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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Réflexions sociologiques sur le service social au Canada français” (1960)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Guy Rocher (1970), “ Réflexions sociologiques sur le service social au Canada français ”. Un article publié dans la revue Service social, vol. 9, no 1, janvier 1960, pp. 57-70. Québec: Les Presses de l'Université Laval. [Autorisation formelle réitérée par M. Guy Rocher, le 15 mars 2004, de diffuser cet article et plusieurs autres publications].

Introduction

Dans l'optique sociologique, le service social apparaît comme une institution marquée par des objectifs, des valeurs et des méthodes d'action qui le caractérisent. Les difficultés d'intégration du service social au milieu canadien-français sont analysées ici du point de vue des résistances dues aux structures sociales et culturelles du Canada français. L'auteur conclut l'analyse en insistant sur le rôle «dynamique» que peut jouer le service social, comme ferment de changement dans les structures et la mentalité des organismes de bien-être et d'action sociale.


On s'est beaucoup intéresse jusqu'ici à l'histoire du service social, du moins dans les pays où celui-ci a déjà une assez longue tradition, comme l'Angleterre ou les États-Unis. On s'intéresse aussi de plus en plus à ce que l'on est convenu d'appeler la «philosophie» du service social; il nous faudra d'ailleurs un jour analyser sérieusement les fondements proprement philosophiques de ces études, fondements explicites et peut-être surtout implicites, et dégager les éléments pseudo-philosophiques qui s'y mêlent. Mais le service social, dans ses institutions, son personnel et son esprit, se prête aussi à des réflexions sociologiques qui peuvent être très utiles, ne fût-ce que pour faire le partage des composantes essentielles et des éléments culturels. Dans un article où il faisait une révision des travaux de recherche effectués dans le service social américain depuis une dizaine d'années, Ernest Greenwood écrivait: «Les travailleurs sociaux se sont toujours intéressés a l'histoire du service social et de ses institutions. Ces connaissances historiques constituent un guide et un arrière-plan dans l'organisation et la planification des programmes de service social. Hus récemment, cet intérêt historique s'est élargi et approfondi pour inclure des connaissances sociologiques. On exprime le désir de mieux comprendre l'influence des forces culturelles et des valeurs sociales sur les programmes et les objectifs du service social» (1).

Si l'on adopte la perspective sociologique, le service social nous apparaît comme une réalité conditionnée par un milieu socio-culturel et plus ou moins fonctionnellement intégrée à ce milieu. Ainsi, on peut dire que le service social dans les différents pays où il s'est développé a été pensé et organise par des groupes de personnes que l'on pourrait identifier socialement et qui ont conçu le service social en fonction de certains milieux auxquels elles se référaient. De plus, l'évolution de la notion de service social, et des institutions de service social, s'est faite en fonction d'une évolution sociale et de révolution de la mentalité collective. À l'occasion de la Conférence Canadienne du Service Social, l'abbé Shaun Govenlock insistait avec raison sur les particularités locales du service social selon les milieux culturels dans lesquels il évolue: «Tout en reconnaissant l'influence de Mary Richmond et de ses successeurs sur la pratique (du Service Social) dans plusieurs régions, je crois que les modalités d'organisation et de structure de la pratique de bien-être social dans les différents milieux culturels, révèlent des différences importantes et caractéristiques qui nous portent à éviter la généralisation». (2)

La sociologie du service social peut être abordée sous différents angles. On peut, par exemple, rechercher en quoi et comment le service social a été marqué par l'influence d'une culture donnée, en l'occurrence la culture canadienne-française, ce qu'il y a pris et comment il s'y est adapté. je ne crois pas cependant que nous ayons les renseignements, et peut-être surtout le recul nécessaires, pour pousser une telle analyse au Canada français. Le processus d'intégration du service social à un milieu donné pose également un intéressant problème sociologique. Le problème peut être envisagé soit sous l'angle de ce que le service social et une culture donnée ont en commun qui permet et facilite l'intégration, soit sous l'angle de ce qui les oppose ou les distingue et pose des problèmes d'intégration.

C'est dans cette dernière perspective que se situent les réflexions qui suivront. Le service social porte des valeurs et des objectifs qui sont inscrits dans son caractère professionnel même, dans les différentes méthodes de travail utilisées, dans les disciplines scientifiques sur lesquelles ces méthodes s'appuient et dans la mentalité qui lui est propre. De son côté, la communauté canadienne-française a elle-même une longue tradition culturelle, des institutions et des structures sociales qui la caractérisent. Or, il semble que certaines valeurs et certaines intentions du service social professionnel viennent en opposition ou en contradiction avec des institutions et des valeurs traditionnelles du milieu canadien-français. On observe alors des résistances plus ou moins ouvertes à l'intégration du service social à notre milieu. Mais en même temps, le service social a joué et est appelé à jouer un rôle dynamique de changement social à différents niveaux dans nos institutions, nos structures sociales et notre culture.

Je reconnais tout de suite que cette perspective ne fait pas entièrement justice à la réalité. Ainsi, je risque de laisser croire que je vois dans le service social une simple importation. Il reste toutefois que le service social, comme les sciences humaines sur lesquelles il s'appuie, a largement bénéficié d'emprunts américains et européens - et c'est surtout sous cet aspect que je l'envisagerai. De même, on peut trouver certaines affinités aussi bien que certaines oppositions entre les caractéristiques psycho-sociologiques de notre milieu et les objectifs du service social. J'insisterai ici sur les oppositions, ce qui m'amènera à ne mettre en relief que certains traits de notre milieu et du service social. Une étude sociologique complète du service social dans notre milieu exigera plus de nuance et de finesse. Mais je ne crois pas que la conclusion touchant le rôle dynamique du service social dans notre milieu soit affaiblie ou faussée du fait de cette optique trop unilatérale.


Notes:

(1) ERNEST GREENWOOD, «Social Work Research: A Decade of Reappraisal», The Social Service Review, XXXI, septembre 1957, p. 314.

(2) Conférence Canadienne du Service Social, juin 1958, p. 75.


Retour au texte de l'auteur: Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 31 octobre 2004 10:42
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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