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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

L'AXIOMATIQUE DE L'INÉGALITÉ DES CHANCES. (2000)
Microlexique de l'individualisme méthodologique


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Raymond Boudon, Charles-Henry Cuin et Alain Massot, L'AXIOMATIQUE DE L'INÉGALITÉ DES CHANCES. Québec: Les Presses l'Université Laval — Paris: L'Harmattan, 2000, 207 pp. Une édition numérique réalisée par mon épouse, Diane Brunet, bénévole, guide de musée retraitée du Musée de la Pulperie à Chicoutimi. [Autorisation accordée par les trois auteurs le 14 janvier 2015 de diffuser ce livre, en accès libre à tous, dans Les Classiques des sciences sociales.]

[191]

L’AXIOMATIQUE
DE L’INÉGALITÉ DES CHANCES

Microlexique de l'individualisme méthodologique

1. Cadre général

1.1 Le concept d'individualisme a trois acceptions reconnues :

- en tant que fait social ;
- en tant que jugement moral ;
- et en tant que méthode.

Les définitions et les principes qui suivent ne concernent que le troisième sens référant à une méthode générale de l'analyse sociologique nommée l'individualisme méthodologique.

1.2. De manière générale, on dira qu'on a affaire à une méthodologie individualiste lorsque l'existence ou l'allure d'un phénomène, ou lorsque la relation entre un phénomène P et un phénomène P’ sont explicitement analysées comme une conséquence de la logique du comportement des individus impliqués par ce ou ces phénomènes.

1.3. S'agissant de la sociologie classique, il est possible de reconnaître dans l'œuvre de Condorcet, Tocqueville, Marx, Weber, Sombart, Simmel, Pareto, Merton, Lazarsfeld..., une adhésion étroite à cette approche et à la conception de l'explication qu'elle résume... Ils ont tous indiqué les moyens défaire concourir dans une analyse de caractère scientifique à la fois les contraintes produites par les systèmes sociaux et l'autonomie des acteurs.

1.4. L'individualisme méthodologique s'oppose aux approches holistes telles que l'hyperfonctionnalisme, l'hyperculturalisme, le réalisme totalitaire et le structuralisme.

[192]

2. Définitions

2.1. Sous-systèmes

Aujourd'hui, on a tendance à se représenter plutôt les sociétés comme des réseaux complexes de sous-systèmes entretenant entre eux des liaisons plus ou moins lâches et mouvantes... Par exemple, celui du marché de l'éducation. Il s'agit d'un système, car le comportement de chaque demandeur d'éducation peut avoir des effets sur tous les autres... Le choix de chaque individu n'a bien entendu qu'un effet marginal négligeable. Mais l'ensemble de ces choix engendre des effets d'agrégation ou de système.

2.2. L'analyse fonctionnelle et les systèmes d'interaction. Dans le cas des systèmes fonctionnels..., la notion de rôle revêt une importance majeure. Elle peut être définie comme caractérisant l'ensemble des normes auxquelles le tenant d'un rôle est censé souscrire.

2.3. Le concept « interaction » désigne la relation réciproque entre deux ou plusieurs actions. Un système de rôles illustre le concept d'interaction.

2.4. Variance des rôles, ambivalence des normes qui « définissent » les rôles, caractère composite de certains rôles et interférences entre rôles constituent quatre phénomènes essentiels pour le sociologue. Leur existence introduit dans les systèmes de rôles un jeu suffisant pour que l'existence d'une dimension stratégique soit toujours garantie (de nombreuses catégories de choix, d'actions et de décisions... ne peuvent être analysées dans la catégorie de rôles ; l'analyse fonctionnelle ne réduit pas au fonctionnalisme).

2.5. Système d'interdépendance

Nous appellerons systèmes d'interdépendance les systèmes d'interaction où les actions individuelles peuvent être analysées sans référence à la catégorie de rôles.

[193]

2.6. Un effet émergent (de composition, non voulu ou pervers) se dit d'un effet qui n'est pas explicitement recherché par les agents d'un système et qui résulte de leur situation d'interaction ou d'interdépendance.

2.7. Un effet émargent peut prendre la forme d'un effet de renforcement, de renversement, de contradiction, d'innovation ou de stabilisation.

2.8. L'effet pervers n'est qu'une des figures de l'émergence.

2.9. On peut dire qu'il y a effet pervers lorsque deux individus (ou plus) en recherchant un objectif donné engendrent un état de choses non recherché et qui peut être indésirable du point de vue de chacun des deux, soit de l'un des deux.

3. Les principes appliqués à l'analyse du changement social

3.1. L'analyse se propose d'expliquer un phénomène du point de vue d'un système d'interaction ou d'interdépendance.

3.2. Ce phénomène est traité comme un phénomène résultant du comportement des agents du système.

3.3. Ce phénomène ne résulte pas des intentions des acteurs et il est traité comme un phénomène émergent.

3.4. Le comportement des individus a le statut d'actions orientées.

3.5. Appliqué au changement social, même au niveau macrosociologique, ce phénomène n'est intelligible que si l'analyse descend jusqu'aux agents ou acteurs sociaux les plus élémentaires composant les systèmes d'interdépendance auxquels il s'intéresse.

3.6. Les principes renvoient donc aux notions de logique d'action d'interaction, d'interdépendance, de logique de situation, de système et d'effets émergents.

3.7. Les processus de changement peuvent être reproductifs, cumulatifs, de transformation. Ces processus remplacent la notion de « loi de l'histoire ».

3.8. Ces principes n'excluent ni n'impliquent aucun modèle microsociologique particulier. Ils recommandent seulement de [194] rechercher le sens pour le sujet dans la situation qui est la sienne de son action, en d'autres termes la valeur adaptive de cette dernière. Ils n'impliquent aucun atomisme, puisqu'ils n'excluent en aucune façon les phénomènes relationnels comme l'influence et l'autorité, et qu'ils insistent pour que le comportement de l'acteur soit compris par rapport à une situation, elle-même partiellement déterminée par des variables microscopiques.

4. Quatre règles méthodologiques

4.1. Se garder d'expliquer les phénomènes sociaux par les exigences supposées et souvent imaginaires de la « totalité » dont relèvent ces phénomènes.

4.2. Éviter les théories générales qui prétendent tirer de quelques propositions réputées « évidentes » des conséquences universellement applicables.

4.3. Expliquer le comportement (les attitudes, les croyances, etc.) de l'acteur, c'est mettre en évidence les « bonnes raisons » qui l'ont poussé à adopter ce comportement tout en reconnaissant que ces raisons peuvent, selon le cas, être de type utilitaire ou téléologique, mais aussi bien appartenir à d'autres types.

4.5. Traiter les faits sociaux comme des phénomènes d'agrégation ou de composition résultant de la rencontre d'actions individuelles.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le Lundi 08 août 2005 16:50
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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