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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Vladislav Rjéoutski, Les Français dans la franc-maçonnerie russe au siècle des lumières: hypothèses et pistes de recherche”. Un article publié dans la revue Slavica Occitania, Toulouse, no 24, 2007, pp. 91-136. [Autorisation accordée par l'auteur le 14 avril 2008 de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales.]

Vladislav Rjéoutski

Lycée-collège et cours préparatoires aux grandes écoles
Centre Madeleine Daniélou, Rueil-Malmaison.
Chercheur associé au Centre Roland Mousnier, université Paris-IV.
 

Les Français dans la franc-maçonnerie russe
au siècle des lumières:
hypothèses et pistes de recherche
”. * 

Un article publié dans la revue Slavica Occitania, Toulouse, no 24, 2007, pp. 91-136.

 

Liste des abréviations utilisées
Introduction
 
La franc-maçonnerie russe face à l’Étranger : approches de la question
 
Les étrangers dans les loges russes
 
La Réunion des Étrangers
 
Différences de parcours maçonniques
 
Quelques conclusions et pistes de recherche
 
Annexe. Liste des francs-maçons francophones en Russie au XVIIIe siècle
 

 

Abréviations utilisées

 

ANF

Archives nationales de France.

Bakounine

T. Bakounine, Répertoire biographique des francs-maçons russes (XVIIe et XIXe siècles), Paris, 1967 (1e éd. : Bruxelles, 1940).

CGIA Saint-Pétersbourg

Archives historiques centrales de la ville de Saint-Pétersbourg.

CP Russie

Correspondance politique, Russie (fonds des Archives du MAE à Paris).

Dokumenty i materialy

Dokumenty i materialy po istorii Moskovskogo universiteta, vtoroj poloviny XVIII veka [Documents et matériaux pour l’histoire de l’université de Moscou dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle]. Podg. k pečati N. A. Penčko, Moscou, 1960-1963, t. I (1756-1764), II (1756-1766), III (1767-1770, 1785).

MAE

Archives du ministère des Affaires étrangères, Paris.

MAE Nantes

Archives du ministère des Affaires étrangères, Nantes.

Mss

Manuscrits.

MV

Moskovskie vedomosti, journal.

RGADA

Archives des actes anciens d’État de Russie, Moscou.

RBS

Russkij biografičeskij slovar’ [Dictionnaire biographique russe]. Pod red. A. A. Polovceva, Saint-Pétersbourg, 1896-1918, 25 vol.

RGB

Bibliothèque d’État de Russie, Moscou.

RGIA

Archives historiques d’État de Russie, Saint-Pétersbourg.

Serkov

A. I. Serkov, Russkoe masonstvo, 1731-2000. Èncyklopedičeskij slovar’ [La Franc-maçonnerie en Russie, 1731-2000. Dictionnaire encyclopédique], Moscou : Rosspen, 2001.

SPbV

Sankt-Peterburgskie vedomosti, journal.

Vernadskij

G. V. Vernadskij, Russkoe masonstvo v carstvovanie Ekateriny II [La Franc-maçonnerie russe sous le règne de Catherine II], Petrograd, 1917.


 Introduction

 

Nous voudrions proposer quelques hypothèses et pistes de recherche pour l’histoire des étrangers dans la franc-maçonnerie russe de l’époque des Lumières et plus particulièrement dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L’éclairage que nous souhaitons donner à cette question sera spécifique, car nous laissons volontairement de côté la problématique proprement maçonnique. L’histoire de la franc-maçonnerie russe nous intéresse dans la mesure où les loges maçonniques constituent un cadre propre au développement de sociabilités diverses ; à ce titre, elles sont investies en Russie par une foule d’étrangers qui s’y rendent à cette époque et surtout sous le règne de Catherine II.

Nous comptons aussi fournir quelques renseignements biographiques sur les acteurs de ce mouvement. En effet, si tous les noms cités ici étaient déjà connus de Tatiana Bakounine, auteur du Répertoire biographique des francs-maçons russes [1], l’historienne ne disposait de presque aucun élément sur bon nombre de francs-maçons français. Andreï Serkov, spécialiste de la franc-maçonnerie russe des XIXe et XXe siècles, reprend ces noms dans son impressionnant dictionnaire biographique des francs-maçons russes [2]. 

Un avertissement est nécessaire : bien qu’on parle de « Français dans la franc-maçonnerie russe », il n’est pas toujours facile de distinguer les sujets du roi de France d’autres européens francophones : Goguel est originaire de Montbéliard qui, au moment de son départ pour la Russie, ne faisait pas partie du royaume de France, le prince de Ligne est sujet autrichien, né en Flandres, mais de langue maternelle française. Sans vouloir étendre la liste à tous les francophones, nous avons pris le parti d’inclure dans l’annexe, avec les Français, les originaires des Flandres, de la Suisse et de la Savoie francophones. 

Selon la légende, Pierre Ier découvre la franc-maçonnerie en Angleterre, lors de son premier voyage en Europe. Mais rien n’atteste l’existence de loges maçonniques en Russie du temps de Pierre le Grand. L’essor de l’Art Royal en Russie ne commence réellement que dans les années 1750. Les étrangers jouèrent un rôle des plus importants dans ce développement. Si le mérite de l’introduction de la franc-maçonnerie en Russie revient aux Britanniques, parmi lesquels le général (capitaine) James Keith (au service russe depuis 1728), nombre de loges, particulièrement dans la deuxième moitié du siècle, seront redevables aux ressortissants de territoires allemands. Le rôle et les effectifs des Français dans ce mouvement étaient relativement modestes. Toutefois, leur participation à la franc-maçonnerie russe présente un intérêt considérable pour un historien de l’émigration française en Russie, car plutôt que d’être régie par une logique interne à la franc-maçonnerie, elle suit à notre avis les évolutions identitaires de ces étrangers, qui leur suggèrent autant de formes de sociabilité. Même s’il est séduisant de pouvoir étendre les résultats de notre démonstration à tous les francs-maçons étrangers, la possibilité de cette extrapolation doit être prouvée dans chaque cas à part. 

 

La franc-maçonnerie russe face à l’Étranger :
approches de la question

 

V. Bratchev estime que l’historien de la franc-maçonnerie russe ne manque pas de sources, notamment pour la période allant de 1780 à 1822, date de l’interdiction de la franc-maçonnerie en Russie [3]. Cette abondance de sources et l’intérêt pour un sujet ressenti en Russie comme délicat, voire scandaleux en raison des possibles implications de la franc-maçonnerie dans la politique, ont contribué à la multiplication de publications sur la question [4]. Parmi les thèmes abordés avant la révolution de 1917, quelques-uns attiraient particulièrement les historiens, par exemple le rôle de la franc-maçonnerie dans le mouvement social en Russie, notamment l’affaire Novikov et les réseaux décembristes, les recherches morales et les idées philosophiques des francs-maçons russes de cette période, etc. Dernièrement, les études maçonniques ont connu un nouvel essor. Pour la période qui nous concerne, l’idée essentielle qui s’en dégage est le caractère progressiste de la franc-maçonnerie, vue comme une fenêtre sur l’Occident et un laboratoire de la société civile en Russie. Les contempteurs des francs-maçons, dans la nouvelle historiographie russe, appartiennent à une mouvance « patriotique », voire nationaliste [5]. La discussion tourne donc en grande partie autour de la question de l’influence étrangère, en l’occurrence occidentale, en Russie. 

Malgré ces constats, et un peu paradoxalement, les francs-maçons étrangers dans la Russie du XVIIIe siècle n’ont pas été beaucoup étudiés. Dans le petit aperçu de la franc-maçonnerie russe qu'il donne dans sa célèbre History of Freemasonry, R. F. Gould souligne le rôle de divers étrangers dans l’introduction de l’Art Royal en Russie [6]. Plusieurs pages du livre majeur d’Alexandre Pypine sur la franc-maçonnerie russe sont consacrées aux Frères étrangers et notamment à quelques francs-maçons avignonnais [7]. Gueorgui Vernadski revient sur cette question dans son étude de la franc-maçonnerie russe sous le règne de Catherine II [8]. On peut encore citer le travail de Tira O. Sokolovskaïa sur la franc-maçonnerie suédoise en Russie [9]. 

Parmi les chercheurs contemporains, Pierre-Yves Beaurepaire parle de la « filière russe » dans la mesure où plus d’un franc-maçon français a fait l’expérience de l’expatriation en Russie [10]. Il cite par exemple Jean-Bénédicte Schérer, auteur des Anecdotes intéressantes et secrètes de la Cour de Russie, tirées de ses Archives, voyageur, professeur. L'activité de Schérer répond à l’image d’une franc-maçonnerie cosmopolite et universelle, incarnée par de nombreux Français expatriés. Mais en France, l’œuvre maçonnique qui pose comme principe la référence à l’Autre et à la fraternité universelle, va à l’encontre de la politique centralisatrice et nationale du Grand Orient de France. P.-Y. Beaurepaire met aussi à jour l’utilisation des réseaux maçonniques lors de la préparation d’un voyage en Russie, par exemple dans le cas d'un diplomate, auteur de Mémoires, le chevalier Bourrée de Corberon. La piste maçonnique peut être révélée aussi dans le cas de certains autres Français ayant fait un séjour en Russie (par exemple, le baron de Tschudi ou Tschudy, et un recruteur de colons pour la Russie, Meunier de Précourt). La franc-maçonnerie autorise la transgression des barrières sociales. Cette ouverture s’opère non seulement vers le haut mais aussi vers le bas de l’échelle sociale. En Russie, Corberon entretient des relations avec Érasme Pincemaille, simple parfumeur à Moscou, mais également maçon averti et influent [11]. 

Parmi les derniers travaux, citons aussi le livre de Douglas Smith Working the Rough Stone [12], spécialement consacré à la franc-maçonnerie russe du XVIIIe siècle. Parmi maints autres aspects, l’auteur donne une étude statistique, essentiellement sur la base des travaux de Serkov [13]. Ses conclusions vont dans le sens de l’interprétation de la franc-maçonnerie russe comme un phénomène de sociabilité ouverte où la mixité sociale et professionnelle est de règle. En effet, si les loges sont surtout fréquentées par les militaires et les fonctionnaires civils russes, la part des marchands n’est pas négligeable : on estime que sur un peu plus de 3000 maçons connus dans la Russie du XVIIIe, 54% environ sont au service de l’État, 23% ont un rang qui va du quatrième (conseiller d’État effectif ou général-major) au huitième (assesseur de collège ou major) et appartiennent donc à la noblesse héréditaire, et 17% sont marchands ou, plus rarement, fabricants, banquiers, aubergistes, libraires et artisans [14]. Smith s’intéresse aussi à la composition « nationale » [15] des loges et constate que si la plupart des francs-maçons sont russes, beaucoup sont polonais, allemands (principalement, dit-il, des Baltes), quelques-uns britanniques et français. Si les Russes et les Polonais sont souvent nobles, les « Allemands », les Britanniques et les Français sont surtout roturiers. L’auteur note aussi l’existence de quelques loges urbaines où les étrangers prédominaient [16]. 

Douglas Smith se réfère à Anthony Cross, le meilleur spécialiste des migrations entre la Russie et la Grande-Bretagne au siècle des Lumières, qui a consacré une étude intéressante aux Frères britanniques dans la Russie de cette période [17]. A. Cross analyse le cas de quelques loges à dominante britannique sous Catherine II, et particulièrement La Parfaite Union. Fondée en 1771 à Saint-Pétersbourg, cette loge se distingue par une concentration des représentants d’une « nation », avec la présence de quelques Russes, Français et autres étrangers [18]. Cette loge a été décrite dans le calendrier maçonnique (Freemasons Calendar) pour l’année 1777 : c’est la première loge régulière établie dans l’empire de Russie formée par « des marchands anglais qui résident là-bas ». En 1771 et 1772, il y avait en tout 12 membres et 17 visiteurs britanniques sur un total de 75 membres et visiteurs. Cette loge réunissait la fleur de l’establishment britannique : William Gomm, qui succéda à l’Italien Brigonzi comme maître en chaire, était probablement le plus grand marchand et banquier de la communauté britannique en Russie ; Samuel Swallow exerçait les fonctions de consul général de Grande-Bretagne et d’agent de la Russian Company ; John Cayley était un commerçant en vue ; Timothy Raikes était un commerçant et banquier des plus importants... Les Russes affiliés à cette loge appartenaient à la haute société. En 1772, la Grande Loge d’Angleterre imposa à La Parfaite Union de reconnaître l’autorité d’Ivan Élaguine. Celle-ci envoya une pétition au Grand Maître d’Angleterre, le duc de Beaufort, dans laquelle elle contestait sa décision en ces termes : La Parfaite Union doit rester une loge britannique dont la fondation et l’existence revêtent un caractère « national », « a British Lodge whose Foundation and Existence is national » [19]. Mais elle dut finalement céder à la pression de ses supérieurs et reconnaître l’autorité d'Élaguine. Anthony Cross remarque avec perspicacité qu’à quelques exceptions près, les membres de cette loge ne manifestèrent plus jamais d'intérêt pour la franc-maçonnerie. 

 

Les étrangers dans les loges russes

 

Cependant, ce cas n’est pas du tout exceptionnel : maintenant que les listes des membres de la majorité des loges russes de cette période sont publiées [20], nous pouvons voir que l’absolue majorité des loges montre une forte dominante russe ou étrangère. Les chiffres sont révélateurs ; ainsi, dans les loges de Saint-Pétersbourg : 

  • Grande Loge Provinciale d’Angleterre : 24 Russes, 8 étrangers ;
  • Apollon : 25 étrangers, 8 Russes ;
  • Bellone : 34 Russes, 6 étrangers ;
  • Zur Verschwiegenheit : sur les membres dont les noms sont connus, il y a 205 étrangers et 43 Russes ;
  • Mildtätigkeit zum Pelikan : 181 étrangers, 20 Russes ;
  • Les Neuf Muses : 69 Russes, 25 étrangers, etc.

 

À Moscou, la situation est à peu près la même : 

  • L'Astrée : 45 Russes, 4 étrangers ;
  • Prieuré de la VIIIe province : 20 Russes, 4 étrangers ;
  • L'Harmonie : 13 Russes, 1 étranger ;
  • Clio : 39 Russes, 12 étrangers ;
  • L'Amitié (Droujba ou Drouzia) : 20 étrangers, 1 Russe, 2 d’origine inconnue, etc. [21]

 

On pourrait prolonger cette liste : presque toutes les loges sont composées de cette manière. Il y a une forte dominante, l’autre élément, russe ou étranger, selon le cas, ne dépasse presque jamais un quart des membres de la loge et parfois tombe même à un dixième des effectifs. Quand c’est l’élément étranger qui domine, il s’agit la plupart du temps de noms à consonance allemande. Les Britanniques, comme Anthony Cross l’a démontré, sont concentrés surtout dans quelques loges. Les Français, quant à eux, sont présents dans beaucoup de loges, mais rarement en nombre important. Cf. à Saint-Pétersbourg : 

  • Apollon : dominante étrangère, 25 étrangers dont 5 Français ;
  • L'Astrée : dominante russe, 2 étrangers dont 1 Français ;
  • Bellone : dominante russe, 6 étrangers, pas de Français ;
  • Zur Verschwiegenheit : dominante étrangère, 205 étrangers dont 9 Français ;
  • Mildtätigkeit zum Pelikan : dominante étrangère, 181 étrangers dont 7 Français ;
  • Les Neuf Muses : dominante russe, 25 étrangers tout de même, pas de Français, etc.

 

À Moscou : 

  • L'Astrée (une autre loge que celle qui a été citée plus haut) : dominante russe, 4 étrangers dont 1 Français ;
  • Prieuré de la VIIIe Province : dominante russe, 4 étrangers, pas de Français ;
  • Clio : dominante russe, 12 (ou probablement 11, voir infra) étrangers dont 6 (ou 5) Français ;
  • L'Égalité (Ravenstva) : dominante russe, 5 étrangers dont 3 Français ;
  • Zu drei Fahnen : dominante étrangère, 50 étrangers dont 12 Français ;
  • L'Amitié : dominante étrangère, au moins 20 étrangers dont 1 Français, etc.

 

Qui plus est, il existe des loges exclusivement étrangères, et elles ne sont pas si rares. Douglas Smith en a cité trois, La Réunion des Étrangers à Moscou ; la Loge Écossaise L’Impériale, formée exclusivement de maçons au sens propre du terme, d’extraction écossaise, que l’architecte Cameron fit venir pour mener à bien ses projets de construction à Tsarskoïe Sélo ; et la loge Sainte Catherine (connue aussi comme St.Catharina zu den drei Säulen [Sainte-Catherine aux Trois Colonnes]), où on trouve néanmoins 5 ou 6 Russes sur un total de 31 membres. À celles-ci on pourrait ajouter quelques très petites loges, et quelques loges plus grandes comme la loge Eleusis, avec 43 membres, apparemment tous étrangers, dont 4 Français, et la loge L'Amitié, presque entièrement étrangère. Mais, de la même manière, on pourrait citer des loges exclusivement ou presque exclusivement composées de Russes, comme la Némesis, la Horus ou l’Osiris à Saint-Pétersbourg. L’analyse quantitative de la composition des loges semble suggérer qu’il y a une forte tendance à un enfermement « national », dont le sens exact doit être défini.

 

La Réunion des Étrangers

 

Cette tendance est particulièrement claire, nous semble-t-il, dans le cas de la loge La Réunion des Étrangers. Elle fut fondée le 25 octobre 1774 à Moscou, 42 membres étaient présents lors d’une séance en 1775, tous portent des noms à consonance étrangère. Tatiana Bakounine, qui a publié la liste de cette loge dans son ouvrage majeur [22], ne disposait presque d’aucune information au sujet de ces francs-maçons, si ce n’est leur date et leur lieu de naissance. 

Leurs origines sont diverses : ainsi, le vénérable en 1775 était Adam van Assendolft, né en 1716 à Rotterdam, en 1775 conseiller aulique, donc logiquement au service russe ; Samuel Pomfrett était né en 1738 à Londres, il était sénateur, membre du Club Anglais de Saint-Pétersbourg, et remplissait dans la loge les fonctions de trésorier et de maître des cérémonies ; Loretz Hultman était né à Stockholm en 1738, il était fabricant. Quelques-uns étaient d’origine suisse, par exemple Jacques Pigaud, marchand originaire de Neuchâtel ; d’autres probablement des huguenots, comme Antoine Fuhrman, né en 1750 à Dresde, ou Jean-Louis de Burgold, né en 1741 à Magdeburg, gouverneur dans la famille Khitrovo. 

Mais la plupart étaient français. On y trouve Étienne Beugny, né en 1735 à Nancy, gouverneur des enfants du sénateur Nikita Afanassievitch Beketov ; Érasme Pincemaille, déjà cité, était vénérable de la loge, sans doute au moment de sa constitution ; sa fille, Ève Pincemaille, était une actrice en vogue sous Catherine II [23]. Plusieurs membres étaient marchands : le même Pincemaille vendait des parfums, des savons et des essences ; François Grandmaison, de Melun, en Brie, possédait une fabrique de cartes à Moscou, il restera en activité jusqu’au début du XIXe siècle [24]. Charles Hannevarel n’est sans doute nul autre que Charles Hannevard [25], d’Anjou, marchand de la 2e guilde à la fin des années 1760. Associé à Becker, il devait déposer son bilan dans les années 1770 [26]. Jean-Marc Gautier est bien sûr Jean-Marie Gautier ou Gautier-Dufayer qui était né en 1736 à Saint-Quentin, en Picardie, il était venu en Russie en 1764, travailla comme directeur des fabriques du général-lieutenant S.P. Iagoujinski, puis fut précepteur chez les Eropkine et les Gouriev, pour enfin s’inscrire comme marchand de la 1re guilde de Moscou ; son fils, Jean Gautier, se lancera dans le commerce des livres grâce à une alliance avec la famille des libraires Courtener pour fonder une librairie et une maison d’édition qui sera célèbre au XIXe siècle [27]. Érasme et Adrien Godin étaient frères, tous les deux marchands et fils d’un marchand installé à Saint-Pétersbourg depuis 1748, Jacques-Laurent Godin, associé des maîtres du commerce français en Russie, Jean Michel et Joseph Raimbert ; il faisait dans les années 1750 des affaires avec Le Havre, avant de subir un grand échec commercial qui l’amena à Moscou ; il fut recommandé au vice-consul de France à Moscou, Pierre Martin, par Henri Foulon, un grand négociant français de Saint-Pétersbourg ; à Moscou son commerce passa aussi par plus d’une épreuve : ainsi, il fut jeté en prison avec un de ses fils en 1776 pour avoir réclamé le paiement de 4000 roubles pour des étoffes qu’il avait livrées à un Saltykov [28]. Il s’agit probablement de Lorent Gaudain, qui figure comme membre de cette loge, à moins qu’il ne s'agisse de Léonard Gaudain, installé à Moscou en 1766 et comptant parmi les fondateurs du Club Anglais de Moscou. Le voyageur anglais Hatchett racontait à ce sujet : « Mr Jackson et moi avons dîné dans un club tenu dans la maison de Godaines et établi par Mrs Roxand et Bourgarel, les membres sont principalement quelques Anglais résidant à Moscou, Mr Dickinson excepté, et quelques étrangers qui comprennent la langue [anglaise – V. R.], en tout près de 30. Ils se rencontrent chaque vendredi soir d’octobre à avril » [29]. Mathurin Gay (Gaij dans la liste de Tatiana Bakounine) avait vécu en Suède où il aurait travaillé dans les manufactures royales, avant de passer en 1756 en Russie, où il s’installa comme fabricant et teinturier [30]. Jean Larmée accompagna un convoi de colons français recrutés en Europe par Meunier de Précourt, déjà mentionné, et s’installa finalement à Moscou comme négociant ; il était le beau-frère ou le beau-fils de Charles Hannevard, et sera jusqu’à la fin du siècle marchand de la 3e Guilde à Moscou ; il était aussi apparenté à Maurice-Gérard Allart, un libraire français important à Moscou [31]. Alexandre Doraison, né en 1726 ou 1731 en Dauphiné, était négociant à Moscou où il possédait une fabrique de cartes [32]. 

Il y a d’autres personnages intéressants, par exemple un certain Jean-François Billiot, né en Bourgogne en 1753, un marchand en vue ; ce Français était marié à une fille d’Henri Foulon ; Billiot affrétait des navires à Saint-Pétersbourg avec son associé Jean Chenevière, qui est sans doute le Jean Chenevieze [33] qui figure comme membre de cette loge ; plus tard, Billiot fonda sa propre société de commerce et, dans les années 1780, entra avec son fils dans la 1re Guilde marchande ; il habita à Saint-Pétersbourg avant son installation à Cronstadt, où il exerça les fonctions de vice-consul de France, de 1790 à 1793, date de son expulsion de Russie en tant qu’agent diplomatique français [34]. Marc Fazy était un horloger connu qui avait reçu de la Chancellerie de tutelle des étrangers une subvention importante pour la fondation d’une fabrique de montres à Moscou, il bénéficiait d’un titre d’horloger à la cour et avait ses entrées au Palais, on dit qu’il était créancier de Grigori Potemkine en personne [35]. Edme Lajoye (ou Lajoie), né en 1738, était bijoutier, il était marié à la marchande Catherine-Philippine Pepler qui habita un temps dans un logement loué chez Marc Fazy [36]. Certaines informations nous font penser que le nommé Godfried Goguel n’est autre que Henry Goguel (les deux sont nés à Montbéliard), ancien recruteur et directeur de quelques colonies étrangères sur la Volga et futur directeur de la Maison d’éducation de Moscou, l’un des grands établissements éducatifs de Catherine II [37]. 

Nous nous arrêterons là, de peur de rendre cette énumération fastidieuse. Les membres de cette loge sont souvent liés entre eux par des relations qui remontent au temps de leur arrivée en Russie. On peut ainsi distinguer le cercle de la Chancellerie de tutelle des étrangers, organisme chargé du recrutement de colons étrangers et de leur installation en Russie (existait en 1763-1782) : Gautier-Dufayer, Larmée, Goguel, Fazy, Grandmaison eurent à un moment ou à un autre affaire à cet organisme, et la liste n’est probablement pas close. D’autres connexions devraient être dégagées : les liens familiaux entre Billiot et Foulon d’un côté, et les relations d’affaires entre Godin et Foulon de l’autre, entre Larmée et Hannevard ; les relations entre Billiot et Chenevière, etc. D’autres liens pourront sans doute être révélés, car les marchands français aussi bien à Moscou qu’à Saint-Pétersbourg avaient l’habitude de se rendre des services à de nombreuses occasions (baptêmes, inscription à la guilde, cautions de toutes sortes, etc.) [38]. Nombre de membres de cette loge feront dans les années 1790 partie du conseil syndical de l’église Saint-Louis-des-Français, ou seront parmi ses fondateurs. 

Nous sommes donc en présence d’une union à caractère professionnel, amical et « national » . Professionnel, car l’absolue majorité des membres sont marchands [39] ; amical, car plusieurs d’entre eux se connaissent de longue date et certains même sont liés par des relations de famille ; « national » dans ce sens que la majorité des membres sont d’extraction française et tous ou presque, sont francophones ; les Russes ne sont de toute évidence pas bienvenus dans cette loge. Autre détail important, Pomfrett et Pincemaille mis à part, les autres ne semblent pas s’être préoccupés de la problématique maçonnique le reste de leur vie, même pas Charles Veiner de Mangeot, vénérable de la loge en 1775-1779, dont le nom n’apparaît dans aucune autre liste maçonnique. 

Pincemaille fait figure d’exception à La Réunion des Étrangers. Il était déjà en 1764, à Metz, vénérable de Saint-Jean de la Candeur, Orient de Metz, lors de sa constitution officielle par la Grande Loge de France. Il fut accusé de vendre des cahiers de hauts grades à des frères reçus aux grades inférieurs. Il était Second Grand Surveillant de la Loge Provinciale de Metz présidée par le baron de Tschudy, qui fut chargé de mettre Pincemaille en demeure. Celui-ci démissionna en 1766, se présentant dans une lettre adressée à la Grande Loge comme « un bourgeois honnête, que son petit négoce, son état et le soin de pourvoir une nombreuse famille doivent occuper de préférence » [40]. C’est sans doute grâce à Tschudy ou au recruteur Meunier de Précourt [41] (ou les deux) qu’il avait entrepris le voyage en Russie. À Moscou, Corberon lui rendra visite justement en 1775 pour le consulter sur les questions maçonniques. Pincemaille est un tout petit marchand, pas du tout du même calibre que la plupart des membres de la loge. Il tient à cette époque une boutique à Moscou avec Jean-Baptiste Prins et vend surtout de l’épicerie fine et des produits de toilette et de beauté. 

Si l’admission de Pincemaille en tant que franc-maçon expérimenté ne pose pas de problème, celle de Pomfrett est autrement intéressante. Pomfrett est britannique et n’est pas marchand, il n’est même pas moscovite, mais, tout comme Pincemaille, il a déjà une expérience maçonnique. Il nous est connu pour avoir fréquenté à Saint-Pétersbourg, en 1771 et1772, la loge de La Parfaite Union, cette autre loge « nationale » qui avait réuni l’establishment britannique de la capitale. Et même si La Parfaite Union n’avait jamais été aussi fermée que La Réunion des Étrangers, le caractère « national » des deux doit être mis en parallèle ; la présence de Samuel Pomfrett dans La Réunion des Étrangers, après l’échec de La Parfaite Union, corrobore, nous semble-t-il, l’existence dans les deux cas d’un projet d’union des étrangers, exprimé dans le nom de la loge moscovite. 

Peut-on alors parler d’une sorte de détournement de la franc-maçonnerie ? En l’absence de presque toute information sur le fonctionnement de ces loges, il est difficile de se prononcer définitivement sur cette question. En tout cas, dans l’atmosphère des relations tendues entre les marchands russophones et étrangers à Moscou [42], une telle réunion était parfaitement naturelle. Elle est venue compenser un manque de structures pour la communication et la concertation entre négociants étrangers [43]. Dans cette optique, la Loge Écossaise L’Impériale, formée, nous l’avons dit, exclusivement de maçons écossais au sens propre du terme (= bâtisseurs), pourrait être interprétée comme une sorte de corps de métier étranger qui prend la forme d’une loge maçonnique, forme, rappelons-le, autorisée ou tolérée. 

Toutefois, il faut nuancer notre propos. Si l'on regarde de près le cas de La Parfaite Union, on voit d’autres facettes, probablement aussi importantes que le caractère « national » de cette loge. Rappelons qu’on trouve, parmi ses membres, un certain « Sage Joseph Raimbert » [44]. Ce Joseph Raimbert est l’un des plus grands marchands français de Russie, pendant un temps il fit fonction de consul de France à Saint-Pétersbourg et joua un rôle de médiateur entre les cours russe et française ; un autre membre de La Parfaite Union, Sabatier de Cabre, est chargé d’affaires de France à Saint-Pétersbourg, proche de Raimbert. D’Angeli n’est autre que François-Marie-Charles baron d’Angély, militaire et agent secret de France, qui est arrêté pour avoir entretenu des correspondances illicites et est chassé de l’empire en 1774. Il s’agit donc, à notre avis, non seulement d’une réunion d’étrangers, mais d’une réunion d’étrangers influents, proches de la représentation diplomatique des deux pays, la Grande-Bretagne et la France (voire eux-même diplomates), ayant leurs entrées au Palais, comme c’était le cas de Raimbert, de Gomm ou encore de Sébastien Charles, dit de Villiers, ancien avocat au Parlement de Paris, ayant suivi l’économiste Lemercier de la Rivière à Saint-Pétersbourg, connaissant le sculpteur Falconet, l’homme d’État influent et écrivain Andreï Chouvalov, et lui-même connu de l’impératrice et auteur des commentaires sur le projet de la commission pour l’élaboration du nouveau Code des lois [45]. 

Pensant au caractère fermé de certaines loges, nous avons quelques réserves à l’égard des interprétations fréquentes de la franc-maçonnerie russe comme un phénomène de sociabilité ouverte et cosmopolite [46]. En effet, si la participation des négociants était importante dans les loges maçonniques en Russie à cette époque, comme le démontre Douglas Smith, on peut difficilement parler d’échanges maçonniques entre marchands russes et étrangers car rien ne dit qu’il y avait un nombre important de marchands russes dans les loges ; en effet, si l'on ne considère que les trois loges dont on vient de parler, La Réunion des Étrangers à Moscou, La Parfaite Union à Saint-Pétersbourg, et la Sainte-Catherine à Arkhangelsk, nous arrivons déjà à un chiffre de plusieurs dizaines de marchands francs-maçons qui sont étrangers. Vernadski, l’un des meilleurs connaisseurs de la franc-maçonnerie russe au XVIIIe siècle, écrit que parmi les Frères russes (c’est Vernadski qui souligne) les roturiers étaient rares. Il cite quelques noms de marchands russes francs-maçons, une petite dizaine, tout en précisant qu’ils n’étaient pas membres à part entière, mais apprentis [47]. Vernadski souligne que, pour de nombreux étrangers qui venaient en Russie sous le règne de Catherine II, les loges maçonniques servaient de « réunion corporative » ; et il poursuit : « Les loges de langue étrangère [inoïazytchnyïé – V. R.] dans les villes russes comprenaient essentiellement des marchands », et des marchands étrangers, évidemment [48].

 

Différences de parcours maçonniques

 

Mais tous les francs-maçons français n’étaient pas des marchands et n’aspiraient pas à ce genre de fermeture et d’isolationnisme. Par exemple, le chevalier de Corberon intègre le parcours maçonnique dans la préparation de son voyage en Russie, comme le montre parfaitement P.-Y. Beaurepaire. C’est dans le cadre de son activité maçonnique que Corberon fait connaissance avec le prince Ivan Sergueïevitch Bariatinski, alors ambassadeur de Russie à Paris, ainsi qu’avec d’autres francs-maçons russes résidant à Paris. Ces rencontres permettent au diplomate de s’informer sur le pays, sur les us et coutumes de ses habitants, de se procurer enfin des lettres de recommandation nécessaires à la réalisation de sa mission. À Saint-Pétersbourg, la franc-maçonnerie sert à Corberon de laisser-passer dans les cercles haut placés et influents. Ainsi, il se rend à une réception au grade d’Écossais en compagnie des princes Odoïevski et d’Anhalt-Bernburg et du comte de Brühl ; de la même manière, Corberon ne manque pas une occasion de parler de son expérience maçonnique, par exemple à un déjeuner chez Izmaïlov, ce qui est pour lui un moyen d’intéresser ses interlocuteurs. Néanmoins, l’intérêt du chevalier pour la franc-maçonnerie semble réel, même s’il lui arrive de s’en servir dans ses stratégies sociétales et de carrière [49]. 

Cependant, la loge à laquelle il adhère à Saint-Pétersbourg, zur Verschwiegenheit [50], est de par sa composition une loge étrangère. Mais l’ambiance ici est différente de celle qui règne à La Réunion des Étrangers : les Russes ne sont pas exclus, il y a aussi plus de variété professionnelle. Les Russes qui y sont admis appartiennent souvent à la haute société et comptent parfois parmi les francs-maçons les plus influents et les plus respectés. Parmi eux, Semen Perfiliev, franc-maçon connu, ancien gouverneur de Saint-Pétersbourg et directeur du Club Anglais ; le prince Iouri Troubetzkoy, militaire de haut rang et associé, avec Nikolaï Novikov, à la Compagnie typographique ; le comte Andreï Chouvalov, correspondant et traducteur de Voltaire et écrivain, alors chef de la noblesse du gouvernement de Saint-Pétersbourg ; Nikolaï Mordvinov, haut gradé de la Marine russe, futur ministre de la Marine, sénateur et membre du Conseil d’État, futur collaborateur de Speranski ; Petr Miatlev, directeur des Théâtres impériaux et membre du Club Anglais, etc. On y compte aussi des étrangers naturalisés, par exemple Petr Melissino, un des grands francs-maçons, dans ces années-là directeur du Corps des cadets de l’artillerie et du génie. 

Cette loge comprend aussi quelques Français, par exemple Demuth, sans doute Philippe-Jean Demuth. Marchand et aubergiste de son état (connu grâce à son hôtel célèbre sur la Moïka), il aspirait probablement à d’autres milieux que celui des marchands étrangers de Saint-Pétersbourg ; il est témoin au mariage du frère du célèbre Marat, David Mara(t) de Boudry, avec demoiselle Labkoff en 1792 ; l’intérêt pour la franc-maçonnerie n’était sans doute pas éphémère dans cette famille, car le fils de Philippe-Jean Demuth, Pierre, est plus tard membre de la loge pétersbourgeoise Neptune [51]. Parmi d’autres Français membres de la loge zur Verschwiegenheit, Jean-Joseph Berlire mérite une mention particulière. Il avait été professeur au gymnase (école pour roturiers) de l’université de Moscou, à la suite du professeur Saint-Nicolas, puis avait été lié à Semen Gavrilovitch Zoritch (1745-1799), militaire serbe au service russe, favori de Catherine II ; dans les années 1780, il se trouvait comme secrétaire et interprète au service d’un prince Cantacuzène, sans doute le prince Nicolas Cantacuzène (1763-1841), fils du prince Rodion Cantacuzène. Berlire n’était pas étranger aux belles lettres : il consacra une ode à Zoritch [52], puis publia des Vers sur l’inauguration de la statue équestre de Pierre le Grand [53] ; il collabora au Mercure de Russie, revue littéraire fondée et dirigée par Gallien de Salmorenc en 1786 [54]. Edme-Joseph Joly, qui avait l’intention de visiter cette loge en 1776, était membre de plusieurs loges à Saint-Pétersbourg, l’Astrée, Le Silence, etc. Il était sans doute très intéressé par la franc-maçonnerie car, en 1774 au plus tard, il reçut un diplôme de la Grande Loge d’Angleterre. En 1774, il était bibliothécaire chez Fedor Grigorievitch Orlov (1741-1796), frère du favori, général en chef, président d’un des départements du Sénat ; dans les années 1780, il s’établit à son compte comme libraire [55]. Frantz Floridor nous est inconnu, sauf s’il s’agit d’Henri Floridor, de son vrai nom Imgarde de Lettenberg, à cette époque surveillant et inspecteur de la troupe française de théâtre, connu personnellement de Catherine II et par ailleurs franc-maçon assidu, membre de la loge Mildthätigkeit zum Pelikan à Saint-Pétersbourg [56]. Les Français qui font partie de cette loge possèdent donc un niveau culturel certain et sont liés à la grande noblesse russe ou d’origine étrangère (comme Zoritch et Cantacuzène) qui est leur employeur ou mécène. De ce fait, nous sommes en présence d’une loge plus ouverte sur la haute société russe. 

Analysons un autre exemple, à dominante russe cette fois. Il s’agit d’une loge moscovite, Clio, fondée en 1774, c’est-à-dire contemporaine de La Réunion des Étrangers ; elle était subordonnée à la Grande Loge d’Angleterre et avait adopté le système d’Elagin. En 1774 et 1775, elle comprend 51 membres, parmi eux des représentants de quelques grandes familles de la noblesse : des Apraksine, Golitsyne, Gagarine, Dolgorouki, Volkonski, Odoïevski, Troubetzkoy, Ouroussov... Quelques uns occupent des positions importantes dans la société : Ivan Bakhmetiev, pétersbourgeois, est à la tête du Club Anglais de la capitale ; le prince Vassili Dolgoroukov est un militaire de haut rang, conseiller privé effectif ; le prince Mikhail Golitsyne est brigadier ; Sergueï Saltykov est l’ancien favori de Catherine II et autrefois envoyé russe à Hambourg, général-lieutenant ; Petr Ourousov est plus tard procureur du gouvernement de Moscou. Mais la plupart des membres russes sont militaires, de rang moyen et même inférieur. Clio est donc l'exemple d’une certaine mixité sociale. 

Il y a plusieurs étrangers parmi les membres. Généralement, dans les loges à dominante étrangère, les Français, bien que souvent présents, ne sont pas très nombreux : dans les grandes loges de ce type, leur nombre dépasse rarement 5% des effectifs « étrangers » [57]. Dans les loges à dominante russophone, les Français sont proportionnellement plus nombreux par rapport à d’autres étrangers, par exemple dans Clio où, à juger d’après les noms, ils sont au nombre de 5 ou 6 sur 11 ou 12 étrangers. Ce fait mérite d’être retenu. 

Qui sont-ils ? Un certain François Cazié était un ancien officier au service de la Pologne, puis major au service russe, donc du même statut social et professionnel qu’une bonne partie des membres de la loge. Mais il n’était pas étranger à la littérature : il sera en 1786 membre de la Société littéraire du Mercure de Russie, revue francophone éditée par Gallien de Salmorenc, et traducteur du russe [58]. Les francs-maçons Bérard et de la Rozière sont sans doute une seule et même personne ; ce Bérard de la Rozière, originaire de Strasbourg, était donné comme marchand dans ces années. Pierre Dumoulin, né en 1707 à Lyon, avait été plusieurs années durant surveillant au cabinet de physique, adjoint au professeur de physique et mécanicien à l’université de Moscou. Il vivait à Moscou sur un pied plutôt aisé, possédant depuis 1766 sa propre maison où il louait des chambres [59]. L’orateur de la loge s’appelait Jean Saint-Nicolas, il s’agit sans doute de Jean-Godefroi de Saint-Nicolas, de 1770 à 1772 (selon d’autres informations, 1775), professeur de français dans la « classe syntaxique » à l’université de Moscou et auteur de plusieurs discours solennels prononcés aux fêtes de l’université. Saint-Nicolas évoluait sans doute dans les milieux cultivés, comme en témoigne aussi une épître de sa composition, traduite en 1775 en russe par Soumarokov, lui-même franc-maçon [60]. 

Nous sommes donc en présence d’une loge à caractère ouvert où la mixité, aussi bien sociale que « nationale », est de mise. Les Français qui en font partie sont ou ont été fonctionnaires au service russe, militaire ou civil, certains sont aussi écrivains ou traducteurs. La seule exception est Bérard de la Rozière qui est donné comme marchand. Mais son négoce était sans doute spécifique, car on sait qu’en 1785 il vendait des tableaux peints par des étrangers, ses clients appartenaient sans aucun doute à la grande et moyenne noblesse qui constitue le noyau de cette loge. Ces quelques exemples semblent démontrer que pour les francs-maçons français l’affiliation à telle ou telle loge se faisait en fonction de leur « capital culturel » qui présuppose plus d’ouverture, une disposition aux contacts avec la noblesse russe (le principal client de la communauté française en Russie dans ces années-là), ou au contraire, une fermeture et un souhait de garder intacte son identité nationale. 

Mais il faut tout de même nuancer notre propos. Ainsi, on trouve le même François Cazié parmi les membres de La Réunion des Étrangers. Il pouvait parfaitement faire partie des deux loges ayant chaque fois une stratégie différente, ce qui répondait sans doute à ses différentes attentes : adepte d’une communauté « nationale » dans un cas, il pouvait aussi méditer sur les possibilités et les avantages d’une meilleure assimilation en Russie, et son engagement au service de l’État est de fait un pas dans cette direction. 

D’autre part, un besoin d’avoir un cadre à caractère professionnel ne menait pas forcément à une fermeture telle qu’on l’observe dans le cas de La Réunion des Étrangers. La Réunion des Élus du Nord, fondée à Saint-Pétersbourg par les membres de la loge des Cœurs réunis, à Montpellier, peut être comptée parmi les loges ouvertes[61]. Elle est l’une des rares où la part des Russes et des étrangers est équilibrée (6 membres russes et 5 membres étrangers, tous Français). Certains étaient nés à Montpellier (comme les Curto ou probablement Jean-Baptiste Prévost), ce qui explique la fondation de la loge Les Cœurs réunis. Il se peut que pour ceux-là, l'expatriation en Russie soit liée à la filière maçonnique, comme c’est sans doute le cas d’Érasme Pincemaille. Mais la loge est aussi sous-tendue par des relations professionnelles, en l’occurrence l’appartenance au même établissement : les deux Curto, Jean-Paul et Pierre-Paul, Jean-Jean Crempin, Jean-Hugues-Louis Charrière sont professeurs au Corps des Cadets nobles de l'armée de terre à Saint-Pétersbourg ; d’autres membres de cette loge font probablement partie de cet établissement ; en tout cas tous ou presque sont militaires. Il s’agit donc d’une loge à caractère corporatif mais, contrairement à La Réunion des Étrangers, tous les Français de La Réunion des Élus du Nord étaient des francs-maçons confirmés : ils étaient tous membres de plusieurs loges, avaient fondé des loges maçonniques ou participé à leurs travaux dans d’autres villes, non seulement à Montpellier mais à Lvov, à Varsovie, à Riga, à Kamenets-Podolsk, à Chişinău (Kichinev)... Pierre-Paul ou Petr Ivanovitch Curto sera un franc-maçon actif durant toute sa vie ; on le retrouve dans la loge Les Amis Réunis de Saint-Pétersbourg, dans les années 1810 [62]. 

Prenons encore l’exemple de la loge L'Égalité (Ravenstva), en activité à Saint-Pétersbourg de 1774 à 1777 [63]. La dominante russe est forte ici : seulement 5 étrangers sur 55 membres ; 3 sont français. C’est encore une loge comportant plusieurs hauts dignitaires russes. Parmi les Français, Lesage est probablement ce comédien venu en Russie encore en 1741 à 1742, avec la troupe de J.-B. Duclos, qui travailla de longues années dans la troupe française à la cour russe, sous la direction de De Sérigny. Il s’apprêtait à quitter Saint-Pétersbourg en 1760, mais il se peut qu’il soit resté. Gautier est difficile à identifier. Par contre Charapant est probablement Jean-Baptiste-Jude Charpentier, professeur à l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, auteur d’une grammaire russe [64]. Sans insister sur l’intérêt de certains des membres russes de cette loge pour les belles-lettres, remarquons que quelques-uns ont accompli des séjours à l’étranger ou ont été éduqués par un précepteur français (cas de Iouri, fils d’Alexandre Iourievitch Neledinski-Meletski [65]). On pourrait donc supposer qu'il pouvait arriver à un Français cultivé d'entrer facilement dans les loges à dominante russe en raison de la gallomanie qui touchait une partie de la noblesse russe au siècle des Lumières. 

Il est connu que certains membres de la colonie allemande de Russie entretenait des relations privilégiées avec les milieux éclairés russes qui sont souvent à cette époque des milieux francs-maçons. Rappelons un cas connu, celui du relieur de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Wilhelm Konrad Müller (ou Miller, en Russie) qui commence à développer progressivement dans les années 1760 et 1770 une activité de libraire et d’éditeur. Certaines informations font penser que Müller-père et Müller-fils étaient tous deux francs-maçons [66]. Ils fondent avec Nikolaï Novikov en 1773 une Société pour la publication de livres (fermée en 1774). Müller avait parmi ses clients Ivan Élaguine, Alexandre Soumarokov, francs-maçons notoires [67]. Nous sommes donc en présence d’un réseau russo-allemand uni par des activités maçonniques et éditoriales, intimement liées au projet maçonnique de certains francs-maçons comme Nikolaï Novikov. Les libraires français en Russie ne s’occupent presque jamais de l’édition à cette époque. Est-ce pour cette raison que leurs réseaux ne semblent guère se recouper avec ceux des francs-maçons russes traducteurs et éditeurs tels que Novikov, Tchoulkov, Gamaleïa, Ivan Tourguenev, Schwarz... ? En 1793, le prince Prozorovski, gouverneur général de Moscou, est chargé du contrôle de l’église catholique Saint-Louis-des-Français de Moscou et de ses fidèles. Quelques-uns, parmi les Français de cette paroisse, sont d’anciens membres de La Réunion des Étrangers. Rappelons que le même Prozorovski mène en 1792 une enquête sur Novikov et son entourage mais qu'à aucun moment il ne mentionne une connexion quelconque entre les Français et le cercle de Novikov [68]. Ce n’est sans doute pas un hasard : les francs-maçons dans l’entourage de Novikov n’entretenaient apparemment pas de relations avec les francs-maçons français, étant plus tournés vers l’Allemagne et considérant le système français comme un divertissement frivole. 

Pour nombre de francs-maçons français ou d’origine française qui ont fait un voyage en Russie, on ne dispose d’aucune information permettant de parler d'une activité maçonnique pendant leur séjour. Cela concerne non seulement le baron Théodore-Henry de Tschudy, déjà mentionné [69], mais aussi Abel Burja, pasteur protestant d’origine huguenote, né en Prusse, auteur de Mémoires, ou le prince Charles-Joseph de Ligne et nombre d’autres, moins connus. Plusieurs Français arrivés en Russie sous les règnes de Catherine II et de Paul Ier se sont distingués dans l’Art Royal plus tard, au début du XIXe siècle. Leur activité répond plus à l’image d’une franc-maçonnerie cosmopolite et ouverte. Beaucoup d’entre eux appartiennent au monde des sciences, comme Louis-Barthélémy Carbonnier, haut gradé du génie militaire, ou à celui des arts, comme Honoré-Joseph Dalmas, éditeur d’une grande revue musicale, ou à l’armée, comme Charles Audé de Sion, professeur au Corps des Pages et haut gradé de l’armée russe. 

 

Quelques conclusions
et pistes de recherche

 

Pour conclure, soulignons une fois de plus que, sous le règne de Catherine II, de nombreuses loges sont constituées sur le principe « national », avec une forte dominante russe ou étrangère ; nous avons quelquefois même affaire à des loges fermées. Cette tendance s’oppose au caractère ouvert et cosmopolite de la franc-maçonnerie spéculative. 

Même si la dominante « nationale » semble de règle, toutes les loges n’adhèrent évidemment pas à l’esprit d’une loge telle que La Réunion des Étrangers. L’atmosphère qui règne dans les loges à tendance plus cosmopolite est différente, mais aussi leur composition. En effet, alors que les premières sont composées surtout de marchands étrangers ou, exceptionnellement, de maçons au sens propre du terme (la Loge Écossaise L’Impériale), les deuxièmes attirent la haute noblesse russe, dont le niveau culturel est certain, qui a souvent fait des séjours en Occident, et des étrangers appartenant à la diplomatie, aux mondes des arts, des sciences et des Lettres, mais aussi à celui de l’armée, etc. 

Cette opposition traduit, nous semble-t-il, la différence de stratégies d’assimilation et de construction identitaire de ces étrangers, car les marchands sont plus conscients de leur identité et sont souvent attachés à une communauté « nationale ». Les relations dans le monde commerçant sont tendues du fait de la concurrence avec les marchands autochtones qui se sentent menacés sur leur propre territoire. Les étrangers au service russe, ceux qui exercent des professions d’artiste, d’enseignant ou des « professions libérales » ne sont pas dans le même cas, car ils n’entrent qu’exceptionnellement en concurrence avec les cadres autochtones qui sont toujours rares. 

Toutefois, la distinction des loges « ouvertes » et « fermées » doit être maniée avec précaution, car il y a plusieurs façons de construire des loges : à la fois « nationale », fermée et professionnelle (La Réunion des Étrangers ou La Loge Écossaise L’Impériale) ou semi-ouverte et professionnelle (La Réunion des Élus du Nord), semi-« nationale » et attentive au critère d’influence de ses membres (La Parfaite Union), etc. Dans le cas des étrangers, les loges les plus fermées se présentent comme de véritables unions corporatives ; ce phénomène, peu étudié, reflète les habitudes associatives de ces étrangers qu’ils peinent à mettre en pratique dans l’empire, où les autorités regardent avec suspicion tout rassemblement qui échappe à leur contrôle. C’est pour cela que les étrangers « détournent » les cadres de rassemblement autorisés qui leur permettent de se réunir et de se concerter : les « Clubs Anglais », les paroisses d’églises catholiques ou protestantes, etc. Ainsi, l’église Saint-Louis-des-Français, fondée à Moscou vers 1790, servira de lieu de réunion à une partie de la communauté francophone de la vieille capitale ; le gouverneur de Moscou, le prince A. Prozorovski, comparait cette paroisse à une auberge où l’on propose le couvert, des boissons et où chacun vient lire les gazettes [70]. 

Les Français, nous l’avons vu, sont présents en petites quantités dans beaucoup de loges ; mais leur part dans celles où l’élément russe est dominant est souvent relativement importante. Nous pensons que ce phénomène est dû surtout à l’influence française dans l’Europe des Lumières, plus qu’à la participation active des Français à la construction des réseaux maçonniques en Russie, bien que l’exemple de La Réunion des Élus du Nord semble prouver le contraire[71]. Certaines de ces loges investies par des étrangers sont, à n’en pas douter, de véritables lieux de communication et d’échanges Est-Ouest ; le mécanisme de ces échanges doit être étudié : certains éléments montrent qu’ils dépassent de loin le cadre purement maçonnique.

 

ANNEXE. 

Liste des francs-maçons francophones
en Russie au XVIIIe siècle
 [
72]

 

Agis, Pierre-Marie-Louis (1752 ou 1753, France - 1828, Saint-Pétersbourg) : sculpteur, fondeur d’ornement, ciseleur, professeur, puis membre de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg ; membre, à Saint-Pétersbourg (en 1817-1818, 1820-1821), de la loge La Palestine, constituée pour la majeure partie de Français (dont Pierre-Dominique Bazaine, célèbre ingénieur, Honoré-Joseph Dalmas, éditeur de partitions ainsi que de la revue Le Troubadour du Nord, Alexandre Joffret, directeur de l’Institut pour les aveugles, le comte Xavier de Maistre, écrivain, Auguste Semen, grand éditeur et typographe français, Théodore Tournay, cuisinier relégué en 1812 par le comte Rostoptchine, gouverneur de Moscou, etc.)

 

Allart, Maurice-Gérard (1779, Paris - 1847, Moscou) : avocat, militaire ou professeur en France, il devient en Russie propriétaire d’une grande librairie installée à Moscou ; après la guerre de 1812, enseignant de français à l’Institut Sainte-Catherine-d’Alexandrie, au Pensionnat noble de l’université de Moscou, au Corps des cadets nobles et à la Maison d’éducation ; conseiller aulique. En 1812, il est arrêté et relégué avec d’autres Français sur l’ordre du gouverneur de Moscou, le comte Rostoptchine, notamment pour son appartenance à une « secte des illuminés ». Membre des loges de Moscou, Neptune (1816-1821, surveillant et maître des cérémonies) et Phénix (1818-1821, maître, maître des cérémonies), et d’une loge de Saint-Pétersbourg, Les Amis réunis (membre honoraire).

 

Andrault, comte de Langeron, Louis-Alexandre (1763, Paris - 1831, Odessa) : militaire et haut fonctionnaire russe, gouverneur militaire de la région de Novorossisk, de Kherson, d’Ekaterinoslav et de Crimée, gouverneur de la ville d’Odessa, des cosaques de la mer Noire et de ceux du Don ; il réalise quelques idées conçues par le duc de Richelieu, introduit le porto-franco à Odessa ; il est l’un des initiateurs du lycée Richelieu ouvert en 1817, ainsi que de l’École publique de jeunes filles et de l’École de commerce ; auteur de Mémoires ; membre de plusieurs loges à Odessa et à Saint-Pétersbourg (notamment Élisabeth à la Vertu, Les Amis Réunis et du Chapitre du Phénix).

 

Angely, François-Marie-Charles d', (mort à Hambourg en 1809) : militaire au service de la Prusse, du Danemark et de la Russie ; espion français, arrêté en Russie en 1774 et banni de l’empire avec son fils ; dans les années 1771-1772, visiteur de la loge La Parfaite Union de Saint-Pétersbourg, composée presque exclusivement d’étrangers, avec beaucoup de Britanniques ; membre de loges étrangères, de Copenhague et de Vienne, en 1773.

 

Audé de Sion, Charles (1753, Savoie – 1837, Saint-Pétersbourg) : originaire d’une famille de Savoie, militaire au service de la Prusse, précepteur dans la famille du célèbre homme de guerre russe Alexandre Souvorov ; il devient enseignant au Corps des cadets nobles de l’armée de terre, puis inspecteur au Corps des pages ; général-major russe en fin de carrière ; franc-maçon célèbre, il est membre honoraire de plusieurs loges maçonniques de Saint-Pétersbourg, membre-fondateur (fondée en 1802) et maître en chaire de 1816 à 1821 de la loge Les Amis réunis, l'une des loges les plus importantes de Saint-Pétersbourg, avec plus de cinq cents membres dont beaucoup sont russes, y compris la grande noblesse pétersbourgeoise, et plusieurs français ; membre ou visiteur de quelques loges étrangères.

 

Aumont, Martin : enseignant de français au Corps des cadets de la marine à Saint-Pétersbourg ; membre du 3e grade et maître des cérémonies de la loge Neptune à Cronstadt en 1780-1781 (en font aussi partie les Français Jean de Montbilly et Joseph de La Mothe) ; cette loge réunit des enseignants du Corps de la marine et des marins.

 

Aurisson – voir Orisson

 

Baudesson, Louis : présent en 1786 et 1787 à Saint-Pétersbourg, membre de la loge Zur Verschwiegenheit composée d’Allemands et de Russes, mais aussi de quelques Français.

 

Baudry du Plessis, Adolphe (ou Bandré du Plessis, mort en 1793 ou 1794) : marquis (?), petit-fils d’un huguenot de Saxe ; militaire au service russe dès 1757, il participe à presque toutes les guerres du règne de Catherine II ; protégé de Nikita Panine, il sert accessoirement d’agent diplomatique ; général-major en fin de carrière.

 

Bazire, Jacques : né à Rouen, précepteur, puis marchand à Moscou. En 1774, membre de la loge Clio à Moscou (à dominante russe ; on compte parmi ses membres les Golitsyne, Volkonski, Saltykov, Dolgorouki, etc., et quelques Français comme Dumoulin, Bérard de La Rozière et Saint-Nicolas).

 

Belcourt de Thesby – voir Thesby de Belcourt.

 

Bérard de La Rozière (connu aussi comme Bernard de la Rosière, originaire de Strasbourg) : marchand à Moscou de 1774 à 1785 au moins ; membre de la loge Clio de Moscou en 1774.

 

Berlire, Jean-Joseph : précepteur, secrétaire, journaliste, écrivain ; professeur de la classe de syntaxe au gymnase (école) de l’université de Moscou en 1775 et 1776, à la suite de Saint-Nicolas. En 1782, secrétaire et interprète d’un prince Cantacuzène, sans doute le prince Nikolaï Rodionovitch Cantacuzène (1763-1841), fils du prince Rodion Cantacuzène ; auteur des Vers sur l’inauguration de la statue équestre de Pierre le Grand..., Saint-Pétersbourg, l’an 1782, [1] p., in-2°. Il collabore en 1786 au Mercure de Russie, revue littéraire fondée et dirigée par Gallien de Salmorenc à Saint-Pétersbourg. Membre de 3e grade de la loge Zur Verschwiegenheit à Saint-Pétersbourg en 1786 et 1787.

 

Bernard, Jean : marchand établi à Moscou ; il tenait en 1797 une auberge dans un village près de Moscou. Il est probablement membre de la loge maçonnique Clio de Moscou, à dominante russe, avec quelques autres Français (Bérard de la Rozière, Dumoulin, etc.) ; serait-il le même personnage que Bérard de la Rozière ?

 

Beugny, Etienne (1735, Nancy - ?) : en 1775 gouverneur des enfants du sénateur et général Nikita Beketov. « Maître », il assiste à la séance de la loge La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Billiot, Jean-Francois (1753, Bourgogne - ?) : l'un des grands négociants français de Saint-Pétersbourg, associé de « Chenevière, Billiot et Cie », puis de « Billiot et Cie », marchand de la 1re Guilde à Saint-Pétersbourg dans les années 1780 ; vice-consul de France à Cronstadt dès 1790, il est expulsé de Russie en 1793 comme les autres représentants diplomatiques français ; il assiste en qualité de « maître » à la séance de La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Bode, Louis-Charles, baron de (1787, Soultz-sous-Forêts en Alsace - ?) : militaire au service de l’électeur de Hesse-Cassel, puis à celui de la Russie, il participe à toutes les grandes batailles de la guerre contre Napoléon ; passé au service de la cour, puis au service civil, il est promu grand maréchal de la cour et conseiller d’État effectif et occupe le poste de chef de la noblesse du district de Podolsk du gouvernement de Moscou ; membre de la loge Les Amis réunis de Saint-Pétersbourg en 1812 (recommandé par Audé de Sion), membre du 3e grade en 1816.

Bouquillon, Charles : originaire de Lille, professeur de français à Moscou dans les années 1790, il réside à Saint-Pétersbourg dans le premier quart du XIXe siècle ; initié dans le Nord de la France, en 1785 ou 1788 ; il est 2-e grade en 1788, 3e grade en 1789 ; il fréquente les réunions de la loge Élisabeth à la Vertu de Saint-Pétersbourg de 1818 à 1822, membre-fondateur d’Orphée, également à Saint-Pétersbourg (fondée en 1818), qui travaillait en français.

 

Bourguet, Jean-Etienne : né à Dantzig, marchand à Moscou autour de 1775. « Maître » et « membre du 3e grade », présent à la séance de la loge La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Bourrée, chevalier de Corberon, Marc-Marie-Daniel (1748, Paris -

1810, Paris) : militaire et diplomate, il est conseiller de légation à Cassel, puis, dès 1775, secrétaire d’ambassade de France, puis chargé d’affaires en Russie, jusqu’en 1780, avant d’être nommé au duché des Deux-Ponts ; auteur de Mémoires sur la Russie, source inépuisable d’informations sur la société russe de cette époque ; il s’enthousiasme pour les sciences occultes, multiplie les expériences alchimiques et acquiert de hauts grades, notamment au contact du général Petr Melissino qui crée en 1775 sa propre obédience maçonnique ; membre de 7e grade de la loge zur Verschwiegenheit de Saint-Pétersbourg.

 

Bousquet l’aîné, Louis : ouvrier à la manufacture des bronzes de Saint-Pétersbourg, présent à Saint-Pétersbourg dès 1772 ; sans doute franc-maçon, membre de 4e grade de la loge zur Verschwiegenheit de Saint-Pétersbourg en 1786 et 1787 ; il avait pour nom « Euclide ».

 

Burgold, Jean-Louis de (1741, Magdeburg) : gouverneur des enfants d’un prince Khitrovo ; « Maître », présent à la séance de La Réunion des Étrangers à Moscou en 1775.

 

Burja, Abel (1752, Kiekebusch, près de Berlin - 1816, Berlin) : professeur au Collège français de Berlin, précepteur dans la famille de l’historien russe Vassili Tatichtchev, puis pasteur de l’église protestante de Saint-Pétersbourg, de 1779 à 1784 ; auteur de Mémoires ; on ne sait presque rien de son activité maçonnique.

 

Carbonier d'Arsit de Crangeat, Louis-Barthélemy (1770, Saint-Pétersbourg - 1836, Saint-Pétersbourg) : militaire et ingénieur au service de la Russie, ingénieur-général, membre honoraire de l’Académie des sciences de Russie et de plusieurs universités, membre de nombreuses commissions ; membre fondateur de la loge Les Amis Réunis, créée le 10 juin 1802, censeur des discours en 1810.

 

Cazat, Antoine (1741, Hambourg - ?) : militaire, lieutenant de carabiniers en Russie. « Compagnon », il assiste à la séance de La Réunion des Étrangers à Moscou en 1775.

 

Cazié, François de (1731, Paris - ?) : militaire au service de la Pologne, puis précepteur en Russie, traducteur et probablement membre de la « Société littéraire du Mercure de Russie », fondée par Gallien de Salmorenc autour de la revue du même nom : c’est sans doute lui qui est membre, en 1774, de la loge Clio à Moscou, à dominante russe, dont font partie aussi quelques Français (Bérard de la Rozière, Dumoulin, Bernard).

 

Cazotte, Pierre : né à Lyon, chevalier d’Or, présent à la séance de la loge La Réunion des Étrangers à Moscou en 1775.

 

Challes, Jean ( ? - au plus tard en 1774, Saint-Pétersbourg) : militaire en France et maître de pension en Russie, au début des années 1770 ; son pensionnat éducatif est fondé avec l’appui du gouvernement et sur l’ordre de l’impératrice et présente un cas intéressant d’institution éducative mixte, à la fois privée et publique ; orateur de la loge Apollon de Saint-Pétersbourg en 1771.

 

Chanony, Denis (né à Lyon - 1793) : recruteur de colons pour la Russie, entrepreneur, copropriétaire (avec Joseph Barral) de grandes fabriques de fer blanc sur le lac Onega ; c’est probablement lui qui est membre, en 1774, de la loge La Réunion des Étrangers, de Moscou, sous le nom d’Etienne Chanony.

 

Charles, dit Devilliers, Sébastien (1727, Paris - 1775, Saint-Pétersbourg) : avocat au Parlement de Paris, il se rend en Russie à la demande de l’économiste Lemercier de La Rivière pour assister ce dernier dans ses travaux ; son séjour se prolonge : il aide Falconet dans ses traductions, sert de consultant au procureur général le prince Alexandre Alexeevitch Viazemski en 1773. Auteur de commentaires au projet de la commission pour l’élaboration du nouveau Code. Membre-orateur en 1771-1772 de la loge La Parfaite Union de Saint-Pétersbourg, loge composée presque exclusivement d’étrangers, à dominante britannique ; il y introduit deux Français : le marchand Raimbert et le chargé d’affaires de France, Sabatier de Cabres.

 

Charpentier, François (1757 - ?) : conseiller titulaire en 1797. C’est sans doute lui qui est directeur de la douane d’Arensbourg en 1803, toujours avec le même grade. Membre de la loge Uranie de Saint-Pétersbourg en 1784 ; c’est une des plus grandes loges russes, composée pour la plupart d’étrangers.

 

Charpentier, Jean-Baptiste-Jude : grammairien français, parti dans sa jeunesse en Russie, il donne, avec Marignan, une adaptation critique et libre de la Grammaire russe (1755-1757) de l'académicien Lomonossov. Il complète cette grammaire par des dialogues, des exercices de traduction et un recueil de proverbes, et la publie en 1768 à Saint-Pétersbourg sous le titre Élémens de la langue russe ou Méthode courte et facile pour apprendre cette langue conformément à l'usage ; on peut lui attribuer d'autres opuscules parus en français en Russie ou en France au cours du règne de Catherine II (recherches de M. Sergueï Vlassov). Maître de langue à l'école de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. C'est probablement lui qui, sous le nom de « Charapant », remplit les fonctions d'orateur des travaux en langue française de la loge Égalité de Saint-Pétersbourg en 1776.

 

Charrière, Jean-Hugues-Louis : il passe quatorze ans dans la Compagnie des Indes de France avant d’aller en Russie où il s’installe en 1773 comme précepteur ; en 1784 et 1785, il est professeur de rhétorique au Corps des cadets nobles de l'armée de terre. Initié dans la Loge des Cœurs Réunis, à Montpellier, membre de la loge Saint-Jean (La Réunion des Élus du Nord) à l’Orient de Saint-Pétersbourg, avec la qualité maçonnique de « tous les grades » et la dignité maçonnique de maître des Banquets.

 

Chenevière, Jean-Dominique (1739, Lyon - ?) : négociant français à Saint-Pétersbourg, associé de la maison « Chenevière, Billiot et Cie », en activité dans les années 1770 ; sa société de commerce est liquidée en 1782. « Maître », il assiste à la séance de la loge La Réunion des Étrangers à Moscou en 1775.

 

Choiseul-Gouffier, Antoine-Louis-Octave, comte de Baupré, puis comte de (1773, Paris - 1840, Florence) : militaire au service russe, il participe à la prise de Varsovie en 1795 et reçoit l’ordre de Saint-Georges ; il quitte le service militaire avec le rang de conseiller aulique après son mariage avec la comtesse Victoire Potocka, fille d’un seigneur richissime, qui lui apporte une dot considérable ; commandeur de famille du grand prieuré catholique de Russie de l’ordre souverain de Saint-Jean-de-Jérusalem (ordre de Malte) ; chambellan russe en 1812, comte-pair de France héréditaire. Membre de 3e grade de la loge Les Amis Réunis, à dominante étrangère, à Saint-Pétersbourg en 1816 et 1820.

 

Claudel, Nicolas : militaire passé en Russie en 1776, lieutenant-colonel en 1790, décoré de l’ordre de Saint-Georges en 1795. Membre de 4e grade de la loge L'Entente parfaite (Soverchennogo soglassiia) à Vilnius en 1781.

 

Covelle, Pierre (1730, Genève - ?) : marchand, horloger à Moscou dès la fin des années 1760 ; secrétaire et élu « ecossais » de la loge La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Courant, Antoine (1750 ou 1751, Neuchâtel - ?) : dessinateur, il vient tenter sa fortune en Russie et mettre à profit ses talents ; il rencontre en 1776 Champagnolot et découvre ses activités illicites ; il décide de tout révéler au comte Nikita Panine mais ne reçoit pas la récompense souhaitée. Présent à la séance de la loge La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Crempin, Jean-Jean : né à Saint-Pétersbourg, secrétaire du Corps impérial des cadets nobles en 1784, jurisconsulte en 1793, conseiller aulique, directeur de la douane de Libava (Libau ou Liepāja, actuellement en Lettonie) en 1812. Initié et élevé au 2e grade, puis au 3e, à la Loge des Cœurs Réunis à Montpellier (active en 1781), frère de la loge Saint-Jean de Saint-Pétersbourg, avec la qualité maçonnique de « tous les grades » et la dignité maçonnique de maître des cérémonies ; un des fondateurs de La Réunion des Élus du Nord fondée en 1784 (ou en 1779) à Saint-Pétersbourg par les membres de la loge des Cœurs réunis de Montpellier (dont certains sont français : Jean-Paul et Pierre-Paul Curto, Jean-Baptiste Prévôt, Jean-Louis Charrière) ; maître des cérémonies de cette loge en 1784-1785 ; membre honoraire de Zur kleinen Welt à Riga à partir de 1791.

 

Culot, Guillaume (1752, Spa - après 1809) : négociant de Saint-Pétersbourg de 1781 au début du XIXe siècle ; il mène aussi une activité bancaire à Spa. Membre (3e grade) de la loge Uranie de Saint-Pétersbourg en 1779-1884 ; initié encore une fois à Spa, à La Parfaite Intelligence ; fondateur de la loge Les Philadelphes (à Spa ?).

 

Curto, Jean-Paul : né à Montpellier, militaire, ancien officier de dragons et maître d’armes. Il signe en 1778 un contrat pour enseigner l’escrime au Corps des cadets nobles de l'armée de terre à Saint-Pétersbourg pendant trois ans ; sous-lieutenant retraité, il réside toujours à Saint-Pétersbourg en 1793 ; membre de la Saint-Jean de Saint-Pétersbourg, avec la qualité maçonnique « tous les grades » et la dignité de vénérable, un des fondateurs de La Réunion des Élus du Nord, en 1784 (ou en 1779), avec le grade de maître des cérémonies, précédemment membre de la loge Les Cœurs Réunis de Montpellier.

 

Curto, Pierre-Paul (1761, Montpellier - après 1829) : maître d’armes, sous-lieutenant au Corps des cadets nobles de l'armée de terre à Saint-Pétersbourg en 1788 ; maître d’armes au Corps des pages dès 1805 ; capitaine et enseignant au 1er Corps des cadets en 1812 ; colonel au régiment d’infanterie d’Ekaterinbourg en 1817, commandant de la forteresse d’Ackerman en 1821 ; membre ou visiteur des loges : Osiris à Kamenets-Podolsk, Ovide à Kichinev (Chişinău), La Réunion des Élus du Nord (dont il est garde du sceau et des archives, membre de tous les grades en 1784-1785) de Saint-Pétersbourg, et surtout Les Amis Réunis de Saint-Pétersbourg, loge à dominante étrangère.

 

Dalmas ou Delmas, Honoré-Joseph (mort en 1829) : d’abord acteur, en Russie depuis la fin du XVIIIe siècle, puis éditeur d’une grande revue musicale, Le Troubadour du Nord (1804-1809) ; un catalogue de ses éditions comportant plus de 1 500 titres voit le jour en 1815 ; un des premiers traducteurs d’œuvres d’Alexandre Pouchkine en français ; membre de plusieurs loges maçonniques à Saint-Pétersbourg : la Grande Loge Provinciale, où il est grand secrétaire des travaux en français en 1815 et en 1817 ; La Palestine, avec d’autres Français comme Pierre-Dominique Bazaine, célèbre ingénieur, Pierre Agis, etc. ; Les Amis du Nord, où il est secrétaire ; Le Sphinx, loge à forte présence française, où il est secrétaire de 1812 à 1817, le Chapitre du Phénix, en 1817 et 1818, où il est membre du chapitre, dont il est exclu en 1817 et dont il devient secrétaire en 1818 ; auteur et éditeur de chansons et d’hymnes maçonniques.

 

De Cari, François (1731, Paris - ?) : militaire, colonel au service de la Pologne à la retraite en 1775 ; membre-expert de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Delamotte, Joseph (1759, Normandie - 1799, Saint-Pétersbourg) : professeur de français au Corps des cadets nobles de la marine, il en démissionne en 1783 ; professeur de français à l’école de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, en 1799 ; membre actif, puis membre honoraire (en 1780-1781) de la loge Neptune de Saint-Pétersbourg.

 

Delarue, Daniel : probablement au service de la Russie dès la fin du XVIIIe siècle ; assesseur de collège au service de la Russie en 1806 et surveillant au port de Kazan, conseiller aulique, employé pour des missions extraordinaires en 1814-1824, directeur des Archives du département d’inspection de l’état-major général en 1820-1824, fonctionnaire de la 5e classe ; présent à une séance de la loge Élisabeth à la Vertu (Elizaveta k dobrodétéli) de Saint-Pétersbourg en 1817, membre de 2e grade de la loge Pierre à la Vérité (Petr k istinié), entre 1817 et 1820 au moins.

 

Delaveau Cointe – voir Lecointe de Laveau.

 

Demuth, Philippe-Jacques : marchand tonnelier présent à Saint-Pétersbourg dès la fin des années 1750, il achète en 1765 un lot de terre en plein centre de Saint-Pétersbourg et ouvre au début des années 1770 une auberge au 40, quai de la Moïka, célèbre par la suite. Maître écossais de 5e grade, membre (il portait le nom de Bacchus) de la loge Le Silence (ou Zur Verschwiegenheit) en 1786-1787 de Saint-Pétersbourg. Son fils Philippe-Jean Demuth sera aussi franc-maçon.

 

Doraison, Alexandre (1726, Dauphiné - 1783, Moscou), négociant à Moscou, il y tient une fabrique de cartes à jouer ; sa femme continuera son entreprise après sa mort. Présent à la séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Duclos, Charles-Alexandre (1758, Paris - ?) : marchand de la 3e guilde, il fait un commerce de parfum et de pommade ; propriétaire en 1801 d’un magasin de produits cosmétiques à Saint-Pétersbourg. Membre ou visiteur des loges Élisabeth, Les Amis réunis, Le Sphinx, Le Chapitre du Phénix, etc., à Saint-Pétersbourg dans les années 1810.

 

Ducloux, Nicolas : assesseur de collège en 1797, nommé en 1799 membre des comptoirs d’escompte des billets à ordre et des marchandises et membre du comptoir d’assurance ; conseiller aulique en 1803 et conseiller d’État en 1807. Membre en 1816 des loges Les Amis Réunis de Saint-Pétersbourg (exclu en 1818-1819 pour cause de son absence) et le Sphinx qu’il fréquente en 1815.

 

Dumoulin, Pierre (1707, Lyon - 1781, Saint-Pétersbourg) : mécanicien à Saint-Pétersbourg dès les années 1750, adjoint au professeur de physique de l’Université de Moscou dans les années 1760 jusqu’en 1772. Membre de la loge Clio de Moscou en 1774, avec plusieurs aristocrates russes et quelques Français dont Bérard de La Rosière, Jean Saint-Nicolas, Jean Bernard.

 

Duval, Jean-François-André (1776, Saint-Pétersbourg - 1854, Genève) : il vient d’une célèbre famille de joailliers suisses ; joaillier à la cour de Russie, il quitte la Russie en 1813 ; il est connu par la suite comme commissionnaire en œuvres d’art pour l’aristocratie russe et la famille impériale. Membre de la loge la Palestine de Saint-Pétersbourg en septembre 1810.

 

Fabian, Jean-Frédéric : il n’y a pas de certitude sur ses origines, c’est probablement un descendant de huguenots. Promu de l’université de Moscou, traducteur au département de l’héraldique du Sénat avant 1797, il enseigne la syntaxe allemande à l’université de Moscou en 1799, au rang de secrétaire de collège. Auteur de plusieurs grammaires et « manuels » d’allemand et de français et des traductions de l’allemand et du français vers le russe. Franc-maçon, il collabore en 1782 à l'un des périodiques de Nikolaï Novikov, Vetcherniaïa Zaria [Les Feux du couchant].

 

Fazy, Conrad-Marc (1740, Genève - ?) : horloger et fabricant présent à Saint-Pétersbourg au moins dès 1759, avec son compagnon François Ferrier, il passe en 1764 un contrat avec la Chancellerie de tutelle des étrangers pour fonder une fabrique d’horloges à Moscou ; horloger à la cour, protégé du prince Grigori Potemkine. Présent à une séance de la loge La Réunion des Étrangers en 1775 avec la dignité de premier surveillant.

 

Gaudain, Léopold-Léonard (1729, Wervicq en Flandre - avant le 30 avril 1786, Moscou) : marchand d’abord à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou, un des fondateurs du Club Anglais de Moscou situé dans sa maison au Faubourg des Étrangers. « Maître », il assiste à une séance de la loge la Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Gaudin, Antoine : au service russe, enseigne d’artillerie en 1781, puis colonel. Maître en chaire de 1770 à 1781 environ de la loge Le Bon Berger (Dobrоgo Pastyria) de Vilnius, qui travaille en français ; maître des cérémonies en 1781 dans la loge L'Entente parfaite (Soverchennogo soglassiia) de Vilnius, etc.

 

Gavigent, Jean : sous-lieutenant retiré du service à Saint-Pétersbourg en 1793. Membre de la loge L'Amitié (Droujba) de Moscou en 1787.

 

Gautier-Dufayer, Jean-Marie (1736, Saint-Quentin en Picardie - vers 1793) : en Russie directeur des fabriques du comte général-lieutenant Sergueï Iagoujynski, puis précepteur chez les Eropkine et les Gouriev et enfin marchand à Moscou. Fondateur d’une famille qui donnera des libraires et éditeurs de renom. Membre de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775. Un Gautier organisait en 1775 les réunions de la loge Égalité dans sa maison de Saint-Pétersbourg située sur l’île Kamenny.

 

Gay, Mathurin (1727, Chidrac en Auvergne - ?) : il travaille jusqu’en 1756 dans une manufacture royale de Göteborg, en Suède, puis arrive à Saint-Pétersbourg et repart pour Moscou, il y est inscrit en 1778 à la 2e guilde marchande avec l’intention d’organiser la production des marchandises analogues aux articles occidentaux ; son épouse raccommode et blanchit « des dentelles de toute sorte ». « Écossais », présent à une séance de La Réunion des Étrangers en 1775.

 

Godin, Adrien-François, (1755, Saint-Pétersbourg - ?) : fils, comme Érasme-Gabriel Godin qui suit, de Jacques-Laurent Godin, marchand installé à Saint-Pétersbourg dès les années 1740 et associé des grands commerçants français de Saint-Pétersbourg, Jean Michel et Joseph Raimbert, puis marchand à Moscou. « Maître », présent à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Godin, Érasme-Gabriel (1751, Saint-Pétersbourg - ?) : frère du précédent, marchand à Moscou. « Frère Terrible », présent à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Goguel, Grégoire (1742, Montbéliard - 1799, Saint-Pétersbourg) : lieutenant des grenadiers du duc de Wurtemberg, recruteur de colons pour la Russie et directeur d’une colonie dans la région de Saratov, il vient en 1775 à Moscou ; directeur de la Maison d’éducation de Moscou, un grand orphelinat fondé par Catherine II ; directeur d’études à l’École de commerce de Moscou et à la Maison d’éducation de Saint-Pétersbourg ; renvoyé de ses fonctions en 1795 pour malversations. C’est sans doute lui qui, en qualité de « Maître », assiste à une séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Grailly de Foix, Guillaume-Charles de : major au service de la Russie, « général maître des quartiers dans l’état de M. le maréchal comte de Razoumovsky, cy-devant aide de camp du général comte Tottleben », auteur d’une Relation de l’expédition des Russes en Géorgie (1769, MAE, MD Russie, vol. 31) ; il vit toujours à Moscou en 1785. Trésorier de la loge Zu den drei Fahnen (Aux Trois drapeaux) de Moscou en 1783, membre de 4e grade.

 

Grandmaison, Francois (né à Melun, en Brie - ?) : fabricant de cartes à Moscou dans les années 1780 et 1790 ; fondateur d’une famille qui est toujours présente en Russie. « Maître », il assiste à une séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Greling : négociant ; après un séjour d’environ douze ans à Constantinople, il s’installe à Saint-Pétersbourg en 1772 au plus tard, associé principal de la compagnie « Noël Greling et Cie » ; c’est l'un des initiateurs du commerce directe entre la France et la Russie via la mer Noire. Visiteur de la loge à dominante britannique, La Parfaite Union, à Saint-Pétersbourg, avec d’autres Français (Raimbert, Sabatier de Cabre, d’Angely).

 

Hannevard, Charles (1738, La Flèche en Anjou - ?) : inscrit en 1768 à la 2e guilde des marchands de Moscou, associé de la maison « Hannevard, Becker et Cie » qui est au bord de la faillite dans les années 1770. Orateur et substitut du maître en chaire, chevalier d’or, présent à une séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Imberg, Alexeï (1790, Saint-Pétersbourg ? - 1864) : chef de bureau et employé pour des commissions extraordinaires auprès de l’aide de camp général le prince Nikolaï Repnine, directeur du théâtre de Poltava en 1818, fonctionnaire pour des commissions extraordinaires dans les bureaux du gouverneur militaire de l’Ukraine en 1827, inspecteur de la poste à Vilnius en 1831, président de la Chambre d’État de Vilnius en 1844, conseiller d’État effectif en fin de carrière. Membre de plusieurs loges, entre autres, membre de 1er grade de la loge Amour de la Vérité (Lioubov k istiné) de Saint-Pétersbourg en 1818-1819.

 

Joly, Edme-Joseph (originaire de Paris - ?) : d’abord bibliothécaire du comte Fedor Orlov, général en chef, procureur en chef d’un des départements du Sénat, frère du favori, il s’établit ensuite comme libraire à Saint-Pétersbourg, en 1778-1783. Membre ou visiteur de plusieurs loges de Saint-Pétersbourg en 1776, L'Astrée, Le Silence, etc. Il reçoit un diplôme de la Grande Loge d’Angleterre au plus tard en 1774.

 

Labat de Vivens, Nicolas de (1763 ou 1766 - 1816, Saint-Pétersbourg) : d’une famille originaire de Gascogne, fils d’un militaire au service russe et conseiller d’État effectif en fin de carrière, il est général-major au service russe en 1797, directeur du Département des provisions et membre du conseil du ministère de la Guerre en 1814. Membre dès 1812 de la loge Élisabeth à la Vertu (Elizaveta k dobrodétéli) de Saint-Pétersbourg. Il ne fréquente pas la loge en 1817-1822.

 

Laharpe, Frédéric-Cesar (1754, Rolle, canton de Vaud en Suisse - 1838, Lausanne) : éducateur des grands-ducs russes, général-lieutenant russe. 1798–1800 : membre du Directoire de la République Helvétique. Membre d’une loge napolitaine en 1782-1784.

 

Lajoie, Edme (1738, Paris - avant 1781, Moscou ?) : orfèvre-bijoutier à Moscou, venant d’Allemagne. « Maître », présent à une séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Lamarre, Louis-François : marchand bijoutier installé à Saint-Pétersbourg en 1774 jusqu’en 1784 au moins. Maçon de 3e grade, il visite en janvier-février 1780 la loge Uranie de Saint-Pétersbourg.

 

Lameth de Bussy, Alexandre-Théodore-Victor de, chevalier (1760, Paris - 1829, Paris) : gentilhomme d’honneur du comte d’Artois, garde du corps du roi en 1777, militaire, il fait la campagne d’Amérique comme aide de camp de Rochambeau ; colonel attaché au régiment des cuirassiers en 1789 ; il fait plusieurs voyages en Allemagne, en Pologne et en Russie ; il rattrape en 1787 à Kiev la caravane de Catherine II et est présenté à l’impératrice, il part ensuite rejoindre le camp du général Alexandre Souvorov qui combat les Turcs ; plus tard émigré à Londres et à Hambourg, préfet de différentes régions sous Napoléon. Franc-maçon.

 

Lamonie, Pierre : médecin d’artillerie, sans grade, affecté en juin 1780 à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg pour diriger l’hôpital académique, renvoyé de l’Académie en 1783. Membre de la loge Alexandre de Moscou (on en connaît seulement deux membres), visiteur en 1791 de la loge Zur kleinen Welt de Riga.

 

Langeron – voir Andrault, comte de Langeron.

 

Larmée, Jean (1744, Paris - ?) : il accompagne en 1765 jusqu’en Russie un groupe de colons avant de s’installer à Moscou en qualité de négociant français ; inscrit à la 3e guilde des marchands de Moscou en 1775, il est lié à la famille des Hannevard dont Charles Hannevard, aussi franc-maçon ; membre du conseil syndical de Saint-Louis-des-Français de Moscou en 1793. Présent à une séance de la loge La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Laurens, Bernard (né en Provence - ?) : chirurgien reçu au Collège Impérial de Médecine de Saint-Pétersbourg en 1780, attaché au comte Alexeï Razoumovski en 1783. Membre depuis 1780 (en 1781 de 3e grade) des loges maçonniques Zu den Drei Fahnen de Moscou (avec Grailly de Foix, Durop ( ?), Vautrin de Monjoreau, Érasme Pincemaille, Favre…), ainsi que de la loge moscovite Eleusis, aussi en 1782 (qui comprenait exclusivement des étrangers, entre autres Théodore Villers et Jean-Isaac Toussaint).

 

Laurent – voir Pierredon, baron de Falguières.

 

Lecointe de Laveau, George-Étienne-François (chez Serkov voir à Delaveau Cointe) : professeur dans différents pensionnats éducatifs à Moscou, puis associé du libraire Maurice-Gérard Allart, éditeur du Bulletin du Nord à Moscou après la guerre de 1812. Auteur notamment de Moscou avant et après l’incendie, Paris, 1814, et du Guide du voyageur à Moscou, Moscou, 1824. Membre de 3e grade, membre honoraire de la loge Les Amis Réunis, de Saint-Pétersbourg, en 1817.

 

Le Doulx, Jacques : précepteur puis marchand à Moscou et à Saint-Pétersbourg de la fin des années 1770 - au début des années 1790 au moins. Probablement franc-maçon : un de la Doulx (de Sainte-Croix) fut le représentant du Grand Orient de Pologne auprès des loges russes, Silence et Catherine de l’étoile du Nord, en 1780.

 

Le Fort, baron Pierre (1719 - 1796, Saône-et-Loire, France) : militaire, ancien maréchal de camp en Saxe, grand maître des cérémonies, chevalier de l’ordre de Sainte-Anne en Russie, major général russe en 1780. Membre-fondateur d'une loge à Vichnevets, dans le district de Kremenets du gouvernement de Volhynie en 1742.

 

Lesage : comédien au service de la cour de Russie, engagé par J.-B. Duclos en 1741 ou 1742, il joue dans de nombreux spectacles mis en scène à Saint-Pétersbourg par la troupe de la Comédie Française ou troupe de De Sérigny. Serait-il membre de la loge Égalité (Ravenstvo) de Saint-Pétersbourg, en 1775 ?

 

Ligne, Charles-Joseph, prince de (1735, Bruxelles - 1814, Vienne) : célèbre militaire et homme de lettres, en Russie en 1780. Initié en 1765 à Gand dans la loge La Bienfaisante, membre de la Ligue Équitable de Mons, visiteur d’autres loges. Nous ignorons si le prince a participé à l’activité maçonnique en Russie.

 

Malaissier N. (?) : gouverneur à Vilnius en 1781. Serait-il Jean Malaizé (né à Metz), ancien chirurgien major des vaisseaux du roi, en Russie vers 1777 ? Secrétaire et membre de 4e grade de la loge du Bon berger (Dobrogo pastyria) et adjoint au grand secrétaire et membre de 4e grade dans la loge L'Union parfaite de Vilnius. D’autres membres de ces loges sont : Thesby de Belcourt, Charles Godart (?), Antoine Godain (?).

 

Malaissier (?), Mme, sans doute épouse de N. Malaissier : membre d’une loge maçonnique féminine La Fidélité parfaite (Soverchennoï Vernosti) de Vilnius en 1781. Parmi les membres de cette loge, quelques noms à consonance française : Godart ( ?), Godain ( ?), Claudel (?).

 

Mangeot, Charles-Weiner de (1732, duché des Deux Ponts - ?) : fabricant dans le faubourg des Érangers, à Moscou, dans les années 1770. Maître en chaire ou grand maître à La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Marchand, Philippe-Jacques : probablement francophone ; membre, en 1786, de la loge Mildthätigkeit zum Pelikan fondée à Saint-Pétersbourg en 1773 (sous la direction de Ivan Elaguine), à dominante étrangère.

 

Massenet, Pierre-Jean (1748, Metz - 1824) : précepteur du fils du général Narychkine, à Saint-Pétersbourg dès 1771 au moins. En 1775 il se rend à Strasbourg avec son élève le jeune Frédéric-Ferdinand-Charles de Vietenghoff. De retour en Russie en 1779, il se lie d’amitié avec Gilbert Romme. Il repart en France en 1782 et se rend à Strasbourg, Paris et Lyon. Membre en 1771 de la loge Apollon de Saint-Pétersbourg, à dominante allemande.

 

Meunier de Précourt, « sieur de Saint-Laurent », Antoine (1724, Brie, France - 1777, Saint-Pétersbourg) : inspecteur de la police parisienne dans les années 1750, « aide major au corps royal des arquebusiers de France » ou médecin dans le même régiment, il est un des francs-maçons actifs de Metz et tente, vers 1760-1761, de créer un réseau de correspondance important avec toutes les loges régulières ; son réseau se recoupe en partie avec celui d’un autre franc-maçon, le lyonnais Jean-Baptiste Willermoz, et embrasse les villes de Francfort, de Coblence, de Mayence, de Hambourg mais aussi celles des Pays-Bas autrichiens ; en 1764 il est Vénérable de la loge Saint-Jean des Parfaits Amis de Metz, et fait partie des premiers chevaliers armés par le fondateur de la Stricte Observance Templière, le baron Karl Gotthelf von Hund und Altengrotkau, lors du convent d’Altenberg en 1764 (recherches de P.-Y. Beaurepaire). Dans les années 1760, il devient l’un des principaux recruteurs de colons pour la Russie, associé de De Bof et de Coulliette de Hauterive, « Directeur de la colonie étrangère de Catherinenbourg au royaume d’Astrakan » ; ce système de domaines semi-privés administrés par les directeurs est aboli dix ans plus tard.

 

Meyssonier ou Meissonier, Charles (1740, Neuchâtel - ?) : marchand à Moscou, inscrit dans différentes guildes marchandes où il est présent avec son fils de 1786 à 1797 au moins. Son fils serait-t-il professeur de français et franc-maçon à Kharkov en 1822 ?

 

Michel, Noël : confiseur au service de l’empereur de Russie ; en 1798 le peintre italien Cippola dénonce les agissements des francs-maçons de Paris qui essaient d’extorquer de l’argent aux Frères de Saint-Pétersbourg ; il mentionne Michel comme franc-maçon et témoin de ces tentatives ; Michel aurait quitté la loge à cause des vexations qu’il y a subies. Paul Ier décide que même si l’honnêteté de Michel lui est connue, il faudrait l’interroger.

 

Montbilly, Jean-Henry de (1741, Landau - 1794, Cronstadt ?) : militaire, professeur de français et de fortification au Corps des cadets nobles de la marine à Saint-Pétersbourg à partir de 1769 ; colonel faisant fonction de major au Corps des cadets nobles de la marine de Cronstadt au moment de son décès en 1794 ; auteur d’un atlas de dix-sept cartes du gouvernement de Mohilev, commandé par le comte Zakhar Tchernychev, ancien président du collège de la Guerre, gouverneur des provinces de Polotsk et de Mohilev. En 1780-1781, membre honoraire de 3e grade de la loge Neptune de Saint-Pétersbourg.

 

Montrond, chevalier de (originaire de Lorraine ou du Lyonnais) : militaire. « Compagnon », il assiste à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Nicolas, Pierre : marchand-graveur et architecte à Moscou. « Chevalier d’Or », présent à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Nicolle, abbé Charles-Dominique (1758, Pavilly, Seine-Maritime - 1835, Paris) : prêtre, préfet des études au collège de Sainte-Barbe à Paris au moment de la révolution française, émigré avec le comte de Choiseul-Gouffier à Saint-Pétersbourg où il fonde le célèbre Institut, une sorte de pensionnat pour les enfants des plus grandes familles de l’empire ; directeur du lycée Richelieu à Odessa dès 1817, il quitte la Russie la même année ; recteur de l’Académie de Paris puis vicaire général de Paris. Membre en 1816 de la loge Palestine, à dominante étrangère, à Saint-Pétersbourg, et d’une loge à Lausanne.

 

Ollones, Gabriel-Joseph, comte d' (1774, Nancy - 1821, Ukraine) : militaire, émigré, major au corps de Condé, en Russie en 1798, officier au régiment de Sibérie-dragons dont le commandement est confié au général marquis de Vioménil, son oncle ; il quitte puis reprend le service en Russie et en 1807 participe à la guerre contre les Turcs ; commandant du régiment de hussards Iziumski en 1811 ; il participe à toutes les grandes batailles de la guerre de 1812, colonel en novembre 1812, général-major et commandant de la place de Nancy en 1815. Visiteur et membre de la loge du Pont Euxin (Evksinskogo ponta) à Odessa en 1817-1819.

 

Orisson (Aurisson ?), Gilbert d' : membre de 3e grade à Saint-Pétersbourg en 1786-1787 de la loge le Silence (Zur Verschwiegenheit), l’une des plus grandes loges qui comprenait surtout des étrangers, dont quelques Français : Jean-Joseph Berlire, Bousquet, Joseph Joly.

 

Perron, Barthélémy (1755, Stockholm - ?) : marchand à Moscou. « Compagnon », il assiste à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Pierredon, baron de Falguières, Vincent-Laurent de (voir à Laurent chez A. Serkov) (1745, Alès, Gard - 1830, Genève) : il fait à Paris la connaissance du prince Vladimir Sergeïevitch Dolgorouki (1717-1803), alors attaché à l’ambassade de Russie, qui lui confie, dès 1775, l’éducation de son fils ; Pierredon fait avec son élève plusieurs voyages, notamment à la cour de Prusse où le prince Dolgorouki est nommé ambassadeur (1767-1791) ; émigré en Russie avant 1785 où on le retrouve portant le nom de Vincent Laurent, secrétaire du collège de l’Amirauté auprès du comte Ivan Tchernychev, ministre de la Marine ; chevalier de Saint-Vladimir, 3e cl., il quitte la Russie en 1799 ou 1800 et se rend à Bruxelles puis dans la région de Genève où il s’installe définitivement. 1er grade en 1775 dans les loges de l’union des Trois globes, membre de 3e grade (absent en 1783) de la loge Genant Irene de Memel (actuellement Klaïpeda, en Lituanie).

 

Pigaud, Jacques de (Neuchâtel en Suisse - ?) : négociant. « Écossais », présent à une séance de La Réunion des Étrangers de Moscou en 1775.

 

Pincemaille, Érasme (? - 1776/1777, Saint-Pétersbourg) : parfumeur à Metz en 1764, vénérable de Saint-Jean de la Candeur, Orient de Metz, il y est accusé de vendre des cahiers de hauts grades à des frères reçus aux grades inférieurs ; Second Grand Surveillant de la Loge Provinciale de Metz présidée par le baron de Tschudy qui est chargé de mettre Pincemaille en demeure ; c’est probablement grâce à la filière maçonnique de Metz et à ses « Russiens » tels que Tschudy ou encore Meunier de Précourt, que Pincemaille a l’idée d’aller en Russie. Négociant de Moscou vers 1775, associé de Jean-Baptiste Prins, il vend surtout de l’épicerie fine et des produits de toilette et de beauté. Corberon fait sa connaissance en décembre 1775, il le qualifie d’« un très grand maçon » ; maître en chaire de La Réunion des Étrangers, loge à dominante française, à Moscou, en 1775.

 

Pincemaille, Érasme*: fils d’Érasme Pincemaille qui précède, professeur au gymnase (école) de l’Université de Moscou à partir de 1786. Maître en chaire de la loge Constance (Postoïanstva) fondée en avril 1784 à Moscou affiliée à la loge Aux trois drapeaux (Zu den drei Fahnen) dont il est aussi membre.

 

Polignac, Heraclius-Auguste-Gabriel, comte de (1788, Montpellier - 1871, Fontainebleau) : militaire, admis au service de la Russie en 1796 par Alexandre Souvorov, il quitte le service en 1797, puis le reprend en 1803 comme lieutenant au régiment de grenadiers Pavlovski ; il participe à la guerre contre Napoléon en 1806-1807, puis à celle de 1812 ; colonel en 1813, commandant du régiment d’Apcheron en 1814, etc. ; il démissionne du service russe en 1818 puis le reprend ; plus tard gouverneur de la Société décembriste du Sud en 1823, mais part la même année pour la France où il est nommé intendant du palais royal de Fontainebleau ; général de brigade et commandeur de la Légion d’honneur en fin de carrière. Membre de 3e grade de la Loge des Amis Réunis de Saint-Pétersbourg en 1810 (le maître en chaire était Charles Audé de Sion).

 

Préclos de Lery, Jacques (Paris - 1765, Moscou) : colonel français au service de la Pologne, éditeur d’un journal français à Francfort-sur-le-Main, il entreprend dès 1764, l’édition d’une revue francophone à Moscou (non identifiée) ; il est admis à l’université de Moscou comme lecteur à la suite de Bilon ; il prononce en 1764 un discours à l’Assemblée de l’université. Les capucins desservant l’église catholique de Moscou lui refusent la sépulture sous le prétexte qu’il était franc-maçon ; sur les instances de la veuve du défunt, les plus obstinés des capucins sont bannis de l’empire ; Catherine II fait allusion à cet incident dans sa correspondance avec Voltaire.

 

Prévot, Jean-Baptiste (probablement originaire de Montpellier) : dentiste ; membre en 1779 de la loge Le Silence Parfait de Varsovie et membre-fondateur des Trois couronnes de Lvov (en Ukraine) ; un des fondateurs d’une loge de Montpellier en 1784 (?) ; membre fondateur de la Fidélité parfaite à Kamenets-Podolsk en 1784, et garde du sceau en 1785 de La Réunion des Élus du Nord de Saint-Pétersbourg (dont plusieurs membres étaient français : Jean-Paul Curto, Pierre-Paul Curto, Jean-Louis Charrière).

 

Prévôt de Lumian, Jean-Augustin (1757 ou 1758 à Valréas, Comtat venaissin - 1822, Saint-Pétersbourg) : militaire en France puis en Hollande, où il dirige les fortifications, il passe en 1788 au service de la Russie ; colonel au corps du génie chargé de mettre Cronstadt « en état de défense » ; en 1790, le prince de Nassau l’attache à sa personne ; en 1791, il est fait général de brigade et chargé de former un corps d’artillerie de trois mille hommes dont il est nommé chef, ainsi que des compagnies de sapeurs et d’ouvriers ; général major d’artillerie en 1793 ; en 1798, il est exclu du service par Paul Ier ; en 1812 il est nommé membre du Comité scientifique militaire pour la partie du génie (jusqu’en 1819) ; membre avec le grade de maître en chaire ou vénérable de la loge Les Frères Réunis de Saint-Pétersbourg, qui existait depuis 1802 (le premier maître de la loge était Audé de Sion ; parmi les membres A. S. Griboedov, P. I. Tchaadaev, A. Ch. Benkendorf etc.), membre honoraire de loges maçonniques de Saint-Pétersbourg, et président et grand maître du chapitre de la loge Chapitre du Phénix.

 

Raimbert, Joseph (Grasse - ?) : négociant présent à Saint-Pétersbourg dès les années 1750, un des maîtres du commerce français en Russie, avec Jean Michel ; il a ses entrées au Palais et sert d’intermédiaire entre la cour de Versailles et celle de Saint-Pétersbourg ; vice-consul de France à Saint-Pétersbourg en 1765, il assure la régie du consulat (à ses frais) à plusieurs reprises de 1770 à 1775 et de 1786 à 1791 ; auteur de nombreux mémoires adressés aux Affaires étrangères de France ; la maison des Raimbert existera en Russie au moins jusqu’en 1812 ; membre en 1771 de la loge La Parfaite Union de Saint-Pétersbourg (composée presque exclusivement d’étrangers, à dominante britannique).

 

Ribeaupierre, Alexandre de (comte depuis 1856) (né en 1781, 1783 ou 1784, selon les sources - 1865, Saint-Pétersbourg) : militaire puis diplomate ; inscrit au service militaire russe depuis l’âge de quatre ans, aide de camp de l'empereur et chambellan effectif de la cour en 1799 ; attaché à l’ambassade de Vienne à l’âge de dix-sept ans ; conseiller d’État effectif en 1801, de nouveau affecté à Vienne ; puis, en 1804, fonctionnaire au collège des Affaires étrangères de Saint-Pétersbourg ; il participe à la guerre de 1806-1807 au rang de commandant de l’état-major ; à partir de 1810, chef de département au ministère des Finances ; directeur de la Banque de commerce d’État en 1817, puis président de la Banque d’emprunt ; ambassadeur de Russie à Constantinople en 1824 ; envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Prusse et à Mecklembourg en 1831, il est en fin de carrière membre du Conseil d’État, grand échanson de la cour, grand chambellan et chevalier de tous les ordres ; en 1814, membre de la loge Phénix de Moscou et Élisabeth à la Vertu de Saint-Pétersbourg.

 

Richelieu – voir Vignerot du Plessis.

 

Romme, Nicolas-Charles-Gilbert (1750, Riom - 1795, Paris) : précepteur et homme politique ; précepteur du fils du comte Alexandre Golovkine à Paris, puis précepteur de Pavel (ou Paul) Stroganov, fils du comte Alexandre Stroganov (1733-1811), sénateur, grand chambellan de la cour, président de l’Académie des Beaux-Arts, directeur de la future Bibliothèque impériale publique, mécène ; il accomplit de nombreux voyages avec son élève, tant en Russie qu’à l’étranger, notamment en France pendant la Révolution ; il laisse une correspondance énorme, plusieurs carnets de voyages ; ses écrits ont attiré l’attention de nombreux spécialistes ; député dès 1791 à l'Assemblée législative, il choisit de rejoindre les Montagnards lors de son élection à la Convention en novembre 1793 ; il vote la mort du roi en janvier 1793 ; auteur du projet d'un calendrier républicain ; adepte de la Crête, il participe au soulèvement du 20 mai 1795, il est arrêté, jugé et se donne la mort en cellule avec ses camarades ; franc-maçon dans ses jeunes années, membre en 1778-1783 de la loge Les Neufs Sœurs de Paris.

 

Sabatier de Cabre, Honoré-Auguste (1737, Aix-en-Provence - ?) : diplomate, secrétaire puis chargé d’affaires à l’ambassade de France à Turin en 1758-1759, chargé d’affaires en Sardaigne en 1765, ministre du roi auprès du prince et évêque de Liège et chargé d’affaires à Saint-Pétersbourg en 1769, jusqu’en 1772 ; il passe à Liège comme chargé d’affaires, puis est chargé de l’administration des consulats. Auteur de Catherine II, sa cour et la Russie en 1772, par Sabathier de Cabres, où il brosse un portrait sombre du peuple russe ; membre en 1771 de la loge à dominante britannique de La Parfaite Union de Saint-Pétersbourg.

 

Sage, Pierre-Antoine (Béziers ? – mort avant 1806) : négociant important à Saint-Pétersbourg, fondé de pouvoirs des frères Golikov, fermiers généraux des boissons et eaux-de-vie de l’Empire russe. Membre en 1771-1772 de la loge de La Parfaite Union de Saint-Pétersbourg, loge composée presque exclusivement d’étrangers, à dominante britannique ; membre en 1775 de la loge Égalité.

 

Saint-Nicolas, Jean-Godefroi de (originaire de Bruxelles) : maître de pension et professeur de français, il tient une pension éducative à Moscou dans les années 1770 ; lecteur de français à l’Université de Moscou de 1770 à 1772, à la suite du lecteur Henri de Lavie, il prononce des discours solennels à l’assemblée de l’université, dont certains sont publiés ; il est aussi l’auteur de quelques œuvres poétiques ; membre-orateur de la loge Clio de Moscou en 1774.

 

Schérer, Jean-Bénédicte (1741 - vers 1824) : d’abord commis au secrétariat des Affaires étrangères, il séjourne ensuite en Russie pendant près de treize ans ; c’est un informateur de diplomates français pour les affaires russes ; il termine son engagement en Russie en qualité d’assesseur au collège de la Justice ; il reçoit une promesse de poste à l’Université d’Uppsala ; c’est un collectionneur de manuscrits et d’antiquités russes ; en 1777, il publie à Leipzig sa traduction allemande des Chroniques de Nestor. Dans les années 1780, il signe d’autres ouvrages sur la Russie et le monde slave ; après la Révolution, Schérer publie six volumes des Anecdotes intéressantes et secrètes de la Cour de Russie, tirées de ses Archives ; avec quelques Anecdotes particulières aux differens Peuples de cet Empire. Publiées par un Voyageur qui a séjourné treize ans en Russie (Londres et Paris, 1792, etc.) (informations de M. Alexandre Stroev que nous remercions) ; un des fondateurs, en 1771, de la loge Apollon de Saint-Pétersbourg, dont il est secrétaire la même année, puis à Strasbourg, dans les années 1770, de la loge Isis qui accueille plusieurs étudiants étrangers (recherches de P.-Y. Beaurepaire).

 

Ségur, Louis-Philippe : comte de (1753, Paris - 1830, Paris), militaire, diplomate et homme politique ; ambassadeur en Russie en 1784 ; il participe aux voyages de Catherine II ; Ségur conclut un traité de commerce entre les deux pays (1786/1787) ; il écrit pour un recueil de pièces jouées au théâtre de l’Ermitage, qui est édité ; il quitte la Russie en 1789. Membre de l’Académie française depuis 1803, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire, de pièces de théâtre et de poésie. Ses Mémoires ou Souvenirs politiques sont publiés en 1824.

 

Thesby de Belcourt : militaire, on lui attribue la Relation ou Journal d’un officier françois au service de la confédération de Pologne, pris par les Russes et relégué en Sibérie, parue à Amsterdam en 1776 ; engagé au service de la Pologne, il est fait prisonnier au siège de Cracovie, déporté à Tobolsk pour trois ans ; le sort de Thesby et de quelques autres Français retenus par les Russes préoccupe le sculpteur Falconet et d’Alembert qui tentent d’intervenir en leur faveur auprès de Catherine II en 1772 ; à sa libération, Thesby de Belcourt est recueilli par ses compatriotes à Moscou ; en 1781, membre de la loge du Bon Berger (Dobrogo Pastyria) de Vilnius, et son représentant auprès du Grand Orient de Pologne (nous remercions Julie Ollivier-Chakhnovskaïa).

 

Toulouse-Lautrec, Pierre-Joseph, alias Alexandre, comte de (1727, Saint-Germier, Haute-Garonne - 1794, Hambourg, ou 1797, Berlin) : brigadier en 1770 et maréchal de camp en 1780 ; député de la noblesse aux États généraux en 1789, c’est un des plus zélés défenseurs de la monarchie, notamment contre Mirabeau ; accusé en juin 1790 d’être à l’origine d’un complot, il est emprisonné quelques jours et libéré en raison de sa condition de député ; il émigre en 1791 en Espagne avec ses trois fils, puis se rend à Coblence en 1792 ; il suit le comte d’Artois à Saint-Pétersbourg, où il est bien accueilli par l’impératrice ; promu en 1793 au grade de lieutenant général russe ; en 1795, lors d’un voyage à Berlin, il est arrêté sous prétexte de trafic de faux assignats et meurt en prison. Il aurait été franc-maçon initié à la loge Saint-Jean, de Castres.

 

Toussaint, Jean-Isaac (mort avant 1792, selon A. Serkov ; présenté parfois comme marchand anglais) : marchand de Moscou inscrit dans la 2e Guilde marchande en 1788, il passe en 1790 dans la 1re Guilde. Maçon de 3e grade et membre en 1782 de la loge maçonnique de l’Ordre de la Rose-Croix d’Or, dont fait aussi partie le célèbre franc-maçon et éditeur russe Nikolaï Novikov ; en 1779-1782, secrétaire de la loge Aux trois drapeaux (Zu den drei Fahnen), puis maître en chaire de sa filiale Eleusis, en 1782-1784 ; Toussaint est lié aux francs-maçons de Berlin et joue en 1779 le rôle d’intermédiaire entre les francs-maçons russes et Ferdinand de Braunschweig ; admis en 1783 à l’ordre intérieur des Rose-Croix.

 

Tschudy ou Tschudi, baron Théodore-Henri de, chevalier de Lussy (1720, 1724 ou 1727, Metz - 1769, Paris) : homme de lettres, gazetier, aventurier ; conseiller au parlement de Metz à la suite de son père, il publie une apologie des francs-maçons, Étrenne au Pape, ou les francs-maçons vengés, suivie du Vatican vengé, en riposte à la bulle du pape Benoît XIV du 18 mai 1751, qui réitérait la condamnation de la franc-maçonnerie qu'avait déjà prononcée Clément XII en 1738 [in Eminenti] ; il apparaît en Russie vers 1753 ; il est engagé dans la troupe de comédiens de l’impératrice Élisabeth, puis attaché à Ivan Chouvalov, favori de l’impératrice, comme son secrétaire particulier ; en 1754, il publie à Amsterdam Le Philosophe au Parnasse françois, ou le Moraliste enjoué dédié à Chouvalov; il publie aussi la première revue française non officielle en Russie, Le Caméléon littéraire ; il rédige un Mémorial sur les méthodes d’éducation des jeunes gens, qui sert à la rédaction de l’instruction impériale du 29 septembre 1759, acte fondateur du Corps des pages ; Tschudy quitte la Russie en 1760. Maître en chaire de la loge Ancienne de Metz en 1750, il continue probablement son activité maçonnique à Saint-Pétersbourg ; certains des discours prononcés à cette période, dont quelques-uns peuvent lui être attribués, sont publiés par lui dans L'Étoile Flamboyante, ou la Société des Francs-maçons considérée sous tous les aspects (s.d.). Vénérable de la Loge ancienne de Metz, puis membre et maître de Saint-Jean de l’Amitié de Saint Etienne (Metz), il préside en 1765 la Loge Provinciale de Metz, dont un autre futur « russien », Érasme Pincemaille, est Second Grand Surveillant ; Tschudy est le fondateur du Chapitre Saint-Théodore et d’un nouveau système maçonnique.

 

Vautrin dit Vautrin de Monjoreau, Louis-François (avant 1793) : gouverneur au collège de l’Académie des beaux-arts de 1766 à 1776 au moins. Il assiste en 1784 à une séance de la loge Aux trois drapeaux (Zu den drei Fahnen) de Moscou, membre de la loge Trinité de Paris.

 

Vernesobre, Jean : probablement fils de François Vernesobre et petit-fils de Salomon Vernesobre, négociants huguenots en Russie. Membre de la Sainte-Catherine d'Arkhangelsk (trésorier et membre de 5e grade en 1787) et de l’Étoile du Nord qui succède à cette première (membre fondateur, trésorier et membre de 5e grade en 1787).

 

Vignerot du Plessis, comte de Chinon, puis duc de Fronsac et de Richelieu, Armand-Emmanuel-Sophie-Septimanie de (1766, Paris - 1822, Paris) : célèbre militaire et homme d’État français et russe. Orateur des Dragons Unis et de l’Olympique de la Parfaite Estime de Paris en 1787.

 

Villeneuve, Charles-Frédéric (1771, Saint-Pétersbourg - ?) : marchand à Saint-Pétersbourg ; membre de la loge Uranie de Saint-Pétersbourg, où il est initié en novembre 1793.

 

Viollier, Gabriel-Henry-François (1763, Paris - 1814 ?) : frère de Henri-François-Gabriel Viollier ci-dessous ; il arrive en Russie probablement en 1780 et entre au service du grand-duc Paul ; à partir de 1782, il exerce les fonctions de secrétaire et trésorier de la grande-duchesse Maria Fedorovna, future impératrice ; en 1798, il est placé à la direction de l’Institut Marie, qui vient d’être créé, et reste à ce poste jusqu’en 1814 ; il est le plus proche collaborateur de l’impératrice durant ces années, cumulant les fonctions de secrétaire et de bibliothécaire ; conseiller de collège en 1806, conseiller d’État en 1810 . Membre de 3e grade de la loge Palestine de Saint-Pétersbourg en 1810.

 

Viollier, Henri-Francois-Gabriel ou Franz-Gavriil (1750 ou 1753, Genève - 1829, Saint-Pétersbourg) : peintre à la cour de Wurtemberg, il vient en Russie en 1780, il est nommé « inspecteur des cabinets et galeries de Leurs Altesses Impériales » ; en 1781-1782, il accompagne le grand-duc Paul et sa femme dans leur voyage en Europe ; de retour en Russie, Viollier assume les fonctions de peintre, décorateur et même d’architecte auprès de la « petite cour » ; en 1785, il est agréé à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en qualité de peintre portraitiste ; Viollier est nommé en 1797 inspecteur du cabinet des miniatures de l’empereur, avec le rang de conseiller aulique ; sous Alexandre Ier, il part pour Paris, puis retourne en Russie au printemps de 1812. Membre de plusieurs loges maçonniques : Orphée en 1819-1820, Palestine en 1810, Les Amis Réunis en 1814, etc.



*    Je voudrais exprimer ma vive reconnaissance à ceux qui ont accepté de relire ce texte et m’ont donné leurs conseils : M. Alexandre Stroev, professeur de littérature comparée à l'Université Paris III Sorbonne Nouvelle ; M. Vladimir Somov, chargé de cours et chercheur au Conservatoire d’État de Saint-Pétersbourg ; et Mme Marina Tchernykh-Lecomte, doctorante à l’ÉHÉSS (Paris).

[1]    Bakounine (voir la liste des abréviations ci-dessus).

[2]    Serkov.

[3]    Voir un aperçu des sources d’archives sur cette période dans : V. S. Bračev, Masony v Rossii : ot Petra do našix dnej [Les Francs-maçons en Russie de Pierre le Grand jusqu’à nos jours], Saint-Pétersbourg : Stomma, 2000, p. 3 ; il en existe une édition électronique :

      http://history.tuad.nsk.ru/Author/Russ/B/Brachev/mason/ (consulté en janvier 2006). Cette vision doit sans doute être nuancée, surtout en ce qui concerne la participation des étrangers dans les loges. Voir aussi un bon aperçu des fonds d’archives russes contenant des documents sur la franc-maçonnerie dans Vernadskij, p. VIII-XIX.

[4]    P. Bouryškine, Bibliographie sur la franc-maconnerie en Russie, Paris, 1967.

[5]    Voir Vernadskij, p. XX-XXIV ; Bračev, Masony v Rossii, op. cit., p. 3-6.

[6]    R. F. Gould, The History of Freemasonry. Its Antiquities, Symbols, Constitutions, Customs, etc. [Histoire de la franc-maçonnerie : ses documents, symboles, constitutions, traditions, etc.], vol. V, London, 1886, p. 214-217.

[7]    A. N. Pypin, Russkoe masonstvo. XVIII i pervaja četvert’ XIX v. [Franc-maçonnerie en Russie au XVIIIe siècle et au premier quart du XIX]. Red. i prim. G.V. Vernadskogo, Petrograd : Ogni, 1916, p. 111, 114, 116, 368-371, 387, 409, etc.

[8]    Vernadskij, particulièrement p. 11-13.

[9]    T. O. Sokolovskaja, Kapitul Feniksa. Vysšee tajnoe masonskoe pravlenie v Rossii (1722-1822) [Le Chapitre du Phénix. La plus haute administration maçonnique secrète en Russie (1722-1822)], Petrograd, 1916.

[10]   P.-Y. Beaurepaire, L'Autre et le Frère : l'étranger et la franc-maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Paris : H. Champion, 1998, 868 p.-[14] p. de pl. ; id., « Les relations maçonniques franco-russes au XVIIIe siècle d’après le Journal du diplomate Bourrée de Corberon », in L’influence française en Russie au XVIIIe siècle, publ. sous la dir. de Jean-Pierre Poussou, Anne Mézin et Yves Perret-Gentil, Paris, Institut d’études slaves, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2004, p. 47-64; id., « Le chantier des Lumières maçonniques et profanes à Metz au XVIIIe siècle : le choix de l’Europe », in Colloque « Aux origines messines du Rite », Metz, 6 novembre 2004, publ. électronique : http://sog1.free.fr/ArtBeaurepaire204Metz.htm (consulté en novembre 2005).

[11]   Il n’est pas facile de distinguer Érasme Pincemaille, parfumeur, de son fils, également franc-maçon, qui portait le même prénom et était précepteur au Gymnase (école pour les roturiers) près l’université de Moscou.

[12]   D. Smith, Working the Rough Stone. Freemasonry and Society in Eighteenth-Century Russia [Dégrossir la pierre brute. Franc-maçonnerie et société dans la Russie du XVIIIe siècle], Northern Illinois University Press, 1999.

[13]   Notamment le dictionnaire biographique des francs-maçons en Russie d’A. Serkov.

[14]   Estimations sur la base d’une liste des francs-maçons dont la profession est connue, à savoir environ 2020 personnes. D. Smith, op. cit., p. 23-24.

[15]   Nous mettons ce terme entre guillemets, il avait à l’époque un sens légèrement différent du sens actuel, mais était largement utilisé aussi bien par les locuteurs anglais que français. Le Dictionnaire de l’Académie française (Paris, 1694) définit le mot « nation » de cette façon : « Tous les habitants d'un mesme Estat, d'un mesme pays, qui vivent sous mesmes loix, & usent de mesme langage ». Il y avait des représentants de différentes « nations » dans les loges à dominante étrangère, la plupart étaient germanophones originaires des territoires allemands ou baltes. Pour simplifier, nous parlerons de loges « nationales » chaque fois que l’élément étranger, quel qu’il soit, prédomine.

[16]   Smith, p. 23-27.

[17]   A. G. Cross, « British Freemasons in Russia during the reign of Catherine the Great » [Les Francs-maçons britanniques en Russie sous le règne de Catherine la Grande], Oxford Slavonic Papers, ed. Robert Auty, J.L.I. Fennel and J.S.G. Simons, gen. editor. New Series, vol. IV, Oxford, 1971, p. 43-72.

[18]   Serkov, p. 970-971.

[19]   Cité d’après : Cross, « British Freemasons in Russia [...] », op. cit., p. 53.

[20]   Serkov, p. 943-995.

[21]   Ces données ne sont qu’indicatives car le seul indice d’appartenance nationale dont nous disposons est la consonance du nom.

[22]   Bakounine, p. 651-652. Ce document a été communiqué à l’historienne par Jean de Czarnomski quand le manuscrit du Répertoire était déjà prêt à la publication. Nous utilisons la liste des membres publiée par Tatiana Bakounine, car Andrej Serkov cite les noms des étrangers en caractères cyrilliques et parfois de manière erronée, ce qui complique l’identification.

[23]   Nous ne donnons ici que quelques éléments qui proviennent d’une vaste enquête sur la présence française en Russie ; le lecteur trouvera les notices biographiques complètes dans : Dictionnaire des Français, Suisses, Wallons et autres francophones européens en Russie au XVIIIe siècle, sous la dir. d’Anne Mézin et Vladislav Rjéoutski (en cours de préparation). ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; MAE Nantes, vice-consulat, Moscou.

[24]   MAE, CP Russie, t. 112, 1784, f° 373 ; MAE Nantes, Russie, consulat, Saint-Pétersbourg, chancellerie, 1782-1785, n° 48 ; MAE Nantes, Moscou, chancellerie, 1782-1785, p. 69. Les descendants de ces Grandmaison vivent encore aujourd’hui à Tver.

[25]   Dans un texte manuscrit, Hannevarel et Hannevard s’écrivent presque de la même manière et sont faciles à confondre ; nous pensons qu’il s’agit d’une erreur de lecture.

[26]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; AE BI 988, f° 138 et suiv., inv. reg. chanc., consulat, Saint-Pétersbourg.

[27]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; RGB, Mss, fonds 83 (Gautier), II, dos. 27b.

[28]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; MAE, CP Russie, vol. 98, 1775, f° 519 ; vol. 100, f° 180, 30.4.1777 ; vol. 105, 3.10.1780, Vérac, f° 261 ; MAE Nantes, chanc., consulat, Saint-Pétersbourg, carton 8, 1758, f° 158 ; carton 10, correspondance, vice-consul de Moscou Pierre Martin, p. 49, 53, 70 ; consulat, Saint-Pétersbourg ; minutes du registre du vice-consul Pasquier ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 2, dos. 1, 24.9.1759, 14.8.1763 ; [M.-D. Bourrée de Corberon], Un diplomate français à la cour de Catherine II 1775-1780. Journal intime du chevalier de Corberon, chargé d’affaires de France en Russie, publié d'après le manuscrit original, avec une introduction et des notes, par L.-H. Labande, Paris : Plon-Nourrit et Cie, 1901, 2 t., t. 1, p. 269.

[29]   A. G. Cross, By the banks of the Neva. Chapters from the Lives and Careers of the British in Eighteenth-Century Russia [Sur les rives de la Neva. Chapitres de la vie et des carrières des Britanniques dans la Russie du XVIIIe siècle], Cambridge : Cambridge University Press, 1997, p. 41.

[30]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; MAE, CP Russie, vol. 105, 1780, Vérac, f° 253 v° ; RGADA, fonds 291, inv. 1, dos. 19212 (nous remercions M. Viktor Zaxarov pour cette information) ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 2, dos. 1, 16.5.1761, 25.5.1764, 13.5.1768.

[31]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; 988, f° 139, 157 v°, 170 v ; MAE Nantes, série Archives des archives, article 131, inv. gén. chancellerie, vice-consulat, Moscou ; MAE Nantes, actes chancellerie, vice-consulat, Moscou 1782-1785 ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 1, dos. 27, 19.9.1768, 21.2.1772.

[32]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 213-223 ; MAE Nantes, chanc., vice-consulat, Moscou, 1782-1785, p. 109.

[33]   Sans doute mal orthographié ou mal lu.

[34]   ANF, AE BI 988, f° 145 ; AE BI 989, f° 108 v°, 120, 120 v°, 276, 332 ; MAE, CP Russie, vol. 113, f° 187-187 v° ; vol. 139, f° 44, 23.5.1793 ; MAE Nantes, papiers Lesseps, registre de la chancellerie du consulat, Saint-Pétersbourg, 1775-1778, f° 126, 227 ; reg. E, 1782-1785, f° 10, 14 ; vice-consulat, Moscou ; RGADA, fonds 19, inv. 1, dos. 262, parties 11, f° 140, 266, 314 ; 12, f° 128 ; 13, f° 439, 609-610 (nous remercions M. Viktor Zaxarov pour les informations provenant des RGADA) ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 2, dos. 1, 27.3.1778 ; fonds 781, inv. 2, dos. 107 ; 1354.

[35]   RGADA, fonds 283, inv. 1, dossier 177 ; dos. 16, f° 1-2 ; RGIA, fonds 1329, inv. 2, dos. 70, f° 19 ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 2, dos. 1, 1746-1774.

[36]   ANF, AE BI 480, CC Dantzig, f° 221.

[37]   A. Serkov émet la même hypothèse, p. 245. MAE Nantes, série Archives des archives, art. 131, inv. gén., vice-consulat, Moscou, 17.5.1788 ; RBS, vol. Gerberskij-Gogenloe, p. 435-436 (notice par O. Žukova).

[38]   Voir à ce sujet : V. Rjéoutski, « Réseaux sociaux dans la communauté française en Russie (seconde moitié du XVIIIe siècle », La France et les Français à Saint-Pétersbourg, XVIIIe-XXe siècles, Saint-Pétersbourg : Evropejskij Dom, 2005, p. 131-151.

[39]   Mais pas tous : Beugny, Burgold et Deville sont précepteurs, Cazat, Montrond et de Villiers sont militaires, Jedemarck est donné comme peintre, Nicolas est graveur, Cazié est donné comme ancien militaire.

[40]   Cité d'après P.-Y. Beaurepaire, « Le chantier des Lumières maçonniques et profanes à Metz au XVIIIe siècle : le choix de l’Europe », art.cit.

[41]   Voir, sur Meunier de Précourt et son activité de recrutement de colons pour la Russie, notre contribution : V. Ržeutskij, « Les Français de la Volga: la politique migratoire russe des années 1760 et la formation des communautés francophones à Saint-Pétersbourg et à Moscou », Cahiers du monde russe, Paris, 1998, vol. 39, fasc. 3, p. 283-296. Sur l’activité maçonnique de Meunier de Précourt et du baron de Tschudy, voir : P.-Y. Beaurepaire, « Les relations maçonniques franco-russes au XVIIIe siècle, d’après le Journal du diplomate Bourrée de Corberon », op. cit., p. 62-63.

[42]   Quelques-uns des membres de La Réunion des Étrangers (notamment Gautier-Dufayer et Hannevard) vont eux-mêmes participer au conflit qui opposera en 1784 les marchands russes aux commerçants étrangers à Moscou, voir à ce sujet : V. Rjéoutski, « La colonie francophone de Moscou sous le règne de Catherine II » (en russe), La Russie et la France, XVIIIe - XXe siècles, vol. 5, sous la dir. de Pëtr Čerkasov, Moscou : Nauka, 2003, p. 30-56, et notamment p. 47-48.

[43]   Nous avons déjà émis cette hypothèse auparavant, voir : V. Rjéoutski, « La colonie francophone de Moscou sous le règne de Catherine II », op. cit., p. 48.

[44]   Il se peut que deux personnes soient confondues : Joseph Raimbert et Pierre-Antoine Sage, négociant installé à Saint-Pétersbourg.

[45]   R. P. Bartlett, « The Question of Serfdom : Catherine II, the Russian Debate and the View from the Baltic Periphery (J.G. Eisen and G.H. Merkel) » [La question du servage : Catherine II, la discussion sur la Russie et le point de vue depuis la périphérie baltique (J.G. Eisen and G.H. Merkel)], in Russia in the Age of the Enlightenment. Essays for Isabel de Madariaga [La Russie au siècle des Lumières. Essais en l'honneur d'Isabel de Madariaga], Ed. By R. Bartlett and J. M. Hartley, London: Macmillan, 1990, p. 142-166 et notamment, p. 162-163.

[46]   P.-Y. Beaurepaire, « Les relations maçonniques franco-russes au XVIIIe siècle, d’après le Journal du diplomate Bourrée de Corberon », art. cit., p. 47-53.

[47]   Vernadskij, p. 11.

[48]   Vernadskij, p. 13.

[49]   P.-Y. Beaurepaire, « Les relations maçonniques franco-russes au XVIIIe siècle d’après le Journal du diplomate Bourrée de Corberon », art.cit., p. 55 etc.

[50]   La deuxième, la première ayant fonctionné dans les années 1750, voir la liste de la deuxième loge de ce nom dans : Serkov, p. 965. Les informations suivantes sont empruntées à ce dictionnaire quand il s’agit des francs-maçons autres que français ; pour les Français, les informations ont été réunies par nos soins dans le cadre de l’enquête sur les Français en Russie au XVIIIe siècle, qui sera publiée prochainement sous le titre Dictionnaire des Français.

[51]   CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 1, dos. 29, 29.12.1792, 8.11.1795 ; fonds 781, inv. 2, dos. 1130, 13 f° ; dos. 1354 ; inv. 4, dos. 60.

[52]   Ode à Son Excellence monsieur Zoritsc, St.Petersbourg, de l’imprimerie de Weitbrecht et Schnoor, 1777, [6] p., in-4° (cette ode fut traduite en russe dans : Sokrovišče Parnasa, 1778, p. 14-16).

[53]   Vers sur l’inauguration de la statue équestre de Pierre le Grand...Berlire, Secrétaire-interprète de Son Altesse le prince Cantacuzène, Saint-Pétersbourg, l’an 1782, [1] p., in-2°.

[54]   RGADA, fonds 278, livre 6057, f° 97 ; Dokumenty i materialy, t. III, p. 446; Svodnyj katalog knig na inostrannyx jazykax v Rossii v XVIII veke, 1701-1800, t. I, Leningrad, 1984, p. 112, n° 367, 368; vol. IV, Saint-Pétersbourg, 2004, p. 388.

[55]   MAE Nantes, consulat, Saint-Pétersbourg, 1775-1778 ; CGIA Saint-Pétersbourg, fonds 347, inv. 1, dos. 27, 31.5.1766, 16.10.1766, 5.5.1769 ; inv. 2, dos. 1, 10.7.1767.

[56]   R.-A. Mooser, Contribution à l'histoire de la musique russe. L'Opéra-comique français en Russie au XVIIIe siècle, Genève : R. Kister et Union européenne d'éditions, 1954, p. 72-73, 202-203 ; Serkov, p. 967.

[57]   Il est vrai qu’il n’est pas toujours aisé de savoir s’il s’agit de « vrais » étrangers ou d’Allemands naturalisés.

[58]   L'Imposteur. Comédie en cinq actes et en prose. Traduite du russe par mr. de Gazié [il faut lire sans doute « Cazié »], major au service de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, et un des membres de la Société litteraire du Mercure de Russie. St.Petersbourg : de l’Imprimerie Impériale, 1786, 83 p., in-8° (le livre fut aussi édité en allemand). Il s'agit de la traduction de la comédie de Catherine II Obmanščik (1785-1786) dirigée contre les francs-maçons et notamment contre Cagliostro.

[59]   Dokumenty i materialy, t. I, p. 205-206, 327 ; t. II, p. 90-105-106, 226-227 ; t. III, p. 14, 31-33, 89-90, 95-97, 99, 101, 103, 105, 116-117, 424, 425 ; MV, 1759, n°11, 1766, n° 74, 1770, n°100 ; SPbV, 1755, n°101, 2.2.1756. 

[60]   L’éloge de la paix conclue entre la Russie et la Porte Ottomane, à Jassi – le 20 décembre 1791, St. Pétersbourg : à l’Académie Impériale des Sciences, 1793, [4], 66 p. in-4°. Cet éloge contient une Epître aux soldats russes, p. 59-66, publiée bien avant à Moscou en français avec la traduction parallèle en russe due à Aleksandr Sumarokov, sous le titre : Epistola rossijskim voinam, Moscou : imprimé à l’université impériale, 1775. Svodnyj katalog knig na inostrannyx jazykax, vol. 3, p. 5-6 ; Dokumenty i materialy, t. II, p. 217, 333 ; t. III, p. 206-207 ; MV, 1774, n° 54.

[61]   Cette loge a déjà attiré l’attention des historiens, notamment de T. Bakounine et de P.-Y. Beaurepaire.

[62]   La France et la Russie au Siècle des Lumières. Relations culturelles et artistiques de la France et de la Russie au XVIIIe siècle. Exposition à Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 20 novembre 1986-9 février 1987, Paris : Association française d’action artistique, 1986, p. 17 ; Serkov, p. 665, 884, 971, 1097-1099.

[63]   Voir Serkov, p. 953-954.

[64]   Elemens de la langue russe ou Methode courte et facile pour apprendre cette langue conformément à l’usage, Saint-Pétersbourg : de l’imprimerie de l’Académie des sciences, 1768, [16], 368 p., 1 tabl.

[65]   Xronika nedavnej stariny. Iz arxiva knjazja Obolenskogo-Neledinskogo-Meleckogo [Les Annales du passé récent. Documents tirés des archives du prince Obolenskij-Neledinskij-Meleckij], Saint-Pétersbourg, 1876, VI, p. 4-5.

[66]   A. A. Zajceva, Knižnaja torgovlja v Sankt-Peterburge vo vtoroj polovine XVIII veka [Le Commerce du livre à Saint-Pétersbourg dans la deuxième partie du XVIIIe siècle], Saint-Pétersbourg, 2005, p. 134 et 174 (n. 30).

[67]   Zajceva, op. cit., p. 134 ; Serkov, p. 594.

[68]   V. Ržeutskij, « La colonie française et l’Église catholique de Moscou à la fin du XVIIIe siècle », Cahiers du Monde russe, oct.-déc. 2000, vol. 41, fasc. 4, p. 615-628, et particulièrement p. 621-624.

[69]   Vernadskij, p. 5, écrit que Tschudy était orateur dans une loge de Saint-Pétersbourg autour de 1760, mais il semble que ces informations ne soient pas étayées par des documents. Quelques discours publiés par le baron plus tard auraient été composés et prononcés à Saint-Pétersbourg : L'Étoile Flamboyante, ou la Société des francs-maçons considérée sous tous les aspects, tome I [-II], À l'Orient, chez le Silence, (s. d.), 2 vol. in-18 ; réédité À l'Orient, chez le Silence, 1810, en 3 vol.

[70]   V. Ržeutskij, « La colonie française et l’église catholique de Moscou à la fin du XVIIIe siècle », op. cit., p. 623.

[71]   De même, G. Vernadskij cite l’exemple d’un marchand français, resté anonyme, présent à Saint-Pétersbourg, et qui introduisit de nouveaux grades maçonniques inconnus jusqu’alors en Russie et qui furent bien accueillis dans la loge Concordia. Vernadskij, p. 60. L’activité de Charles Audé de Sion, l’un des grands francs-maçons français en Russie, se situe déjà au début du XIXe siècle.

[72]   Cette liste n'a pas la prétention d'être exhaustive. Nous avons inclus, avec des Français, les originaires des Flandres, de la Suisse et de la Savoie francophones. Sont inclus uniquement ceux des francs-maçons qui ont résidé en Russie au XVIIIe siècle, même si l’activité proprement maçonnique de certains d’entre eux se rapporte au règne d’Alexandre Ier. Les renseignements donnés ici sont très concis ; pour plus de détails, le lecteur se reportera au Dictionnaire des Français, Suisses, Wallons et autres francophones européens en Russie au XVIIIe siècle, sous la dir. d’Anne Mézin et Vladislav Rjéoutski (en cours de préparation). L’affiliation maçonnique de ces personnes est établie grâce aux travaux déjà cités de Tatiana Bakounine, Andreï Serkov et Anthony Cross.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 avril 2008 20:15
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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