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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Marie-Blanche Tahon, “Le don de la mère.” (1995)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Marie-Blanche Tahon, “Le don de la mère.” (1995). Un article publié dans la revue Anthropologie et Sociétés, vol. 19, no 1-2, 1995, pp. 139-155. Numéro intitulé: “Retour sur le don”. Québec: département d'anthropologie de l'Université Laval. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 7 février 2008 et par la direction de la revue Anthropologie et sociétés le 8 février 2008 de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction

La mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont plus de vin ». Jésus lui dit : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? Mon heure n'est pas encore venue ». 
(Jean, 2, 3-4)

 

La fin de l'histoire indique pourtant, outre qu'elle n'en ait pas pris ombrage et qu'elle soit intervenue auprès des servants pour qu'ils lui obéissent- lui donnant l'occasion d'apparaître, lui aussi, nourricier, à l'instar de Joseph pendant la famine d'Égypte (Gn, 41, 55) -, que l'heure était advenue du premier signe, du premier miracle. La fin de l'histoire serait joyeuse : non seulement parce que de l'eau fut changée en vin mais encore parce qu'il se serait départi de son assurance hautaine pour faire selon sa volonté généreuse à elle. Comme si, finalement, c'était quand même sous l'instigation discrète de sa mère, lors de ces noces en Galilée, que Jésus s'était définitivement lancé dans sa « vie publique ». Lors d'une fête des épousailles. Mais une histoire qui finit bien n'est-elle pas une histoire apparemment finie ? On n'en parle plus... 

Le passage en épigraphe est plus ouvert à l'élaboration. Lévi-Strauss (1987 : 101) s'autorisait-il de cette apostrophe peu amène - « Femme, qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? » - pour avancer, dans une discussion d'après-séminaire, à propos précisément de la relation mère-enfant : « Je n'en ai pas besoin pour expliquer des conduites collectives » ? Cette répartie -dans la brusquerie même de la dénégation - étonne dans son assurance. Elle m'a touchée, il y a longtemps, et je voulais l'examiner de Plus près à l'occasion d'une réflexion sur « le don ». Je ne travaille pas sur le don mais sur le cheminement des femmes dans la modernité démocratique, sur l'avènement de la reconnaissance de leur pleine citoyenneté, sur leur institution comme citoyennes. 

Peu convaincue par l'argument selon lequel l'inclusion des femmes dans la modernité démocratique résulterait d'une quelconque et irrépressible évolution du « rôle de la femme dans la société » (Rosanvallon 1992), et intriguée par la concomitance de l'accession des femmes à la plénitude des droits civils et civiques et de la reconnaissance de leur droit à contrôler elles-mêmes leur fécondité (autour de 1975), il me parait utile de distinguer conceptuellement la femme de la mère [1]. L'examen d'exemples politico-historiques (Tahon 1994a et 1994b) m'incite à faire l'hypothèse que l'exclusion de la femme du Politique repose sur une construction de la mère qui dit l'incompatibilité entre maternité et citoyenneté politique. Mais cette construction même de la mère pourrait être tenue pour la condition de la représentabilité de la citoyenneté (masculine). 

Autrement dit, la maternité pourrait être tenue pour l'opérateur de l'exclusion des femmes du politique en ce que c'est à l'incompatibilité décrétée entre citoyenneté et maternité que s'adosse la condition de la représentation de la citoyenneté. Celle-ci serait bouleversée par l'émergence de la femme désassimilée de la mère. Cette mise à jour ne peut seulement être confortée par des exemples historiques. Elle requiert de saisir comment, par exemple chez les philosophes politiques et autres théoriciens, est construite la mère et, à quels matériaux il est fait appel dans cette construction. 

L'affirmation de Lévi-Strauss - de la relation mère-enfant, « je n'en ai pas besoin pour expliquer des conduites collectives » -est prometteuse. À la fois de la possibilité de creuser la distinction et de la mesure du risque toujours latent de renvoyer la mère en dehors du vivant-parlant. Il n'est peut-être pas superflu de préciser que mon souci ne se situe pas à un niveau, disons ethnographique, je n'opposerai pas des « données de terrain » les unes aux autres. Ce que dit Lévi-Strauss m'intéresse en ce qu'il peut être considéré comme un penseur dans la modernité démocratique, celui qui s'est penché sur les structures élémentaires de la parenté. 

Le travail de lecture du contexte dans lequel la phrase est prononcée m'a entraînée beaucoup plus loin que je ne le prévoyais, non seulement dans la relecture des textes de Lévi-Strauss mais encore dans ma perception de son approche. J'ai finalement opté pour une présentation peu cursive (sections I et II), ce que les lecteurs émérites du maître trouveront sans doute bien fastidieux, mais qui, je le souhaite, incitera les étudiants à s'y plonger pour y vérifier mes incursions. Dans les sections III et IV, j'en viendrai à tenter de formuler ce qu'il serait plausible, après cette relecture de LéviStrauss et les questions qu'elle suscite, de ranger sous « le don de la mère ».


[1] Cet article prend place dans un projet de recherche subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, sous le titre : « "Femme", "mère" et modernité démocratique ». Sans plus de justification, le singulier de « femme » et de « mère » ne renvoie pas à la recherche d'une quelconque essence mais indique simplement un effort conceptuel de déconstruction/reconstruction de ces figures.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 2 mars 2008 7:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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