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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Raymond MASSÉ, La fin des plantations ? (1980)
Présentation, par Jean Benoist


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Raymond MASSÉ, La fin des plantations ? Évolution des formes de soumission au travail dans deux sociétés néo-coloniales. Martinique, Guadeloupe. Montréal: Centre de recherches Caraïbes, Université de Montréal, 1980, 154 p. [Autorisation accordée par l'auteur le 14 novembre 2008 de diffuser cette oeuvre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Présentation

par Jean Benoist.

Depuis quelques années, on a beaucoup pensé et écrit sur les Antilles. Accompagnant une montée nationale, soulignant la conscience du besoin d'être, beaucoup d'écrits ont joué à la fois le rôle d'une connaissance et celui d'une action. Action qui n'a pas nécessairement une prise directe sur les réalités matérielles, mais qui pousse un nombre croissant d'individus à s'impliquer dans le destin de leur collectivité.

Les travaux de chercheurs professionnels, face à ce bouillonnement culturel, dégagent souvent une certaine impression de fadeur. Malgré eux bien souvent, ils semblent éviter tout projet, tout débouché créateur d'avenir, et se cantonner a une réalité observable, donc amputée de l'imaginaire qui la fait vivre et qui lui donne un sens. Mais en opérant ainsi ces chercheurs suivent cependant une démarche nécessaire, à condition de rester aux aguets des voix qui demandent plus. Par cette écoute, leur approche évolue, et elle converge avec d'autres démarches vers un but identique.

L'évolution des travaux effectués aux Antilles témoigne de cette influence. Dans un excellent texte présente a une conférence organisée par le C.N.R.S. [1], Michel Giraud trace clairement un bilan et un projet qui bien que dépassant les Antilles, les concerne pleinement. Il écrit qu'"Il n'est plus possible de vivre de bonne foi dans l'imposture d'une ethnologie qui fait sa spécialité de peuples colonisés chez qui elle n'étudie que ce qui n'est pas colonial au moment même où ce par quoi elle reçoit l'existence en même temps qu'un objet d'étude (l'expansion coloniale) détruit cet objet et met en question cette existence pour ne plus lui laisser qu'un rôle d'acculturation..." (p. 270).

Mais le dilemme peut être tranché par un changement de point de vue et un renouvellement théorique. M. Giraud le dit fort bien : "Si les anthropologues prennent, toujours davantage, en compte dans leurs analyses les mécanismes de la domination coloniale et impérialiste (...) alors l'ethnologie sortira effectivement de sa spécification initiale. Des sociétés qui étaient difficilement admises dans son champ d'investigation, sous prétexte que leurs formes traditionnelles sont consubstantielles avec le colonialisme, telles les sociétés antillaises, deviendront un terrain d'étude privilégié pour l'anthropologie du changement et des mouvements sociaux, des conflits culturels et des phénomènes de domination" (p. 270). Au cœur de la genèse et des transformations des Antilles, les faits de domination ont en effet une place majeure, souvent refoulée par les idéologies qui confortent ces dominations ou qui les font tolérer par ceux qui les subissent. Et l'observation, comme l'explication, sont infirmes lorsqu'elles s'aveuglent sur les tensions qui parcourent les équilibres apparents, même si elles ne s'expriment que par des voies détournées.

Il faut toutefois se garder de passer à un autre extrême, simplificateur à l'excès, celui où une approche globale ne tient plus compte que des lignes générales, au point de dénier toute spécificité a la situation réelle. Citons encore Michel Giraud qui appelle a une ethnologie où s'équilibrent les nécessités de l'observation et l'attention a une dynamique : "Dépassant le pointillisme des monographies de l'ethnologie traditionnelle et les généralités de la macro-analyse du néo-colonialisme, il s'agit de développer les recherches, encore trop peu nombreuses, qui tentent de relier les situations concrètes (en particulier celles du changement des formes sociales traditionnelles) aux mécanismes globaux du système impérialiste mondial" (p. 271).

On ne saurait mieux dire le propos de la recherche présentée dans ce volume, recherche où, au long de quelques séries d'observations de terrain, le souci constant a été d'assurer cette liaison.

*  *  *

Il est vain en effet de découper le monde rural antillais en sous-ensembles indépendants, alors que chaque île est elle-même si étroitement articulée avec une métropole. Les nombreux travaux historiques, économiques et sociologiques sur la Plantation nous ont clairement démontré combien celle-ci a tenu un rôle dominant dans l'organisation et l'évolution de la totalité du monde rural antillais, et, au-delà, de la société insulaire. Mais ils ont aussi montré que, dans le rapport international, cette plantation est elle-même le relai soumis, d'une domination économique et politique qui a son siège hors de l'île. Système ancien, qui a longtemps évolué sans se briser malgré les chocs de L'histoire. Mais, maintenant... à l'heure où la Plantation chavire, que se passe-t-il dans tes campagnes antillaises ? Libération sociale, recentrement économique, technique et culturel, ou autres formes de soumission ?

Le travail d'équipe dont Raymond Massé., après y avoir directement participé, présente ici la synthèse, se proposait d'apporter quelques réponses a ces questions. A mesure que la départementalisation se concrétisait, les contradictions entre la société de plantation et une société économiquement développée se multipliaient. L 'équilibre antérieur, ébranlé, voyait se libérer les tensions qu'il avait contenues. Migrations des prolétaires ruraux, abandon des petits agriculteurs, réduction généralisée de l'emploi traditionnel s'accompagnaient de changements radicaux des perspectives d'avenir des individus, poussant a des choix qui, a moyen terme semblaient remettre en question l'ensemble de la société.

Paysans en mutation sous une action externe, ces ruraux qui dépendaient jusque-là de la plantation, allaient-ils pouvoir prendre une place nouvelle ? Les terres que l'on morcelait allaient-elles leur permettre de s'intégrer dans une économie nouvelle en y tenant un rôle plus autonome ? Les sources de changement venues de l'extérieur laisseraient-elles aux forces internes à la société l'occasion de les relayer ? Quelles disparités nouvelles, quels remaniements écologiques verrait-on apparaitre ? Mais surtout, y aurait-il là, enfin, la rupture d'une dépendance constante depuis les origines de la plantation, ou un simple réaménagement des soumissions ?

*  *  *

Raymond Massé a eu le mérite de rassembler les données que plusieurs chercheurs et étudiants avaient collectées à ta Martinique et à la Guadeloupe. Mais il a eu une ambition plus grande. S'appuyant sur divers autres travaux, et élargissant ses sources, plaçant l'ensemble dans une structure dont il a pris l'initiative, il a fait œuvre personnelle, et cela dans l'esprit qui a été souhaité au début de cette préface : faire une ethnologie qui, tout en étant attentive aux plus modestes récits, ne ferme les yeux devant aucune des grandes forces sociales ou historiques qui parcourent les sociétés qu'elle étudie, et qui bien souvent les écrasent.



[1] "Impact colonial des sociétés industrielles", in Situation actuelle et avenir de l'anthropologie en France, C.N.R.S., Paris, 1979.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 22 avril 2009 7:46
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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