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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le sociologue et le pouvoir ou comment se mêler des affaires des autres ” (1970)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Guy Rocher (1970), “ Le sociologue et le pouvoir ou comment se mêler des affaires des autres ”. Un article publié dans Continuité et rupture. Les sciences sociales au Québec (2 tomes). Textes réunis par Georges-Henri Lévesque, Guy Rocher, Jacques Henripin et al., éditeurs. Tome II, chapitre XXIV, pp. 369-383. Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal, 1984, tome I, 309 pp. [Autorisation formelle réitérée par M. Guy Rocher, le 15 mars 2004, de diffuser cet article et plusieurs autres publications].

Introduction

On n'a pas fini de réfléchir sur les rapports complexes qu'entretient le sociologue avec la cité. Il en fait étroitement partie et en même temps il en est dégagé. Il l'observe à la loupe et en même temps s'en distancie. Il y recherche toutes les solidarités et s'en désolidarise. Il s'y plonge, mais en émerge sans cesse.

Ce qui ne simplifie pas non plus les choses, c'est que ces rapports se modifient avec le temps au cours de la vie du sociologue et selon les conjonctures. Ils ne sont pas non plus les mêmes d'une société à l'autre, voire d'une université à l'autre dans un même pays. Le sociologue américain n'a pas la même attitude à l'endroit de la société que le sociologue polonais ou hollandais: ces derniers sont beaucoup plus immédiatement actifs et directement engagés dans l'histoire sociale de leur pays que les premiers. Aux États-Unis, le sociologue d'une petite université noire ou religieuse n'aura pas le comportement du sociologue de l'Université Harvard ou de l'Université de Californie à Los Angeles.

Et encore, a-t-on réussi à dégager certaines grandes lignes qui composent le portrait d'une génération de sociologues ou d'une école sociologique particulière, qu'il faut aussi reconnaître l'individualité des engagements personnels, la singularité des vocations, l'unicité des modes d'insertion ou d'intervention de chacun.

Si l'on se penche sur une seule dimension de ces rapports, ceux qu'entretient le sociologue avec le pouvoir politique, la complexité n'en est pas moins grande. Le sociologue a avec le pouvoir politique des rapports qui apparaissent être profondément ambivalents et par conséquent contradictoires. Bien peu de sociologues ont pu s'associer au pouvoir, l'exercer avec efficacité, encore moins avec plaisir. Il existe une extraordinaire différence psychologique entre le sociologue et le juriste à cet égard. Autant le juriste recherche le pouvoir, aime le partager avec ceux qui le détiennent ou le détenir lui-même, autant le sociologue se tient loin des détenteurs du pouvoir. Sans doute cela s'explique-t-il par la difficulté qu'a le sociologue d'être engagé d'une manière inconditionnelle et sans nuance, comme l'exige souvent le pouvoir politique. Son habitude d'analyser le jeu des facteurs dans l'histoire et de tenter d'en mesurer le poids relatif l'empêche de croire suffisamment à l'efficacité du pouvoir pour s'y associer ou s'y consacrer. Il croit davantage à l'action efficace des mouvements sociaux, des périodes révolutionnaires, des classes sociales.

Du même coup, le sociologue se retrouve généralement contre le pouvoir, quel qu'il soit, surtout politique. S'il agit socialement, il sera la plupart du temps un intervenant de la base, travaillant dans une perspective de long terme, poursuivant des idéaux ou des modèles à venir, alors que le pouvoir politique s'exerce presque toujours à court terme, ou à moyen terme dans le meilleur des cas.

Cette situation peut paraître en contradiction avec celle que les premiers sociologues du début du XIXe siècle avaient prévue. Auguste Comte imaginait en effet que, dans la société de l'avenir, on appellerait les sociologues au pouvoir. Ce n'est évidemment pas du tout le cas en cette dernière partie du XXe siècle et il n'est sûrement pas prévisible que les choses changent à court terme.

Pourtant, si on prend le terme «sociologue» dans son sens le plus étendu, c'est-à-dire dans son sens comtien, Auguste Comte n'avait pas totalement tort. En effet, beaucoup de spécialistes des sciences de l'homme et des sciences sociales participent au pouvoir dans différents pays, notamment au Québec: la fonction publique québécoise est largement composée d'un personnel formé dans l'ensemble des sciences sociales, qu'il s'agisse des sciences politiques, de l'économie politique, de l'histoire, de l'anthropologie, sans compter le droit, les relations industrielles et le service social qui ne sont pas nécessairement des sciences sociales au sens strict du terme. Mais cela précisément met plus en relief encore le fait que peu de sociologues, au sens strict et moderne du terme, participent au pouvoir et qu'à peu près aucun ne l'exerce directement.

Il n'en est pas ainsi que dans la fonction publique. On peut dire la même chose à l'intérieur des universités, où on ne retrouve guère de sociologues dans les fonctions dirigeantes.

Il se trouve qu'un concours de circonstances m'a entraîné à participer à l'exercice du pouvoir politique et, à certains moments de ma vie, à y être associé de près. C'est à partir de cette expérience que je voudrais réfléchir sur certaines continuités et certaines ruptures dans la vie d'un sociologue de ma génération et sur les rapports complexes entre le sociologue et le pouvoir. Je m'excuse à l'avance du caractère peut-être un peu trop personnel de mon exposé, mais je crois comprendre que c'est de cette manière que je peux le mieux répondre aux objectifs de ce colloque.


Retour au texte de l'auteur: Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 31 octobre 2004 10:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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