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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Francine Saillant, “Identité, invisibilité sociale, altérité.
Expérience et théorie anthropologique au coeur des pratiques soignantes
(2000)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Francine Saillant, “Identité, invisibilité sociale, altérité. Expérience et théorie anthropologique au coeur des pratiques soignantes”. Un article publié dans la revue Anthropologie et Sociétés, vol. 24, no 1, 2000, pp. 155-171. Québec: département d'anthropologie de l'Université Laval. [Autorisation formelle accordée par l’auteure de diffuser tous ses travaux le 4 novembre 2005.]

Introduction

Depuis plusieurs années, je suis impliquée dans l'analyse anthropologique des pratiques soignantes : d'abord autour des pratiques de soin comme formes thérapeutiques, dans des contextes variés, au Québec, en France, au Brésil - travail qui fut associé au départ à l'anthropologie médicale mais qui s'en détache sur plusieurs points, comme on s'en apercevra ; ensuite autour des soins comme pratiques d'accompagnement d'individus faisant l'expérience de la fragilité ou de la transition, pratiques rejoignant les modalités socioculturelles du lien social (entre les humains, entre les groupes, entre les ordres de réalité). Ce travail interroge la quête de reconnaissance (et d'identité) des porteurs de ces pratiques d'accompagnement, qu'on a déjà qualifiés de « passeurs ». Pour certains, les soignantes [1] notamment, les pratiques de soin sont vécues comme invisibles socialement et font souffrance (Carpentier-Roy 1991). Mais du même coup, elle impriment à la condition humaine sa condition d'humanité, par l'inscription, au sein même de la pratique, de l'altérité, condition théorique (phénoménologique) d'incorporation de l'identité de soignante, d'accompagnante. Et cette situation n'est pas réductible à la dyade soignant/soigné, elle la dépasse, et de loin. 

En anthropologie on discute de plus en plus des identités : multiples, fragmentées, meurtrières, postmodernes, transnationales, transgender, etc. On questionne le concept d'identité dans ses aspects idéologiques : fixer l'identité serait contraire à l'esprit de métissage qui paraît caractériser le monde dans lequel nous vivons (Laplantine 1999). On discute aussi dans le postmodernisme de la construction de l'Autre (Kilani 1989, 1994 ; Marcus et Fischer 1999) et de sa déconstruction par l'anthropologie (Dickens et Fontana 1994 ; Waugh 1992). Un thème me parait mis en veilleuse cependant, celui, plus humaniste peut-être, plus risque aussi, de la rencontre de l'Autre, là où l'un et l'autre coexistent, se révèlent sans s'enfermer dans une identité exempte de reconnaissance et de réciprocité. 

Les pratiques d'accompagnement sont justement des pratiques de rencontre de l'autre dans le monde du transitoire et de l'inachevé (conditions de fragilité, d'apprentissage, de maladies, de passages à vivre) et inscrites dans l'expérience du « liminal » (Turner 1990), dans le « ni l'un ni l'autre ». Cet univers de conditions et de pratiques révèle une part importante des réalités qui coexistent à l'ombre de la production et du marché, des rationalités politiques, techno-scientifiques, ou institutionnelles, mais aussi des modèles identitaires qui se définissent par exclusion des autres identités, par exemple ethniques ou sexuelles ; pratiques miroirs de réalités diffuses et multiformes, dont la finalité plus ou moins consciente est d'aider à vivre, à surmonter l'insurmontable, à dépasser les barrières apparentes de la vie, du vivant. Car il faut bien, pour que société se fasse et S'édifie, apprendre à marcher, à dire et à faire, apprendre à apprendre, apprendre à accepter qu'on ne peut tout faire tout seul et sans le recours à un autre, apprendre à relier par les mots, les signes, les symboles, par les gestes, les divers ordres du réel, incluant ce qu'il en est d'appartenir à un groupe. Reconnaître la part du lien dans la construction du social. Le lien signifie ici qu'il y a partout des êtres qui en accompagnent d'autres, pour « passer au travers ». Dans l'aide et les soins se tissent diverses formes de relation, lesquelles sous-tendent des formes variées de lien, essentiels à la constitution primaire du social (Gagnon, Saillant et al. 2000). Le monde de la production parle des choses que l'on fabrique avec des outils. Le monde de la gestion évoque l'ordre que l'on impose aux choses et aux personnes. La reproduction biologique et sociale crée les moyens de produire de la vie pour produire des choses et des personnes. Le monde des accompagnantes n'est ni du premier monde ni du deuxième monde : il relie, dans le « ni l'un ni l'autre », il crée du courant entre la vie, les choses et les personnes ; il connecte plutôt qu'il n'ordonne et cela à travers les relations et les liens. 

Je veux, dans ce texte, rendre compte, bien humblement, des questions qui ont traversé mon parcours d'anthropologue, depuis une quinzaine d'années, en les ramenant d'abord sur le plan général, à certains des débats contemporains en anthropologie, et en les situant ensuite dans le cadre de ma pratique professionnelle et académique. Ce faisant, je compte explorer ce troisième terme, évoqué ci-dessus, de l'anthropologie comme pratique de la rencontre de l'Autre, en m'inspirant des apprentissages effectués « au cœur des pratiques soignantes ».


[1]   Dans la mesure où il s'agit essentiellement de femmes, la forme féminine sera utilisée tout au long du texte.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 31 mai 2008 19:02
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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