autres rencontres qui n'ont pu être tenues à la suite de circonstances hors de contrôle soit de la part de ces informateurs ou de notre part. Le travail présenté ici constitue une amorce, un premier coup de sonde. Nous entendons le poursuivre dans les mois qui viennent.

[4]     La santé mentale est un des thèmes prioritaires de la recherche « sur le social » en France (Tremblay, Picard, Boisvert, 1988, pp. 116-129). Le National Institute of Mental Health (NIMH) des États-Unis y consacre à chaque année des sommes qui ne cessent de s'accroître.


Retour au texte de l'auteur: Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l'Université Laval Dernière mise à jour de cette page le jeudi 8 juin 2006 15:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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