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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Introduction à une sociologie du Canada français” (1961)
Introduction


e édition électronique réalisée à partir du texte de Guy Rocher et Fernand Dumont, “ Introduction à une sociologie du Canada français ”. Un article publié dans la revue Recherches et débats du Centre catholique des intellectuels français, cahier no 34, mars 1961, pp. 13-38. Numéro intitulé: “Le Canada français aujourd’hui et demain”. Paris: Librarie Arthème Fayard. [Autorisation formelle réitérée par M. Guy Rocher, le 15 mars 2004, de diffuser cet article et plusieurs autres publications].

Introduction

Il nous semble que la meilleure manière d'introduire à la sociologie d'une société serait de cheminer par les divers aspects de la conscience sociale du pays en question, plus précisément par les idéologies où cette société se définit elle-même. Dans cette perspective, nous pouvons croire que le trait essentiel de l'évolution sociologique récente du Canada français est le passage d'une conscience de soi unitaire à une reconnaissance mal avouée de la pluralité. La situation présente de notre société serait alors marquée par nos difficultés à nous réinventer un visage collectif.

Nul pays ne fournit à ses habitants une image cohérente de ce qu'ils sont. Sur ce plan, le Canada français commence à connaître des difficultés qui sont tellement acceptées dans le reste du monde occidental qu'elles font rarement question. Elles n'en n'existent pas moins partout puisque les fascismes font périodiquement resurgir les nostalgies de l'unanimité sociale. Ce qui nous distingue peut-être, sur ce plan, c'est que le problème n'est pas encore, chez nous, épisodique: nous semblons le vivre quotidiennement, comme l'adolescent est sans cesse aux prises avec la difficulté de devenir adulte. Ce qui est, pour beaucoup de peuples, un aspect parmi d'autres de leur vie est sans doute, pour nous, la question essentielle qui nous définit en notre existence présente. Nous souffrons profondément d'avoir perdu la faculté de dire, aux autres et à nous-mêmes, ce que nous sommes.

Pourtant, un petit peuple comme le nôtre s'est beaucoup analysé. Depuis la fin de la dernière guerre, en particulier, nos intellectuels sont surtout occupés à fouiller notre conscience et notre inconscient collectifs. En réalité, notre passé, surtout le plus récent, est peu connu; la diversité de notre territoire, avec ses problèmes paysans et ouvriers, fait encore l'objet de survols vraiment très rapides. Nous nous employons beaucoup à nous analyser; mais presque exclusivement au niveau des grandes représentations idéologiques. Si l'on veut bien nous permettre une analogie avec la psychanalyse, nous dirions volontiers que notre société en est à une phase pré-psychanalytique: celle où on dit des conflits, où on les affronte même - mais sans beaucoup décrocher d'avec les représentations élaborées loin du réel.

Ce serait à la fois un curieux témoignage de naïveté et une grande effraction à la méthode sociologique que de prétendre opposer, ici, ces représentations idéologiques et «le pays réel». Nous pensons plutôt que les conflits idéologiques correspondent (non pas en un parallélisme strict, bien sûr) à d'autres conflits dans les profondeurs mêmes de la structure sociale du Canada français: en ce sens, ils constituent une sorte de porte d'entrée pour l'analyse sociologique proprement dite.


Retour au texte de l'auteur: Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le Samedi 15 mai 2004 14:39
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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