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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Daniel SALÉE, “De l’avenir de l’identité nationale québécoise.” Un texte publié dans l’ouvrage sous la direction de Jocelyn Maclure et Alain-G. Gagnon, Repères en mutation. Identité et citoyenneté dans le Québec contemporain, pp. 133-164. 2e partie : “Le Québec: entre la nation et la dissémi-nation.” Montréal: Les Éditions Québec / Amérique, 2001, 435 pp. Collection “Débats”. [Texte diffusé en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales avec l’autorisation d'Alain-G. Gagnon, accordée le 17 mars 2006.]

[133]

Daniel SALÉE

politologue, professeur titulaire, École des affaires publiques et communautaires,
Université Concordia, Montréal

De l’avenir
de l’identité nationale québécoise
.

Un texte publié dans l’ouvrage sous la direction de Jocelyn Maclure et Alain-G. Gagnon, Repères en mutation. Identité et citoyenneté dans le Québec contemporain, pp. 133-164. 2e partie : “Le Québec : entre la nation et la dissémination.” Montréal : Les Éditions Québec / Amérique, 2001, 435 pp. Collection “Débats”.


La nation québécoise que l’on dit désormais vouloir plurielle, multinationale et solidaire semble décidée à ne pas advenir. Une assez bonne majorité de membres de la communauté politique qu'elle compose refusent encore et toujours de se donner les moyens politiques pour se réaliser pleinement. Pourquoi ? Pourquoi, en dépit des meilleures intentions possibles des tenants d'un nationalisme renouvelé (civique, territorial, ouvert) et en dépit d'une identité nationale qui se dit prête à l'hybridité, le projet d'une nation québécoise une et souveraine continue-t-il de piétiner ? Autrement dit, à quel horizon politique la nation québécoise peut-elle réalistement aspirer si, malgré tous les efforts pour satisfaire aux exigences de la démocratie moderne, malgré toutes les nuances et précautions théoriques pour que l'idée de la nation québécoise reflète le plus fidèlement possible la complexité et la richesse de la société québécoise, le projet d'un État-nation indépendant reste encore lettre morte au Québec ?

[134]

À vrai dire, à moins d'être devin, voilà une question à laquelle il est pratiquement impossible de répondre avec justesse. C'est là aussi une question à laquelle on ne peut s'attarder sans risquer de se laisser emporter dans une dérive volontariste et politicienne. Pourtant, il convient de persister et de la poser d'emblée, non pas tant pour dire à quoi ressemblera demain la nation québécoise - ce serait justement faire le jeu de cette dérive - mais bien plutôt pour proposer un regard sans complaisance sur les possibles et les limites de l'identité nationale québécoise. C'est, pour l'essentiel, le but du présent texte. En rupture avec l'attitude par trop courante qui consiste à imputer les échecs politiques de la nation québécoise à la dynamique politico-administrative particulière du système fédéral canadien et aux contingences sociohistoriques qui en ont marqué le développement, il s'agit ici d'appréhender le désir de nation au Québec et de supputer ses possibilités de réalisation à la lumière des impératifs sociaux qui marquent la société québécoise.

L'analyse procédera en trois temps. Après un bref retour sur le discours autour de la nation québécoise qui tend depuis quelque temps à s'imposer, on considérera les silences théoriques et conceptuels de ce discours pour enfin noter les obstacles concrets - mais rarement envisagés dans la littérature - à la construction d'une nation québécoise telle que la projettent ses défenseurs actuels.

En filigrane de cette démarche s'inscrit la volonté de montrer que le discours nationaliste qui en ce moment fait autorité au Québec traduit en fait une méconnaissance profonde de la mécanique sociale et politique propre à la constitution de la nation, et conduit en bout de piste à une incapacité viscérale d'envisager la construction de l'identité nationale autrement que dans les termes préétablis par la logique de l'État libéral-démocratique. Ce discours [135] participe le plus souvent d'une démarche surtout philosophique et normative qui procède avant tout d'une quête un peu surannée d'un modus vivendi social universel et de règles acceptables pour un vivre-ensemble harmonieux. Aussi, son appréhension de la nation est-elle marquée au coin d'un idéalisme qui, quoique soit bien intentionné, foncièrement humaniste et inclusif, saisit mal la dynamique sociétale et politique par laquelle s'objective la nation et ignore les tendances fondamentales de la réalité sociopolitique actuelle.

QUELLE NATION ?

Ce que le journaliste Michel Venne a défini comme « le défi de vivre ensemble dans la reconnaissance mutuelle de [la majorité de langue française] et des minorités qui partagent le même territoire, sans nier nos origines [1] » campe bien la problématique qui, au Québec, interpelle tous ceux et celles qui « pensent » la nation québécoise et ont à cœur son accomplissement. Autrement dit, devant la « menace » de fragmentation identitaire et les remises en question de l'hégémonie socioculturelle des classes et groupes sociaux dominants, l'élite intellectuelle et politique québécoise s'interroge - comme, du reste, la plupart des élites occidentales - sur la voie à adopter pour apaiser la grogne des minoritaires sans perdre le contrôle de la situation, ni avoir l'air antidémocratique. Comment reconcevoir la communauté politique québécoise de façon à ce que, tout en ne pervertissant pas le substrat ethnoculturel [136] sur lequel elle s'est constituée originellement, elle intègre dans le respect des règles de la démocratie libérale et de la citoyenneté moderne les influences et apports nouveaux qui émanent d'un tissu social en mutation, de plus en plus complexe et diversifié ? Voilà en clair le questionnement fondamental auquel est confrontée la cohorte actuelle des nationalistes et souverainistes québécois.

Leur réponse est assez connue. Depuis une décennie au moins s'expriment tour à tour les « paroliers » de la nation québécoise [2], intellectuels et politiciens qui, sauf quelques exceptions et à quelques nuances près, s'évertuent à répéter combien la nation québécoise est devenue - ou doit devenir, c'est selon - de moins en moins ethnique et de plus en plus civique, de moins en moins culturelle et de plus en plus rationnelle, de moins en moins fermée et de plus en plus ouverte, de plus en plus pluraliste, voire multinationale, bref de plus en plus démocratique et vertueuse ; qu'il nous faut développer, ainsi que nous enjoint Gérard Bouchard, « un nouveau paradigme [...] qui s'adresse pleinement à tous les groupes et composantes de la société y compris les Néo-Québécois, les nouveaux francophones, les membres des communautés culturelles, [137] les Amérindiens, les Anglo-Québécois [...] et qui fournit les conditions d'un nouveau récit des origines [3] », ou encore, comme le suggère Jocelyn Maclure, qu'il faut que la nation se constitue en un espace de délibérations agoniques où « une pluralité d'authenticités se rencontrent et s'interpénètrent [...] afin de recréer perpétuellement la spécificité d'une identité culturelle partagée [4] ».

Depuis une vingtaine d'années, les nationalistes et souverainistes québécois ont progressivement rejeté - du moins dans leurs documents publics - les connotations ethnicistes et culturalistes traditionnelles qui, jusqu'au référendum de 1980, ont meublé leur conception de l'identité nationale québécoise. Aujourd'hui, on convient généralement au sein de l'État et des cercles nationalistes québécois que le concept de « nation québécoise » ne recouvre plus simplement une expérience socioculturelle commune, historiquement déterminée et partagée principalement par les Québécois d'expression française, mais qu'elle rassemble, à travers la citoyenneté, toutes les personnes qui vivent sur le territoire du Québec et qui, par-delà leurs différences ethnoculturelles ou leurs intérêts divergents, se rassemblent autour d'institutions démocratiques rationnelles dont elles acceptent les paramètres et les mécanismes de fonctionnement. Dans cet esprit, la nation québécoise constitue désormais une communauté politique plurielle et hétérogène guidée par des idéaux de cohésion citoyenne au sein de frontières territoriales données et clairement délimitées. Quiconque réside à l'intérieur de ces frontières est Québécois d'office, une appellation qui n'est plus réservée aux seuls francophones, [138] mais s'applique également à tous, quelle que soit leur origine ethnolinguistique ou culturelle ou quelle que soit la profondeur historique de leur présence au Québec. Le nouveau nationalisme québécois encourage ainsi le pluralisme, célèbre la diversité et promeut l'intégrité des cultures minoritaires. L'État québécois émerge dans cet univers conceptuel comme le centre unificateur de la communauté politique à partir et autour duquel s'articule une culture publique commune, fondée sur des valeurs universelles auxquelles tous peuvent souscrire (démocratie, participation politique ouverte, égalité des hommes et des femmes, liberté d'expression et solidarité socio-économique) et dont la pérennité est assurée par l'usage de la langue française comme vecteur de transmission et de reproduction. Tôt ou tard, il sera nécessaire de libérer l'État québécois du carcan juridico-administratif que lui impose l'État canadien de manière précisément à assurer le plein développement de la culture publique commune québécoise. En ce sens, le désir de souveraineté politique n'interpelle plus simplement les seuls francophones, mais concerne tous les Québécois.

Cette vision de l'identité nationale québécoise s'inscrit dans le prolongement direct d'une certaine pensée politique libérale contemporaine qui soutient que le nationalisme est un projet moralement, intellectuellement et politiquement justifiable au regard même des valeurs libérales fondamentales [5]. Ainsi l'accent que met le nouveau nationalisme québécois sur le pluralisme et le respect de la diversité est conforme aux exigences de l'individualisme [139] libéral ; son insistance sur les principes de la citoyenneté démocratique satisfait les valeurs universelles dont le libéralisme se prétend porteur ; et son désir de cohésion incarné par la mise en place d'une culture publique commune se plie au caractère fondamentalement intégrateur de l'État libéral.

ÉTAT, VOLONTARISME ET NATION

Quoi qu'en disent ses critiques [6], le nationalisme québécois a connu une évolution bien réelle. Nonobstant les écarts de langage de certains politiciens souverainistes et les échos passéistes et nostalgiques que font encore entendre certains nationalistes traditionalistes pour qui la nation québécoise n'a de sens qu'en fonction de ce qu'on appelait jadis les Canadiens français [7], il faut bien admettre que les transformations socio-économiques et les modifications de la donne politique au cours des trois ou quatre dernières décennies ont en quelque sorte forcé un réalignement de la pensée nationaliste québécoise et, partant, de la nature même de l'identité nationale. La prise en charge graduelle par l'élite francophone des principaux leviers de développement économique, la socialisation accrue des immigrants et des minorités ethnolinguistiques dans le giron culturel et linguistique francophone grâce aux lois imposant la primauté de la langue française, de [140] même que l'affirmation progressive des Québécois francophones comme groupe dominant, voire hégémonique, à l'intérieur du Québec [8] ont amené ces derniers à adopter une attitude de moins en moins défensive et de plus en plus généreuse à l'égard de l'Autre. Le passage discursif et politique à la nation civique et territoriale au cours des dernières années reflète en quelque sorte les succès socio-politiques d'un groupe national historiquement dominé et sa capacité à reprendre le contrôle de sa destinée. Sûr de lui, il n'a plus à défendre ou justifier son existence : il est, tout simplement. Aux autres de composer avec ses exigences. Bon prince malgré tout, se sentant moins menacé de disparaître comme entité ethnoculturelle, il accueille l'Autre volontiers pour peu que celui-ci accepte ses paramètres de gestion de la communauté politique dont il demeure le principal définisseur. Le langage citoyen dont le nouveau nationalisme québécois est imprégné a certes pour but de rallier l'ensemble des Québécois à l'idée de la souveraineté mais, par-delà cet impératif politique, il traduit aussi la réussite d'un groupe ethno-culturel, historiquement marqué par l'adversité, convaincu maintenant de son bon droit et qui ne craint plus désormais de s'offrir le luxe de l'ouverture.

Il reste que tout cela est assez fragile. En dépit de ses bons coups, rien ne change au fait que la majorité francophone du Québec constitue une minorité dans l'ensemble canadien et nord-américain et qu'à l'intérieur de celui-ci, ses revendications particulières disposent d'un capital de sympathie somme toute limité. Aussi, on sent bien à [141] travers des textes publics comme le préambule à la déclaration de souveraineté [9] ou la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple et de l'État du Québec (loi 99), de même que dans certaines déclarations intempestives des politiciens souverainistes qui rabrouent la critique ou expliquent leurs échecs politiques en évoquant l'antagonisme historique entre les francophones et l'Autre [10], que les réflexes de minoritaires ne sont jamais loin et que certains restent animés d'un besoin presque viscéral de faire rempart contre un ailleurs inconnu ou menaçant, de se définir en un « Nous » culturellement bien circonscrit et exclusif [11]. En fait, sur le terrain, il existe une tension manifeste entre la nation prépolitique - « naturelle » - en fonction de laquelle s'est [142] développé, historiquement, le nationalisme québécois et cette volonté nouvelle d'incorporer la multitude d'identités agréées dont on dit vouloir respecter l'existence et l'intégrité en une communauté politique nationale mue par une culture publique commune. Le discours actuel, tant théorique que politicien, néglige cette tension ; rien, ou si peu, n'est envisagé pour la résoudre et la dépasser. Comme si les bonnes intentions devaient suffire. Or, derrière ce volontarisme se profile une incapacité étonnante à bien saisir toute la complexité politique de la nation et à comprendre qu'il ne s'agit pas simplement de prétendre aspirer à une communauté politique nationale inclusive et plurielle pour que celle-ci émerge d'elle-même.

Dans son admirable ouvrage sur la place qu'occupent les revendications identitaires dans la dynamique politique de la fin du XXe siècle, Manuel Castells nous rappelle par une analyse intelligente du rapport entre l'État et la nation l'échec de l'ex-Union soviétique à développer une identité nationale universellement agréée et à inculquer un sens durable de la nation soviétique chez toutes les composantes de la fédération [12]. État multinational par excellence à l'intérieur duquel chaque sous-État membre (république) jouissait d'une certaine autonomie administrative et, jusqu'à un certain point, de la protection de son identité ethnoculturelle, l'URSS a tenté pendant près de soixante-quinze ans de s'instituer en une entité politique et civique nationale sur la base d'une culture publique commune, dont les paramètres puisaient dans le marxisme-léninisme, et d'une langue publique commune, le russe.

L'entreprise échoua en partie parce que le mythe national soviétique ne fut en réalité qu'une création étatique forcée et fragile qui ne réussit jamais vraiment à [143] pénétrer l'imaginaire individuel et collectif des membres de l'union. Bien que la menace nazie des années 1940 ait contribué au ralliement des peuples de l'union autour du drapeau soviétique et que, plus tard, au cours des années 1960, on ressentît assez généralement une certaine fierté nationale du fait d'appartenir à une superpuissance mondiale, le déclin socio-économique des années 1980 et la prise de conscience des limites politiques du régime désamorcèrent pour de bon toute velléité de sentiment national que l'État soviétique avait maintenu artificiellement en vie grâce à ses formidables appareils idéologiques et répressifs. Devant un projet de société qui ne sut pas livrer la marchandise, la démobilisation à l'égard de l'idée d'une nation soviétique fut totale et irrévocable. Comme le dit Castells, on peut bien imaginer une communauté politique, rien ne garantit que ceux qu'interpelle pareil projet y croiront nécessairement [13].

L'échec de la nation soviétique s'explique aussi par l'institutionnalisation factice des identités régionales et ethnoculturelles multiples qui composaient le pays. Bien que l'État reconnût celles-ci et leur donnât les moyens politiques d'exister et de se manifester, surtout au niveau de l'administration territoriale, la logique géopolitique et bureaucratique qui prévalait sous le régime soviétique ignora trop souvent l'histoire, la culture et l'identité religieuse d'un grand nombre de communautés nationales et faillit ainsi à subsumer les nationalités dans l'ensemble du système national global. À telle enseigne qu'au moment du démantèlement final du régime au début des années 1990, c'est vers la mémoire collective historique primordiale (présoviétique) que la plupart des anciennes républiques soviétiques se tournèrent pour reconstruire leur identité nationale.

[144]

L'expérience de l'Union soviétique nous enseigne, d'une part, que l'État ne constitue pas un instrument aussi fiable qu'on le croit pour construire ou consolider la nation (même si historiquement on en a privilégié l'usage à cette fin) et, d'autre part, que la création de toutes pièces d'une culture publique commune dans le but de rallier les éléments disparates d'une population vivant sur un territoire donné a des limites évidentes. Certes, il n'est pas dit que le jeu n'en vaut pas la chandelle ou que l'expérience de l'Union soviétique se répétera toutes les fois qu'elle sera tentée sous une forme ou sous une autre ou dans un autre contexte sociétal. Mais la prudence est de mise sur cette question. La culture publique commune, ce lien social unificateur dont participe et sur laquelle repose la nation, ne s'élabore pas à coups d'oukases ni, du reste, à coups de bonnes intentions. Elle se forge à même la dynamique historique des rapports sociaux, ce qui suppose qu'elle soit profondément enracinée dans la réalité des pratiques sociopolitiques et des rapports de force et de pouvoir généralement antagoniques qui la marquent et déterminent en fin de compte son contenu, son orientation et sa logique propres. Le procès d'établissement de la nation, comme de toute communauté politique, constitue d'abord et avant tout un acte de pouvoir, à plus forte raison lorsque l'on entend construire la nation et la culture publique commune qui l'animera par l'intermédiaire de l'État.

La création d'une identité politique nationale, d'une culture publique commune sur laquelle reposerait la nation ne va pas de soi. Il ne s'agit ni d'une volonté partagée qu'on exécuterait à plaisir [14], ni d'un exercice consultatif où tous seraient invités à donner leur avis sur la configuration souhaitable de la communauté politique. Il s'agit [145] au contraire d'un long processus sociohistorique qui implique l'imposition par certains acteurs sociaux de visions et de projets particuliers qui déterminent l'orientation et le contenu du vivre-ensemble. La constitution de la communauté nationale et de l'identité politique qui la distingue s'accomplit selon une dynamique oppositionnelle à l'intérieur de laquelle les individus qui composent la société divergent et s'affrontent autour d'enjeux qui tiennent à leurs intérêts sociaux et économiques propres, leurs priorités, leurs aspirations et leur compréhension de ce qui est bon pour eux-mêmes et pour les autres. De cette dynamique, certains sortent gagnants, d'autres perdants. Les premiers parviennent à faire triompher leur vision et leurs intérêts, à imposer le contenu symbolique de la nation, c'est-à-dire les paramètres de l'identité nationale auxquels tous se doivent d'adhérer, et donc à s'imposer aux autres. Ces derniers en viendront peut-être en définitive à accepter la position des premiers, mais au prix seulement de compromis, de sujétion, voire de disparition de leur propre conception des choses. Une culture publique commune et par conséquent la communauté politique nationale participent presque inévitablement de coups de force. Cela dit, une culture publique commune, si tant est que cela puisse exister, n'a rien de fixe ni d'inaltérable ; elle est constamment renégociée dans un incessant aller-retour entre pouvoir des uns et résistance des autres. C'est dans cet aller-retour qu'on doit chercher le sens réel de la nation. On ne peut réellement supputer l'avenir de l'identité nationale sans au préalable prendre acte de l'existence de cette dynamique fondamentale.

La rhétorique nationaliste qui domine présentement la question nationale et alimente le projet souverainiste au Québec est incapable de percevoir ainsi les choses parce qu'elle évolue à l'intérieur de l'univers normatif et moral de [146] l'État libéral-démocratique qui tend à nier le conflit, s'imagine de portée universelle et donc neutre, et prétend fournir les balises et l'environnement institutionnels nécessaires pour accommoder les intérêts et cultures différentes à l'intérieur d'une même entité politique. En réalité, elle participe en cela d'une logique factice qui, sous des dehors de reconnaissance de la diversité, en appelle à la fusion des différences en un cadre normatif et culturel préétabli, paré de paramètres qui reflètent la position hégémonique historique du groupe ethnoculturel dont l'enracinement historique semble justifier qu'il impose ledit cadre. De façon générale dans les sociétés libérales - et le Québec n'y échappe pas - l'encouragement et la célébration de la diversité culturelle s'estompent derrière les tentatives beaucoup plus robustes d'en contenir et d'en limiter les manifestations. La société hôte ou la culture dominante accepte l'altérité à la condition seulement qu'elle s'intègre, s'adapte ou puisse être facilement localisée à l'intérieur de la matrice normative en vigueur [15]. En ce sens, la nation civique, plurielle et consensuelle, forgée à même une culture publique commune autour de laquelle on se rallierait d'emblée, est un pur produit de l'imagination philosophique. Même en supposant qu'elle soit possible, elle ne peut exister qu'au prix de l'oblitération des revendications socio-économiques et des aspirations identitaires minoritaires.

Les exhortations pluralistes du discours nationaliste québécois actuel supposent un engagement politique beaucoup plus exigeant qu'il n'en a l'air. La multiplication d'ayants droit et l'intensification des revendications particularistes dans le paysage politique occidental imprègnent aujourd'hui la démocratie moderne d'impératifs autrement plus [147] difficiles à satisfaire qu'il y a une ou deux générations. L'État qui s'engage sur la voie de la reconnaissance de la diversité crée nécessairement des attentes auprès des groupes minoritaires en particulier, attentes que ceux-ci veulent voir combler par des politiques et des gestes concrets qui redresseront et amélioreront véritablement leur condition. Les simples promesses de participation accrue à la vie politique ne suffisent plus. Ainsi, par exemple, au Québec plusieurs nations autochtones se satisfont de moins en moins de simples ententes administratives avec l'État québécois ; elles exigent un contrôle plus direct sur les ressources nécessaires à leur épanouissement et à la reprise en main de leur destinée collective. Dans quelle mesure l'État québécois est-il prêt à consentir tous les privilèges et prérogatives socio-économiques qu'elles réclament (contrôle total sur les territoires revendiqués, usufruit exclusif des ressources qu'ils contiennent, systèmes judiciaires et éducatifs parallèles, etc.) ? Malgré l'ouverture de bon aloi dont il fait preuve à leur égard depuis quelques années, il est assez peu probable que l'État québécois se rende à leurs exigences, surtout si elles remettent en question sa primauté juridique, administrative ou juridictionnelle. Du point de vue de l'État québécois, les demandes des nations autochtones ne sont recevables que si elles peuvent être aisément circonscrites à l'intérieur de la norme citoyenne et étatique québécoise, ce qui pour plusieurs représentants des Premières Nations est inacceptable [16].

[148]

Là est tout le problème en quelque sorte. Soucieux de se départir des oripeaux ethnicistes et culturalistes du nationalisme d'antan, les thuriféraires actuels de la nation québécoise insistent désormais pour que celle-ci soit fondée sur les principes de la citoyenneté démocratique. Leur nationalisme dit civique participe d'une démarche qui se veut a priori inclusive et respectueuse de la diversité constitutive de la communauté politique québécoise, mais l'idéologie rationaliste et universaliste inhérente à cette démarche gomme plutôt les différences qui distinguent et éloignent les membres de la communauté politique, pour mieux les intégrer dans une entité collective nouvelle dont tous, sans exception, doivent se réclamer. La transformation administrative en 1996 de l'ancien ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration en un ministère voué d'abord aux relations avec les citoyens (ministère des Relations avec les Citoyens et de l'Immigration), de même que les tentatives du gouvernement actuel pour établir une citoyenneté québécoise au sens propre [17] participent de cet esprit.

Mais de quelle citoyenneté s'agit-il ? Et quels sont les mécanismes d'intégration citoyenne ? Tenter de répondre à ces questions à la lumière de la dynamique sociétale des deux dernières décennies amène à prendre conscience de l'horizon politique somme toute limité dans lequel s'inscrit finalement le nationalisme civique - à tout le moins dans sa formulation actuelle. La citoyenneté à laquelle on aspire ici est une citoyenneté de droit et homogénéisante, [149] celle qui a marqué le temps keynésien et qui, pour l'essentiel, continue de moduler le fond et le contenu de la logique citoyenne actuellement dominante. Or toute la littérature théorique et sociologique sur l’identity politics montre combien ce type de citoyenneté est de plus en plus remis en question [18]. Les mouvements sociaux identitaires et particularistes en émergence cherchent à modifier les modalités d'expression de la citoyenneté dans la société ; les modèles politiques axés sur l'homogénéité civique, des arrangements institutionnels centralisés et la création d'espaces sociaux unitaires - ce que cherche en définitive le nationalisme civique - trouvent de moins en moins preneur.

Et c'est là où le bât blesse. On ne trouve pas dans les positions des tenants du nationalisme civique et libéral de réflexion véritable sur les tentatives qui proviennent actuellement de la société civile pour transformer le sens convenu de la citoyenneté moderne. Comme si leur ouverture supposée et théorique sur le pluralisme et les revendications identitaires multiples qui traversent la société constituaient un gage suffisant de leur bonne volonté à cet égard. Or il n'en est rien. Le désir inhérent d'universalisme et d'unification du nationalisme civique repose en réalité sur une vision univoque, singulière et foncièrement masculiniste de l'appartenance à la communauté politique nationale [19]. Pis, [150] il se fonde sur une incompréhension à peu près totale de l’altérité et de la dynamique sociale de la différence dans les sociétés modernes. Les stratégies d'inclusion qui ont généralement cours dans les sociétés libérales démocratiques multinationales ou multiculturelles ont tendance à réifier l'altérité, à poser les différences raciales et ethnoculturelles comme essences identitaires, à traiter la différence comme une caractéristique propre à la culture, comme une valeur qui peut et qui doit « enrichir » la société. L'on s'imagine que parce que le système politique repose sur des mécanismes de représentation égalitaire, tout le monde peut participer sans obstacle à la vie publique et, éventuellement, à la construction de la nation [20]. Cette perspective néglige une chose importante : ces mécanismes participent d'une culture institutionnelle donnée, historiquement déterminée et ancrée dans des rapports de pouvoir qui reproduisent les inégalités sociales fondées sur l'ethnicité, la couleur de la peau, la culture, la sexualité et le genre. Loin de jouer un rôle de transformation de la société et de renouveler la citoyenneté et les modalités d'appartenance à la communauté politique nationale, les stratégies d'inclusion sous-jacentes au nationalisme civique reconduisent en fait la dynamique institutionnelle de l'inégalité socio-économique et consolident en bout de piste les hiérarchies catégorielles qui distinguent, séparent et opposent les individus. Cela n'est pas nécessairement délibéré, mais on trouve là la posture libérale typique qui informe en définitive le nationalisme civique. De par sa tendance naturelle à ignorer les tensions inégalitaires propres aux relations sociales, elle néglige l'indispensable réflexion sur les conditions historiques de l'inégalité et de l'exclusion. [151] Sans cette réflexion, la citoyenneté dans laquelle les nationalistes civiques veulent désormais ancrer la nation ne changera rien à la situation actuelle et n'en fera pas un espace politique plus convivial.

LA DIFFICILE UNITÉ
DU SUJET POLITIQUE


Les tenants de la souveraineté politique du Québec perçoivent généralement l'environnement constitutionnel canadien dont le Québec est légalement partie comme le principal obstacle à l'accomplissement ultime et à l'unité de l'identité nationale québécoise. La distance qui sépare certains groupes constitutifs de la communauté politique québécoise et les empêche de s'entendre à l'interne sur l'élaboration d'un cadre civique commun indépendant de celui qui est imposé par l'État canadien tient essentiellement à la confusion créée par l'existence parallèle au sein de l'espace politique québécois de deux modèles concurrents d'intégration proposés l'un par l'État canadien et l'autre par l'État québécois. C'est à tout le moins l'analyse que l'on retrouve clairement énoncée dans La Citoyenneté québécoise, document de consultation gouvernemental publié préalablement au Forum national sur la citoyenneté et l'intégration de septembre 2000 :

Les tensions engendrées par le refus canadien de reconnaître formellement l'existence du peuple québécois ont des conséquences importantes sur la dynamique citoyenne. En effet, la société civile québécoise tout entière reste tiraillée par des sollicitations, des symboles et des organisations qui tantôt souscrivent, tantôt nient toute référence à une représentation du peuple québécois. Il en résulte une distorsion où la citoyenneté et la participation citoyenne sont appelées tantôt à se [152] représenter et à s'inscrire comme caractéristiques minoritaires, comme un sous-ensemble canadien, tantôt à se représenter comme une sphère propre ayant son cadre de référence. C'est en relation avec l'Assemblée nationale comme ultime lieu d'expression et mandataire de la nation québécoise que se définit la citoyenneté québécoise [21].

Dans un pareil contexte, les immigrants et les membres de groupes ethnoculturels autres que celui de la majorité francophone éprouvent nécessairement quelques difficultés à endosser l'idée d'une nation québécoise indépendante :

Même si elles affectent l'ensemble des citoyens, les tensions générées par le conflit des modèles d'intégration s'exacerbent particulièrement dans les rapports qu'entretiennent les nouveaux arrivants à la citoyenneté québécoise. Ils sont en effet durement confrontés à la concurrence des modèles d'intégration et à la difficulté d'en référer à des repères univoques pour fixer les bases de la nouvelle vie qu'ils ont choisi de bâtir ici. Le dualisme des symboles, le dédoublement des chartes, les logiques identitaires antagoniques provoquent inévitablement un besoin de clarification sans quoi le processus d'intégration ne peut s'accomplir adéquatement.

La transmission du patrimoine civique est perturbée par la concurrence des cadres de légitimité. Un conflit de légitimité et une concurrence des repères identitaires pèsent sur l'acquisition et l'exercice de la citoyenneté de tout Québécois, issue ou non de l'immigration. Mais l'urgence d'une clarification s'impose plus immédiatement et plus directement lorsqu'il s'agit de présenter à des immigrants les conditions et les cadres de référence de base qui vont constituer leurs principaux points d'appui pour réussir à s'établir avec succès dans la société qui les accueille [22].

À l'évidence, de l'avis du gouvernement québécois et des nationalistes civiques qui baignent dans sa mouvance, la solution au problème de l'instauration d'un sujet [153] politique québécois qui soit un, universellement accepté et incontestable serait donc finalement plutôt simple : il s'agit de créer un espace de citoyenneté proprement québécois et politiquement non équivoque ; ainsi la donne serait claire et plus personne n'aurait de raison d'hésiter à adhérer d'emblée à l'identité nationale québécoise. Cela se ferait automatiquement en quelque sorte.

Il est difficile de ne pas noter au passage combien le gouvernement résiste mal à la tentation d'attribuer aux personnes issues de l'immigration - et, sans doute, à tous ces autres Québécois qui ne participent pas de la majorité francophone - la responsabilité de la non-accession de la nation québécoise à la souveraineté politique. Certes, il se reconnaît bien aussi une part de responsabilité et admet en fin de compte qu'une « société qui accepte l'immigration et recrute des immigrants se crée à elle-même l'obligation de rendre explicite le cadre d'accueil dans lequel elle convie le nouvel arrivant à inscrire ses projets [23] », mais en départageant ainsi l'« Eux » du « Nous », il réethnicise la question de l'unité du sujet politique québécois en dépit même de ses prétentions au contraire. Au fond, il n'y a pas là de quoi s'étonner quand on considère la chose à la lumière de l'ambivalence caractéristique du discours libéral et de son incessante oscillation entre particularisme et universalisme autour de la problématique de l'unité de la communauté politique [24]. Le problème est ailleurs, et plus fondamental. Soutenir que l'autonomisation du cadre civique et juridico-politique québécois garantirait à plus ou moins long terme la cohésion de l'identité nationale québécoise revient à banaliser la dynamique sociale interne [154] du Québec et à ne lui reconnaître aucune pertinence dans l'inexécution du projet national québécois, comme si tout devait obligatoirement se ramener à l'environnement constitutionnel canadien.

Rien, en fait, ne permet de supposer que la mise en place d'un cadre de citoyenneté indépendant au Québec rapprocherait en une même communauté de pensée identitaire et de visée nationale les groupes qui aujourd'hui se tiennent à distance ou ne partagent pas la même conception du vivre-ensemble. Le cœur de la question ne réside pas dans la nature du statut constitutionnel du Québec, mais dans l'économie générale des rapports sociaux et de pouvoir qui traversent la société québécoise. Des enquêtes sur le terrain menées récemment dans la région montréalaise et visant à saisir les représentations que se font de la citoyenneté canadienne et québécoise des Québécois issus de l'immigration et de groupes racisés montrent que ceux-ci articulent leur désir de « faire partie » de la société d'accueil à la qualité de leurs conditions de vie socio-économique [25]. Plus on éprouve de difficultés à s'intégrer efficacement et de manière satisfaisante aux principaux réseaux d'activité sociale et économique de la société québécoise, moins on se sent interpellé par les appels à la cohésion sociale et à l'unité citoyenne. La réalité de la marginalisation socio-économique peut bien n'être que le résultat d'effets de système et donc aucunement attribuable [155] à une volonté délibérée d'exclure, néanmoins elle reste bel et bien vécue par l'individu ; elle est éventuellement sentie par le groupe dont il provient et inhibe en bout de piste le développement d'un sentiment d'appartenance à la communauté politique nationale. Peu importe l'enthousiasme des invitations étatiques à l'engagement civique, peu importe la générosité des politiques d'accueil et d'incorporation des immigrants, peu importe même la qualité des lois protégeant leur intégrité culturelle, voire idéologique, contre des pratiques discriminatoires, une intégration socio-économique non réussie ou insatisfaisante décourage dans la plupart des cas le désir de s'assimiler, même partiellement, à la vie de la nation.

Quoi qu'en disent certains qui affirment sans ambages que les mécanismes d'intégration des immigrants sont désormais bien en place au Québec et que cette intégration s'effectue harmonieusement [26], les indicateurs socio-économiques disponibles offrent une image quelque peu différente de la réalité. Bien qu'on ne puisse nier que la majorité francophone coexiste aujourd'hui avec les minorités ethnoculturelles et racisées beaucoup plus aisément qu'il y a deux ou trois décennies, ni, par ailleurs, que ces dernières participent, dans l'ensemble, plus volontiers à la vie publique, il reste d'importantes zones d'ombre qui témoignent de l'existence de rapports sociaux et de pouvoir particulièrement inégalitaires en vertu de l'origine ethno-culturelle et de l'enracinement historique dans la société québécoise.

[156]

Au cours des années 1990 [27], la population immigrante du Québec accusait un taux de chômage entre 5% et 7% plus élevé que celui de l'ensemble de la population - un écart qui ne s'était pratiquement jamais présenté au cours des décennies précédentes. Les immigrants d'arrivée récente (après 1986) devaient, pour leur part, composer avec un taux de chômage presque deux fois plus élevé que le taux moyen. La situation des minorités racisées était encore moins reluisante avec des taux de chômage presque trois fois plus élevés ; le chômage des Noirs et des Latino-Américains se chiffrait autour de 26% et 29% respectivement, comparativement à un taux de chômage moyen oscillant entre 10% et 11%. De même, le taux de participation des immigrants et des minorités racisées au marché du travail était de 3% à 4% moins élevé que le taux général moyen (58% et 59% contre 62,3%). Le pourcentage de personnes ayant un emploi continu à l'année était 5% plus faible chez les minorités racisées que dans l'ensemble de la population (48% contre 53%). Ces statistiques indiquent clairement que les Québécois issus de l'immigration et des minorités racisées sont généralement sous-utilisés, voire mal utilisés dans l'économie québécoise. Lorsqu'ils disposent d'un emploi, ils sont plus souvent surreprésentés dans des occupations mal rémunérées, [157] non spécialisées et de statut précaire. Ils restent remarquablement absents des postes de gestion intermédiaires ou supérieurs tant dans le secteur privé que dans l'administration publique. Pourtant, à Montréal, où à peine 13% de la population détient un diplôme universitaire, 18% de la population racisée a reçu une formation équivalente ; des trois villes canadiennes où l'on trouve un contingent plus important de personnes racisées (Vancouver, Toronto, Montréal), Montréal est l'endroit où le taux de chômage pour ces gens est le plus élevé.

Il n'est guère étonnant dès lors que les écarts de revenus entre la population d'origine immigrante et racisée et le reste de la population se soient progressivement accrus depuis le début des années 1980. À l'époque, le revenu immigrant moyen était de 10% inférieur au revenu moyen de la population en général ; il sera au cours des années 1990 de 25% inférieur. Le contraste est encore plus significatif lorsque les différences de revenus sont ventilées par groupes : alors que les immigrants d'origine africaine jouissaient d'un revenu 3% plus élevé que le revenu moyen en 1980, il sera de 12% inférieur quinze ans plus tard ; les immigrants d'origine caraïbe disposent d'un revenu de 47% inférieur, les Latino-Américains, 40% et les Asiatiques 33%. Dans l'ensemble, le revenu des personnes issues des minorités racisées est de 17% inférieur au revenu moyen de la population en général. Comparativement, le revenu moyen des immigrants provenant de l'Europe et des États-Unis a toujours été et continue d'être plus élevé que celui de la population de souche.

L'exclusion croissante des minorités ethnoculturelles des réseaux d'accès au partage des ressources collectives et une situation économique dans l'ensemble plutôt difficile au cours des années 1980 et 1990 ont inévitablement entraîné un accroissement de leur dépendance [158] envers les systèmes d'aide de dernier recours (l'aide sociale). Alors qu'à peine 4% des ménages bénéficiaires de prestations d'aide sociale provenaient des communautés immigrées en 1981, celles-ci représentaient 13% des ménages prestataires au milieu des années 1990. De même, 7% des clients de l'aide sociale étaient nés à l'étranger en 1985 ; ils étaient 16% dix ans plus tard. Entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990, le nombre de ménages dépendant de l'aide sociale dont le chef est né à l'étranger a augmenté de 420%. Par comparaison, le nombre de ménages dépendant de l'aide sociale dont le chef est né au Canada a enregistré une augmentation de 42% au cours de la même période. Le nombre total de la clientèle d'origine immigrante inscrite à l'aide sociale a augmenté de 157% entre 1985 et 1994, alors que le nombre de la clientèle non immigrante est resté stable. Par ailleurs, la crise des finances publiques et les coupures budgétaires qu'elle a occasionnées dans le domaine de l'assistance sociale ont bien souvent envenimé la situation objective des minorités d'origine immigrante et racisée alors que les ressources publiques s'étiolaient et ne pouvaient répondre aux besoins nouveaux en émergence. Ainsi, par exemple, le parc de logements sociaux dans les secteurs de la ville de Montréal où les immigrants et les populations racisées ont tendance à se concentrer reste largement insuffisant, surtout lorsque l'on considère l'accroissement démographique de ces populations dans ces quartiers. Le quartier Côte-des-Neiges est un cas typique. Avec plus de 50% des ménages provenant de l'immigration et des minorités racisées, ce quartier compterait à peine 3% du logement social disponible sur le territoire de la ville de Montréal. Par comparaison, on trouve dans le Centre-Sud de la ville, poche historique de pauvreté, 25% du logement social alors que la population immigrante et racisée ne [159] compte que pour 10% des ménages. Cette inégalité de traitement dans la gestion de la pauvreté n'est certes pas délibérée et on ne saurait prétendre qu'elle reflète un biais volontairement défavorable à l'égard des minorités ethno-culturelles. La situation est largement attribuable à des facteurs de conjoncture : les contraintes fiscales et budgétaires des dernières années ont ralenti les investissements gouvernementaux dans le logement social, de sorte que les autorités n'ont pas réagi aux transformations géodémographiques rapides du tissu social urbain qui, au cours de la dernière décennie, ont fait apparaître un nombre croissant de poches de pauvreté immigrante et racisée un peu partout sur l'île de Montréal.

Le tableau, on s'en doute, n'est guère plus encourageant du côté de la population autochtone. Le revenu moyen des ménages autochtones est de 20% inférieur au revenu moyen des ménages non autochtones et ce, en dépit du fait que les ménages autochtones comprennent en moyenne deux fois plus de personnes que les ménages non autochtones moyens. Les revenus dérivés d'un emploi constituent 42% du revenu d'un ménage autochtone moyen, alors que 77% du revenu d'un ménage non autochtone proviennent d'un emploi. Plus de 40% des Autochtones vivant au Québec n'ont pas plus de neuf ans de scolarité, alors que ce n'est le cas que de 20% de la population non autochtone [28].

Le fossé socio-économique qui sépare la majorité des minorités racisées et d'origine immigrante au Québec n'est pas unique à la société québécoise. En fait, la situation est comparable à ce que l'on est susceptible de retrouver dans la plupart des sociétés occidentales. Le Québec n'est [160] à cet égard ni pire, ni meilleur. Il n'y a pas en tout cas de volonté délibérée de constituer et de reproduire les écarts soulignés. Il faut dire que l'intégration citoyenne ne s'effectue jamais parfaitement, même dans les sociétés homogènes où la problématique des rapports interethniques a peu ou prou de pertinence politique. On trouve toujours des individus et des groupes qui, du fait de leur incapacité à s'ajuster aux impératifs de l'économie de marché, se voient disqualifiés en quelque sorte et condamnés de facto à vivre sans jouir de tous les avantages de la citoyenneté. Ils ont bien les droits théoriques de la citoyenneté, mais en pratique, leur position économique désavantageuse les confine à la marge et les empêche de jouer un rôle social gratifiant, d'égal à égal avec les autres membres de la société. Bien que cet état des choses n'ait rien de réjouissant, c'est là le propre de la vie sociale dans les sociétés de marché capitaliste ; l'exclusion et la différenciation font partie intégrante de la dynamique des rapports sociaux. En conséquence, il est sans doute injuste d'espérer que le nationalisme civique de l'État québécois réussisse mieux l'intégration citoyenne que dans toute autre société animée de la même logique sociétale fondamentale.

Le problème c'est que dans les sociétés multiethniques ou multiculturelles, l'exclusion économique se double généralement d'un processus d'« altérisation ». Les minoritaires immigrants et racisés sont tenus à l'écart des principaux réseaux de participation à l'économie tant en raison de la logique distributive excluante du capitalisme que du fait qu'ils sont intrinsèquement « autres » et ne partagent donc pas les caractéristiques ethniques, culturelles, linguistiques ou raciales de la majorité. L'exclu immigrant et racisé ressent l'exclusion économique et la marginalisation sociale concomitante qui l'accablent comme une violence [161] qui lui est adressée personnellement, une violence commise au nom de la norme majoritariste contre la configuration identitaire particulière qui le définit en son être [29]. Tant que cette perception perdure, tant que l'exclu a des raisons d'entretenir le sentiment de vivre l'interface sociale auquel il est convié par la majorité comme un rapport social d'exclusion, il restera fort difficile de le convaincre qu'il est membre à part entière, inconditionnellement et sans équivoque, de la communauté politique ou de la nation. À moins que ne disparaissent entièrement les disparités économiques et l'inégalité d'accès aux ressources collectives, les rapports sociaux entre la majorité et les minorités immigrantes et racisées resteront inévitablement ethnicisés et vécus comme une divergence plus ou moins profonde, voire parfois irréconciliable, d'identité. Dans pareil contexte, la citoyenneté et la volonté d'instaurer une quelconque culture publique commune apparaîtront à l'« Autre-exclu » non pas comme des objectifs enviables, mais bien comme un subterfuge visant le maintien de l'hégémonie sociopolitique de la majorité. Il est difficile, dans ces conditions, de promouvoir la nécessaire unité du sujet politique sans laquelle la nation ne peut s'accomplir. Dans la mesure où l'État québécois n'arrive pas ou ne se donne pas les moyens de neutraliser les effets négatifs de l'exclusion inhérente au marché et donc de combler le fossé socio-économique qui s'installe irrémédiablement entre la majorité et les minorités immigrantes et racisées du Québec, la hantise qu'entretiennent celles-ci à l'égard des aspirations qu'elles supposent d'emblée hégémonistes des Québécois francophones risque bien de ne jamais s'estomper. Au fossé socio-économique, s'entremêle celui, [162] déjà assez profond même dans la meilleure des conjonctures, de l'incompréhension mutuelle et du ressentiment. Du coup, c'est toute la mise en place du dialogue nécessaire à l'instauration d'une culture publique commune et à la construction de l'espace public national qui s'en trouve menacée.

CONCLUSION

Qu'est-ce à dire, donc, de l'avenir de l'identité nationale québécoise ? En ce moment, deux chemins s'offrent aux Québécois. Celui, relativement neuf, dont le présent texte vient de faire état, et celui bien tracé et maintes fois parcouru d'un nationalisme qui articule sans détour et sans honte une communauté politique pensée et organisée en fonction de l'affirmation collective et de la promotion de ceux qu'on appelait naguère les Canadiens français. C'est la voie que proposait Fernand Dumont et, plus récemment, Serge Cantin à sa suite.

L'un et l'autre posent problème. L'identité nationale des nationalistes civiques est marquée au coin d'une hybridité prometteuse et séduisante, mais toute théorique et velléitaire qui ne semble pas déboucher sur une reconfiguration fondamentale et nécessaire des paramètres sociétaux et institutionnels actuels, reconfiguration sans laquelle leur désir d'une nation plurielle tourne à vide et ne veut rien dire. La voie dumontienne, tout enveloppée qu'elle est dans ses oripeaux passéistes, est moralement indéfendable et déconnectée de la réalité sociopolitique du Québec actuel. Elle a au moins le mérite de la clarté : elle assume l'identité nationale du groupe qu'elle défend, sans chercher à en diluer l'existence dans les artifices de la rhétorique libérale démocratique.

[163]

Mais alors, quelle troisième voie ? Au fond, il est vain d'en chercher une, car si elle a à émerger, elle émergera de l'entrechoc inévitable des intérêts sociaux, économiques et idéologiques divergents qui traversent la société québécoise ; elle se façonnera à même les incontournables allers-retours entre l'exercice du pouvoir et les manifestations de résistance. Bien malin qui peut décrire avec exactitude à quoi elle ressemblera. Tous les discours et réflexions sur la nation, la communauté politique et la citoyenneté qui ont actuellement cours au Canada et au Québec montrent surtout que nous sommes en réalité dépassés par les revendications identitaires et la multiplication d'ayants droit minoritaires dont les exigences semblent menacer la viabilité et l'intégrité des régimes de citoyenneté en place et la vision hégémonique du vivre-ensemble. Nous sommes dépassés parce que nous nous braquons essentiellement sur la perspective de l'écroulement de l'unité politique de nos sociétés. Mais si nous comprenions mieux la dynamique de pouvoir, d'abus et de victimisation qui conduit à l'instauration d'une vision donnée de la communauté politique et de la citoyenneté, nous verrions aussi combien cette unité est factice.

Il s'agit donc de recibler nos analyses de la nation, non pas en fonction d'illusoires contrats sociaux et moraux, mais bien de manière à saisir pourquoi ses paramètres sont contestés. Procéder ainsi nous permettrait, non plus de paniquer à la perspective de l'unité politique déchue, mais bien de saisir les raisons profondes pour lesquelles lesdits paramètres ne semblent plus convenir. En bout de piste, cela modifierait sensiblement notre approche à l'égard du sens et du contenu de la communauté politique à laquelle nous nous identifions et nous inciterait plutôt à réfléchir aux manières de changer les relations sociales et les rapports de pouvoir qui posent problème. [164] Car c'est là le vrai fond de l'affaire : repenser la communauté politique nationale implique surtout qu'il faille revoir les dynamiques d'abus, de victimisation, d'exclusion sociale, de marginalisation économique et reconfigurer l'environnement institutionnel qui cautionne finalement ces dynamiques et perpétue les procès d'altérisation et de minorisation. Repenser la communauté politique nationale signifie en clair remettre en question les règles convenues de la démocratie libérale et non pas chercher à les adapter.



[1] Michel Venne, « Penser une nation ou comment vivre ensemble ? », dans Michel Venne (dir.), Penser la nation québécoise, Montréal, Québec Amérique, coll. « Débats », 2000, p. 13.

[2] La liste est longue. Notons cependant à titre indicatif Louis Balthazar, « The Faces of Quebec Nationalism », dans Alain-G. Gagnon (dir.), Quebec State and Society, 2e édition, Scarborough, Nelson Canada, 1993, p. 2-17 ; Claude Bariteau, Québec 18 septembre 2001, Montréal, Québec Amérique, coll. « Débats », 1998 ; Gérard Bouchard, La Nation québécoise au futur et au passé, Montréal, VLB Éditeur, 1999 ; Anne Legaré, « La souveraineté : nation ou raison », dans Alain-G. Gagnon (dir.), Québec : État et société, Montréal, Québec Amérique, 1994, p. 41-59 ; Parti québécois, Le Québec dans un monde nouveau, Montréal, VLB Éditeur et Parti québécois, 1993 ; Parti québécois, La Volonté de réussir, Montréal, Parti québécois, 1997 ; Michel Sarra-Bournet (dir.), Le Pays de tous les Québécois, Montréal, VLB Éditeur, 1998 ; Michel Seymour (dir.), Nationalité, citoyenneté et solidarité, Montréal, Liber, 1999 ; et Michel Venne (dir.), Penser la nation québécoise, Montréal, Québec Amérique, coll. « Débats », 2000.

[3] Gérard Bouchard, La Nation québécoise au futur et au passé, op. cit., p. 123-124.

[4] Jocelyn Maclure, Récits identitaires. Le Québec à l’épreuve du pluralisme, Montréal, Québec Amérique, coll. « Débats », 2000, p. 203.

[5] Voir David Miller, On Nationality, Oxford, Oxford University Press, 1995 ; Yael Tamir, Liberal Nationalism, Princeton, Princeton University Press, 1993 ; et Charles Taylor, « Nationalism and Modernity », dans Ronald Beiner (dir.). Theorizing Nationalism, Albany, State University of New York Press, 1999, p. 219-245.

[6] Voir surtout Diane Francis, Fighting for Canada, Ottawa, Key Porter Books, 1996 ; William Johnson, A Canadian Myth. Quebec, Between Canada and the Illusion of Utopia, Montréal, Robert Davies Publishing, 1994 ; et Mordecai Richler, Oh Canada ! Oh Quebec ! Requiem for a Divided Country, Toronto, Penguin Books, 1992.

[7] Voir, par exemple, Serge Cantin, « Pour sortir de la survivance », dans Michel Venne (dir.), Penser la nation québécoise, op. cit., p. 85-101.

[8] Jocelyn Létourneau, « La nouvelle figure identitaire du Québécois. Essai sur la dimension symbolique d'un consensus social en voie d'émergence », British Journal of Canadian Studies, vol. 6, n° 1, 1991, p. 17-38 ; et J. Létourneau, « Le Québec moderne : un chapitre du grand récit collectif des Québécois », Revue française de science politique, vol. 42, n° 5, 1992, p. 765-785.

[9] Voir Gilles Labelle, « Le "Préambule" à la "Déclaration de souveraineté" : penser la fondation au-delà de la "matrice théologico-politique" ? », Revue canadienne de science politique, vol. 31, n° 4, 1998, p. 659-681.

[10] Retenons à titre d'exemple une déclaration faite en juin 2001 par la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, qui affirmait que l'opposition des gens de la municipalité de Westmount à son projet de fusion municipale à Montréal sentait le vieux colonialisme anglo-saxon. Madame Harel faisait allusion de manière assez stéréotypée à la composition sociodémographique de Westmount, une des municipalités les plus aisées du Canada et majoritairement anglophone. Elle délégitimait ainsi l'opposition aux fusions municipales qui porte généralement sur des questions de gouverne et de centralisation des structures administratives en l'ethnicisant, comme pour signifier qu'il ne fallait pas faire attention à ces anglophones bien nantis qui cherchent une fois de plus à empêcher les Québécois (francophones) d'affirmer leur droit à gérer leurs affaires à leur guise. Elle réinsérait la traditionnelle dynamique du « Eux contre Nous » dans une problématique qui, dans l'ensemble, s'est rarement présentée en ces termes.

[11] Jocelyn Létourneau et Jacinthe Ruel, « Nous Autres les Québécois. Topiques du discours franco-québécois sur Soi et sur l'Autre dans les mémoires déposés devant la Commission Bélanger-Campeau », dans K. Fall, D. Simeoni et G. Vignaux (dir.), Mots représentations. Enjeux dans les contacts interethniques et interculturels, Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1994, p. 283-307 ; et Greg Elmer et Bram Abramson, « Excavating Ethnicity in Quebecois », Quebec Studies, vol. 23, été 1997, p. 13-28.

[12] Manuel Castells, The Power of Identity, Oxford, Blackwell, 1997, p. 33-52.

[13] Manuel Castells, op. cit., p. 39.

[14] Bhikhu Parekh, « The Concept of National Identity », New Community, vol. 21, n° 2, 1995, p. 264.

[15] Homi Bhabha, « The Third Space : Interview with Homi Bhabha », dans J. Rutherford (dir.), Identity : Community, Culture, Difference, Londres, Lawrence et Wishart, 1990, p. 208-209.

[16] On peut en prendre la mesure dans un rapport présenté à rassemblée générale du Grand Conseil des Cris en août 1998. Le partenariat proposé par le gouvernement du Québec quelques mois plus tôt dans son document d'orientation (Partenariat, développement, actions) y est décrit comme une tentative unilatérale et inappropriée d'imposition par l'État du Québec de son contrôle juridictionnel sur les Premières Nations. Voir l'adresse internet suivante :http ://www.gcc.ca/Overview/ entities/gccei/annual_report_1998.htm (consulté le 18 avril 2001).

[17] Voir à ce sujet le document du ministère des Relations avec les Citoyens et de l'Immigration (MRCI) paru en juin 2000 et intitulé La Citoyenneté québécoise. Il s'agit d'un document de travail qui devait servir de base à la consultation publique sur la citoyenneté québécoise qu'a tenue le gouvernement en septembre 2000 (Forum national sur la citoyenneté et l'intégration).

[18] Daniel Salée, Identity Politics and the State. Exploring the Literature, Montréal, Center for Research on Citizenship and Social Transformation, Université Concordia, 1998.

[19] Diane Lamoureux, « La posture du fils », dans Diane Lamoureux, Chantal Maillé et Micheline de Sève (dir.), Malaises identitaires, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1999, p. 25-51 ; Diane Lamoureux, L’Amère Patrie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2001 ; et Jo-Anne Lee et Linda Cardinal, « Hégémonie Nationalism and the Politics of Feminism and Multiculturalism in Canada », dans Veronica Strong-Boag et al. (dir.), Painting the Maple, Vancouver, UBC Press, 1998, p. 215-241.

[20] David Bennett, « Introduction », dans David Bennett (dir.), Multicultural States. Rethinking Difference and Identity, Londres et New York, Routledge, 1998, p. 4-5.

[21] Ministère des Relations avec les Citoyens et de l'Immigration, La Citoyenneté québécoise, p. 17-18.

[22] Ibid., p. 18.

[23] Ibid., p. 18.

[24] François Rocher et Daniel Salée, « Libéralisme et tensions identitaires : Éléments de réflexion sur le désarroi des sociétés modernes », Politique et Sociétés, vol. 16, n° 2, 1997, p. 3-30.

[25] Micheline Labelle et Daniel Salée, « Immigrant and Minority Representations of Citizenship in Quebec », dans T. Alexander Aleinikoff et Douglas Klusmeyer (dir.), Citizenship Today. Global Perspectives and Practices. Washington, Carnegie Endowment for International Peace, 2001, p. 278-318 ; et Micheline Labelle, Daniel Salée et Yolande Frenette, Incorporation citoyenne ou exclusion ? La deuxième génération issue de l’immigration haïtienne et jamaïcaine, Toronto, Fondation canadienne des relations raciales, 2001.

[26] Michel Sarra-Bournet, « Repackaging Collective Memory : National History and the Challenge of Diversity », Communication présentée au 53e colloque annuel de la New York State Political Science Association, en 1999 ; et Jean Renaud, Ils sont maintenant d'ici. Les dix premières années au Québec des immigrants admis en 1989, Québec, ministère des Relations avec les Citoyens et de l'Immigration, 2001.

[27] La série de données statistiques qui suit provient des documents suivants : Conseil des communautés culturelles et de l'immigration, Le Logement et les communautés culturelles. Analyse de la situation, Québec, Éditeur officiel, 1992 ; Conseil des communautés culturelles et de l'immigration, L'Immigration et le marché du travail. Un état de la question, Québec, Éditeur officiel, 1993 ; Conseil des communautés culturelles et de l'Immigration, La Capacité du Québec d'accueillir de nouveaux immigrants en 1995, 1996, 1997, Québec, Éditeur officiel, 1994 ; Conseil des relations interculturelles, L'Équité en emploi : de l'égalité de droit à l'égalité de fait, Montréal, Conseil des relations interculturelles, 1999.

[28] Secrétariat aux affaires autochtones, Partenariat, développement, actions, Québec, Gouvernement du Québec, 1998, p. 9.

[29] Nancy Fraser, Justice Interruptus, New York, Routledge, 1997, p. 11-40.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 7 octobre 2017 8:01
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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