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Collection « Les sciences sociales contemporaines »
Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Laurent Mucchielli, “Des jeunes face à VVV”. (Texte publié dans Didier Lapeyronnie, dir., Quartiers en vacances. Des opérations Prévention Été à Ville Vie Vacances, 1982-2002, Paris, Les Éditions de la DIV, 2003, p. 165-184) [M. Laurent Muchielli, sociologue et historien de formation, est chargé de recherche au CNRS et directeur du Centre de recherche sociologique sur le Droit et les institutions pénales au CNRS]. [Autorisation formelle des auteurs accordée le 8 septembre 2005] Introduction Depuis le début des années 80, la problématique de la prévention de la délinquance a évolué en fonction de l’histoire politique et de celle des pratiques institutionnelles. Dans les deux décennies précédentes, ce champ spécifique des politiques publiques relevait principalement de la prévention spécialisée, qui fût progressivement désinvestie par les décideurs publics nationaux puis départementaux du fait de sa faible visibilité et de la montée du sentiment d’insécurité chez les Français [1]. Dans le même temps, le surgissement de la crise économique et l’épuisement de certaines luttes politiques participaient aussi à un certain “ désenchantement ”, voire “ épuisement ” du travail social dans les années 1970 [2]. Les évènements qui se sont produits dans certaines cités de l’agglomération lyonnaise lors de l’été 1981 ont précipité la mise en place de mesures d’urgence destinées à préserver la paix sociale dans les quartiers populaires [3]. C’est ainsi qu’émerge en 1982 le dispositif “ anti-été chaud ”, qui deviendra par la suite “ Opération de prévention été ” (OPE), puis “ Ville Vie Vacances ” (VVV). À l’origine, “ cette opération fut une vaste action interministérielle visant à mobiliser les pouvoirs publics locaux sur un objectif précis et limité dans le temps : réaliser pendant l’été des actions variées, d’animation locale et de départs en vacances pour les jeunes des quartiers ‘chauds’ ” [4]. L’organisation interministérielle de cette politique et son architecture administrative a très peu évolué jusqu’à aujourd’hui, résistant à l’épreuve du temps et des alternances politiques. Ce dispositif, né dans l’urgence, surprend par sa longévité. Mais la politique de la ville est l’objet de critiques de plus en plus vives et d’un désintérêt croissant de la part de l’État. La tendance de fond des années 90 a été celle d’une imposition progressive de modèles plus répressifs, replaçant les forces de l’ordre (police et gendarmerie) au cœur de l’action publique locale, aussi bien par la création de nouvelles unités aux modes d’intervention plus “ musclés ” (telles les brigades anti-criminalité) que par la tentative de réforme baptisée “ police de proximité ”. Accusées régulièrement d’inefficacité, les politiques de prévention laissent la place aux politiques de sécurité, dont la mise en œuvre est plus immédiatement et plus fortement visible. Dans ce contexte, il devient particulièrement difficile d’expliquer les difficultés inhérentes au travail social et à l’animation sociale et culturelle développés dans le sens de la prévention de la délinquance juvénile au sein des quartiers pauvres [5]. La question du ciblage du public en est une, classique et centrale. Enfin, les difficultés classiques d’évaluation des politiques de la ville (notamment la difficulté à définir un système d’évaluation fiable et partagé par des acteurs institutionnels et associatifs particulièrement nombreux et dont les logiques d’action et les horizons d’attente sont très divers), constituent un handicap supplémentaire pour les chercheurs [6]. Ces derniers n’ont cependant pas d’autre choix que celui d’analyser puis de restituer la complexité du réel. [1]. D. Duprez, S. Body-Gendrot, L’évolution des politiques de prévention et de sécurité dans les années 1990 en France, Déviance et société, 2001, 4, p. 377-402. [2] F. Dubet, A. Jazouli, D. Lapeyronnie, L’État et les jeunes, Paris, Les Éditions Ouvrières, 1985, p. 49. [3] Ces événements ont été consacrés dans la presse sous l’appellation étrange de “ rodéos ”. Les faits observables sont les suivants : “ Voilà des jeunes, souvent d’origine maghrébine, qui volent des ‘voitures de riches’, des B.M.W., qui bravent les contrôles policiers et qui, devant des dizaines de copains et de badauds, font des pointes de vitesse et mettent le feu aux voitures sans rien y voler ou presque ” (ibid., p. 57). Ces rodéos se sont reproduits plus de soixante-dix fois cet été là, dans ces villes de l’agglomération lyonnaise (Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Villeurbanne). [4] Ibid, p. 55. [5] Voir par exemple : J.-P. Augustin, F. Dubet, Les fonctions sociales de l’animation, Les cahiers de l’animation, 1975, 7, p. 19-36. [6] D. Behar, La politique de la ville mérite-t-elle d’être évoluée ?, Urbanisme, 1997, n°297.
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