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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Serge Moscovici (dir.), Psychologie sociale des relations à autrui. (2000)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Serge Moscovici, Psychologie sociale des relations à autrui. Paris: Nathan/HER, 2000, 304 pp. Collection: Psychologie Fac. Une édition numérique réalisée par Mme Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedy, Ville Laval, Québec. [Autorisation accordée par l'auteur le 1er septembre 2007 de diffuser la totalité de ses publications dans Les Classiques des sciences sociales.]

[5]

Psychologie sociale des relations à autrui.

Introduction

Plus de vingt années se sont écoulées depuis que j'ai rassemblé les textes de la première Introduction à la psychologie sociale publiée chez Larousse, en français, et qui soit résolument contemporaine. Plusieurs générations d'étudiants l'ont utilisée, acquérant une connaissance de première main de la pensée et des recherches des psychologues sociaux européens dont les travaux ont marqué et continuent à marquer notre discipline. Mais, lorsque l'éditeur m'a proposé de la republier, j'ai jugé qu'il valait mieux faire un livre entièrement nouveau qui soit aussi contemporain que l'était le précédent ouvrage. Moins parce que nos connaissances ont avancé et que les faits se sont accumulés que parce que les points de vue et le style même de la pensée ont changé dans l'intervalle. Des sensibilités se sont fait jour, différentes de celles avec lesquelles nous-mêmes avons commencé nos études. En outre, elles sont plus ciblées sur les choses interpersonnelles, l'ordinaire des relations dans un cercle social défini. Et il m'est apparu qu'il fallait centrer le livre lui-même sur un thème qui exprime ce qu'il y a de profond et de permanent dans notre vie en commun.

La relation à autrui est bien ce thème qui nous préoccupe à chaque instant, dans le détail de notre vie quotidienne comme dans les occasions plus marquées de notre vie professionnelle, familiale ou amoureuse. Les règles de conduite et de communication diminuent, certes, les marges d'incertitude lorsqu'on se pose la question : « Ai-je fait ce qu'il fallait ? Ai-je employé le mot juste ? » Mais la réponse demeure comme en suspens et nous hante. Car autrui nous demeure pour une large part inconnu, et nous nous heurtons à de nombreuses difficultés pour établir avec lui une relation à la hauteur du désir qui la fait naître. Un des obstacles à cette connaissance, et non des moindres, est notre éducation, avec les valeurs qu'elle comporte et les critères de réussite qu'elle suggère, qui exaltent un individu remarquablement égoïste. La psychologie sociale elle-même participe à cet hommage avec ses maîtres concepts - self, ego, identité -, dont le sens n'est pas toujours clair [6] et qui tendent à considérer chaque personne isolée de son milieu proche et des autres personnes. À bien des égards, on explore la pensée, la perception, le langage uniquement à travers l'opposition d'un sujet clos sur lui-même et d'un objet qui lui résiste ou le dépasse de toutes parts. Peu importe qu'une théorie mette l'accent sur le sujet et une autre sur l'objet : notre psychologie, comme le disait un jour Asch, reste informée d'un principe égocentrique.

Nous admettrons sûrement un jour que tout ceci est mutilant, que les faits sur lesquels se fonde cette psychologie ont leurs limites, et que nous accordons à nos connaissances plus de valeur qu'elles n'en ont, dans la mesure où il est impossible de mettre entre parenthèses tout ce qui lie un individu à ses semblables. On espère bien aboutir à séparer la psychologie individuelle de la psychologie sociale en éliminant autrui, mais on ne réussit pas vraiment à en faire abstraction. Car, ainsi que le constate Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi : « Autrui joue toujours dans la vie de l'individu le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un associé ou d'un adversaire, et la psychologie individuelle se présente dès le début comme étant en même temps, par un certain côté, une psychologie sociale, dans le sens élargi, mais pleinement justifié, du mot. » Dès le début, c'est-à-dire à partir du moment où l'enfant s'identifie à ses parents, ses frères et soeurs, et peuple son univers de personnes aimées. En abordant les relations à autrui, nous rapprochons donc, en même temps, la psychologie individuelle de la psychologie sociale autour d'une notion qu'elles partagent.

Pour qui adopte cette perspective, il est étonnant de voir l'insistance avec laquelle on suggère que la question de l'identité - Qui suis-je ? - est plus importante, pour un individu comme pour un groupe, que celle de l'altérité. La géniale trouvaille de Rimbaud fut que « Je est un autre ». Ce n'est pas, je l'admets, une expression qui se passe de commentaires, et les commentateurs sont légion. Elle signifie qu'entre le « je » et le monde extérieur, il convient de placer un troisième terme, cet autre qui introduit une distance et change le sens de nos actes et de nos rapports individuels et sociaux.

Le présent ouvrage a justement pour but d'explorer ce changement dans les champs les plus divers de la vie psychique. Sans vouloir fournir un bilan des recherches, il se propose d'indiquer les tendances significatives et de dégager les résultats les plus prometteurs. Afin de mettre en relief ces tendances, il a été divisé en trois parties distinctes.

La première partie a trait aux relations les plus directes entre soi et autrui. Elle commence par la relation au nom propre et se poursuit par l'examen des relations proches - ce que les Anglo-Saxons appellent close relationships - et des compétences spécifiques que ces relations nécessitent.

La deuxième partie touche aux processus qui affectent les relations entre personnes. Il s'agit, bien entendu, des processus d'influence que nous exerçons sur autrui, mais aussi des processus de représentation ou de raisonnement qui nous permettent d'établir un lien avec lui. On y aborde nécessairement [7] la question de la place d'autrui dans notre univers cognitif et le problème de l'altruisme. Comment percevons-nous autrui ? De quelle manière notre pensée se trouve-t-elle modifiée par cette relation ? Ou encore : Qu'est-ce qui nous incite à aider autrui si besoin est, ou, au contraire, nous en empêche ? Voilà quelques-unes des interrogations auxquelles on s'efforce de répondre à la lumière des études dont nous disposons. Cette deuxième partie comporte une mise à jour des concepts les plus importants de la psychologie sociale, et leur application à des phénomènes classiques. Mais chaque auteur le fait dans la perspective de cette relation à autrui que l'on vise à éclairer.

La troisième partie, enfin, est consacrée aux rapports à un autrui collectif. Celui-ci intervient dans la vie psychique de chacun sous la forme d'un modèle, d'une catégorie sociale à laquelle on s'identifie ou dont on se distingue, ou encore d'un groupe dont on veut faire partie et que l'on perçoit différent, voire extérieur. L'attitude de l'individu envers le modèle qu'on lui propose, envers une catégorie sociale, son propre groupe ou un « groupe extérieur », est d'une importance capitale, non seulement parce qu'elle façonne sa psychologie, mais aussi parce qu'elle détermine la qualité de la vie en commun. Il suffit de penser aux relations entre femmes et hommes, entre groupes ethniques, au racisme, pour s'en convaincre. Tous les chapitres qui composent cette troisième partie touchent donc aux rapports entre sexes et entre groupes, et aux phénomènes qui nous permettent de mieux les comprendre.

Comme toute répartition, cette division du livre a évidemment un caractère arbitraire. Mais nous avons cherché à la respecter dans la mesure du possible.

Il me faut dire quelques mots de la composition du livre et de sa mise en ceuvre. À commencer par les auteurs qui y ont contribué. Ce sont des chercheurs renommés dont les travaux font autorité dans leur domaine. En ce sens, la documentation présentée est sûre et les idées sont, bien entendu, originales. Cependant, je voudrais souligner deux choses. D'abord, chacun des auteurs s'est efforcé de présenter la matière de son chapitre de façon à la rendre accessible aux étudiants qui commencent às'initier aux sciences de l'homme, à la psychologie et à la psychologie sociale en particulier. Je crois que chaque chapitre est même accessible aux élèves des classes terminales des lycées et à quiconque désire acquérir une culture générale. Il n'est, certes, pas facile d'exposer simplement le résultat de ces recherches, cependant le maximum a été fait en ce sens, en évitant, cela va de soi, de tomber dans le simplisme.

Dans tous les chapitres, nous avons mis l'accent sur les problèmes qui se posent dans un champ spécifique. À partir de là, nous avons tenté, à la fois, de montrer comment on réfléchit sur ces problèmes et de dégager une vision générale de leur solution jusqu'à ce jour. Nous n'avons pas cherché à fournir un inventaire encyclopédique de tout ce qui se fait dans un domaine, ni une liste de conclusions auxquelles on serait arrivé. L'expérience montre [8] qu'à la longue on retient davantage les idées que les faits. Et notre but constant a été d'amener à réfléchir sur les idées, plutôt que de faire le tour des faits.

On n'aura pas manqué de remarquer le caractère international de notre livre. Un caractère obligé, dans la mesure où les études sur les relations à autrui se sont surtout développées en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les meilleurs spécialistes travaillant dans ces deux pays. Je pense qu'il est souhaitable, et c'est là une autre raison de notre choix, de familiariser les étudiants avec les différents styles et les diverses traditions de recherche dès le début de leur formation universitaire. Cela facilitera par la suite leurs contacts avec les chercheurs et les travaux d'origine anglo-saxonne ou allemande. À cet égard, les difficultés tiennent moins à l'ignorance de la langue qu'aux différences quant à la manière de poser les problèmes et de penser leur solution. On comprend mieux la nature de la psychologie sociale à travers cette diversité de styles et de traditions, car, plus que toute autre science, elle est déterminée par la culture de ceux qui la pratiquent.

Ce livre s'adresse, en premier lieu, aux étudiants en psychologie sociale. Mais je suis persuadé que son thème concerne tous les étudiants en psychologie, de même que ceux qui suivent des cours de sociologie ou d'anthropologie. Il traite de notions communes à ces disciplines et aborde des questions ou des idées qui permettent de communiquer à travers des frontières qui deviennent, de jour en jour, plus poreuses et arbitraires.

Serge Moscovici



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 10 février 2015 15:46
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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