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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Guy Rocher, “Les conditions d'une francophonie nord-américaine originale” (1971)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Guy Rocher, “Les conditions d'une francophonie nord-américaine originale”. Un article publié dans Le système politique québécois, chapitre 23, pp, 503-515. Recueil de textes préparé par Édouard Cloutier et Daniel Latouche. Montréal : Éditions Hurtubise HMH, 1979, 555 pp. Collection: L'homme dans la société. Réimprimé avec des corrections mineures et amputé de quelques passages. De Le Québec en mutation, Montréal, Hurtubise-HMH, 1973, pp. 89-107 ; ce texte avait été publié pour la première fois dans la Revue de l'Association canadienne d'éducation de langue française, vol. 1, no 1 (déc. 1971), pp. 12-20. [Autorisation formelle réitérée par M. Guy Rocher, le 15 mars 2004, de diffuser cet article et plusieurs autres publications].

Introduction

Guy Rocher est professeur titulaire au département de sociologie de l'Université de Montréal. Ses principaux intérêts de recherche sont la théorie sociologique, l'histoire de la pensée sociologique et la sociologie de l'éducation. Il a publié Introduction à la sociologie générale, (Montréal, HMH, 1968-1969 3 v. ; Talcott Parsons et la sociologie américaine, Paris, Presses universitaires de France, 1972, Le Québec en mutation, Montréal, HMH, 1973 et, en collaboration avec P.-W. Bélanger, École et société au Québec, Montréal, HMH, 1971. 

Sa présente contribution a pour objectif de délimiter les conditions de l'indépendance culturelle du Canada français dans le contexte nord-américain. Il s'agit essentiellement d'une réflexion sur des données déjà connues, mais agencées dans l'optique d'un scénario normatif, c'est-à-dire qui lente d'identifier les moyens à prendre pour atteindre un objectif déterminé. 

Une vieille habitude entretient le Canada français dans un état d'interrogation sur son identité collective, sa destinée, son avenir. Il bénéficie d'un long entraînement à ce genre d'exercice, par suite de l'ambiguïté et de la singularité de son être national en Amérique, de la fragilité de son entreprise et des risques de son aventure. Peut-être faut-il voir là un facteur de la survivance de la communauté canadienne-française : la constante remise en cause des raisons et des conditions de son existence l'ont obligée à continuer à vivre. L'incertitude du lendemain collectif a agit à la fois comme aiguillon et garde-fou. Elle a été un aiguillon, par le défi qu'elle a toujours posé et par les rationalisations qu'elle a suscitées. Elle a été un garde-fou, par l'insécurité inscrite dès l'enfance au cœur de chacun de nous, qui prémunit contre de trop brusques changements, certains peuples appelés à vivre au bord de la catastrophe toujours possible. 

Cette perpétuelle attitude d'interrogation sur son propre destin peut être interprétée comme un signe de santé. Elle témoigne en tout cas d'un désir de vivre, ce qui est évidemment une condition élémentaire de la permanence de toute collectivité. À la longue, cependant, l'incertitude de l'avenir peut être néfaste. Elle risque d'engendrer la passivité, de stériliser les énergies, d'étouffer la motivation de vivre et d'agir. Lorsqu'elle se prolonge et devient perplexité, l'incertitude provoque une angoisse qui va se chercher des assurances et des garanties n'importe où et de n'importe quelle façon [1]. Ou encore, l'incertitude fait place à l'indifférence : les décisions paraissent si difficiles à prendre qu'il semble aussi rationnel de s'abandonner au jeu du hasard que de vouloir dominer les événements. 

C'est ce qui risque de se produire au Canada français, si nous n'arrivons pas à réduire l'aire d'indétermination où nous continuons à nous mouvoir depuis trop longtemps. Une collectivité ne peut pas s'interroger indéfiniment sur son identité et son destin. Il lui faut tenir en main un noyau de certitudes, s'accrocher à certaines réponses et à certaines visées. 

On en a le vif sentiment en ce moment : la Canada français doit prendre d'importantes options, il est appelé à relever de difficiles défis, ce qui réclame de lui beaucoup de lucidité et de courage. Des questions vitales se posent ces années-ci dont on sent que les réponses vont engager la vie de nos enfants et celle de leurs enfants. Jamais peut-être n'avons-nous eu à affronter aussi crûment la question de l'avenir immédiat et à long terme du Canada français. Rarement des thèses aussi diamétralement opposées se sont-elles affrontées, divisant notre conscience nationale et intensifiant la perplexité et l'inquiétude...


[1]     Gérald Fortin, « Le Québec : une société globale à la recherche d'elle-même », Recherches sociographiques, vol. 8, no 1 (1967), pp. 7-13. [Texte disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.]


Retour au texte de l'auteur: Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le mercredi 1 mars 2006 19:07
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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