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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Claude SOUFFRANT, Sociologie prospective d'Haïti. Essai. (1995)
Postface


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Claude SOUFFRANT, Sociologie prospective d'Haïti. Essai. Montréal: Les Éditions du CIDIHCA (Centre International de Documentation et d'Information Haïtienne, Caribéenne et Afro-Canadienne), 1995, 347 pp. Une édition numérique réalisée par Peterson BLANC, bénévole, Licencié en sociologie-anthhropologie de la Faculté d’ethnologie de l’Université d’État d’Haïti animateur du Groupe de Recherche Intégrée [RAI]. [L'auteur nous a accordé le 24 mars 2016 son autorisation de diffuser ce texte en libre accès à tous dans Les Classiques des sciences sociales.]

[323]

Sociologie prospective d’Haïti.
Essai.

Postface

HAÏTI :
QUELLES ARCHIVES POUR LE XXIe SIÈCLE


Jean Wilfrid Bertrand *

Pourquoi les archives de demain :

Huit années seulement nous séparent du XXIe siècle. On aurait donc tendance à croire qu'en si peu de temps et surtout en se référant aux moyens financiers et humains dont disposent les Archives nationales d'Haïti, on ne pourra pas réaliser grand chose. L'avenir, dit-on souvent, n'est pas à nous. Et pourtant l'homme a toujours essayé d'imaginer ce que deviendront dans le futur les êtres et les choses. Prophètes, illuminés, visionnaires, devins, rêveurs, écrivains et plus récemment futurologues ont, chacun à leur manière, tenté avec ou sans succès, de prédire l'avenir ou d'imaginer ce que pourra être le monde de demain. Certes il ne sera pas question de vous donner une vision fictive, voire prophétique, de ce que seront nos archives dans un proche ou lointain avenir à la manière d'un Jules Verne ou d'un Orson Welles et encore moins à la manière d'un Jésus-Christ ou d'un Mahomet pour ne citer que ceux-là. Il s'agit pour nous de vous donner un profil de ce que seront l'institution « Archives nationales » et les documents d'archives d'Haïti à l'aube du XXIe siècle, [324] peut-être pas avec la même rigueur de futurologues tels Bertrand de Jouvenel et Alvin Toffler, en me basant sur les données d un passé lourd de conséquences négatives pour un présent qui nous dit d'espérer.

Pourquoi les archives de demain ?

Les « Archives de demain », pour trois raisons fondamentales. D'abord le rôle de plus en plus prépondérant que jouent les Archives, outils de gouvernement, pour répéter Charles Kecskemeti, et principale composante de l'information administrative, selon Ahmeth Ndiaye, dans la gestion des affaires d'un pays. Nous estimons que les Archives nationales d'Haïti n 'ont pas encore rempli ce rôle et qu'elles peuvent et doivent le remplir dés les premières années du XXIe siècle.

La deuxième raison qui nous porte à réfléchir sur les Archives de demain, c'est le développement de plus en plus rapide de ce qu'on appelle les nouvelles archives (sonores, audiovisuelles, microformées, ordinolingues) qui s'inspirent à nous et qui viennent compliquer nos problèmes de collecte, de traitement et surtout de conservation, non encore résolus pour les Archives dites traditionnelles.

La troisième raison c'est qu'aucune gestion rationnelle et efficace d'une institution d'information comme les Archives nationales n'est concevable sans une planification stratégique. À cette fin nous venons de mettre en place une équipe pluridisciplinaire baptisée « groupe S.L.C. Archives nationales » qui a pour principale mission de collecter et de traiter des données à des fins de gestion pour l'institution. Ces données nous permettent de mettre en place un programme pour les douze années à venir.

Nous disons donc non à l'attentisme, au fonctionnement au coup par coup, à la routine, à l'immobilisme et au fatalisme. Tout comme un peuple, une communauté peut forger son destin, les responsables d'une institution peuvent créer son destin ou tout au [325] moins modeler son avenir. La question à se poser c'est : quelles Archives pour quelle société haïtienne au XXIe siècle ? Notre société est en pleine mutation, les bouleversements politiques et sociaux des six dernières années en sont les preuves les plus évidentes. Une certaine velléité de changement des structures s'est manifestée, au point où nous osons même parler de mise en place d'institutions et de sociétés démocratiques. Mais les risques d'affrontement sont encore grands. « Et c'est, nous dit Alvin Toffler, la volonté aveugle de défendre ce qui est périmé qui crée le danger de sanglants affrontements. » Ces derniers peuvent être provoqués par une frange de pseudo-révolutionnaires ancrés dans les dogmes dépassés pour qui aucun des changements proposés n'est assez radical. Et c'est encore Toffler qui nous dit qu'à l'heure même où nous entrons à grande vitesse dans une nouvelle ère historique ces pseudo-révolutionnaires fantasment sur des modèles de révolutions puisées dans les tracts politiques jaunis d'hier.

Les Archives dont nous « rêvons » pour le XXIe siècle, ce sont des archives mises au service d'une société haïtienne démocratique où l'accès à l'information est garanti, la transparence administrative assurée et le gaspillage de nos maigres services, sinon arrêté, fortement diminué, le sentiment, la fierté d'être haïtien renforcés comme au bon vieux temps.

I. — Un passé lourd de conséquences

Hélas le vieux temps, le temps passé n'ont pas toujours été bons, surtout pour les Archives nationales d'Haïti. L'équipe dirigeante actuelle peut vous en dire long pour avoir gérer pendant les huit dernières années un héritage que beaucoup d'Haïtiens croyaient irrémédiablement perdu en 1983.

Ce survol du passé est intéressant dans la mesure où nous considérons que notre présent est une sorte de résultante de nos actions  [326] positives et négatives du passé. Nous pouvons donc dire que nous avons en quelque sorte le présent de notre passé, et surtout de ce présent qui nous interroge.

En effet, avec l'arrêté du 20 août 1860 pris par le Président Fabre Nicolas Geffrard, après un rapport circonstancié qui lui a été présenté de P. Jean-Joseph, son secrétaire d’État de l'intérieur et de l'Agriculture, Haïti est l'un des pays du monde à avoir très tôt, 56 ans après son Indépendance, sa première législation archivistique, précédant en ce domaine beaucoup de pays même d'Europe. Par cet arrêté, les Archives générales des finances deviennent le dépôt général des Archives d'Haïti et le bureau des archives du gouvernement est supprimé.

Ce qui est intéressant de signaler, c'est que dans cet arrêté figurent les notions de dépôt général, de versement à faire tous les cinq ans, d'une section pour chaque secrétairerie d'État, d'un réglementa élaborer pour faciliter l'accès aux documents, autant d'éléments qui font partie intégrante de toute législation archivistique moderne.

Quelle formidable départ me direz-vous ! Quelle perspicacité d'un gouvernement qui a su apprécier à leur juste valeur des pièces signées ! Dessalines, Pétion, Christophe, Boyer, des titres remontant aux premières années du XVIIIe siècle. Hélas, c'était trop beau pour être durable. Nos Archives, après Geffrard, tomberont dans l'oubli sinon le mépris, turpitudes et turbulences politiques aidant. Si l'on excepte leur transfert en 1922, sous l'Occupation américaine au local actuel du Poste-Marchand, il a fallu attendre 1933 (loi du 22 juin) pour qu'une loi relative au personnel des Archives soit promulguée. Ce personnel devrait être recruté à partir des licenciés de la Faculté d'Ethnologie.

Le gouvernement de Lescot s'est souvenu des Archives en promulguant un décret-loi, le 18 octobre 1941, faisant du service chargé des Archives de l'État, les Archives nationales.

La loi du 23 juillet 1961 plaçait les Archives nationales sous la tutelle du ministère de l'Education nationale et l'arrêté du 25 mars [327] 1974 les fait passer au ministère de la Justice. C'est là qu'elles vont hériter d'une mission principale unique au monde, celle de délivrer des extraits d'actes d'état civil. Ce qui va les conduire, malgré la loi organique du 18 août 1976, à une situation qui frisait la catastrophe : archives historiques abandonnées aux rongeurs, aux insectes et aux intempéries ; registres d'état civil délabrés, maltraités, disparus, falsifiés ; corruption administrative faisant de cette institution du Poste-Marchand l'une des plus redoutées du pays. Le ministère de la Justice était le principal responsable de cette catastrophe. C'est ce qui explique le divorce de l'Institution d'avec le Ministère qui aujourd'hui encore dispose des mêmes structures qui ont failli faire disparaître la Mémoire de la nation haïtienne.

Le 30 juin 1983, le divorce est consommé, les Archives nationales d'Haïti sont rattachées à l'INAHCA et la loi organique du 2 octobre 1984 marque un tournant décisif dans le développement de l'Institution. Les nombreux changements opérés du 11 juillet 1983 au 9 mars 1986 ont pu être renforcés après décret du 10 mars 1986 qui fait des Archives nationales d'Haïti un organisme autonome placé sous la tutelle du ministère de l'Information, de la Culture et de la Coordination. Enfin l'Institution trouve sa vraie place et son véritable statut.

Depuis cette date jusqu'à nos jours, un certain lobby tente, toujours sans succès, durant les deux premiers mois d'installation des différents gouvernements et des différents ministres de la Justice qui se sont succédés, de faire à nouveau main-basse sur les Archives nationales en voulant les faire revenir sous la tutelle de ce Ministère. En réalité ce ne sont pas les Archives nationales qui les intéressent mais bien les doubles des registres d'état civil dont le ministère de la Justice détient déjà des exemplaires semblables. Mais voilà, il faut priver les Archives nationales de ses seules sources de revenu tout en éliminant toute possibilité de contrôle et de garantie de la sécurité des informations contenues dans les registres : le nombre incalculable de faux actes retrouvés dans les registres et les nombreux faux reçus des [328] différentes greffes de la République en disent long

Ce luxe de détails sur le passé de l'Institution n 'est pas sans intérêt quand on considère que jusqu'au moment où je vous parle, une épée de Damoclès est restée suspendue sur sa tête.

II. Un présent encore incertain

Les intrigues amorcées depuis le C.N.G. ont finalement abouti à un projet de loi soumis au Parlement dès l'avènement du gouvernement le 16 décembre 1991. Échec encore une fois : le Parlement a rejeté le projet de loi visant à faire revenir les Archives nationales sous la tutelle du ministère de la Justice. Infatigable, le vieux démon revient à la charge. Le ministre de la Justice actuel, après seulement un mois d'entrée en fonction, vient de faire des doubles des registres d'état civil déposés aux Archives nationales une de ses priorités. L'affaire, semble-t-il, est d'importance. La même stratégie a été utilisée. Il s'agit de préserver le ministre de la Justice de prendre une telle décision avant d'approfondir le dossier.

Nous nous opposerons de toutes nos forces à cette tentative qui n aboutira qu'à la spoliation des actes contenus dans ces registres au grand désavantage des contribuables. Et je vous assure que n'importe qui peut être victime des faussaires.

Les Archives nationales en tant que dépositaires légaux de ces doubles de registres et en tant qu'organisme autonome doivent cesser d'être persécutées par un petit groupe de personnes à qui profitent le non-approvisionnement en registres des officiers d'état civil, les fautes et omissions dans les actes, les falsifications aux greffes et aux Archives.

La lutte est âpre et difficile. Le présent est donc encore incertain si on ajoute à cela nos locaux inachevés, un budget de fonctionnement très en dessous de nos besoins et malgré tout non honoré depuis novembre 1991, un personnel technique réduit, un [329] équipement insuffisant.

a) État actuel des Archives en Haïti

La situation décrite par Jean-Joseph en 1860 était à peu de choses près identique, et même pire dans certains cas, à celle que nous avons trouvée en 1983 : pas de répertoire, archives en vrac, en désordre, encombrement de papiers inutiles et une quantité énorme de documents actuellement irrécupérables. Ils ont été attaqués par les rongeurs, les termites et autres insectes nuisibles, la chaleur et l'humidité, — ayant été entreposés pendant trop longtemps dans des chambres fortes non aérées.

Cette même détérioration a été constatée par nos services lors d'une récente enquête dans les dépôts de certains ministères et autres organismes publics : documents à même le sol, certains en décomposition, d'autres sérieusement menacés par des installations électriques défectueuses, la proximité des toilettes et des conduites d'eau, le comportement irresponsable du personnel préposé à leur conservation, etc.

Quant aux Archives des villes de provinces, elles réclament une intervention urgente des Archives nationales qui, très bientôt, vont intervenir, pour sauver ce qui peut être sauvé. Encore les mêmes problèmes : locaux vétustés, registres abîmés, mouillés, rongés, déposés parfois à même le sol, sans classement, sans répertoire.

À part les doubles des registres d'état civil aucun versement de documents n'a été effectué aux Archives nationales depuis 1950. Ce qui a provoqué, à n'en pas douter, des destructions inconsidérées de documents, sans aucune norme et sans l'autorisation des Archives nationales comme le veut la loi.

b) Ce qui a changé de 1984 à 1992

Durant ces huit dernières années nos efforts ont porté sur : — La réforme administrative. Nouvelle législation, nouvel organigramme, mise en application de la loi régissant le statut [330] général de la fonction publique, augmentation du budget de fonctionnement, obtention d'un budget d'investissement, augmentation graduelle des salaires, mise en place d'une grille des salaires, etc.

— La formation du personnel : 15 techniciens en archivistique, 4 restaurateurs, 3 techniciens en micrographie, 1 documentaliste.

— La mise en place du service des Archives historiques avec une section de traitement des documents.

— La modernisation du service de l'État civil à la satisfaction de beaucoup de nos concitoyens. Ceux qui ont eu à fréquenter ce service avant et après 1984peuvent en témoigner. L'automatisation du service est en cours.

Actuellement tous les documents sont mis en boîtes et certains parmi les plus importants et les plus menacés ont été restaurés. Nous disposons de plusieurs répertoires : celui des registres d'état civil de 1793 à 1991, celui des registres reçus des consulats d'Haïti à l'étranger, celui du fonds documentaire Laurore Saint-Juste et celui des liasses déjà traitées.

— Le développement d'un programme de protection et de conservation des documents incluant : un laboratoire de restauration actuellement en fonctionnement, un laboratoire de microscopie qui fonctionnera très bientôt et une section de reliure.

— Le développement d'un programme de relations publiques incluant colloques, tables rondes, séminaires, sur des thèmes liés à l'archivistique en général et sur la gestion des archives en Haïti.

Nous avons publié des articles dans des revues professionnelles et participé à plusieurs joutes archivistiques internationales en vue de faire connaître l'état d'avancement de nos travaux en Haïti. Nous avons participé en tant qu'animateurs à des séminaires internationaux. Nous avons également beaucoup encouragé les associations professionnelles.

L'introduction de tant de changements en si peu de temps et les encouragements enregistrés nous permettent d'espérer et d'envisager le [331] futur avec un peu plus d'assurance.

III. — Jalons pour un futur planifié

S'il nous est impossible de dire dans les moindres détails ce que seront les Archives nationales d'Haïti d'ici l'an 2000, nous pouvons tout au moins dégager les éléments qui conditionnent le devenir de l'Institution à cette époque-là.

a) Une volonté politique des gouvernements présents et futurs de faire figurer les Archives nationales parmi leurs priorités. Nous devons donc pour cela intensifier notre programme de relations publiques, améliorer nos services à la clientèle, développer nos programmes d'animation, afin de raffermir davantage notre crédibilité tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

b) L'élaboration d'un programme quinquennal de planification stratégique focalisant les efforts sur les priorités établies à l'année. Le groupe SIC mis en place récemment devra fournir les informations nécessaires à la mise en place de ce programme.

c) La mise en place d'une législation archivistique adéquate.

d) La construction de locaux et l'acquisition d'équipements convenables à la mesure de nos moyens.

e) L'adoption d'un programme de gestion de documents administratifs incluant les normes et les procédures.

f) Le développement d'un programme cohérent de formation de base et continue d'archivistes, de gestionnaires de documents, de restaurateurs, de relieurs, de techniciens en micrographie, d'informaticiens, etc.

g) Une exploitation progressive et intensive des fonds d'archives et des documents administratifs.

h) Une maîtrise des nouvelles technologies appliquées à l'information et des technologies des nouvelles archives.

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IV — L'Option 2004

Quelques années encore nous séparent du Bicentenaire de l'Indépendance d'Haïti (1804-2004). Les Archives nationales ne peuvent trouver meilleur stimulant pour se positionner définitivement, tant sur la scène nationale que sur le plan international Ce sera le moment idéal pour les archivistes haïtiens de montrer la pleine mesure de leur talent, de leur intelligence, de leur capacité d'être utile à la communauté nationale. Essayons de voir qu'est-ce qui peut se passer d'ici 2004.

a) Les divers scénarios

Le premier scénario est basé sur la réalité actuelle. En 4 ans, on a obtenu plus de 2 000 000 de gourdes sur le budget d'investissement. Or il nous reste des travaux pour prés de 4 000 000 de gourdes pour terminer l'aménagement des locaux. Ce qui signifierait que d'ici 2004 au moins les travaux seront achevés. Le problème de l'équipement complet du bâtiment sera résolu par le biais de la coopération bilatérale (d'ailleurs le processus est déjà enclenché).

Si l'on se réfère aux travaux déjà entrepris par nos techniciens les 314 des fonds actuels seront traités et une quantité appréciable de documents les plus précieux seront restaurés et micrographies. Ce qui nous permettra de disposer de suffisamment de documents pour des expositions, des consultations, des répertoires, en vue de manifestations civiques et culturelles appréciables. Ceci c'est dans le cas où on nous laisse avec le même budget de 1 500 000 gourdes, sans possibilité d'augmenter le corps des professionnels.

Nous allons bientôt lancer notre projet de réseau d'archives départemental sur une base de financement externe. Nous envisageons d'implanter au moins 4 unités d'ici 2004. Quant au programme de gestion de documents administratifs, nous prévoyons le lancer le plus tôt possible par le biais de financement également externe.

[333]

Notre programme de formation et de perfectionnement des cadres techniques se poursuivra dans les 4 années à venir et se fera sous forme de bourses, de stages à l'extérieur et de cours déformation organisés par les Archives nationales et l'Association des Archivistes haïtiens.

D'ici 2004 le programme informatique sera non seulement bien lancé mais élargi au service des Archives historiques où les répertoires déjà élaborés devront être automatisés.

Notre équipement informatique étant déjà installé, nous travaillons actuellement à la finalisation du logiciel nous permettant de traiter automatiquement les données consignées dans des registres de l'état civil versés, comme le veut la loi de 1892, par le ministère de la Justice aux Archives nationales. D'ici 2004 la saisie des données pour tout le territoire national sera entreprise au moins pour les trois quarts. Bien sûr l'exploitation du système qui comprend la gestion des demandes, la livraison des extraits, la liaison avec la partie micrographique du programme débutera dans les plus brefs délais. Les registres d'état civil couvrant la période de 1940 à nos jours pourront être microfilmés dans les années à venir dans l'espoir que notre laboratoire de micrographie commencera à fonctionner bientôt.

Quant à notre programme de gestion des archives courantes et intermédiaires, même s'il débutait dans 4 ans nous serions en mesure de le rendre tout à fait fonctionnel d'ici 2004. — Bref, même avec les maigres ressources actuelles, à condition que d'autres aléas politiques ou la maladresse d'un gouvernement ou d'un ministère ne viennent, sinon perturber, mais chambarder les programmes naturellement en cours, les Archives nationales peuvent atteindre un certain niveau qui leur permettra de participer valablement à la commémoration du Bicentenaire de l'Indépendance d'Haïti. À condition aussi que les archivistes fassent leur cette idée que « ce n'est pas le rôle de l'archiviste de s'occuper de question de politique, mais il doit conseiller. »

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Le deuxième scénario est basé sur de nouvelles données liées à l’obtention du solde de 4 000 000 de gourdes sollicités du Trésor public, en vue de terminer les travaux du bâtiment central des Archives nationales. Ces nouvelles données incluront également le nouveau budget de fonctionnement augmenté sollicité par les Archives nationales. Ce scénario tient compte des difficultés économiques actuelles du pays. Il nous faut dire tout de suite que ce que nous avons demandé, prévoyant de pousser l’échéance d'un renforcement immédiat de nos moyens d'intervention, peut être obtenu sans trop de problème s'il y a une réelle volonté politique de valoriser les Archives du pays et de les exploiter enfin au bénéfice de la nation tout entière. Le bâtiment une fois achevé, le nouveau budget alloué, la nouvelle loi organique votée par le Parlement, nous serons dès lors en mesure de démarrer et de renforcer : 1) notre programme de gestion des documents administratifs des ministères et autres organismes publics avec ses volets de formation, la mise en place de normes et de procédures adéquates, la reprise des versements, l'offre de lieux sûrs d'entreposage, les inspections régulières, etc. ; 2) notre programme de protection et de conservation des documents par nos laboratoires de micrographie et de restauration, la mise sur pied de notre section de reliure et de notre unité informatique ; 3) notre projet de réseau d'archives départementales. A ce propos, nous envisageons d'effectuer des interventions ponctuelles en divers points du territoire national où les fonds d'archives publiques sont les plus menacés (greffes des tribunaux civils, hôpitaux, mairies des villes de provinces, etc.) ; 4) notre programme déformation de base et de formation continue, par des cours de courte et de longue durées, des séminaires, des rencontres avec des responsables d'archives. Des conférences, des séances de travaux pratiques seront aussi organisées à l'échelle départementale, à l'intention des responsables d'archives des villes de province.

b) Je fais un rêve

Ce rêve vieux de huit ans, je le refais aujourd'hui. Il est réalisable, car aujourd'hui d'autres collègues, plus jeunes que moi, le refont avec moi. Ce rêve c'est de faire de nos archives, de nos bibliothèques et de toutes nos autres unités documentaires les moteurs, les poumons du développement culturel, social et économique du peuple haïtien. Ce peuple est aujourd'hui à un carrefour difficile de son existence. Sa survie commande de ne plus gérer ses affaires ni au coup par coup ni au jour le jour. Il faut de grandes options dans le cadre d'une planification dynamique. L'avenir n'est pas à nous dit-on. Certes beaucoup d'événements sont imprévisibles même par les prophètes, encore moins par les diseurs de bonne aventure... On dit aussi qu'un peuple a le destin qu'il mérite. Mais on a vu que des peuples ont su forger leur destin. Dans notre rêve nous nous écartons de toutes les voies fatalistes, pour nous ranger sur la position de ceux qui pensent qu'on peut construire son avenir en gérant mieux son passé et son présent. Rien n'est mieux placé que les Archives d'un pays pour lui permettre de modeler son avenir. Nous disons avec notre collègue du Kenya Lawrence L. Mwangi que : « La conservation des archives et des documents, à chacune des étapes de leur existence, devient un outil pour l'exécution des affaires courantes et pour la planification de l'avenir. »

J'invite ceux qui sont ici présents, particulièrement les responsables d'archives et tous ceux qui d'une manière ou d'une autre sont impliqués dans la gestion de l'information consignée, à faire et à refaire ce rêve avec nous. Nous pouvons et devons être utiles à notre pays en facilitant l'accès à l'information consignée dans les masses énormes de documents sur tous les supports qui nous sont confiées. N'oubliez pas que nous vivons, en cette fin du XXe siècle, à l'ère de l'information, « une information telle que perçue par la société actuelle, à savoir un bien de consommation auquel il faut avoir accès rapidement et caractérisée par une informatisation croissante des documents papier, visuels et sonores », pour répéter [336] Richard J. Cox, archiviste américain.

Impossible n'est pas haïtien

Nous sommes de l'avis de ceux qui pensent qu'un peuple qui a su réaliser un si grand dessein, celui de la liberté et de l'Indépendance à une période de l'histoire universelle particulièrement difficile peut à tout moment se réveiller et étonner à nouveau le monde. Il nous faut rassembler ce qui nous reste d'énergie créatrice en renforçant ce qui nous unit et en mettant une sourdine à ce qui nous divise.

L'information véhiculée sous toutes ses formes et provenant de sources diverses et de nos archives en particulier peut tout à fait servir de catalyseur à l'éclosion de ce moment favorable dont nous avons grand besoin pour amorcer notre décollage. Archivistes, mettez-vous au travail. Vous risquez de mourir de faim alors que vous êtes assis sur des richesses inépuisables. Collecter, traiter, inventorier, répertorier, communiquer dossiers et documents divers et vite vous deviendrez ceux dont on ne peut plus se passer. Donnez à vos supérieurs hiérarchiques les moyens de respecter la règle d'or de Sir Eilsry Jenkinson qui dit que « les documents doivent permettre aux responsables de diriger le travail du bureau sans se fier à la seule mémoire de son personnel. »

Ne soyez plus ce qu'on essaie de vous faire croire que vous êtes, un pion sans importance sur l'échiquier de l'Administration publique, un gardien de documents poussiéreux, condamnés. Partons à la conquête d'un nouveau statut en essayant de satisfaire aux critères suivants :

a) S'assurer qu'on possède les connaissances requises et démontrer sa compétence dans la gestion du cycle de vie des documents d'archives.

b) Démontrer la valeur des archives en vue de gagner le soutien de l'État et du public pour leurs projets.

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c) Faire preuve d'esprit de collaboration avec d'autres professionnels et, en même temps, les initier au rôle des archives.

d) Se perfectionner et être attentifs aux progrès accomplis dans les professions et disciplines connexes.

e) Se tenir au fait de l'évolution de la technologie sur le stockage et la communication de l'information.

Tout ceci n'est nullement au-dessus de nos forces. Il nous faut conjuguer nos efforts et gérer rationnellement et partager les ressources disponibles. Quelles archives voulons-nous avoir au XXIe siècle ? La réponse viendra d'une autre question encore plus pertinente : Quels archivistes pour le XXIe siècle, pour quelle société d'Haïtiens ? L'archiviste du XXIe siècle devra être un professionnel, un spécialiste de l'information. Vous le deviendrez en faisant de votre occupation actuelle une profession digne et respectée. C'est là une gageure et en même temps un défi que je vous convie à relever en démontrant encore une fois qu'impossible n'est pas haïtien.

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[339]

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* De l'Université d'Haïti : Intervention au colloque autour des 132 années d'existence des Archives nationales d'Haïti, du 17 au 20 août 1992 : « Archives : Planifier le futur ».



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 13 décembre 2016 19:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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