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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

L’anthropologie de la clinique dans le domaine de la santé mentale au Québec.
Quelques repères historiques et leurs cadres institutionnels, 1950-1990
” (1990)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de M. Marc-Adélard Tremblay, “L’anthropologie de la clinique dans le domaine de la santé mentale au Québec. Quelques repères historiques et leurs cadres institutionnels, 1950-1990”. Un article publié dans la revue Anthropologie et Société, vol. 14, no 1, 1990, pp. 125-146. [M Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l’enseignement de l’Université Laval, nous a accordé le 4 janvier 2004 son autorisation de diffuser électroniquement toutes ses oeuvres.]

Introduction

L'auteur est professeur au département d'anthropologie de l'Université Laval et président du Conseil québécois de la recherche sociale. L'article n'engage, cependant, que sa seule responsabilité.

L'anthropologie de la clinique et l'anthropologie clinique représentent deux champs d'étude d'une même discipline, l'anthropologie de la santé, dénommée aux États-Unis «anthropologie médicale». Ma réticence à l'usage de l'appellation américaine tient au rétrécissement du champ disciplinaire qu'elle représente par la référence à l'une des professions d'un système de santé qui incorpore plusieurs autres éléments et par l'utilisation du modèle d'analyse binaire de la biomédecine dans la compréhension de la maladie (Tremblay 1983b). Celui-ci a longtemps été le modèle dominant et le fondement d'une logique explicative de la pathologie humaine. Alors que l'anthropologie clinique est davantage orientée vers l'utilisation des connaissances anthropologiques dans le diagnostic et la résolution des «problèmes de santé», que ceux-ci soient à caractère purement somatique ou qu'ils se classent dans les catégories des maladies psychosomatiques et des maladies de civilisation, l'anthropologie de la clinique appartient à l'univers traditionnel de la recherche anthropologique à caractère fondamental et porte essentiellement sur les modes thérapeutiques comme sur les processus d'intervention des différentes catégories professionnelles. Si l'anthropologie clinique relève d'une action qui résulte d'un transfert de connaissances, l'anthropologie de la clinique, au contraire, est le champ qui les produit et les fonde sur une démarche rigoureuse. Dès lors, il est important de s'intéresser aux conditions sociopolitiques de la production de ces connaissances qui peuvent représenter des blocages ou des percées (Tremblay et Poirier 1989).

Une question surgit immédiatement dans notre esprit. Comment l'anthropologie est-elle arrivée à s'intéresser à la santé comme champ d'étude? La réponse est à la fois historique et épistémologique. Bien sûr, l'anthropologie a longtemps été considérée comme la science comparée des civilisations sans écriture. Il lui a fallu plus d'un demi-siècle avant qu'elle s'intéresse aux civilisations complexes, rompant ainsi une longue tradition d'un regard quasi exclusif sur «l'autre lointain». C'est justement cette tradition intellectuelle de l'altérité qui est à l'origine des intérêts de l'anthropologie pour la phénoménologie de la santé, de la maladie et de la mort, cherchant à travers elle à comprendre les visions du monde, les systèmes de croyance et les explications de la maladie. Par ces études sur les pratiques ethnomédicales, les anthropologues ont acquis des connaissances uniques sur un grand nombre de civilisations différentes. À la suite de conditions socio-politiques nouvelles, cette compétence fut recherchée dans les pays en vole de développement, au moment même où, principalement durant la période qui suivit la Seconde Guerre mondiale, bon nombre de pays occidentaux, certaines organisations internationales et certains fonds de dotation de grande envergure, mus par un souci humanitaire, mettaient sur pied des programmes de santé publique pour combattre et enrayer les maladies infectieuses ainsi que pour faire la promotion d'habitudes sanitaires se rapportant principalement à l'hygiène corporelle, à la consommation d'eau non polluée et à une saine alimentation. Un deuxième courant a fortement marqué le champ de l'anthropologie de la santé: celui de la psychiatrie sociale, champ disciplinaire en émergence aux débuts des années cinquante en Angleterre et aux États-Unis. Cette sous-discipline psychiatrique visait à mieux comprendre l'influence des facteurs environnementaux, psychosociologiques, socio-économiques et socio-culturels sur l'incidence et la prévalence des désordres psychiatriques. Cet intérêt a d'abord été centré sur les milieux sociaux défavorisés afin de mesurer l'impact des habitudes de vie (niveau individuel) et des genres de vie (niveau collectif) sur le déséquilibre émotif et sur l'incidence comme le renforcement des désordres psychiatriques (Leighton 1959; Hughes et al. 1960, Leighton et al. 1963). Par le biais d'études épidémiologiques. les chercheurs établissaient des taux de prévalence des maladies psychiatriques selon le sexe, la catégorie d'âge, le statut socio-économique ou le statut de classe, le degré de scolarité, l'appartenance ethnique, l'affiliation religieuse, toutes ces variables devant discriminer les états affectifs individuels en tenant compte du degré d'organisation sociale et de la qualité de vie des unités sociales concernées pour rendre compte des différenciations environnementales. Dans ces études d'épidémiologie sociale, le modèle théorique de l'école de Chicago (écologique) a longtemps servi de paradigme dans l'examen du niveau communautaire d'analyse tandis que les études en sociologie, en psychologie et en psychologie sociale permettaient l'utilisation d'indicateurs individuels en vue d'établir des relations concomitantes entre, d'une part, les comportements pouvant être qualifiés de pathologiques et, d'autre part, l'éventail des statuts sociaux de l'individu, y compris sa position de classe (Hollingshead et Redlich 1958). Les études en épidémiologie psychiatrique sur le continent nord-américain, en particulier, par leurs paramètres psychosociaux et socio-culturels, ont nécessité la présence d'anthropologues dans leurs équipes de recherche. Les expériences ainsi acquises par ces derniers leur ont servi à la fois d'arrière-plan et de levier pour amorcer des travaux de nature semblable à l'aide de modèles théoriques qui s'apparentaient à ceux des expériences d'origine. Peu à peu, cependant, une tradition particulière s'est constituée au Québec; j'en reconstitue ici quelques repères historiques.

Prenant en compte cette contextualisation, je me sens mieux autorisé à tracer le profil de certaines contributions de l'anthropologie de la clinique à une meilleure compréhension de l'intervention professionnelle en santé mentale, tant au niveau individuel que communautaire. Pour esquisser d'une manière appropriée cette trajectoire, il serait impératif d'incorporer à ma démarche une double intention qu'il me sera impossible d'incarner dans le cadre du profil projeté. L'une est à caractère historique, l'autre, de nature stratégique. Une première approche cherchait à reconstituer les jalons de l'anthropologie de la clinique dans le domaine de la santé mentale au Québec, en identifiant quelques études d'importance, en clarifiant leurs objets, en établissant, le cas échéant, leurs filiations et le transfert des connaissances auxquelles elles ont donné lieu. Si cette perspective était déployée, elle viserait à reconstituer les contextes législatifs, institutionnels, professionnels et situationnels qui ont en quelque sorte bloqué les rapprochements transdisciplinaires entre les sciences de la santé et les sciences humaines, empêchant, jusqu'à ces toutes dernières années à tout le moins, le renouvellement du paradigme biomédical de l'étiologie de la maladie ainsi que la transformation des interventions thérapeutiques qui en découlaient (Bibeau 1983. Tremblay 1983a, 1983b). L'approche stratégique, quant à elle, nous renvoie aux enjeux que suscite une anthropologie de la clinique (et, a fortiori, une anthropologie clinique), particulièrement lorsque le discours officiel accorde un statut privilégié à une approche globale de la santé (Gouvernement du Canada 1986). Cette finalité thérapeutique du corps professionnel dominant ainsi que cet objectif de planification des autorités responsables des modes régulateurs devraient permettre l'insertion naturelle des sciences humaines de la santé dans la praxis médicale. Il est tout aussi significatif que «la santé pour tous en l'an deux mille» de l'OMS et, mieux encore, «la santé hic et nunc» des gestionnaires canadiens (ibidem) représentent la préoccupation majeure des ministères occidentaux de la santé et constituent une représentation sociale dont le poids symbolique est évident sur les systèmes d'attente comme sur le degré de satisfaction des clientèles.


Retour au texte de l'auteur: Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l'Université Laval Dernière mise à jour de cette page le jeudi 8 juin 2006 11:18
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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