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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

FAMILLE ET PARENTÉ EN ACADIE. (1971)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Marc-Adélard Tremblay et Marc Laplante, FAMILLE ET PARENTÉ EN ACADIE. Ottawa: Musée National du Canada, 1971, 174 pp. Collection: Publications d'ethnologie, no 3. Une édition numérique réalisée par ma grande amie de longue date, Gemma Paquet, professeure de soins infirmiers retraitée de l'enseignement au Cégep de Chicoutimi. [M. Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l’enseignement de l’Université Laval, nous a accordé le 4 janvier 2004 son autorisation de diffuser électroniquement toutes ses oeuvres.]

Préface


Alexander H. Leighton, M.D.
Université Harvard

« Fidèles à la réalité. Ces mots, qui terminent le présent ouvrage, ne pourraient-ils pas tout aussi bien en constituer l'exergue? On ne saurait plus exactement rendre compte, en effet, d'une de ses qualités maîtresses. Famille et parenté en Acadie est la description des processus d'évolution sociale et culturelle chez les Acadiens. C'est, par voie de conséquence, un exemple particulier illustrant un phénomène caractéristique du monde contemporain.

Le choix du groupe acadien est particulièrement heureux, non seulement parce que ce rapport constitue de ce fait une contribution importante à la littérature ethnographique nord-américaine, mais encore parce qu'il s'agit là d'un cas particulièrement riche en applications générales. Ce choix n'allait certes pas sans risque, en ce sens que MM. Tremblay et Laplante auraient pu être tentés de s'abandonner aux facilités d'une incertaine spéculation, sans aller au-delà d'une simple collecte d'impressions dont le seul mérite aurait été de refaire la démonstration de vérités déjà reconnues. Ils ont préféré recueillir des données pertinentes, estimant que nous manquons encore de rapports précis sur le processus de changement. Dans l'état actuel des choses, il leur importe davantage d'établir un cadre où pourront s'inscrire d'éventuelles hypothèses plutôt que de se contenter d'élaborer des théories.

Le talent qu'ils mettent à replacer le fait concret dans un contexte valable se manifeste ici de plus d'une façon. La famille, la parenté, réalités d'importance mondiale, y sont considérées à l'échelle d'un village suffisamment petit pour que les enquêteurs aient pu, grâce à une exceptionnelle diligence il est vrai, apprendre à en connaître chaque famille, voire la quasi-totalité des individus. Le village lui-même n'est pas envisagé seul, dans l'abstrait, mais comme fraction d'un groupe régional plus considérable, soit quelque 10 000 Acadiens ; ses caractéristiques - celles du village, s'entend - sont étudiées dans l'optique des connaissances déjà acquises sur ce milieu plus important, puisque l'objet de la démarche est de dégager les possibilités de passer du particulier au général.

Du point de vue du temps, l'approche est la même. Le village nous est présenté à deux périodes, séparées de dix ans l'une de l'autre, les changements qui se sont produits dans l'intervalle étant examinés en détail. Sur un plan plus général, on y remonte en outre à une tranche chronologique découpée dans les premières années du XXe siècle et, sur une échelle plus vaste encore, à la période antérieure au Grand Dérangement de 1755. En conséquence, le rapport est plus qu'un simple compte rendu ethnographique, c'est une véritable étude dynamique de l'évolution culturelle d'une décennie dont les événements ont été effectivement observés et mesurés par M. Tremblay et ses collaborateurs.

Il y a lieu de s'arrêter tout particulièrement à ce que les auteurs ont à dire des étapes chronologiques et des relations, vu que leurs propos ici s'ajoutent à d'autres techniques de compréhension des processus sociaux. Il est clair que la formule des deux époques constitue un progrès par rapport à celle de l'époque unique, procédé classique. Mieux encore, la décennie envisagée étoffe, en quelque sorte, la rétrospective historique et les conclusions générales qu'elle autorise en y ajoutant une foule de détails et des certitudes nées de l'observation des faits. Il en va de même pour les études statistiques où c'est dans une large mesure par induction qu'il faut dégager le sens des corrélations et l'ordre des séquences. Le travail de Tremblay illustre tout à la fois l'importance du procédé qui consiste à étayer l'induction par l'observation directe, et la possibilité de cette méthode.

En fait de construction théorique, trois aspects de ce travail doivent retenir notre attention. Je songe ici à la forme de l'étude et du rapport. Sans dédaigner la théorie, les auteurs restent parfaitement libres à l'égard de tous les systèmes possibles, ce qui leur permet d'en arriver à une espèce d'heureux moyen terme pour le compte rendu des données et l'ordonnance des faits. Assurément, ce n'est pas une attitude facile à conserver si l'on songe aux pressions actuelles ou aux définitions courantes de ce qui peut constituer une authentique démarche scientifique.

En Amérique du Nord, on est trop souvent séduit par les vertus des contrôles d'hypothèses même en l'absence de connaissances pourtant indispensables à la formulation d'hypothèses valables. D'autre part, la tendance contraire se manifeste en Europe, où l'on est tenté, parfois, de construire des cadres trop exclusivement théoriques sans tenir compte de données empiriques, à moins qu'on ne se contente de descriptions circonstanciées qui ne semblent trouver leur justification qu'en elles-mêmes. Les Canadiens français, proches de la France et de la pensée française, sont peut-être mieux placés que quiconque pour établir un heureux équilibre entre ces deux extrêmes.

Le deuxième aspect est le suivant. Envisagée dans l'optique d'un développement horizontal, cette étude porte sur des problèmes d'intérêt anthropologique ayant entre eux divers points de contact. Ayant établi, dans les conditions scientifiques qu'il faut, ce que sont les rapports familiaux - au sens large du mot - dans la société acadienne, les auteurs indiquent les changements d'orientation, conditionnés en partie du moins par la nature même du système. Ils y montrent en outre comment certaines influences extérieures au système - les nouveautés techniques par exemple - sont à l'origine de cette évolution et en infléchissent le cours. Enfin, on insiste explicitement sur le problème central que constitue ici l'effet brutal que peut avoir le progrès technique accéléré sur une culture populaire totale ; et on appuie aussi sur la convergence de tendances opposées : persistance de la culture, d'une part, et de l'autre, perte d'identité culturelle.

En troisième lieu, l'étude fournit un cadre permettant de suivre pas à pas le déroulement des grands mouvements sociaux et leurs effets sur les individus. Parmi tous ces mouvements où se trouve engagé le système de la parenté, il est possible de distinguer ses répercussions sur la famille nucléaire et, partant, sur les diverses fonctions des membres.

La question n'est pas sans importance pour la personnalité ou la santé mentale. L'effet psychologique des conflits de fonctions - ou de l'ambiguïté de leur répartition - notamment dans un cadre familial, fait depuis longtemps l'objet d'études psychiatriques, psychologiques ou psychosociologiques. Si le présent ouvrage n'aborde pas directement ces domaines, il n'en constitue pas moins un document précieux, car il note avec grande précision les origines et les modalités de ces difficultés.

Le sérieux méthodologique de l'ouvrage se manifeste particulièrement dans la façon avec laquelle on y fait converger des problèmes multiples vers un problème central. C'est, à cet égard, un modèle pour les travaux futurs. Les auteurs y apparaissent parfaitement affranchis des préjugés d'ordre méthodologique trop souvent caractéristiques de la recherche en sociologie ou en anthropologie culturelle. Ils ne se fondent uniquement ni sur les questionnaires, ni sur la technique de l'informateur-clef, encore que M. Tremblay soit lui-même l'auteur d'une communication bien connue sur ce dernier sujet. Utilisant au contraire les deux méthodes, ils montrent bien comment elles peuvent se compléter. Plus encore, ils ont recours à l'observation participante : ils rendent compte des maisons ou de leur contenu, dressent des inventaires de biens matériels, présentent des listes de naissances, de décès, de mariages tirées des registres paroissiaux, préparent des compilations de données quantitatives, - chiffres de recensements, statistiques, etc., - rassemblent et analysent des renseignements d'ordre historique, y compris, par exemple, les inscriptions sur les pierres tombales.

Nombreux seront ceux qui conviendront de la nécessité d'une approche à la fois quantitative et qualitative dans les sciences du comportement humain, mais il est rare que l'on puisse trouver comme ici une recherche aussi exhaustive de toutes les bribes de renseignements utiles - envisagée des deux points de vue précités et constituant, du reste, un mélange singulièrement heureux des deux méthodes.

Alexander H. Leighton, M.D.

Université Harvard



Retour au texte de l'auteur: Marc-Adélard Tremblay, anthropologue, retraité de l'Université Laval Dernière mise à jour de cette page le jeudi 17 septembre 2009 13:59
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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