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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

 CRIMINOLOGIE ET POLITIQUE CRIMINELLE (1978)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de M. Denis SZABO [(1929- ) criminologue, Université de Montréal],  CRIMINOLOGIE ET POLITIQUE CRIMINELLE. Librairie philosophique J. Vrin; Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal, 1978, 318 pp. Collection: Bibliothèque criminologique.

Introduction

Faisant suite à trente ans de paix - toute relative en vérité -le dernier quart du XXe siècle va constituer, à bien des égards, une période bien marquée aux yeux des historiens des mouvements sociaux. La variante occidentale de la révolution culturelle de la fin des années soixante a contribué à une « redistribution des cartes » parmi les joueurs de la scène intellectuelle et politique. La signification de bien des faits, de théories, de politiques a changé soudainement de sens. Des curiosités, des enthousiasmes, des anathèmes et des fanatismes ont changé également d'objet. Pour l'observateur détaché, examinant la scène du point de vue de Sirius, il doit s'agir d'un spectacle instructif, surprenant et parfois même, hilarant ou désolant. 

Nous allons illustrer cette observation à propos de la criminologie et des politiques qu'elle inspire de nos jours. Pendant un siècle, environ de 1870 à 1970, les « criminologues », c'est-à-dire des médecins, des sociologues et des pénalistes progressistes, scrutaient la nature de la délinquance. Celle-ci résultait pour eux, des tendances criminogènes de l'homme, des particularités de l'organisation socio-économique et politique et des normes consacrées par le système juridique en vigueur. Imprégnés de l'éthique « thérapeutique » des réformateurs sociaux, ils proposaient des transformations sociales et judiciaires dont les conséquences pouvaient être une amélioration morale de l'homme. Que ce soit l'utilitarisme du « comité pour l'hygiène sociale » animé par les Rockefeller à New York, le moralisme du « welfare state » des fabianistes en Angleterre, et du mouvement de « défense sociale » en Italie et en France, l'approche individualiste et punitive au problème criminel, a été contesté. Or, sous nos yeux, on constate une résurgence de l'esprit punitif, un rejet des mesures thérapeutiques individuelles et sociales, un scepticisme flagrant devant la capacité de l'homme ou de la société de « changer », de se « réhabiliter ». On assiste à l'extinction de l'espoir dans le coeur des hommes, de ceux surtout qui se trouvent du « bon côté » des barreaux (Plattner, 1976). 

De plus, la méfiance à l'égard de la justice comme une des fonctions de l'État, s'accroît. On récuse sa prétention d'exprimer le bien public. Cet état d'esprit projette sur la criminologie comme sur les criminologues, le soupçon d'être des complices ou des exécuteurs de hautes couvres de puissances occultes et dominatrices. Le livre de Michel Foucault (1975) en France, celui de Jessica Mitford (1973) aux Etats-Unis, témoignent de cette critique radicale. Elle dénonce les postulats sur lesquels se fondait l'action des « criminologues », chercheurs et praticiens, depuis 100 ans. A cette crise venant de la « gauche » s'ajoute la réaffirmation des principes classiques sur lesquels repose depuis toujours, l'édifice intellectuel du droit pénal. Ernest van der Haag (1975) et James Q. Wilson (1975) aux Etats-Unis, et la grande majorité des pénalistes européens en font écho dans des publications à grand retentissement. 

C'est dans ce contexte que se présente ce livre. Il s'agit de toute évidence d'une réflexion engagée, en fonction d'un certain nombre de postulats qui seront explicités au fur et à mesure. Ces textes procèdent aussi d'une expérience spécifique : la constitution de la criminologie comme science sociale dans les universités et appliquée à la politique criminelle dans le cadre d'une démocratie libérale. Toujours marginale par rapport aux autres sciences de la société et de la politique, la criminologie avait enfin, le droit de cité. La prévention du crime et la réforme du système de l'administration de la justice étaient àl'ordre du jour. 

Pour le meilleur ou pour le pire, les criminologues comme la criminologie se sont retrouvés dans les controverses qui ont agité les débats scientifiques et politiques des dernières années. Ainsi, cet ouvrage veut à la fois, témoigner d'une époque et surtout d'une conception de la criminologie que Jean Pinatel (1975) a appelée « organisationnelle ». Ce livre constitue donc la réflexion d'un criminologue engagé dans la pratique quotidienne de son métier. Lorsqu'il s'agi,' d'un sociologue, ce métier s'applique à des structures, à des organisations et à des politiques. Il ne concerne pas l'action clinique, c'est-à-dire l'intervention du criminologue auprès du délinquant. 

Le lecteur européen notera l'influence du contexte nord-américain sur les idées tant théoriques que pratiques de l'auteur. Il n'est pas possible de détacher les réflexions d'une conjoncture historique, économique et sociale précise. La criminologie demeure, malgré des progrès considérables depuis dix ans, une discipline largement « nationale ». Non seulement le contexte juridique particulier amène le criminologue à raisonner en fonction de situations spécifiques, mais les traditions historiques et culturelles jouent aussi un rôle déterminant dans la manière dont se posent les problèmes. Nous avons tenté, tout au long de ces chapitres, de faire référence à autant d'expériences « transculturelles » que possible. Faisant depuis quelques années des recherches en criminologie comparée, j'ai été particulièrement sensible à la nécessité de franchir -les frontières linguistiques et socio-politiques. Je réalise néanmoins, et le lecteur avec moi, à quel point les écrits demeurent empreints de l'expérience limitée de leur auteur. 

D'autre part, nous avons souligné, dès le Congrès français de criminologie qui s'est tenu à Bordeaux en 1967, le rapprochement entre les formes de la criminalité qui prédominent en Amérique du Nord et celles qui envahissent de plus en plus l'Europe. M. Pinatel, dans sa « Société criminogène » (1971) a insisté par la suite sur ce même point. On peut ajouter aussi que la consolidation économique et politique des pays de l'Europe de l'Est fait apparaître également une certaine « normalisation » de la criminalité dans cette partie du monde. Non pas que celle-ci présente des similitudes accrues avec notre criminalité. Mais on réalise, grâce au développement considérable des recherches criminologiques dans les pays socialistes (M. Vernies, 1971 ; et S. Walczak, 1972) que ces sociétés doivent faire face à des phénomènes de déviance, de délinquance, non négligeables. Leurs efforts de politique criminelle visant à ajouter la réaction sociale et judiciaire aux formes changeantes et au volume accru de la criminalité, présentent un intérêt considérable. 

Ce lent processus d'unification de la science criminologique, tant sur le plan de l'intégration multidisciplinaire que sur le plan de la politique criminelle, permet de bien augurer pour l'avenir de la criminologie. Elle consolidera ses positions dans un dialogue constant avec les autres sciences de l'homme et de la société. La politique criminelle, son complément naturel, précisera ses positions, développera ses stratégies dans le cadre général de la politique sociale et des sciences politiques. 

Ce livre, d'un auteur canadien, se présente dans une nouvelle collection criminologique française dont le premier volume était dû à un psychiatre. J'aimerais y voir le symbole de l'ouverture de la criminologie de langue française à la fois vers l'inter-disciplinarité et vers la communauté de langue des pays francophones. En facilitant le dialogue entre « criminologies », nous espérons bien contribuer à l'édification de la criminologie.



Retour au texte de l'auteur: Denis Szabo, criminologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le lundi 21 mai 2007 10:39
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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