RECHERCHE SUR LE SITE

Références
bibliographiques
avec le catalogue


En plein texte
avec Google

Recherche avancée
 

Tous les ouvrages
numérisés de cette
bibliothèque sont
disponibles en trois
formats de fichiers :
Word (.doc),
PDF et RTF

Pour une liste
complète des auteurs
de la bibliothèque,
en fichier Excel,
cliquer ici.
 

Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La dynamique économique du processus d’innovation, une analyse de l’innovation
et du mode de gestion ders ressources humaine dans le secteur bancaire canadien
. (1989)
Résumé de la thèse


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Diane Gabrielle TREMBLAY, La dynamique économique du processus d’innovation, une analyse de l’innovation et du mode de gestion ders ressources humaine dans le secteur bancaire canadien. Thèse de doctorat en science économique présentée et soutenue publiquement, Université de Paris I — Panthéon Sorbonne, 20 juin 1989, 710 p. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'enseignement à l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation de diffuser cette thèse dans Les Classiques des sciences sociales accordée le 17 septembre 2004.] [Autorisation accordée par l'auteure le 11 août 2004 de diffuser cet article et plusieurs autres]

Résumé de la thèse


Dans la théorie économique, l'innovation est généralement définie au sens étroit d'innovation de processus technique de production. En effet, les économistes négligent habituellement l'effet du progrès technique sur la qualité des produits, de même que l'innovation de produit en général. Il s'agit généralement pour eux d'étudier soit les causes de l'innovation, soit l'effet des changements technologiques sur la quantité des facteurs utilisés (capital et travail). La prise en compte de l'évolution de la technologie ou des processus techniques passe ainsi souvent par la dimension temporelle introduite dans l'équation par le biais d'un facteur temps, indéfini.

Les liens plus étroits existant entre l'innovation et le travail, ou la structure de l'emploi, ne constituent pas un champ de recherche particulièrement privilégié en économie, du moins en ce qui concerne la compréhension des phénomènes à l'œuvre dans la production, à l'échelle de l'entreprise. On ne s'intéresse pas non plus aux médiations, filtrages et remodelages, qui peuvent résulter de l'interaction entre l'innovation et la structure de l'emploi. En fait, dans la théorie néo-classique, il n'y a pratiquement pas de place pour l'innovation. Dans la théorie de l'équilibre général, on suppose simplement que la fonction de production a changé, tout étant ramené à des phénomènes d'échange, la production elle-même étant objet d'échange. On se situe donc en aval du processus d'innovation, défini au sens étroit d'innovation de processus toujours.

Or, l'analyse de l'innovation dans le secteur bancaire conduit à mettre en relief la multiplicité des formes de l'innovation. Si dans une première phase (années soixante et soixante-dix), ce secteur a surtout été axé sur l'innovation de processus et la minimisation des prix, l'innovation de produit semble impulser la dynamique de l'innovation dans les années quatre-vingt.

Cette prédominance actuelle de l'innovation de produit s'explique par le fait que le décloisonnement des activités financières fournit un contexte particulièrement propice à l'exercice de la concurrence par les services. En effet, la diminution des barrières à l'entrée des divers marchés financiers, conjuguée à l'existence d'une concurrence de type oligopolistique dans le secteur bancaire permettent à la concurrence de s'exercer aussi bien, et en fait de plus en plus, par la différenciation des services rendus à la clientèle, plutôt que par les prix.

Le passage d'une forme de concurrence axée sur les prix (minimisation) à une concurrence dominée par les services (qualité et diversité) fait ressortir l'importance des ressources humaines et des aspects institutionnels dans la dynamique de l'innovation. En effet, la prédominance d'une stratégie axée sur la qualité et la diversité des produits nouveaux met en évidence l'importance du travail, ou des ressources humaines, dans le processus de production. Elle met également en évidence le rôle de l'entreprise, et de son intervention dans les marchés internes du travail, comme instance de médiation dans le processus d'innovation.

C'est cette multiplicité de formes de l'innovation, de même que l'importance des ressources humaines et le rôle de "médiateur" et de "propagateur" de l'entreprise dans le processus d'innovation, que nous faisons ressortir dans notre thèse. Ce sont ces constats qui nous amènent à questionner la théorie économique de l'innovation et à formuler des propositions visant à la renouveler. En effet, la mise en relief de la multidimensionnalité du phénomène et de la dynamique de l'innovation constituent selon nous un changement fondamental dans la vision que présentent les économistes du "progrès technique", ce qui justifie un renouvellement de la théorie.

Pour opérer ce renouvellement théorique, nous commençons par interroger les théories économiques reçues. C'est ainsi qu'après avoir rapidement passé en revue les éléments pertinents de la théorie néo-classique, nous nous inspirons des apports de Schumpeter, de Veblen, de même que de Perroux et Bartoli, pour alimenter notre modèle théorique. Les deux premiers auteurs nous amènent à lever trois des hypothèses fondamentales du modèle néo-classique.

La première a trait à la définition restreinte de l'innovation ; en effet, chez Schumpeter, l'innovation prend un sens beaucoup plus vaste que ce n'est le cas dans la théorie néo-classique, incluant notamment l'innovation de produit. Nous retenons donc cette vision schumpétérienne élargie de l'innovation comme premier élément de notre modèle. D'ailleurs, la dimension plus empirique de notre thèse nous amène à mettre en relief la prédominance de l'innovation de produit au cours des années quatre-vingts ; l'innovation de processus n'est évidemment pas absente, mais l'impulsion fondamentale de la dynamique d'innovation est liée à l'objectif de qualité et de diversité des produits.

En regard d'une deuxième hypothèse néo-classique, soit l'absence du "milieu" dans le cadre d'analyse, nous intégrons à notre modèle des variables liées au "contexte" ou au "milieu de propagation des innovations" ; cette proposition nous est inspirée par une lecture de Veblen, plus particulièrement de sa vision de l'innovation et de l'importance du contexte institutionnel de diffusion de celle-ci. Veblen met également en relief l'existence fréquente de tensions entre l'innovation et les "institutions", ouvrant ainsi la voie à des possibilités de médiations de la part d'institutions comme les entreprises, qui se trouvent alors à jouer un rôle véritablement créateur, comme le veut la vision schumpeterienne de l'entrepreneur (qui s'oppose à l'"entrepreneur-comptable" de la théorie néo-classique).

Enfin, dernier élément, alors que la théorie néo-classique s'intéresse fondamentalement à l'issue du processus d'innovation, qu'elle limite à une nouvelle fonction de production, notre propre modèle s'intéresse plutôt au processus d'innovation, considérant que l'issue est indéterminée, certainement plus complexe qu'un simple renouvellement de la capacité de production, et qu'une analyse du processus lui-même est essentielle à la détermination de l'issue. Ce sont les analyses de Schumpeter et de Veblen qui nous incitent à adopter une telle vision plus vaste, plus dynamique et plus évolutive du processus d'innovation.

Par ailleurs, notre lecture des théories de l'innovation financière nous amène à identifier certains éléments comme facteurs constitutifs de la dynamique d'encadrement de l'innovation, tel que ce terme est défini chez Perroux. Ces facteurs, soit le décloisonnement des activités financières, l'internationalisation de celles-ci, de même que l'évolution des formes de la concurrence et des comportements de la clientèle, sont autant de facteurs pouvant influer sur le cours de l'innovation. Notre analyse du secteur bancaire canadien, et plus particulièrement d'une institution donnée, nous a permis de confirmer qu'ils jouent effectivement le rôle de "propagateurs" de l'innovation, au sens de Perroux ; en effet, ils peuvent accélérer, ralentir, modeler, infléchir le processus de l'innovation de différentes façons. Dans cette perspective, le "milieu" de propagation de l'innovation se distingue de la vision néo-classique où ces éléments seraient des "données" ne pouvant infléchir le cours des événements, ici de l'innovation.

Cependant, notre étude de cas nous amène également à intégrer les ressources humaines et la structure d'emploi au nombre des "propagateurs" de l'innovation. En effet, les caractéristiques de la main-d'œuvre d'une entreprise (niveau de scolarité et formation subséquente, capacité d'apprendre, désir de faire "carrière", etc.), de même que l'organisation des filières de mobilité et du processus d'apprentissage au sein de l'entreprise peuvent tout autant représenter des atouts que des contraintes pour l'entreprise dans un contexte d'innovation (de processus ou de produit). C'est dans cette perspective que nous avons analysé le mode de gestion de la main-d'œuvre et l'organisation des filières de mobilité, à l'aide de la théorie des marchés internes du travail.

L'ensemble des constats issus de l'analyse empirique, conjugué aux propositions issues de notre analyse théorique, nous amène donc à formuler des propositions en vue d'un renouvellement du modèle économique de l'innovation. En effet, au terme de notre démarche, à la fois théorique et empirique, nous proposons de considérer l'innovation comme un processus multidimensionnel mû par une dynamique d'encadrement composée de plusieurs facteurs associés au marché des produits, à celui des biens d'équipement (technologie), au marché du travail, de même qu'à la gestion du "marché interne du travail". Ainsi, le décloisonnement et l'internationalisation des marchés financiers, la technologie, la transformation de la clientèle et de la concurrence, dans le cas de la banque, seraient autant de facteurs constitutifs de la dynamique d'encadrement de l'innovation. Ceux-ci seraient "médiatisés" par la stratégie de l'entreprise, la voie retenue par celle-ci, compte tenu des caractéristiques de ses ressources humaines et de son système d'emploi. En termes graphiques, notre modèle théorique se présente comme suit.

Graphique 1.
La dynamique économique du processus d'innovation

Dynamique d'encadrement  →

Stratégie
d'entreprise : (Médiations):

⇠⇢ Caractéristiques des ressources humaines et du système d'emploi:

Marché des produits (décloisonnement, internationalisation, clientèle, concurrence)

Caractéristiques socio- démographiques des R. H.

– Formation

– Profil de carrière

Marché du travail

Innovations de processus et de produit, ainsi que

Filières de mobilité

Technologie

Gestion de main-d'œuvre :

– Volume d'emploi selon catégories socio-profess. – etc.

– division du travail

– organisation des "marchés internes du travail"

– remodelage des filières de mobilité

– système de formation interne, externe

– etc.


Ainsi, non seulement le processus d'innovation contribuerait-il à transformer les ressources humaines et la structure de l'emploi des entreprises touchées, mais il serait lui-même soumis aux contraintes de ressources humaines de l'entreprise. Dans cette perspective, la capacité de production de l'entreprise serait renouvelée tout autant, dans le contexte actuel d'innovation de produit, par l'apport des ressources humaines que par celui des "nouvelles technologies" ou innovations de processus.


Revenir au texte de l'auteure: Diane-Gabrielle Tremblay, économiste, Télé-Université Dernière mise à jour de cette page le jeudi 30 mai 2013 15:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
Commanditaires




Saguenay - Lac-Saint-Jean, Québec
La vie des Classiques des sciences sociales
dans Facebook.
Membre Crossref