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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Laurence Pourchez, “Passages. De l'hindouisme aux pratiques thérapeutiques et rituelles. Illustrations d'un processus d'interculturation à La Réunion”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Étang, Jean Barnabé et Raphaël Confiant, Au visiteur lumineux. Des îles créoles aux sociétés plurielles. Mélanges offerts à Jean Benoist, pp. 467-483. Petit-Bourg, Guadeloupe: Ibis Rouge Éditions, GEREC-F/Presses universitaires créoles, 2000, 716 pp. [Autorisation accordée par l'auteure le 14 septembre 2008 de diffuser cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

Laurence Pourchez

Passages.
De l'hindouisme aux pratiques thérapeutiques et rituelles.
Illustrations d'un processus d'interculturation à La Réunion
”.

Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Étang, Jean Barnabé et Raphaël Confiant, Au visiteur lumineux. Des îles créoles aux sociétés plurielles. Mélanges offerts à Jean Benoist, pp. 467-483. Petit-Bourg, Guadeloupe: Ibis Rouge Éditions, GEREC-F/Presses universitaires créoles, 2000, 716 pp.

Introduction
La Vierge Noire
Cérémonies pratiquées devant la Vierge Noire

Rites de fécondité
Messages
Autres indices, autres cérémonies
Chez les dévinèr

Le sèrvis poul nwar
Des religions qui s'interpénètrent
Symbolique des pratiques catholiques et hindoues :  l’eau, l’arbre, la roche, le feu

L’eau
L’arbre
La roche percée et les rites de seuil
Le feu
Les rituels : lieu de passage entre les religions

Conclusion
Références bibliographiques


Introduction

Jean Benoist [1] analyse, à la Réunion, le champ de la maladie, celui de la religion. Il présente un hindouisme créole, qui possède des spécificités dues à sa présence en des lieux de contacts humains et culturels intenses. L'objectif de cette contribution est de montrer qu'au delà des particularités du culte tel qu'il est pratiqué outre-mer (hors de l'Inde) par les Malbar [2], l'influence de l'hindouisme s'étend à d'autres domaines de la vie quotidienne, aux pratiques rituelles et thérapeutiques présentes chez une population créole au sens émique du terme, née dans l'île et métissée, définition qui regroupe un large éventail phénotypique, y compris ceux que l'on nomme à La Réunion, les Petits Blancs.

       Nous aborderons ces passages au travers de deux types de manifestations : les rites de fécondité présents sur le site de la Vierge Noire à la Rivière des Pluies, les pratiques rituelles liées à la petite enfance et conduites chez les dévinèr, personnages dont le rôle se situe à mi-chemin entre le religieux et le thérapeutique. Puis, sur la base des données recueillies, des rituels observés, de leur symbolique, de la configuration des sites, nous tenterons de montrer qu'il y a, à partir de l'hindouisme, de la religion catholique, des rituels d'origine malgache et dans une moindre mesure, de l'islam, création d'une religion populaire, proche par bien des aspects, des cultes populaires brésiliens, mise en place d'un processus d'interculturation à l'origine de nouvelles configurations.


La Vierge Noire

Ce lieu sacré, haut lieu religieux situé au nord-est de l'île, à La Rivière des Pluies, possède une grande importance dans la religion populaire et la Vierge qui y demeure est sollicitée pour l'ensemble des problèmes des femmes, des enfants, ou liés aux os et aux rhumatismes. Le sanctuaire abrite une petite statue noire, perchée, comme celle du Puy en Velay, au sommet d’un rocher artificiel [3]. Aujourd’hui aménagé et entretenu en raison de son importante fréquentation, il est situé dans un enclos. Il se compose de deux escaliers d’accès et d’une rampe pour handicapés, d’un terre-plein carrelé, dominé par le rocher au sommet duquel se dresse la statue. Deux grands supports à bougies, perpétuellement remplis, sont placés devant le rocher recouvert de couronnes et d'ex-votos. D’autres plaques de remerciements, trop nombreuses pour figurer à proximité immédiate de la statue, sont amoncelées à gauche et à droite des supports. Au dessus du rocher et du cours d'eau, dit “ kanal la vièrj ” [4], s’élève l’énorme bougainvillier dont les branches retombent de part et d’autre, surplombant le canal. Sur les côtés, deux petites plages en béton ont été aménagées : celle de droite, qui précède le passage de l’eau sous la vierge, est bordée d’un très grand et très vieux  manguier ; l’autre est située après le passage de l’eau sous le rocher percé, l’arbre et la statue bénie. Divers rituels y sont pratiqués, rites de fécondité[5], rites liés à la petite enfance [6].



Le site de la vierge Noire tel qu’il se présente à la Rivière des Pluies se situe, à première vue, dans la grande tradition des Vierges Noires européennes :

“ La Vierge Noire, dissimulée sous un roncier [7], ne s’offre pas à tous les regards mais paraît plutôt choisir son découvreur  [8]. ” (S. Cassagne-Brouquet, 1990 : 51)

L’aménagement du site a été, entre 1856 et 1900 en grande partie réalisé par les riverains (canal, plantations), ce qui, compte tenu de la mixité de la population peut expliquer l’apport de végétaux connotés dans l’Hindouisme, manguiers notamment, dont nous reparlerons. D’autre part, le rôle de l’église a été capital -quoique certainement involontaire - dans le développement de ce lieu de culte : les prêtres présents ont laissé à la population le soin d'installer eux-mêmes le site, de procéder aux plantations, de construire la plate-forme [9], d'où l'aspect du lieu, que l'on se situe du point de vue de l'agencement ou de celui des pratiques populaires.

L’installation de la symbolique, de l’aspect sacré présent à la Vierge Noire ne peut donc être attribué aux seuls religieux. En effet, s’il existe d’indéniables ressemblances avec d’autres lieux saints vénérés, fontaines, roches percées présentes en Europe, avec les différents rites qui y sont pratiqués, l’ensemble de “ l’arrangement ” sacré peut également être considéré comme lié à la partie de la population d'origine indienne ou malgache, car, ainsi que nous le verrons plus loin, de tels sites sont présents sur La Grande Ile.

Mais revenons aux apports d'origine indienne : Odette Viennot rapporte les traditions védiques dans lesquelles

“ L’arbre est bien souvent considéré comme doué de vertus merveilleuses et son essence est identique au principe divin. Quant aux rituels réglant les sacrifices royaux ou privés réunis dans les commentaires brâhmaniques, ils considèrent l’arbre comme le centre du Lieu saint en compagnie de la pierre et de l’eau. À la nature volontaire se superpose la création volontaire d’un Lieu saint où les éléments de la nature, devenus symboles, s’organisent à l’intérieur d’un enclos.(...) Ainsi l’arbre mythique chargé de merveilleux dispense tous les biens supra-terrestres et symbolise la connaissance, la vie, la fécondité... ”

La fonction de l’arbre “ cosmique émergeant de la terre et descendant du ciel ” est alors de “ maintenir ces deux mondes écartés ”, de séparer le monde divin du monde visible (1954 : 2).  Quoique la population d'origine indienne présente à La Réunion ne soit pas à l'origine, composée de brahmanes (elle est originaire de petits villages d'Inde du sud), les représentations populaires de la végétation font une part importante aux arbres sacrés et à la nécessité d'en planter certains lors de l'installation d'un site religieux.

À Madagascar, d'où est issue une part importante de la population, la même complémentarité eau, végétation, rocher se retrouve dans les représentations de la fertilité : ainsi, à proximité de Tananarive, sur la route nationale n°7, se trouve le lieu dit Ambatobevohoka, littéralement "à la pierre enceinte", site où se conjuguent importance de l'eau et du minéral. Celles qui souhaitent un enfant doivent effectuer sept fois le tour du site [10]. Un autre site très fréquenté, Andranoro, "faire des offrandes", est localisé au nord-ouest de Tananarive. Comme son nom l'indique, les candidates à la maternité viennent y déposer des présents à l'attention des esprits ou des ancêtres, à la manière des promès [11] réunionnaises. Le lien entre enfantement et nature se retrouve en pays Betsimisaraka (nord-est de Madagascar) dans le vocabulaire employé : l'enfant qui vient de  naître, "enfanté" par la terre mère est considéré comme une jeune pousse tsiritsiry qui témoigne de la vitalité du groupe -l'arbre- (E. R. Mangalaza, 1994: 79).

En Europe, ce culte de l’arbre, très ancien,  a été récupéré par l'église catholique qui l'a christianisé en y associant la personne de Marie, seul personnage ayant suffisamment de force pour assimiler et récupérer ces traditions profondément ancrées dans les populations (S. Cassagne-Brouquet, 1990 : 47). Aussi, ce phénomène classique d’intégration des croyances en place, par la religion catholique, pourrait expliquer l'originalité des pratiques visibles à la Vierge Noire, visant à favoriser la fécondité des femmes, usages dont les origines sont définies par la pluralité de la population qui fréquente ce site.

Nous décrirons ici une partie des rituels pratiqués en ce lieu, ceux qui s'apparentent à des rites de fécondité, et évoquerons essentiellement le plus craint des rituels de protection pratiqués à La Réunion : le sèrvis poul nwar.


Cérémonies pratiquées devant la Vierge Noire

Rites de fécondité

Ces rites s'insèrent dans un ensemble destiné au traitement des maladies des os, des rhumatismes, du retard de marche, de la paralysie, des maladies des enfants. Pratiqués de manière extrêmement courante, ils comprennent deux phases, l'une sur le site, devant la statue, la seconde à domicile :



Après avoir déposé une offrande à la Vierge, bouquet de roses ou de fleurs – souvent blanches, couleur de la Vierge — vendues devant l’église, les femmes allument une bougie, se recueillent quelques instants. Elles se dirigent ensuite vers le côté gauche du rocher, se placent sur le bord du canal, le plus près possible de la statue de la Vierge. Elles se mettent pieds nus, se purifient les mains en les trempant dans l’eau et en les frottant l’une contre l’autre. Alors, à l’aide de la main droite, elles se lavent le visage avec l’eau du canal. Certaines boivent trois petites gorgées d’eau. Elles appliquent l’eau (supposée bénie par son passage sous la statue de la Vierge), toujours avec la main droite, sur la partie du corps pour laquelle elles demandent une grâce (sur le ventre dans le cas de celle qui demande un enfant. Dernière phase du rituel : les fidèles remplissent une bouteille de l'eau du canal et prélèvent quelques têtes de fleurs aux bouquets placés devant la Vierge. Ces fleurs, trempées dans l’eau du canal seront dans certains cas, préparées en décoction et sont considérées comme ayant d’importantes vertus thérapeutiques. Si l’eau est consommée seule, elle est bue à la maison, à la manière d’une tisane, à raison de trois petits verres par jour (Mathilde, 71 ans). Dans certains cas et en fonction de l’importance de la requête, les ablutions sont à nouveau suivies d’une prière faite face à une seconde bougie (dans laquelle auront parfois séjourné quelques gouttes d’eau bénite).

Après avoir pratiqué le circuit précédemment rapporté, la jeune femme, demandeuse de maternité, se place sur le côté droit du canal. Puis, elle relève sa jupe (nous avons vu, à des heures très matinales, certaines jeunes femmes l’enlever avant d’entrer dans l’eau) et entre dans l’eau du canal. Elle traverse alors de part en part, pieds nus dans le ruisseau, le tunnel qui passe sous la statue de la Vierge. Parvenue de l’autre côté, elle pratique de nouvelles ablutions puis change de vêtements. 

Avant de quitter le site, nombreuses sont celles qui emportent quelques fleurs ayant séjourné sous la statue de la vierge : fleurs blanches (couleur de la Vierge), roses, reine-marguerites et œillets d’Inde, ces dernières étant systématiquement présentes dans les cérémonies de l'hindouisme. Le  prêtre les utilise soit en offrande aux dieux, sous la forme de colliers nommés marlé, soit sous forme de poignées de pétales qu’il distribue aux malades, après que les fleurs aient été bénies par un temps passé devant la divinité invoquée. Ces pétales sont remis aux fidèles à des fins d’utilisation thérapeutique et de consommation sous forme de tisane. Ceux recueillis à La Vierge Noire seront, comme nous l’avons mentionné précédemment, mis à infuser dans l’eau du canal et consommés selon une périodicité variable en fonction des familles, avec, là aussi, une prédominance du chiffre trois.

Messages

File written by Adobe Photoshop® 5.0Aux rites de fécondité viennent parfois s'ajouter des messages écrits adressés à la Vierge et déposés devant la statue, suppliques qui font, dans certains cas, référence à des thérapies. D’autres billets intègrent une dimension religieuse différente par l’utilisation de symboles d’origine hindoue. Ainsi, il nous a quelques fois été donné de voir, à des heures très matinales, dessinée sur le sol, une étoile à six branches, symbole issu de l’hindouisme [12] qui se retrouve dans l’un des messages de demande de grâce relevés sur le site. Cette étoile à six branches, nommée sadkonam, symbole sacré du dieu Mourouga, est composée de deux triangles superposés : celui  dont la pointe est orientée vers le haut symbolise l’élément masculin, Siva, ou le Feu, celui dont la pointe est orienté vers le bas représente la déesse Parvati, shakti (épouse) de Shiva ou l’Eau, l’élément féminin. Dans l’hindouisme, l’Eau et le Feu s’unissent pour concevoir l’enfant Divin, dont six (les six pointes de l’étoile) est le nombre sacré.

L’utilisation de cette figure devant la Vierge Noire montre que la statue est assimilée à une divinité de l’hindouisme. Il s’agit ici d’appeler son énergie, de lui prêter vie, de lui demander de se manifester, de la même manière que lors de l’installation d’une nouvelle statue dans une chapelle, on place son Saklon[13] sous l’image du dieu ou de la déesse afin, selon la formule de Jean Benoist, que la divinité “ germe ” (1998 : 89). Le saklon de Mourouga[14], figure qui présente la complémentarité des éléments masculin (le feu) et   féminin (l’eau) apparaît, dans l’hindouisme, lié à la conception, à la fertilité, et ce symbole semble employé à des fins d’appel de la Vierge Noire, afin qu’elle permette à celle qui la sollicite d’être féconde. D’autres messages paraissent faire référence à l’Islam, et représentent des mains, un croissant.

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Autres indices, autres cérémonies

Mais à la Vierge Noire, d'autres indices apparaissent : plateaux d'offrandes déposés tôt le matin, au bord de l'eau, sous le tunnel (donc sous la Vierge), cocos cassés comme pour les cérémonies malbar, bâtonnets d'encens mis à brûler devant la statue, cérémonies généralement attribuées à l'hindouisme ou traditionnellement conduites chez les dévinèr.


Chez les dévinèr




Les dévinèr, personnages dont nous avons écrit précédemment qu'ils se situent à mi-chemin entre le religieux et le thérapeutique, constituent notre seconde clé d'analyse des processus  de "passages" en cours. Ils sont généralement sollicités en cas de maladie afin de déterminer l'origine naturelle ou sorcellaire des symptômes. L'agencement de leur chapelle (shapèl), leurs procédés de divination, diffèrent d'abord en fonction des officiants et de l'origine supposée de leur don. Si le don est d'origine divine, -certains disent le détenir de Saint-Expédit, voire de Saint-Michel Archange-, il semble que les prières catholiques soient favorisées. Par contre, s'il vient d'un ancêtre, et se manifeste par des "prises de possession" du dévinèr, la divination se fera pendant la transe. L'identification du jeteur de sort, du gratèr d'bwa [15], peut également être pratiquée par une lecture dans la cendre, comme chez Monsieur D., domicilié à Saint-Denis. Sa chapelle contient, outre une statue de Saint-Michel, un Saint-Expédit, une représentation du dieu hindou Mardévirin (parfois assimilé au Christ ou à Saint-Georges dans la religion populaire, - Ce saint catholique étant lui-même associé à Omar chez certains musulmans-), deux statuettes dites africaines (masculine et féminine) ainsi que deux autres statuettes "malgaches", peut-être les esprits El et Bil, principes spirituels "génériques" masculin et féminin. Monsieur G., dévinèr dans les Hauts de Sainte-Marie, possède quant à lui, plusieurs statues de divinités hindoues (Ganesh, Mariamen, Mardévirin, Petiaye) ainsi qu'une chapelle "malgache" qui contient les photographies de ses parents décédés (pour le culte des ancêtres), ainsi qu'une statue de la Vierge.

Mais dans tous les cas et malgré ces différences apparentes, chez les dévinèr, les pratiques et les religions se rejoignent : certains officiants qui disent "travailler" avec les divinités de l'hindouisme réclament des cierges "catholiques" pour leurs célébrations, des dragées [16]. Souvent, c'est chez, ou par les dévinèr que sont pratiqués les sèrvis poul nwar [17].



Le sèrvis poul nwar

Le rituel nommé sèrvis poul nwar est particulièrement craint des créoles. il possède, pour la plupart d'entre eux, des relents de magie, de sorcellerie. Ce culte est, comme nous allons le voir, originaire d'Inde du sud, mais son nom de poul nwar n'est pas inconnu des créoles Blancs. En effet, La poule noire est le titre d'un ancien livre de magie, originaire d'Europe, dont des copies semblent encore présentes dans certains foyers (avec le Grand et le Petit Albert, ainsi que le Dragon rouge), ce qui explique en partie la réputation maléfique de cette cérémonie. De plus, le sacrifice d'une poule noire était, dans l'ancienne France, synonyme d'invocation satanique. M. Bouteiller note à ce propos :

“L'apprenti sorcier qui, en Berry par exemple, va solliciter Satan, à minuit, à un carrefour, par l'offrande trois fois répétée d'une poule noire, contraint Satan à l'élire puisque celui qui évoque les puissances infernales commet un péché mortel.” (1950 : 232)

Le sèrvis poul nwar pratiqué à La Réunion est, chez les Malbars comme chez les Créoles, une cérémonie conduite en l'honneur de la déesse Petiaye, déesse ambivalente également nommée la "mangeuse de fœtus". Tous peuvent y avoir recours, en cas de stérilité de l'épouse, de maladie d'un enfant, pour protéger la grossesse puis l'accouchement d'une femme. La décision de pratiquer le sèrvis poul nwar peut également résulter d'une alliance avec un malbar, ou plus simplement faire suite à des relations de voisinage, à un conseil donné par un ami, un dévinèr. Car ce rituel est contagieux et toute personne qui y a assisté, qui a mangé le repas qui suit la cérémonie, devra sacrifier une poule noire chaque année, sa vie durant. Ce sacrifice constitue même, selon Jean Benoist “un point d'articulation sociologique essentiel” (1998 : 168). En effet, écrit-il,

“On peut véritablement parler d'un rituel contagieux, qui se répand par les réseaux de parenté et de voisinage d'une façon qui s'accorde admirablement avec l'organisation fluide de la société, bien que sa diffusion s'étende peu hors des zones de plantations ou des banlieues urbaines. Cela lui donne une répartition qui suit les réseaux de parentèle et de voisinage, par-delà les différences ethniques et économiques.” [18]

Une différence sera cependant à noter entre ceux (pas nécessairement indiens d'origine) qui pratiquent l'hindouisme de façon traditionnelle et permanente et ceux qui n'ont recours à cette religion que de manière ponctuelle, en réponse à certaines situations précises [19].

La cérémonie peut être pratiquée à domicile, par le père ou le frère de l’épouse (futur oncle maternel), dans la shapèl [20] d'un dévinèr, ou dans un temple de plantation. Petiaye est une divinité placée à l'extérieur de la maison ou de la chapelle. Elle est reconnaissable à sa couleur : le noir. Dans tous les cas, la cérémonie comprendra le sacrifice d'une poule noire puis sa consommation rituelle. Elle verra également l'offrande, à la déesse, d'un nombre impair d'œufs, de gâteaux spécifiques à la cérémonie (bonbons kolgaté) confectionnés à base de noix de coco, d'une trousse de couture ou tout au moins de fil et d'aiguilles, d'une part du kari préparé avec l'animal sacrifié, présentée avec la tête et les pattes de l'animal (dans certains cas avec la patte droite autour de laquelle aura été accroché un bout d'intestin de l'animal).



Des religions qui s'interpénètrent

Or, et nous revenons à notre Vierge Noire, si des indices de la présence de l'hindouisme existent dans les rites de fécondité, la manière dont y sont conduites les ablutions, les cérémonies de l'hindouisme se teintent de christianisme. Des sèrvis poul nwar sont conduits sur ce site sacré catholique, qui n'est plus, de ce fait, strictement catholique mais a été intégré à la religion populaire pratiquée par ceux qui conduisent certains rituels de l'hindouisme. Car, disent bon nombre de créoles, Petiaye, c'est la Vierge Noire, Mariamen [21], c'est la Vierge Blanche.

Les demandes de grâce formulées à la Vierge Noire mettent donc en scène une religion populaire issue du catholicisme et influencée par les cultes malgaches, par l’hindouisme ainsi que peut-être, mais les données dont nous disposons sont trop diffuses pour pouvoir l’affirmer, par certains éléments -le croissant notamment- "empruntés" à l’Islam et qui auraient pu, comme Nargoulam, le Dieu des Lascars [22], être intégré au panthéon de l’hindouisme.

Tentons de poursuivre notre recherche au travers, cette fois, de l'agencement des sites,  des éléments symboliques qui y sont présents, issus de la religion catholique, de l'hindouisme.



Symbolique des pratiques catholiques et hindoues :
l’eau, l’arbre, la roche, le feu

L’eau

Le premier élément présent est l'eau. Déjà présents en Gaule, les cultes associés aux fontaines ont, parce qu’ils étaient profondément ancrés dans les mentalités et de ce fait difficiles à combattre, été récupérés par le clergé qui y a associé le culte de saints (N. Belmont, 1973 : 46) ou celui, plus fréquent, de la Vierge, notamment en Bretagne où les lieux placés sous le patronage de la Vierge représentent près de la moitié des fontaines auxquelles vont les femmes (S. Denèfle, 1994 : 79).

La symbolique de l’eau fécondante est, à la Vierge Noire, renforcée par le passage du liquide sous la statue, l’eau étant, en quelque sorte, bénie par la proximité divine. Cette eau, on la traverse, on la boit, parfois mélangée à un peu de terre grattée sur le rocher, on l'utilise pour des ablutions pratiqués de la main droite, celle avec laquelle les Malbar mangent lors des repas bénis qui suivent les cérémonies. Elle est, chez les dévinèr, l'eau sacrée du coco, eau qui n'a jamais touché la terre, eau dans laquelle vont infuser les végétaux remis par l'officiant.

Mais cette eau n'est pas seule. Son pouvoir est renforcé par la présence de l'arbre, par celle du rocher et par les vertus du feu.

L’arbre

Complémentaire à l’action de l’eau, la présence végétale : la végétation, symbole de fécondité lié au principe humide qui s’oppose à l’aridité de la terre, s’intègre au lien relevé par F.Héritier-Augé chez les Samo (1984 : 154) entre le milieu biologique, le milieu naturel et le milieu social. La végétation, second symbole de fécondité, est générée par l’eau, du domaine invisible, les racines, au monde extérieur où s’élancent les branches. L’arbre assure la liaison entre les deux mondes, l’univers chtonien, souterrain, où selon de nombreuses légendes, résident les âmes des trépassés ou celles des enfants à naître, et le monde supérieur, celui de l’existence humaine. La végétation a, au centre de cette cosmogonie, un rôle de médiateur. Il est, du reste, tout à fait révélateur que les deux éléments emportés pour une poursuite domestique des différents rites soient de l’eau, fécondité à l’état, pourrait-on dire, liquide, et des végétaux, médiateurs entre la Vierge et l’élément dispensateur de fertilité.

Chez les dévinèr, la végétation est également omniprésente. Certains arbres particuliers sont plantés, comme le lila [23], qui chasse les mauvais esprits.

Autre symbole végétal présent, que ce soit chez les dévinèr ou à la Vierge Noire, le manguier. Chez les dévinèr, il surplombe souvent la statue de la déesse Petiaye. Sur le site sacré, il est planté avant que l’eau ne passe sous le rocher, la statue et le bougainvillier, il semble préparer, de par les pouvoirs qui sont les siens, l’action divine. En effet, le manguier, est en Inde, traditionnellement associé à l’idée de fécondité. Lieu de résidence des dieux où des âmes, il est le point central d’une légende contée par O. Viennot (1954 : 107) qui met en scène une reine stérile rendue féconde par l’absorption d’une mangue [24]. Cet arbre, est souvent considéré, à la Réunion, comme le séjour des âmes errantes. Il est, dans la religion des Tamouls, associé au dieu Mini qui a la réputation de prendre la maladie qui lui est confiée et de la transporter vers un autre manguier situé un peu plus bas, près de la mer. Cet arbre constitue également le séjour des zavan [25], qui se saisissent, dit-on, des maladies des femmes. C'est, de plus, au pied du manguier qu'est, à la Vierge Noire, généralement pratiqué le rituel dit des sévé mayé, destiné à intégrer l'enfant à la communauté en le débarrassant  d'esprits non identifiables (ancêtres ou mauvais esprits), qui se manifestent au travers de sa chevelure emmêlée. 

Le manguier apparaît, sur le site de la Vierge Noire, comme le premier maillon d’une chaîne symbolique sacrée et les pouvoirs de l’arbre apparaissent renforcés par le passage de l’eau sous la roche de la Vierge. Issus d’une autre religion, d’une autre culture, ses attributs, semblent convertis, récupérés et amplifiés par l’accumulation de symboles.

La roche percée et les rites de seuil

Van Gennep rappelait déjà, en 1909, l'importance des rites de seuil, qui font passer l'individu d'un état à un autre, d'un espace à l'autre. Chez les dévinèr, le fidèle venu consulter  entre par la porte, et passe de l'autre côté, dans l'espace sacré. A la Vierge Noire, on passe sous la roche.

L'aspect du site de la Vierge Noire rappelle les anciennes pierres percées, ces antiques “ portes de la vie ” européennes qui inspiraient le respect au passant et devant lesquelles brûlaient parfois des bougies. Souvent associées à des cultes de fécondité, elles symbolisaient le passage du monde souterrain au monde aérien, de la mort à la vie. Cette image extrêmement puissante est renforcée par l’eau qui sort de la roche, humidité vaginale de la Déesse Mère, allégorie de la féminité. Mais il faut, là encore, se garder d'en déduire une origine spécifiquement européenne du phénomène. En effet, l'ethnologue H. Whitehead, étudiant au début du siècle, les villages de l'Inde du sud (d'où sont originaires les Malbar de La Réunion), nous fournit les informations suivantes :

“In many towns and villages large slabs of stone with figures of cobras, often two cobras interwined, carved in bas-relief are seen on a platform under a large tree. They are worshipped especially by women who want children. [26]” (1921 : 22)

Le site sacré, destiné à celles qui souhaitent "demander un enfant" au dieu, se compose d'une plate-forme, lieu de prière, surmontée d'une roche et d'une niche contenant la divinité, le tout étant surplombé par un arbre… Les photographies de l'un de ces lieux sacrés, présentes page 33 du même ouvrage sont même troublantes quant à la similitude qu'elles montrent avec l'organisation du site de la Vierge Noire…

Aux trois premiers éléments, eau, végétation, minéral, vient s'en adjoindre un quatrième : le feu.

Le feu

Quel que soit le lieu observé, qu'il s'agisse de la Vierge Noire, de la chapelle d'un dévinèr ou d'un temple de plantation, le feu est omniprésent. A la Vierge Noire, chaque demande de grâce commence par une prière effectuée devant une bougie allumée, se termine également devant la lumière divine. Cette lumière purificatrice apparaît dans l'ensemble des rites de l'hindouisme, avec le camphre que l'on fait brûler [27] devant les divinités. Elle semble avoir, par son rôle de purification, un rôle complémentaire à la demande de grâce, de prolongement ou plutôt de renforcement de la demande.

La scène suivante se déroule dans un petit temple de plantation situé au bord de la mer :

Dans une petite cuve en fer, ont été disposées, selon un arrangement précis, des brindilles, de petites branches de bois. Puis, le prêtre récite des prières et invoque Shiva, le feu, avant de déposer des morceaux de camphre au-dessus du bois. Le feu est allumé et chacun des fidèles présents est appelé à venir communier, à "prendre" la fumée purificatrice qu'il étale, avec la main droite, sur son visage, puis sur la partie du corps à soigner.

La façon dont la fumée est, à l'issue du yargom [28], prise et appliquée sur la partie malade du corps est étonnamment semblable à la manière dont sont conduites les ablutions devant la Vierge Noire. Du reste, les personnes présentes ce jour à la chapelle peuvent tout à fait, le lendemain être en prières devant le lieu saint catholique.

Les rituels : lieu de passage entre les religions

La manière dont sont conduites les demandes de grâce à la Vierge Noire, sont elles-aussi extrêmement révélatrices. Nous avons déjà vu la similitude présente entre la manière de prendre l'eau du kanal la Vierj et la codification de la prise des aliments lors des repas bénis de la religion tamoule. Ces mêmes gestes se retrouvent également lors des rituels thérapeutiques pratiqués dans les chapelles, cérémonies au cours desquelles certaines femmes, dont la grossesse tarde, vont effectuer une promesse au Dieu Mourouga.



Revenons à la similitude des gestes : ils mettent en scène l'eau et le feu, les éléments fondamentaux, indissociables dans de nombreuses religions, et cette complémentarité se retrouve quand par exemple, la Vierge Noire est honorée au moyen de cocos que l'on casse et dans lesquels sont mis à brûler de petits morceaux de camphre, ou quand des bâtonnets d'encens sont substitués aux traditionnels bouquets de fleurs. Parfois, mais plus rarement, à certaines dates ou périodes particulièrement propices (carême, avent) qui vont venir renforcer la demande de grâce, des sacrifices sont pratiqués, de nuit, devant la Vierge : une poule noire est sacrifiée, on coupe des citrons, on casse un ou plusieurs cocos. Il est donc possible d'observer des passerelles entre les différentes religions, que l'on se situe du point de vue de l'hindouisme, du catholicisme, et cette proximité rend particulièrement hasardeuse toute conclusion trop tranchée quant à l'origine des pratiques rituelles réunionnaises.


Conclusion : la genèse d'un culte?

Nous n'avons fait ici qu'effleurer le sujet, et beaucoup d'autres exemples pourraient être fournis, de passages entre les différents cultes. Ils sont si nombreux que se pose la question de savoir s'il s'agit bien de passages ou si nous ne nous trouvons pas plutôt face à la genèse d'une nouvelle forme cultuelle constituée sur la base de la forme populaire de la religion catholique, sur les restes d'un contexte colonial qui a vu, durant des décennies, les immigrés malgaches, indiens, contraints de cacher leurs cultes, leur culture. Le contexte, la religion en formation peuvent en cela être comparé à ce qui s'est produit au Brésil, à partir de la religion catholique et des cultes africains, de l'umbanda et du candomblé qui sont reconnus, étudiés [29], par les spécialistes de la religion comme par ceux qui se consacrent à l'étude de la maladie. Le culte voué à la Vierge Noire, les cérémonies conduites chez les dévinèr pourraient alors être considérés sur une base nouvelle, non en terme d'acculturation, pris en son sens péjoratif d'appauvrissement culturel, mais comme “… un choix paradoxal de ne pas choisir, de garder tout en composant tout.” (A. Mary, 1992 : 4),

résultat d'un processus d'interprénétration des cultures en présence qui, s'enrichissant mutuellement, en viennent à créer de nouvelles configurations.


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[1] Voir notamment J. Benoist, 1979, 1993, 1998.

[2] Chaque terme créole retranscrit ici l'est selon le mode le plus simple et le plus phonologique possible.

[3] La légende veut qu’un jeune kaf maron (esclave en fuite), Mario, se soit réfugié sous le rocher, dans la caverne, et que, traqué par les chasseurs d’esclaves qui l’avaient encerclé, il n’ait dû son salut qu’à la petite statue de la Vierge qu’il avait placé en haut du rocher et qui, pour le protéger de ses poursuivants fit s’élancer, au dessus du boucan, les branches d’un bougainvillier pourpre qui enveloppèrent le jeune homme, formant un écran infranchissable aux chasseurs qui, furieux, durent rebrousser chemin.

[4] Le “kanal la Vièrj ” est amené artificiellement à la Vierge Noire par le biais d’une canalisation métallique qui, venant de Domenjod, enjambe la Rivière des Pluies pour terminer sa course à la Mare, à quelques kilomètres de là, où elle sert à alimenter une pépinière.

[5] Nous renvoyons le lecteur à notre thèse intitulée, Anthropologie de la petite enfance en société créole réunionnaise, doctorat d'anthropologie en cours en l'EHESS sous la direction de Mme Suzanne Lallemand.

[6] Nous renvoyons le lecteur à notre contribution au 123ème colloque du CTHS, Fort-de-France, 1998, intitulée "Les sévé mayé de l’enfant réunionnais : marquage de l’origine ethnique ou affirmation d’une identité créole ?" ainsi qu'au film intitulé Les rites de l'enfance à La Réunion : sévé mayé. Film VHS, 14mn 30, Université de La Réunion, 1997.

[7] Ici le Bougainvillier.

[8] Rôle qui pourrait être attribué au jeune esclave Mario, sauvé par la statue.

[9] La statue de la Vierge Noire a été installée à la Rivière des Pluies en 1856, “ doublée ” d’une Vierge Blanche identique (deux statues avaient été commandée en France de peur que l’une ne se brise pendant la traversée), qui passe, elle, totalement inaperçue. Seule celle qui a été peinte en noir est l’objet d’un culte. Les historiens pensent que la légende est née peu après la pose de la statue. La plus ancienne trace de son existence remonte à 1921- un petit cahier d’écolier a été retrouvé, dans lequel figure une forme épurée de la légende.

[10] Bodo Ravololomanga, communication verbale, décembre 98.

[11] Demande de grâce faite à une divinité, qui nécessite un don en retour.

[12] Nous exprimons également notre gratitude à M. Mounigan Vel, prêtre à la chapelle Bord de Mer à Sainte-Suzanne, qui a bien voulu nous expliquer la signification de ces symboles et nous prêter plusieurs ouvrages de Pranam, recueils religieux édités à l’île Maurice à l’attention des fidèles.

[13] Le Saclon ou Saklon est, écrit J. Benoist : “ le nom créole du cakkaram tamoul, (…). Il s’agit des yantras dont l’usage est répandue dans toute l’Inde hindoue. Le terme désigne d’abord un dessin, qui porte parfois des lettres ou des syllabes en tamoul. Ces dernières, qui disent, ou au moins évoquent, le nom d’une divinité sont importantes pour que celle-ci “ germe ” lorsque le saclon est installé. Le saclon peut aussi comporter une formule sacrée, un OM ou un texte plus complexe en caractères tamouls, qui fait corps avec le diagramme. À la Réunion toutefois, la plupart des saclons ne comportent pas de texte ni de lettres. ” (1998 : 89)

[14] Fils de Shiva et Parvati.

[15] L'utilisation du terme gratèr d'bwa, ou gratèr ti bwa, vient de pratiques de sorcellerie dans lesquelles il est d'usage de râper du bois et de faire entrer les copeaux ou poussières obtenues dans diverses préparations. Ce procédé a notamment été utilisé par le tristement célèbre Pierre-Elie Calendrin, dit Saint-Ange, complice, au début du siècle, du bandit Sitarane. Chaque attaque était scellée par un "pacte de sang" durant lequel, après avoir jeûné de l'angélus à six heures, chacun des complices devait absorber, en trois prises, un verre du sirop concocté par Saint-Ange et composé d'eau bénite, de miel, de quelques morceaux de bois râpés et de sept cuillerées de sang de cabris noir, lequel fut ensuite remplacé par du sang humain (R. Chaudenson, C. Barat, M. Carayol, 1983 : 58)

[16] Le cas nous a été rapporté par la mère d'un petit garçon pour lequel venait d'être pratiquée la cérémonie dite du marlé, rite conjuratoire, seconde naissance de l'enfant né avec un circulaire du cordon. Voir à ce sujet Y. Govindama, 1993.

[17] Encore qu'une informatrice, partie consulter un dévinèr qui "travaille" avec des divinités catholiques, se soit vue redirigée par cette personne, chez un de ses collègues qui "travaille" avec les dieux malbar.

[18] Ibid.

[19] Ce sont d'ailleurs les mêmes personnes que nous retrouverons lors des Cavadee ou des marches sur le feu, cérémonies qui constituent les deux plus grandes promesses de l'hindouisme. Voir à ce sujet, J. Benoist, 1996, 1998.

[20] Terme qui désigne généralement les petits temples malbar.

[21] Ancienne déesse indienne de la variole, à présent invoquée pour la varicelle, les maladies de peau en général ainsi que pour les maladies des enfants.

[22] Voir, à ce sujet, l’ouvrage de C. Barat, Nargoulam. Culture et rites malbar à la Réunion. St Denis : Editions du Tramail / Recherches Universitaires Réunionnaises, 1989.

[23] Lila : Melia azedarach, (Meliaceæ).

[24] “ Le grand Dieu Sakka conseille à une reine stérile de manger une mangue du manguier central afin de mettre au monde un monarque universel. Les brâhmanes interrogés disent : " Le manguier central est la propriété des Dieux, il est dans l’Himalaya, dans la grotte d’or. Un être humain ne peut y aller, il faut y envoyer un jeune perroquet" . Après plusieurs échecs, l’oiseau apprend que l’arbre est la propriété de Vessavana, c’est à dire de Kubéra, dieu des richesses. Il finit par surmonter toutes les difficultés et, par l’entremise d’un moine, il rapporte une mangue merveilleuse à la reine. ”

[25] Ames errantes, souvent dit-on, celles des enfants morts sans baptême.

[26] C'est nous qui soulignons.

[27] Et que l'on retrouve chez certains dévinèr qui se réclament de la religion catholique.

[28] Rituel du feu, qui permet, disent les fidèles, de mieux communiquer avec la divinité.

[29] Outre les travaux de R. Bastide, notamment R. Bastide, 1960, voir A. Jacquemot, 1996 ou A. Ming, 1995.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 18 mai 2009 13:35
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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