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Collection « Les sciences sociales contemporaines »


Conclusion générale

Santé Québec, sous la direction de Carmen Bellerose,
Claudette Lavallée, Lucie Chénard et Madeleine Levasseur

ET LA SANTÉ, ÇA VA EN 1992-1993.
RAPPORT DE L'ENQUÊTE SOCIALE ET DE SANTÉ 1993-1993
VOLUME 1


Québec: Ministère de la Santé et des Services sociaux,
Gouvernement du Québec, 1995, 412 pp.
[
Autorisation accordée par l'éditeur du Québec le 17 octobre 2006.]

[Textes reproduits avec l'autorisation formelle de l'éditeur du Gouvernement du Québec, Les Publications du Québec, accordée accordée le 17 octobre 2006 aux Classiques des sciences sociales.]

Conclusion générale

 

Carmen Bellerose, Santé Québec

Lucie Chenard, Équipe de santé publique de Rimouski

 

17.1 Vue d'ensemble 

17.1.1. Des gains et des pertes depuis 1987
17.1.2. Quelques nouveautés 

17.2 Bilan 

17.2.1 Particularités selon l'âge
17.2.2 Disparités selon le niveau socio-économique 

17.3 Pistes de réflexion pour l'action

Ce premier volume du rapport de l'Enquête sociale et de santé 1992-1993 visait d'abord à rendre compte de l'évolution de l'état de santé des Québécois, de ses déterminants et de ses conséquences, depuis la première enquête générale de Santé Québec en 1987. L'analyse devait aussi décrire, sur une base démographique et socio-économique, les caractéristiques des groupes les plus vulnérables en matière de santé. En guise de conclusion, une vue d'ensemble rappelle d'abord les faits marquants glanés au fil des chapitres précédents ; elle fait état des gains et des pertes enregistrés depuis 1987, et de quelques résultats sur des aspects non traités lors de la première enquête. On tente ensuite d'intégrer sommairement cette information pour tracer un bilan des caractéristiques de santé selon l'âge et certaines conditions socio-économiques. 

L'objectif ultime de cette démarche est de fournir aux planificateurs et décideurs du réseau de la santé et des services sociaux une première série de renseignements utiles a l'orientation des politiques et des programmes. Le présent rapport témoigne d'un souci constant de faire un lien entre les résultats de l'enquête et les objectifs de la Politique de la santé et du bien-être. Les auteurs ont, à tour de rôle, proposé des pistes d'action ou de réflexion pour la planification et la prise de décision. Nous aimerions conclure ce volume en transmettant quelques-unes de leurs questions aux diverses instances du ministère de la Santé et des Services sociaux, et de son réseau. Des analyses complémentaires devront toutefois être réalisées par les chercheurs des divers milieux afin d'étoffer ces premiers résultats et de répondre aux besoins d'information propres à chaque sphère d'intervention ou de planification.

 

17.1 Vue d'ensemble

 

17.1.1 Des gains et des pertes depuis 1987

Au chapitre des déterminants de la santé, l'Enquête sociale et de santé a permis d'enregistrer des gains majeurs depuis l'enquête de 1987. Ainsi, on remarquera surtout la diminution de l'usage du tabac et la forte augmentation du recours a la mammographie. L'enquête indique en effet qu'en 1992-1993, non seulement la proportion de fumeurs réguliers a-t-elle diminue par rapport à 1987, mais la baisse de la proportion de fumeurs réguliers qui fument plus de dix cigarettes par jour permet de croire que la consommation quotidienne a aussi baissé. Par ailleurs, la proportion de femmes de 50-69 ans qui suivent les recommandations canadiennes quant au recours à la mammographie a double entre les deux enquêtes. Il faut également souligner la diminution de la proportion de femmes présentant une insuffisance de poids et la réduction de la quantité d'alcool consommé par les personnes qui en font peu usage. Toutefois, une ombre persiste au tableau, a savoir la présence plus fréquente d'excès de poids dans l'ensemble de la population, pour tous les groupes d'âge et les deux sexes. Cependant, l'enquête ne permet pas de déceler de changements au niveau de la satisfaction quant à la vie sociale depuis 1987. 

Il est impossible de comparer les résultats des deux enquêtes en matière de consommation de drogues ou de pratique d'activités physiques de loisir. Il faut quand même rappeler que 13% de la population déclarent avoir fait usage de drogues au cours de l'année ayant précédé l'enquête et que, selon la définition retenue, près de 25% des Québécois sont considérés comme actifs durant leurs loisirs, ce qui correspond à la valeur estimée en 1987 par d'autres sources. 

Par ailleurs, l'évolution du profil de l'état de santé est un peu plus difficile à cerner. D'un coté, le bilan paraît positif, puisque l'espérance de vie en santé a fait des gains remarquables entre 1987 et 1992-1993, les hommes ayant d'ailleurs gagné davantage que les femmes a ce chapitre. Cependant, la convergence des indicateurs de perception porte a croire qu'une certaine morosité a gagné la population. Les Québécois ont ainsi une perception moins favorable de leur état de santé, même si la proportion de gens qui s'estiment en moyenne ou mauvaise santé n'a pas beaucoup varié entre les deux enquêtes. De plus, la proportion d'individus ayant un score élevé àl'indice de détresse psychologique s'est accrue pendant cette période, autant chez les hommes que chez les femmes et pour la majorité des groupes d'âge. 

L'enquête s'est aussi intéressée a des aspects particuliers de la santé pour lesquels il existe peu de données a l'échelle de la population, tels que les accidents avec blessures, la perte d'autonomie fonctionnelle a long terme et les idées ou gestes suicidaires. On peut donc rappeler qu'en 1992-1993, environ une personne sur dix a été victime d'un accident avec blessure ayant entraîne soit une limitation des activités, soit la consultation d'un médecin, ou les deux. Ces accidents se produisent principalement au domicile des personnes, au travail, et sur les lieux de sport et de loisir. Ces résultats ne peuvent être comparés à ceux de 1987, puisque la recension des accidents est plus exhaustive dans la présente enquête. 

La perte d'autonomie fonctionnelle à long terme affecte environ 8% de la population vivant en ménage prive. En comparaison de 1987, la prévalence des pertes lourdes d'autonomie fonctionnelle a long terme a tendance à diminuer au sein de la population québécoise, mais il y aurait une prévalence accrue des formes moins sérieuses. 

Finalement, les résultats de la présente enquête rappellent encore une fois l'ampleur du phénomène du suicide au Québec ; au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête, on estime que près de 30 000 personnes de 15 ans et plus auraient pose un geste suicidaire, soit six personnes sur mille. La situation a peu évolue depuis 1987, mais les auteurs s'inquiètent d'une possible tendance a la hausse que laissent entrevoir les résultats. 

Au chapitre des conséquences de l'état de santé, l'enquête indique qu'au cours des deux jours ayant précédé l'enquête, plus de la moitié des Québécois ont consomme au moins un médicament, prescrit ou non prescrit, y compris les vitamines et minéraux. Entre 1987 et 1992-1993, la proportion d'utilisateurs de médicaments s'est accrue, et elle est particulièrement marquée pour la consommation de trois médicaments ou plus. L'usage de médicaments non prescrits semble avoir connu une augmentation plus importante que celui des médicaments obtenus sur ordonnance. Par ailleurs, une personne sur quatre a consulté un professionnel de la santé au cours des deux semaines ayant précédé l'enquête. Les résultats montrent également que les professionnels autres que les médecins occupent une place importante dans le système de santé, puisqu'on les consulte dans la même proportion que ces derniers. Le recours aux services d'un médecin aurait peu varie en cinq ans, alors que la demande de services d'autres professionnels a légèrement augmenté. Ces résultats suggèrent que le profil de consommation de services tend a se modifier au fil des ans, sans pour autant que le niveau de consommation diminue. À l'aube d'une transformation importante, du réseau des services, ces renseignements fournissent des points de repère sur la consommation de services des Québécois.

 

17.1.2 Quelques nouveautés

 

Le menu de cette seconde enquête générale de Santé Québec comportait de nouveaux éléments, dont deux ont été traités dans ce volume, à savoir l'autonomie décisionnelle au travail, et l'accessibilité financière et géographique aux services de santé. Concernant l'autonomie décisionnelle au travail, les résultats indiquent qu'elle varie selon le sexe, l'âge, la scolarité et la catégorie professionnelle. L'enquête révèle aussi que les personnes ayant un faible niveau d'autonomie décisionnelle sont plus nombreuses à présenter un faible niveau de soutien social, à être moins satisfaites de leur vie sociale, a se classer au niveau élevé de détresse psychologique et a déclarer avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 mois ayant précède l'enquête. L'âge est sans doute un facteur qui explique certaines de ces relations, mais la même tendance s'observe souvent indépendamment de l'âge. 

Les données sur l'accessibilité géographique montrent que la population des régions centrales utilise davantage les services de médecins et moins ceux des autres professionnels, alors que le phénomène inverse caractérise l'utilisation des services dans les autres régions. Les résultats indiquent, à l'instar de diverses sources administratives, que les régions éloignées sont particulièrement défavorisées au niveau de l'accessibilité aux services de médecins spécialistes ; le recours aux services de ces derniers est de 40% inférieur aux estimations ayant trait aux résidants des régions centrales. 

Pour ce qui est de l'accessibilité financière, l'enquête permet d'estimer que plus de la moitié des Québécois de tous âges sont couverts par une assurance privée complémentaire de l'assurance-maladie du Québec ; ceux-ci utilisent davantage les services de dentistes et de praticiens de médecine non traditionnelle que ne le font les personnes non assurées. L'enquête révèle également des renseignements inédits sur la présence de contraintes financières quant à l'acquisition de certains produits et services. Ainsi, 4% des gens qui se sont fait prescrire des médicaments au cours des deux semaines ayant précédé l'enquête se sont privés de les acheter à cause de leur coût. Pour la même période, le tiers des personnes qui auraient dû se procurer des lunettes, des prothèses ou d'autres fournitures médicales y ont aussi renoncé à cause de leur coût.

 

17.2 Bilan

Les chapitres précédents ont maintes fois permis de constater que les caractéristiques d'âge et de sexe de même que les conditions de vie sont associées à l'état de santé, à ses déterminants et a ses conséquences. Il ne saurait ici être question de faire la synthèse de toute cette information. Toutefois, un profil sommaire des caractéristiques propres a chaque groupe d'âge et un rappel des aspects pour lesquels persistent des inégalités socio-économiques permettra de mettre en évidence certains enjeux en matière de promotion de la santé, de prévention ou de planification sociosanitaire en général.

 

17.2.1 Particularités selon l'âge

 

Les 15-24 ans

 

Bien que la majorité des adolescents et des jeunes adultes visés par l'enquête présentent des comportements propices a la santé et a son maintien, bénéficient d'un bon soutien social et jouissent d'une bonne santé, il n'en demeure pas moins que certains résultats laissent entrevoir des situations qui leur sont moins favorables. Il faut, entre autres, rappeler que la proportion de jeunes ayant un score élevé a l'indice de détresse psychologique est plus élevée que chez les personnes plus âgées, de même que la prévalence des idées et des tentatives de suicide. Il est aussi révélateur d'observer, qu'en comparaison de 1987, plus de jeunes se classent au niveau élevé de l'indice de détresse psychologique, se déclarent insatisfaits de leur vie sociale et manifestent une perception moins favorable de leur état de santé. Dans un autre ordre d'idées, on ne saurait passer sous silence un résultat tout a fait inédit, qui indique que la privation de médicaments en raison de contraintes financières pourrait être plus fréquente chez les jeunes de 15-24 ans. 

Par ailleurs, les jeunes représentent un segment de la population particulièrement vise par les programmes de promotion de la santé en matière de consommation d'alcool, de tabac ou de drogues. Sans préjuger de l'effet de ces programmes, l'enquête permet néanmoins d'estimer et de suivre l'évolution de la proportion de jeunes présentant des comportements a risque. On y apprend qu'en proportion, les jeunes de 15-24 ans ne consomment pas plus d'alcool que les personnes de 25-44 ans, mais qu'ils consomment différemment, puisque la fréquence de consommation élevée se rencontre plus souvent chez ce groupe d'âge. Néanmoins, ils ont, eux aussi, diminue leur consommation d'alcool depuis 1987. D'autre part les jeunes de 15-24 ans représentent la majorité des consommateurs actuels de drogues. La proportion de ceux qui déclarent avoir consommé de la drogue au cours de l'année ayant précédé l'enquête est en fait équivalente a celle des fumeurs réguliers, soit environ une personne sur quatre. Enfin, l'usage du tabac n'a pas diminue de façon notable depuis 1987 chez les jeunes de 15-24 ans, sauf chez les jeunes femmes de 20-24 ans.

 

Les 25-44 ans

 

Les personnes de 25 a 44 ans se distinguent par une proportion plus élevée de fumeurs réguliers et de fumeurs dont la consommation quotidienne est supérieure a dix cigarettes. Ce sont aussi celles qui rapportent le plus d'insatisfaction quant à leur vie sociale et qui se trouvent en plus grand nombre parmi les personnes inactives pendant leurs loisirs. En matière de comportements de santé propres aux femmes, il faut souligner qu'environ 80% des femmes de cet âge ont subi un test de Pap moins de deux ans avant l'enquête. 

Depuis 1987, la proportion de fumeurs réguliers a baissé dans ce groupe d'âge comme dans d'autres, mais la proportion de fumeurs de plus de dix cigarettes par jour est presque demeurée inchangée. Au chapitre des déterminants, on note également que la proportion de personnes présentant un excès de poids s'est accrue et que la consommation des buveurs modérés a diminué, comme dans la plupart des autres groupes d'âge. Comme les jeunes de 15-24 ans, ils ont aussi une perception moins favorable de leur santé et sont plus nombreux à présenter un score élevé à l'indice de détresse psychologique.

 

Les 45-64 ans

 

Les personnes de 45-64 ans, quant à elles, se démarquent au plan des déterminants par la prévalence plus élevée de l'excès de poids et par une plus grande proportion de gens ayant un niveau faible de soutien social ; l'autonomie décisionnelle au travail, facteur favorable a la santé, se retrouve davantage chez les gens de cet âge. De plus, la majorité des femmes de cet âge ont subi un test de Pap et une mammographie au cours des deux années ayant précédé l'enquête. Sur le plan de l'état de santé, c'est à partir de ce groupe d'âge que l'évaluation de l'état de santé devient plus négative, et la déclaration d'incapacités connaît une augmentation par rapport aux groupes d'âge précédents ; cependant, les symptômes de détresse psychologique affectent en moins grande proportion les gens de cet âge que les plus jeunes. 

En comparaison de 1987, les résultats indiquant une diminution de la consommation de cigarettes et d'alcool, et un accroissement de l'excès de poids se retrouvent aussi chez les personnes de cet âge. L'enquête révèle surtout une légère amélioration de la perception de leur état de santé, alors que la tendance inverse s'observe chez les plus jeunes. De plus, l'augmentation de la proportion de personnes présentant un score élevé à l'indice de détresse psychologique ne paraît pas aussi marquée que parmi les plus jeunes. Il faut enfin rappeler les gains remarquables observés depuis 1987 concernant le recours a la mammographie pour les femmes de cet âge.

 

Les 65 ans et plus

 

Au chapitre des déterminants, les personnes de 65 ans et plus sont plus nombreuses que les personnes plus jeunes à présenter des comportements ou des facteurs propices à la santé, exception faite de l'excès de poids. Il est intéressant de souligner, entre autres, que la pratique d'activités physiques de loisir est aussi répandue chez les personnes de cet âge que chez les jeunes de 15-24 ans. 

Évidemment, les personnes de cet âge affichent un bilan de santé moins favorable que les personnes de moins de 65 ans, ont davantage recours aux services de professionnels de la santé, sont plus nombreuses à consommer des médicaments, principalement prescrits, et consomment plusieurs variétés de médicaments. Cependant, en comparaison de 1987, ces personnes sont plus nombreuses à se déclarer satisfaites de leur vie sociale, ont une meilleure perception de leur état de santé, et l'on ne décèle pas de présence accrue de symptômes de détresse psychologique, comme c'est le cas pour les autres groupes d'âge. Il s'agit donc là de gains appréciables pour la population âgée vivant en ménage privé. Néanmoins, le recours aux services de professionnels de la santé et la proportion d'utilisateurs de médicaments s'est accrue entre les deux enquêtes. 

L'amélioration de l'espérance de vie en santé chez les 65 ans et plus attire aussi l'attention. Depuis 1987, l'espérance de vie globale s'est accrue de 13 mois chez les hommes, dont seulement deux mois avec perte d'autonomie fonctionnelle ; chez les femmes, les gains sont estimés a douze mois, dont plus de la moitié avec perte d'autonomie fonctionnelle. Les progrès semblent plus marqués pour le niveau modéré de perte d'autonomie, Puisque la dépendance des activités instrumentales est moins fréquente.

 

17.2.2 Disparités selon le niveau socio-économique

 

Les conditions socio-économiques prises en compte dans cette enquête sont la scolarité, le revenu et, a l'occasion, le statut d'activité. Celles-ci sont habituellement associées à l'adoption ou non de certains comportements, a l'état de santé et au recours aux services. Les résultats sont ici rassemblés pour décrire une situation, sans préjuger cependant des liens de causalité, ni tenir compte de la part relative des facteurs d'âge et de sexe dans le lien observé entre les aspects de santé et les conditions socio-économiques. 

Pour un certain nombre de déterminants abordes dans l'enquête, plus le niveau de scolarité et le niveau de revenu augmentent, plus la proportion de personnes qui affichent des comportements favorables à la santé s'accroît. Il en est ainsi de la consommation régulière de cigarettes, de la pratique d'activités physiques durant les loisirs et de la proportion de femmes qui adoptent des comportements de santé propres aux femmes. Parfois, la relation n'est décelée que pour une seule de ces conditions. Ainsi, l'excès de poids ne semble pas associé au revenu, mais seulement à la scolarité. Par contre, l'enivrement est moins fréquent lorsque le revenu s'améliore, mais aucun lien n'est détecté avec la scolarité ; il en est de même de la proportion d'utilisateurs de drogues au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête. Les résultats concernant l'indice de soutien social et la majorité de ses composantes se détériorent aussi quand le revenu diminue. La présence de telles relations n'exclut pas cependant la présence de comportements ou de situations favorables ou défavorables, que les personnes soient pauvres ou riches, scolarisées ou moins instruites. De fait, une proportion notable de Québécois ont des comportements favorables à la santé ou bénéficient d'un milieu apte a les soutenir. 

L'enquête révèle également un lien entre les disparités socio-économiques et la perception de l'état de santé, la présence de symptômes de détresse psychologique, le nombre de journées d'incapacité et la perte d'autonomie fonctionnelle à long terme. L'enquête met aussi en relief la situation plus défavorable des personnes sans emploi pour ces indicateurs de santé. Ces personnes regroupent celles qui ne peuvent travailler pour des raisons de santé, ce qui peut expliquer en partie la présence de résultats moins favorables ; mais on y retrouve aussi les personnes bénéficiaires de l'aide sociale et en chômage, dont une partie, a tout le moins, partagent avec les premiers une moins bonne perception de leur santé mentale et de leur état de santé général. De plus, les personnes sans emploi sont moins susceptibles de disposer d'un soutien social suffisant en cas de besoin, ce qui ajoute à leur vulnérabilité. 

L'utilisation des services diffère également selon les conditions socio-économiques. Dans l'ensemble, le recours aux services de professionnels de la santé ou la consommation de médicaments varie peu selon la scolarité et le revenu, probablement en raison du régime d'accès universel aux services de santé. Les disparités sont d'un autre ordre. L'enquête a d'abord révélé que les jeunes de 15-24 ans seraient plus nombreux a se priver de médicaments à cause de leur coût ; on peut se demander si la précarisation de l'emploi chez les jeunes en fait un groupe plus vulnérable qu'il ne l'était lors de l'implantation du régime public. D'autre part, les contraintes financières limitent l'accès aux services non assurés par le régime public ; l'enquête souligne à cet effet que le recours aux services de dentistes et de praticiens de médecine non traditionnelle augmente avec le revenu. Les résultats appuient également l'hypothèse selon laquelle le modèle de consommation de services diffère selon le revenu ; l'enquête montre entre autres que la consultation en cabinet privé est moins fréquente chez les gens les plus pauvres, qui semblent privilégier la consultation au CLSC, à l'urgence, a la clinique externe d'un hôpital ou à domicile.

 

17.3 Pistes de réflexion pour l'action

 

Il ne saurait être question ici de rappeler tous les éléments de réflexion pour la planification et la prise de décision qui ont été présentés dans les chapitres précédents, mais plutôt d'illustrer, a l'aide de quelques résultas, le type de réflexion que peut susciter une enquête comme celle-ci. 

Les résultats de l'Enquête sociale et de santé permettent d'abord de dégager certaines tendances quant à l'évolution d'indicateurs relies directement aux objectifs fixés par la Politique de la santé et du bien-être ou a ses stratégies d'action. Ces tendances sont parfois favorables, parfois contraires à l'évolution souhaitée. Ainsi, entre 1987 et 1992-1993, on note une évolution favorable de la situation pour les objectifs ou stratégies visant la diminution de la consommation d'alcool, l'augmentation de la proportion de non-fumeurs et la réduction de la mortalité par cancer du sein. Par contre, les résultats sur les aspects de la santé mentale traités dans cette enquête suggèrent, d'une part, que l'évolution des problèmes de santé mentale au sein de la population s'inscrit dans une tendance contraire à l'objectif poursuivi par la politique et incitent, d'autre part, a s'interroger sur la probabilité d'atteindre l'objectif visant a réduire de 15% les gestes suicidaires d'ici l'an 2002. 

Il faut toutefois nuancer les tendances favorables de ce premier bilan. Prenons la consommation d'alcool. Bien que les résultats semblent encourageants a première vue, il ne faut pas oublier que la réduction ne s'observe que chez les buveurs qui consomment peu, et non chez ceux dont la consommation est élevée. Si, d'ici l'an 2002, une diminution de la consommation d'alcool par habitant de l'ordre de 15% est a espérer, il faut prioritairement viser les personnes qui consomment le plus d'alcool. Quant aux gains en matière d'usage de la cigarette ils sont survenus avant la réduction des taxes sur les produits du tabac : quel sera l'effet de cette décision, a moyen et à long terme, sur la proportion de fumeurs et la quantité de cigarettes fumées quotidiennement, surtout chez les jeunes, qui sont particulièrement influencés par le prix des cigarettes ? Par ailleurs, les gains importants enregistrés entre 1987 et 1992-1993 en matière de dépistage du cancer du sein par mammographie sont encourageants dans la mesure où ce moyen est susceptible de diminuer la mortalité par cancer du sein ; néanmoins, une proportion appréciable de femmes n'ont encore jamais subi un tel test. La situation paraît ainsi propice à la mise en place du programme de dépistage annoncé par le ministère de la Santé et des Services sociaux, d'autant plus que les femmes semblent sensibilisées à ce problème, a en juger par le fait que près de la moitié des femmes pratiquent l'autoexamen des seins ou se prêtent à un examen clinique. 

L'Enquête sociale et de santé contribue aussi à alimenter la réflexion sur certains enjeux en matière de prévention ou de promotion de la santé, particulièrement en ce qui a trait aux programmes qui visent les jeunes. Concernant la consommation d'alcool, par exemple, puisque c'est la manière de consommer qui est problématique chez bon nombre d'entre eux, les messages de prévention sur la consommation d'alcool devraient mettre davantage l'accent sur la façon de boire. Ou encore, comme l'enquête n'indique pas que l'usage de la cigarette a diminué de façon notable entre les deux enquêtes chez les 15-24 ans, et étant donne que l'habitude de fumer s'acquiert très jeune, ne faudrait-il pas s'interroger sur la façon d'intervenir efficacement auprès des jeunes pour éviter qu'ils ne commencent a fumer ? Devant l'usage relativement répandu de la drogue chez les jeunes, à défaut de réussir à accroître le nombre d'abstinents d'ici l'an 2002, n'est-il pas tout aussi urgent de tenter de limiter la fréquence de consommation ou la gamme de produits consommes, et de chercher a restreindre la durée de la période d'expérimentation des drogues, afin de réduire les conséquences néfastes reliées à la consommation de substances psychoactives ? 

De façon plus indirecte, l'enquête peut également susciter des questions sur l'efficacité de certains programmes ou suggérer des modes d'action. Par exemple, l'accroissement de l'excès de poids pour tous les groupes d'âge et les deux sexes ne remet-elle pas en question l'efficacité ou la portée des programmes mis en place pour réduire la prévalence de ce facteur de risque de problèmes de santé au sein de la population ? Par ailleurs, le fait que la pratique d'activités physiques de loisir soit absente ou quasi absente chez environ quatre personnes sur dix devrait inciter a maintenir les efforts de promotion, tout en révisant les approches utilisées, puisque la proportion de personnes actives durant leurs loisirs (trois fois par semaine, à raison d'au moins vingt minutes par séance) ne semble pas avoir changé depuis 1987. Dans un autre ordre d'idées, le fait qu'un Québécois sur vingt n'ait pas au moins une personne pour l'aider en cas de besoin ou lui démontrer de l'affection confirme qu'il est important de tenir compte du soutien social, dans le cadre de la planification des programmes sociosanitaires. Le chapitre sur les accidents avec blessures désigne le domicile comme principal lieu d'accident ; quels sont l'intérêt et la préoccupation du ministère de la Santé et des Services sociaux à l'égard de tels traumatismes, qui peuvent constituer une source importante de problèmes de santé, selon la nature des blessures ? Enfin, le chapitre sur l'autonomie fonctionnelle permet de prévoir une plus grande demande d'aide pour les soins personnels et les activités instrumentales. À l'heure d'un virage ambulatoire dans le domaine de la distribution des services de santé, les aidants familiaux et les services à domicile seront de plus en plus sollicités ; le soutien au milieu qu'entend assurer la politique auprès des aidants devient donc important. Le chapitre sur la consommation de médicaments, souligne que, par rapport à1987, plus de personnes ont des régimes médicamenteux complexes ; cela montre la nécessité de favoriser un bon suivi de ces régimes par des programmes appropriés. 

Évidemment, l'enquête permet aussi de discerner les groupes les plus vulnérables et de noter la persistance des inégalités en matière de santé et de bien-être. Les personnes de 15-24 ans et, dans une moindre mesure, celles de 25-44 ans ont été maintes fois mentionnées comme ayant connu une évolution moins favorable des indicateurs de perception de la santé générale, et de la santé mentale en particulier. Une fois de plus, les conditions socio-économiques paraissent associées a l'état de santé, a ses déterminants et à ses conséquences, et ont fait ressortir, à plusieurs reprises, la situation plus défavorable des personnes sans emploi. Considérant que l'enquête de 1987 s'est déroulée dans une période de relative prospérité économique, alors que celle de 1992-1993 a eu lieu pendant une période de récession, il serait important d'examiner l'influence de ce contexte sur les changements observés. 

Par ailleurs, cette morosité n'est-elle que le reflet des aléas du contexte socio-économique, ou annonce-t-elle, au contraire, une détérioration de l'état de santé ? Cette enquête ayant peu abordé les problèmes de santé comme tels, il est difficile d'approfondir cette question. Il faudra attendre la prochaine enquête générale de 1997-1998 pour avoir un portrait plus global de la situation. D'ici-la, il importe de suivre de près l'évolution des autres indicateurs de santé et de bien-être.

Voir la table des matières du volume 2



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 26 juillet 2007 13:12
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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