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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Raymond MASSÉ, “Évaluation critique de la recherche sur l'étiologie de la violence envers les enfants.” Un article publié dans la revue Santé mentale au Québec, vol. 15, no 2, 1990, pp. 107-128. Un numéro intitulé: “Le réel et la mort dans la situation thérapeutique”. [Autorisation accordée par l'auteur le 14 novembre 2008 de diffuser cette oeuvre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Raymond MASSÉ *

Évaluation critique de la recherche
sur l'étiologie de la violence
envers les enfants
”.

Un article publié dans la revue Santé mentale au Québec, vol. 15, no 2, 1990, pp. 107-128. Un numéro intitulé : “Le réel et la mort dans la situation thérapeutique”.

Introduction
L'étiologie psychologiste des abus et négligences

Apports et limites des efforts de caractéristiques des individus concernés

Le modèle sociologique d'analyse des abus et négligences

Expériences de socialisation et dynamique familiale
Statut social et groupes d'appartenance

Apports et limites du modèle sociologique
Le modèle écologique d'analyse des abus et négligences

L'isolement social comme facteur de risque : un cas de fétichisme conceptuel
Le quartier face aux abus et négligences
La culture de la violence
Apports et limites du modèle écologique

Conclusion
Références
Summary


RÉSUMÉ

Cet article porte un regard critique sur les recherches relatives aux abus physiques et à la négligence envers les enfants. Sans passer par une revue systématique de la littérature, l'auteur identifie les divers déterminants de la violence mis en évidence par trois principaux modèles - les modèles psychologique, sociologique et écologique - fait un bilan de leurs apports et de leurs limites à la construction d'une étiologie de la violence. En soulignant le petit nombre de recherches fondées sur une cueillette de données originales, les carences méthodologiques et le peu de concordance dans la définition des variables mesurées, l'article propose de prendre du recul par rapport aux facteurs de risque identifiés et plaide en faveur d'une analyse systémique des déterminants de la violence.


INTRODUCTION

La publication en 1962, Par Kempe et ses collaborateurs, d'un texte décrivant ce qu'ils appelèrent le « syndrome de l'enfant battu » stimula l'intérêt de l'industrie nord-américaine de la recherche pour la problématique des abus et négligences. En quelques années, un véritable marché de la recherche sur la violence se développa. Or, quel bilan pouvons-nous faire de ces recherches ? Où en est la réflexion sur les facteurs prédisposants et précipitants qui génèrent des épisodes de violence ? La recherche sur les causes de cette nouvelle morbidité psycho-sociale est-elle en mesure de guider les programmes de prévention vers les principaux facteurs de risque et d'identifier les populations les plus exposées ? Cette étiologie des abus et négligences permet-elle de construire des grilles de dépistage valables des adultes potentiellement abuseurs et des enfants potentiellement abusés ?

Au moins une étude (Plotkin et al., 1981) a semé le doute sur la qualité d'une majorité de ces recherches, en mettant en cause la faible proportion de recherches reposant sur des données de première main et sur des méthodologies valides. À la même époque fut dénoncé un autre problème d'envergure, soit l'absence de définitions claires des « abus » et des « négligences ». On en est réduit à confronter des listes des facteurs causals provenant de recherches ayant recours à des définitions qui manquent de comparabilité, de fiabilité et de délimitation taxonomique claire (Besharov, 1981). Les cas d'abus physiques sont mêlés aux cas d'abus sexuels ou de négligence. Sauf exception (ex. : Mayer-Renaud, 1989), la sévérité des abus n'est que rarement précisée, pas plus d'ailleurs que leur chronicité. Parmi les abus physiques, on ne distingue pas entre coups et blessures corporelles, administration d'alcool ou de médicaments en quantité et les conditions de vie pouvant conduire aux séquelles physiques (l'enfermement, notamment). Très peu d'études, à l'instar de celle réalisée par l'Association des centres de services sociaux du Québec (Zeller, 1987), discriminent les caractéristiques des cas d'abus physiques, de négligence et d'abus et négligence. En fait, les promoteurs des programmes de prévention des abus et négligences sont contraints d'identifier des facteurs de risque en additionnant les unes après les autres les caractéristiques des adultes abuseurs, des enfants abusés ou des environnements sociaux, culturels et économiques qui ont correlé avec la prévalence des abus et négligences et ce, dans une série de recherches portant sur des clientèles hétéroclites. Nonobstant les lacunes méthodologiques de plusieurs recherches, il est clair qu'un véritable modèle étiologique des abus et négligences ne peut être élaboré à partir d'une telle approche additive.

Le but du présent article est d'enrichir la réflexion sur les forces et les limites de la recherche sur l'étiologie des abus physiques et de la négligence, et en particulier de proposer des balises pour les futures recherches au Québec. Il ne s'agit aucunement d'une revue exhaustive de la littérature. La présentation sera toutefois axée sur les trois principaux modèles d'analyse de ces phénomènes. Le modèle personnaliste, dans un premier temps, cherche à expliquer les abus et négligences par certaines caractéristiques psychologiques et physiques propres aux individus concernés (adultes abuseurs et enfants abusés). Le modèle sociologique, pour sa part, donne comme responsable le contexte socio-économique qui prédispose l'individu à la violence. Le chômage, l'isolement social, la pauvreté et diverses caractéristiques socio-démographiques des adultes abuseurs sont alors mis en cause. Enfin, plus récemment, le modèle écologique insiste sur le rôle de diverses composantes de l'environnement tels le réseau social, le quartier ou la culture de la violence dans lesquels évoluent abuseurs et abusés. L'article tentera de mettre en évidence la contribution de chacun de ces modèles à l'étiologie des abus et négligences.


L'étiologie psychologiste
des abus et négligences

Les premiers efforts des chercheurs intéressés à l'analyse du phénomène des abus et négligences ont porté sur l'étude des caractéristiques individuelles des parents abusifs. Kempe (1962) en particulier et ses confrères médecins ont insisté sur l'importance d'étudier la personnalité et la psychopathologie des parents abuseurs pour améliorer leurs programmes de traitement et de prévention. Le portrait-robot de l'adulte abuseur comprendrait divers traits de personnalité et expériences personnelles qui caractérisent le parent à risque comme « pathologique » (Spinetta et Rigler ; 1972). Dans un deuxième temps, les psychologues chercheront du côté des enfants des caractéristiques qui les prédisposeraient à être abusés. Les recherches permettent de regrouper les caractéristiques des parents abusifs sous trois rubriques : les pathologies psychiatriques acquises ou innées, certains états psychologiques perturbés et certains traits de personnalité.

Malgré les croyances populaires tenaces qui ne peuvent concevoir qu'un individu mentalement sain puisse abuser physiquement, psychologiquement ou sexuellement d'un enfant, il fut estimé qu'à peine 10% des parents abuseurs peuvent être classés comme « malades mentaux » (Kempe, 1973). La maladie mentale constitue donc un facteur de risque relativement marginal et les abus et négligences seraient, dans une plus large mesure, associés à des désordres psychologiques mineurs.

Près de 50% des adultes abuseurs présenteraient de ces désordres psychologiques, tels la dépression ou l'alcoolisme (Blumberg, 1974). De même, divers traits de personnalité sont attribués aux adultes abuseurs. On parlera d'un faible niveau d'empathie, d'une faible estime de soi, d'asociabilité, de rigidité, de compulsivité, de possessivité, de dépendance, etc., diverses défaillances de caractère qui conduisent l'adulte à un manque d'inhibition dans l'expression de ses frustrations et comportements impulsifs. Enfin, l'adulte abuseur aurait généralement été lui-même un enfant abusé (Hunter et Kilstrom, 1979).

Les diverses tentatives de typologie des parents abuseurs qui départageraient des « constellations » de caractéristiques (voir Spinetta et Rigler, 1972 et Oates, 1979, pour une recension de ces typologies) ont le mérite de mettre de l'ordre dans le fouillis des traits psychologiques. Le travail récent de Prodgers (1984) mérite particulièrement d'être mentionné. Il étudie les caractéristiques secondaires de cinq principaux types d'abuseurs : 1) ceux qui ont un développement émotionnel non complété et sont « immatures », dépendants, frustrés, etc. ; 2) ceux qui ont une pauvre image d'eux-mêmes et de là, une pauvre estime de soi, un manque de confiance, une faible identité, etc. ; 3) ceux qui sont émotionnellement isolés et manquent d'empathie, de confiance envers les autres, etc. ; 4) ceux qui souffrent de solitude et sont tristes, apathiques, déprimés ; 5) enfin, ceux qui ont de faibles mécanismes de contrôle de l'agressivité. Prodgers tente de montrer que le psychisme du parent maltraitant s'apparente à celui du patient souffrant de schizophrénie limite.

Les enfants abusés seraient, quant à eux, fréquemment tracassiers, portés à faire des embarras, apathiques, criards, têtus, négatifs, sujets à panique, non souriants, etc. (Johnson et Morse, 1968) et donc seraient plus difficiles à vivre que les enfants « normaux ». Au plan physique, ils seraient plus souvent prématurés (et donc de faible poids à la naissance) (Klein et Stern, 1971 ; Creyton, 1985) et atteints d'handicaps physiques ou mentaux. Selon les estimations, entre 25% et 30% des enfants abusés seraient nés prématurés, alors que près de 25% des enfants abusés physiquement et 50% des enfants négligés présenteraient un ou plusieurs handicaps (Zeller, 1987). Ce pourcentage pourrait atteindre 40% chez les enfants sévèrement abusés (Baldwin et Oliver, 1975). Les enfants handicapés ou malades seraient aussi plus exposés, à cause des demandes soutenues d'aide et de soutien qu'ils adressent à leurs parents et de l'état de stress et de fatigue qu'ils entretiennent chez ces derniers. Notons qu'au Québec, un enfant abusé physiquement sur dix et un enfant négligé sur six sont orphelins de père ou de mère (Zeller, 1987).

Apports et limites des efforts de caractéristiques
des individus concernés

Cette liste de caractéristiques ou regroupements de caractéristiques individuelles doit toutefois être considérée avec prudence. Elle fut en fait largement constituée à partir d'analyses cliniques de parents abuseurs et enfants abusés qui ne présentaient le plus souvent que l'une d'entre elles. Gelles (1973, 1975) avait noté il y a quelques années que, sur 19 traits de personnalité qu'il avait recensés dans la littérature clinique sur les adultes abuseurs, seulement quatre avaient été cités par deux auteurs et plus. White et al. (1987) ont montré, dans le cadre d'une percutante revue de littérature sur les déficiences physiques des enfants battus, l'ampleur des faiblesses méthodologiques et conceptuelles des recherches qui font de ces enfants avec déficiences un groupe à risque d'abus.

Plotkin et al. (1981), dans un article dévastateur sur la qualité méthodologique de ces recherches, montrent que sur les 270 articles scientifiques recensés identifiant de tels facteurs, moins de 25% reposent sur une cueillette de données originales. Les 75% restants sont fondés sur des impressions et des spéculations, ou au mieux sur quelques observations cliniques. Pire, des 25% d'études basées sur des données empiriques, très peu eurent recours à des devis expérimentaux avec groupes contrôle, moins de 5% utilisèrent des analyses statistiques inférieures à celles appropriées et la plupart n'avaient pas de descripteurs clairement définis. De plus, la plupart des recherches avec données empiriques ne définissent pas de la même façon la prématurité de l'enfant ou la classe sociale des parents. Le problème prend des allures catastrophiques lorsqu'il s'agit de définir des variables complexes comme les déficiences psychologiques des enfants, l'état dépressif de l'adulte ou divers traits de personnalité de l'adulte abuseur. Les mêmes lacunes méthodologiques ont été relevées par Kaufman et Zigler (1987) dans les études portant sur les antécédents de violence chez les abuseurs, ce qui les conduit àremettre en question le pouvoir prédicteur de ce facteur. Très rares sont les recherches qui, à l'instar de celle de Gaines et al. (1978), ont contrôlé dans le cadre d'une étude cas-témoin multivariée les caractéristiques individuelles pour la présence de stress environnementaux. Ces diverses lacunes méthodologiques jettent un doute sur la congruence des caractéristiques identifiées.

Les réserves sont encore plus grandes lorsqu'il s'agit de proposer ces diverses caractéristiques personnelles comme des facteurs causals des abus et négligences (Belsky, 1978). Dans le cas particulier des déficiences physiques et intellectuelles des enfants battus, l'antériorité de ces caractéristiques aux mauvais traitements n'est jamais démontrée. Il est donc impossible de déterminer s'il s'agit de causes ou de conséquences des abus et négligences. Des recherches longitudinales effectuées sur des cohortes de familles à risque et non à risque pourraient permettre l'élaboration d'hypothèses sur les rapports cause à effet. De plus, seule la confrontation, dans le cadre d'une même étude, des caractéristiques personnelles aux caractéristiques de l'environnement familial, social, économique et culturel permettra de clarifier la contribution de chacune à la genèse des mauvais traitements, une fois chaque caractéristique contrôlée pour les effets des autres déterminants et la présence d'interactions entre des sous-groupes de caractéristiques (Plotkin et al., 198 1).

Une autre limite du modèle psychologiste, aux racines plus idéologiques, est le centrage sur le personnage de la mère. L'héritage de la psychologie traditionnelle qui surresponsabilise la femme/mère dans l'explication des déséquilibres mentaux des membres de la famille est malheureusement omniprésent dans la littérature sur les abus et négligences. Belsky (1981) rappelle donc à l'ordre tant les psychologues familiaux que les développementalistes, et les convie à délaisser les analyses axées sur les relations mère-enfant pour inclure la relation père-enfant et les diverses formes d'interaction père-mère-enfant.

Bref, l'étiologie psychologiste a le mérite de proposer un « portrait-type » des parents abuseurs et des enfants abusés. Les leçons à tirer pour la prévention primaire et secondaire sont importantes. Il ressort clairement que la vaste majorité des parents abuseurs ne sont pas des malades mentaux requérant des thérapies psychiatriques. La dépression, le stress, l'insécurité chronique sont des déséquilibres accessibles à la prévention primaire. Toutefois, deux limites majeures doivent être soulignées. La première réfère à une large imprécision dans l'évaluation de la prévalence des caractéristiques individuelles dans les populations abusives et abusées. Les « patterns » et degrés d'associations de ces caractéristiques les unes avec les autres ne sont pas clairement identifiés. Les interventions préventives doivent être prudentes et éviter de centrer leur travail sur le contrôle d'une caractéristique individuelle isolée. La seconde limite réfère aux dangers de considérer ces caractéristiques psychologiques et individuelles sans référence au contexte social et culturel qui les a générées. Il faut dépasser la responsabilisation des parents et des enfants, et orienter l'intervention et les recherches à venir vers les conditions sociales en se posant la question suivante : si tous les parents stressés, dépressifs, anxieux, alcooliques, etc., ne deviennent pas tous des parents abuseurs et si tous les bébés de petit poids, prématurés ou apathiques ne sont pas abusés, qu'est-ce qui transforme un facteur de risque psychologique et individuel en comportement abusif ? Les promoteurs du modèle sociologique proposent de chercher la réponse du côté de l'environnement social dans lequel évoluent et se fixent les racines des désordres psychologiques.


Le modèle sociologique d'analyse
des abus et négligences

L'étiologie sociologique des abus et négligences propose de rechercher les facteurs causals dans les caractéristiques du milieu social dans lequel évoluent les membres des familles abusives. Bien sûr, c'est l'individu qui est encore en cause ici, triais cette fois il n'est pas réduit à ses traits de caractère ou àses rapports avec les membres de sa famille. L'individu abuseur est considéré comme un produit social façonné par le milieu social dans lequel il évolue. Ainsi, le modèle sociologique ne nie pas le rôle central des caractéristiques individuelles dans le vécu d'épisodes de violence. Toutefois, 1) ces caractéristiques individuelles ne sont pas innées, mais sont des produits sociaux générés via les processus de socialisation et d'enculturation ; 2) même une fois présentes chez l'adulte, ces caractéristiques individuelles ne conduiront à des expériences vécues de violence que lorsque l'individu sera placé dans un contexte social stressant ; 3) le contexte socio-culturel favorise la violence comme mode d'expression des tensions. Le concept psychologique de stress est ici central. La violence faite aux enfants serait l'une des formes d'expression et de résolution du stress que l'on retrouve chez des individus conditionnés socialement et culturellement à réagir de cette façon lorsqu'ils sont soumis à des conditions de vie stressantes (Belsky, 1978 ; Gelles, 1973). Le modèle sociologique s'interroge donc non seulement sur les conditions sociales qui favorisent l'émergence de la violence, mais encore sur les facteurs qui expliquent le choix de la violence comme mode d'expression des stress.

Expériences de socialisation et dynamique familiale

Les principaux facteurs auxquels réfère généralement la littérature sont le vécu d'expériences d'abus et/négligence dans l'enfance du parent et la confrontation à un modèle de paternage qui confère au père un rôle disciplinaire et aux enfants un rôle de soumission à l'autorité parentale. L'enfant qui grandit dans un climat de violence est susceptible de considérer la violence physique et verbale comme un mode d'expression normal et légitime des tensions et frustrations. Une telle histoire de vie comporte donc des conséquences qui dépassent l'acquisition de tel ou tel trait de personnalité ou la genèse de déséquilibres psychologiques, comme l'a proposé le modèle psychologiste. Elle résulte dans le développement des rôles, de normes et d'attitudes qui conditionneront le comportement des futurs parents et « modèlent » les réactions au stress (Gelles, 1975). Ici, l'enjeu pour la recherche n'est donc plus d'estimer le pourcentage de parents abuseurs qui furent victimes d'abus dans leur enfance, mais de comprendre le processus de transmission inter-générationnel des attitudes et comportements abusifs. Au niveau de la vie intrafamiliale, les recherches ont généralement mis en évidence comme caractéristiques principales la discorde maritale (Young, 1964), l'instabilité des relations conjugales (Creighton, 1985), voire une désorganisation dans la gestion quotidienne de la maisonnée. La violence faite aux enfants s'inscrirait dans un « pattern » de vie familiale marquée par des relations tendues, agressives, qui alimentent le stress des parents abuseurs.

Statut social et groupes d'appartenance

L'appartenance à certains sous-groupes socio-démographiques et socio-économiques de la société est un facteur fréquemment associé à la prévalence des abus et négligences. L'âge, le sexe et tout particulièrement la classe sociale d'appartenance sont les variables concernées. Les statistiques sur les parents abusifs montrent une sur-représentation des jeunes parents, en particulier des jeunes mères (Benedict et al., 1985 ; Creighton, 1985). L'inexpérience, l'instabilité conjugale, l'insécurité seraient des variables intermédiaires expliquant ce phénomène. La proportion importante des mères ayant vécu une grossesse indésirée (Blumberg, 1974 ; Green, 1976) est peut-être aussi fonction du jeune âge des mères abusives. Toutefois, la plupart de ces recherches non seulement reposent sur un très petit nombre de cas, mais ne pondèrent pas leurs taux en fonction de la sur-représentation des femmes comme chefs de familles monoparentales, de la présence plus constante de la mère dans le quotidien avec les enfants, de la plus grande pauvreté des femmes monoparentales, etc. Bref, la variable sexe risque de masquer l'impact de plusieurs variables intermédiaires.

La principale variable sociale mise en relation avec les abus et négligences est toutefois la classe sociale. Plusieurs études ont observé que les parents provenant des milieux socio-économiquement défavorisés étaient sur-représentés dans la population des parents abuseurs (Garbarino, 1976 ; Creighton, 1985 ; Smith et al., 1973). Encore ici, plusieurs de ces études reposent sur des données recueillies auprès de petits échantillons (par exemple l'étude de Bennie et Sclare, 1969, avec 10 cas cliniques) ou sur des échantillons non aléatoires (celle de Johnson et Morse, 1968, qui ont recruté leurs cas d'enfants abusés dans un hôpital situé dans un quartier défavorisé d'une ville américaine). Dans leur évaluation critique de la littérature sur les abus et négligence, Plotkin et al. (1981) ont d'ailleurs montré que, des 70 études sur les 270 études recensées de 1967 à 1980 qui contenaient des données originales, seulement 13% avaient clairement identifié le niveau de scolarité et 16% le statut d'emploi des parents abuseurs, trois indicateurs de base pour l'identification de la classe sociale d'appartenance. Cette mise en garde des auteurs face au peu de fiabilité des études vaut d'ailleurs pour l'ensemble des caractéristiques sociales, démographiques et sanitaires des parents abuseurs qui sont soit oubliées, soit mentionnées en l'absence d'une définition minimale de leurs paramètres.

Il demeure toutefois qu'à la lumière des observations de certaines études plus sérieuses, nous pouvons retenir la classe sociale d'appartenance comme variable prédictive des abus et négligences (par exemple Garbarino, 1976), et ce, si nous avons la prudence de prendre en considération les faits suivants :

1) la méconnaissance des taux réels d'abus et négligences dans les milieux socio-économiquement défavorisés ;

2) le risque de réduire la classe sociale d'appartenance au seul indicateur qu'est le revenu, sans considération du niveau de scolarité, du statut d'emploi, du statut social de la famille et du milieu social du parent abuseur qui devraient idéalement entrer dans la composition d'un indice d'appartenance de classe ;

3) la méconnaissance de l'influence différentielle des variables socio-économiques sur les trois principaux types d'abus (physiques, psychologiques, sexuels) ;

4) le danger de réduire la classe sociale d'appartenance (et divers indicateurs socio-économiques) à une simple caractéristique des individus abuseurs.

Sur ce dernier Point, il faudra dépasser l'approche psychologique qui postule que les pressions socio-économiques sur les classes défavorisées affaiblissent les mécanismes psychologiques d'auto-contrôle des parents et accroissent les frustrations. Il nous faudra chercher la valeur explicative de la pauvreté dans les conditions concrètes de vie (logement inadéquat, travail aliénant, chômage, sous-emploi, insécurité économique, etc.), qui deviennent autant de facteurs de risque des abus et négligences en créant un environnement social et une sous-culture de pauvreté qui conditionnent l'apprentissage de la violence. Bref, toute étude explicative des abus et négligences devra dépasser l'analyse du revenu familial, du niveau de scolarité, etc., comme indicateurs pour considérer la pauvreté, par exemple, comme condition globale de vie, environnement social et mode de vie. Le modèle écologique abordé plus loin fera un pas dans ce sens.

Le sous-emploi et le chômage en particulier sont aussi associés aux abus et négligences. L'impact de ce facteur peut être analysé à deux niveaux. Premièrement, le vécu d'une perte d'emploi ou d'une mise à pied constitue un événement de vie stressant qui peut conduire le parent à exprimer violemment ses frustrations à ce moment. Deuxièmement, le non-emploi prolongé peut conduire le parent à une perte d'estime de soi et à une agressivité chronique qui le prédispose à une perte de contrôle sur ses comportements en face des demandes et des agissements des enfants. Ici encore, une fois admise l'existence d'une sur-représentation des parents sans travail dans la population des parents abuseurs, plusieurs questions se posent :

1) Quel est l'impact de la durée de la période de chômage sur le niveau de risque du parent ? En particulier, doit-on distinguer le travailleur en chômage prolongé qui entretient ses frustrations et son agressivité, de l'assisté social chronique qui développe une certaine « acceptation » de son état via l'intégration dans une sous-culture de la pauvreté ?

2) Le sur-travail des citoyens d'une société du « je travaille, donc je suis », par le stress chronique qu'il génère, n'aurait-il pas des effets semblables à ceux apportés par le sous-emploi ? Le problème devient plus complexe lorsque l'on considère que ce sur-travail peut être déstabilisant pour certains, mais peut être une drogue essentielle à l'équilibre psychologique et au maintien du statut social pour d'autres.

3) Les frustrations engendrées par un travail aliénant, stressant ou un milieu de travail conflictuel ne pourraient-elles pas constituer des conditions à risque d'abus et de négligences au même degré que le sous-emploi ?

4) Enfin, le sous-emploi a-t-il le même impact chez l'homme et la femme ? Il semble que l'appartenance de la femme au monde du travail ait un effet bénéfique sur la santé mentale de celle-ci et, qu'elle puisse même diminuer son niveau de risque en matière d'abus et de négligences (Strauss, 1979). Toutefois, peu d'études ont su mesurer l'impact de la présence de la mère sur le marché du travail, en contrôlant ce facteur par la prise en considération du phénomène du « double emploi » qui frappe plusieurs d'entre elles et, corrélativement, le niveau d'implication du conjoint dans les tâches domestiques et les soins aux enfants.

Bref, comme plusieurs autres facteurs de risque mis en évidence par le modèle sociologique, le non-emploi est présenté comme une caractéristique des parents abuseurs sans que sa valeur explicative soit étudiée par le biais d'une analyse multivariée qui pourrait : 1) nous éclairer sur le caractère indépendant, additif ou multiplicatif des variables causales et 2) nous permettre d'identifier les rapports entre certaines caractéristiques socio-démographiques de l'individu et celles de l'environnement social et culturel.


Apports et limites
du modèle sociologique

Ce modèle contribue à resituer le phénomène abus et négligences faits aux enfants dans une perspective qui déborde les caractéristiques psychologiques individuelles pour y inclure les facteurs sociaux qui conditionnent les réponses psychologiques des parents abusifs. L'appartenance à tel sous-groupe socio-économique, en particulier aux classes sociales économiquement défavorisées et marginalisées, les caractéristiques de la vie familiale et le cadre socio-culturel dans lequel furent socialisés et enculturés les parents, constituent autant de variables prédisposant aux mauvais traitements.

En tant que facteurs de risque « validés », ces caractéristiques éclairent les interventions visant le dépistage des familles à risque. Elles replacent aussi dans une perspective moins limitée les interventions de prévention primaire qui ne seraient axées que sur le développement d'une « compétence parentale ». Malheureusement, les recherches qui visent à caractériser socio-démographiquement les parents abuseurs ou à risque d'abus ne dépassent souvent pas le stade de la simple énumération des caractéristiques sociales. Il faut aboutir à la production d'un modèle explicatif et analytique qui sera plus que la juxtaposition d'une série de corrélations entre variables indépendantes (caractéristiques sociales) et dépendantes (abus et négligences). Le modèle écologique répondra en bonne partie à ce besoin en intégrant dans un modèle systémique les divers déterminants déjà identifiés par les modèles psychologistes et sociologiques et en les resituant dans le cadre de l'environnement social et culturel global.


Le modèle écologique d'analyse
des abus et négligences

Le modèle écologique d'analyse des abus et négligences s'est directement inspiré du modèle environnementaliste d'analyse du développement humain, en particulier du développement des relations parents-enfants, systématisé par le Psychologue développementaliste Urie Bronfenbrenner (1979). Depuis, un certain nombre de variantes de ce modèle furent proposées (Bouchard, 1981 ; Garbarino, 1982 ; Belsky, 1980). L'enfant y est perçu comme étant le centre d'un vaste ensemble de structures qui affectent sa vie et qui contiennent chacune divers déterminants qui peuvent devenir autant de facteurs de risque au développement d'une saine relation parent-enfant.

Ce modèle contribue de deux façons majeures au raffinement de l'analyse étiologique des abus et négligences. Dans un premier temps, il fait éclater l'approche par caractéristiques individuelles, psychologiques ou socio-économiques des abuseurs et abusés. Ce qui est mis en cause ici, ce sont moins les compétences parentales que les « compétences environnementales » (Bouchard, 1981). Les qualités du réseau de soutien social des parents, les réactions des résidants du quartier face à des épisodes d'abus et diverses composantes de la « culture de la violence » en Amérique du Nord sont les principaux facteurs causals (contextes environnementaux) mis en cause.

Dans un second temps, ce modèle propose un cadre théorique « systémique » qui ne se limite pas à additionner ou à juxtaposer une liste exhaustive de caractéristiques psychologiques, sociales ou environnementales des familles abusives, mais qui, au contraire, analyse les interrelations entre les déterminants. À titre d'exemple, le rôle du chômage dans la genèse d'épisodes de violence ne serait invoqué qu'une fois resitué dans le contexte des facteurs qui, en amont, en sont responsables (systèmes économique et politique, idéologie de classe, etc.) et, en aval, en constituent des conséquences (pauvreté, stress, faible image de soi, etc.). Il s'agissait alors de mettre à jour des engrenages ou mécanismes de production des abus et négligences. Mentionnons que, dans l'état actuel de la recherche, la contribution du modèle écologique à ce niveau est plus théorique qu'empirique. Nous reviendrons plus loin sur ce point.

L'isolement social comme facteur de risque :
un cas de fétichisme conceptuel

La relation entre l'isolement social et les abus et négligences est l'une des mieux établie par les recherches (Strauss, 1979 ; Salzinger, 1983 ; Crittenden, 1985 ; Adamakos et al., 1986 ; voir Seagull, 1987 pour une revue de littérature sur ce sujet). Les réseaux de soutien des parents abusifs se caractériseraient par leur taille réduite et la pauvreté de l'aide disponible. Ces derniers ne pourraient donc bénéficier du soutien instrumental (assistance physique, aide matérielle), cognitif (conseil, renforcement positif) ou émotif qui permet à l'individu de résister aux stress et aux pressions de l'environnement. Ils seraient ainsi privés du rôle immunitaire joué par le réseau de soutien, de même que de l'aide requise pour éviter, le cas échéant, les récidives.

Deux réserves importantes doivent être faites avant de désigner l'isolement social comme facteur causal des abus et négligences. La première tient à la multiplicité des critères retenus pour définir cet isolement et à l'absence de cadre théorique qui permettrait d'intégrer les diverses composantes de ce phénomène. La seconde réfère au manque de recherches qui analyseraient la nature des influences de l'isolement sur les relations parent-enfant et qui, donc, dépasseraient la simple mesure du niveau d'isolement des abuseurs. Les imprécisions dans la définition du soutien social et la faiblesse des efforts d'explication de ses effets sur la violence traduisent en fait une sorte de fétichisation d'un concept auquel on attribue souvent, d'avance, des vertus explicatives.

Un rapide survol de cette littérature montre qu'il existe autant de définitions de l'isolement social que de recherches. Quelques exemples peuvent ici être rapportés pour illustrer ce fait. Salzinger (1983) montre que les mères abusives sont plus isolées parce qu'elles ont significativement moins de personnes ressources identifiées dans leur réseau de soutien. Ces ressources furent définies comme « membres de leur réseau social régulier avec lesquels elles ont maintenu le contact durant la dernière année ». Les mères abusives ont aussi cumulé un plus faible total de jours-contacts passés avec les membres du réseau et sont aussi plus insularisées. L'insularité y est définie comme le nombre de relations qu'un membre d'un sous-réseau (famille, amis, compagnons de travail) entretient avec les membres des autres sous-réseaux. Whaler (1980) a, quant àlui, démontré l'association entre violence et insularité, tout en retenant une acceptation plus large de cette composante définie à la fois par le degré de pauvreté économique, la participation àdes échanges conflictuels et l'isolement social. Crittenden (1985) compare quatre sous-groupes de mères abusives ayant des enfants de 2 à 48 mois à 29 mères adéquates en fonction de quatre variables de réseau social (et non du seul réseau de soutien) : 1) la durée de la relation (depuis combien de temps la mère connaît-elle la personne soutien) ; 2) la fréquence des contacts ; 3) le type d'aide fourni par chacun ; 4) la confiance dans la relation et 5) la réciprocité (l'aide que la mère offre en retour). Par confrontation de ces divers indicateurs quantitatifs et qualitatifs, elle identifie trois « patterns » de soutien différents pour les mères normales, les mères négligentes et celles présentant une combinaison d'abus et de négligences. Adamakos et al. (1986) montrent que le nombre de membres de la parenté vus régulièrement (« régulièrement » n'étant pas défini), le degré de satisfaction de la mère face à ces visites et le nombre de personnes du réseau de soutien social sont de bons prédicteurs, en pré-natal, du degré de stress dans la relation mère-enfant deux ans après la naissance. Il est sous-entendu que deux autres échelles du Maternal Social Support Index, soit la perception par la mère du partage des tâches quotidiennes parmi les membres de la famille et la disponibilité de soutien en cas d'urgence, ne contribuent pas significativement à prédire la qualité de la relation mère-enfant. Bouchard et Desfossés (1989) montrent à partir d'un échantillon non clinique de 106 mères que la proportion de relations conflictuelles avec les membres du réseau, le manque de soutien social et le nombre d'événements critiques négatifs corrèlent positivement avec les conduites coercitives des mères. Smith et al. (1974) montrent que les mères abusives ont moins d'activités sociales (extérieures à la maisonnée) et moins de possibilités de laisser temporairement leur enfant que les 53 mères d'un groupe-contrôle d'enfants hospitalisés pour d'autres raisons. Elles ont, de plus, peu de contacts avec leurs propres parents et d'autres membres de leur famille.

Toutefois, les conjoints de ces mères abusives n'étaient pas plus « isolés » que ceux d'un groupe témoin. Strauss (1979) a montré que les familles biparentales ayant rapporté d'elles-mêmes des épisodes d'abus sont plus nombreuses à fréquenter moins d'une fois par année des services religieux ou à n'appartenir à aucune organisation sociale. Par contre, elles avaient plus fréquemment des membres de la famille habitant près de leur lieu de résidence. Enfin, Gil (1970) montre que près de la moitié des familles rapportées aux États-Unis pour abus physiques en 1967-68 avaient habité durant moins d'un an la résidence occupée au moment de l'épisode d'abus. Lauer et al. (1974) ont montré que seulement 5% des 130 familles abusives étudiées avaient habité la dernière adresse depuis 30 mois, comparativement à 20% des familles d'un groupe-contrôle. Dans les deux cas, ces taux ne sont pas comparés à ceux présentés par la population en général possédant les mêmes caractéristiques socio-démographiques.

Une analyse rapide de ces exemples permet de soulever une multitude de questions sur l'état d'isolement social des familles abusives ou à risque de le devenir. D'abord, les mêmes réserves méthodologiques invoquées dans le cas des études portant sur les caractéristiques psychologiques de cette population sont à souligner : échantillons réduits avec représentativité douteuse, groupes contrôles absents ou avec un faible niveau de comparabilité avec le groupe expérimental, absence de définition précise du type et de la gravité des abus et/ou négligences, etc. De même, les mesures du niveau d'isolement social sont prises après le vécu d'épisodes de violence, voire après que les familles abusives aient été jugées par un tribunal. Or, qu'en était-il de l'isolement avant ces événements ? Le même genre de questions peut être adressé aux études sur la mobilité résidentielle que l'on peut retrouver chez des familles reconnues comme abusives et stigmatisées par leur milieu. L'isolement mesuré est-il cause ou conséquence de ces événements ? Le biais sexiste est ici aussi évident. La majorité des recherches adressent les questionnaires aux mères des familles abusives. Or, qu'en est-il du degré d'isolement de ce conjoint ? L'étude de Smith et al. (1974) suggère que nous sommes peut-être en face de deux « patterns » très différents. Certaines recherches évaluent l'isolement de parents abusifs ayant des adolescents, d'autres des nouveau-nés, alors que l'étape du cycle de développement de l'unité familiale est susceptible d'influer sur la taille et les caractéristiques du réseau social. Enfin, mentionnons que, même si certaines recherches prennent en considération plusieurs indicateurs qualitatifs et quantitatifs, seuls ceux qui ressortent significativement sont présentés dans l'analyse. Or, il n'est que rarement suggéré que les indicateurs non corrélés avec les abus constituent autant d'indices du non isolement de ces familles. Une approche visant à identifier des modèles d'isolement social caractéristiques de divers sous-groupes de familles abusives, et ce, à partir d'une multiplicité d'indicateurs, serait plus à même de nuancer la contribution de ceux-ci.

Cette liste d'indicateurs mériterait d'ailleurs d'être allongée pour mieux cerner la multidimensionnalité de l'intégration sociale. Mentionnons particulièrement des composantes tels la propension des parents à recourir aux ressources disponibles, la réciprocité dans les relations d'aide et surtout les effets négatifs potentiels de l'aide offerte par certains réseaux de soutien. Les personnes ressources identifiées n'auront pas toutes les mêmes aptitudes, tant pour servir de « modèles » aux parents abusifs que pour offrir le type de soutien adéquat, au bon moment, dans les bonnes circonstances.

Toutefois, ce qui frappe davantage dans cette illustration est la multitude d'indicateurs retenus pour définir l'isolement social et, de là, l'impossibilité de dresser un portrait fiable des composantes de l'environnement social qui caractérisent les divers types de familles maltraitantes. On mesurera tantôt l'étendue du réseau social, tantôt celle du réseau de soutien social, la fréquence de contact avec les membres de ces deux réseaux, le degré d'insularité, le degré de participation à des organisations sociales et religieuses ou des composantes plus qualitatives tels la satisfaction face à l'aide reçue, le degré de réciprocité dans le soutien, etc. La question fondamentale posée ici est : l'addition de conclusions de recherches portant sur divers aspects de l'isolement mesurés à partir d'indicateurs définis de façons diverses renforce-t-elle vraiment l'hypothèse d'un plus grand isolement social des familles abusives ? Peut-on parler de preuves cumulatives ou de « validité de convergence » ?

Dans un article fondamental portant sur les distinctions à apporter aux concepts, modèles et mesures de l'isolement social, Barrera (1986) souligne que les définitions du soutien social et de l'isolement social, retenues dans la littérature sur la santé physique et mentale, sont généralement si larges et si vagues que la spécificité et l'utilité du concept sont mises en danger. Ces concepts ne seraient plus utiles à la recherche. Barrera propose de les remplacer par trois autres concepts qui couvrent autant de dimensions spécifiques du soutien social, soit 1) l'ancrage social « social embeddedness » qui réfère aux relations (potentiellement de soutien) de l'individu avec les personnes significatives de son entourage ; 2) le soutien social perçu, soit l'appréciation cognitive de la fiabilité de nos rapports aux autres ; 3) le soutien reçu (« enacted support ») concrètement en cas de besoin défini en opposition au soutien disponible. Il montre que ces trois dimensions sont faiblement correlées entre elles et qu'elles contribuent à l'explication des divers problèmes de santé, chacune de manière spécifique. Les futures recherches sur les abus et négligences devront s'efforcer d'étudier lesquelles de ces dimensions du système social contribuent significativement au modèle étiologique (et lesquelles en constituent des conséquences), plutôt que de miser sur le pouvoir explicatif d'un concept fétiche global.

Le quartier face aux abus et négligences

Le second environnement dans lequel évolue et s'intègre la famille est le quartier. Bien sûr, nous ne référons pas ici à la zone géographique délimitée, mais à un voisinage qui sert de cadre primaire à la vie sociale et culturelle des citoyens, un lieu d'ancrage social qui fonde, à des degrés divers, un sentiment d'appartenance communautaire et constitue un élément-clef du système de soutien social. Chaque quartier n'aura pas le même potentiel de soutien social. Warren (1980), par exemple, en arrive à identifier six types de quartiers qui se distinguent non seulement par leur degré de cohésion social, mais surtout par leur capacité à résoudre les problèmes de leurs membres. Il identifiera les forces et les faiblesses de chacun en ce qui a trait à : 1) l'identification des problèmes reliés à la violence ; 2) la mobilisation des ressources ; 3) la capacité d'établir un consensus entre voisins sur les actions à entreprendre ; 4) le soutien à long terme de ces actions. Bref, chaque type de quartier développera un processus particulier d'aide aux familles abusives ou à risque.

Dans un premier temps, l'approche écologique classifiera les quartiers selon leur niveau de risque en fonction de leur capacité à aider et à soutenir les familles. Aussi, dans les quartiers à risque faible, les signalements de cas d'abus seraient généralement faits par les citoyens, alors que dans les quartiers à risque, les cas sont généralement rapportés par des sources institutionnelles (écoles, hôpitaux, etc.) (Garbarino et Sherman, 1980). Garbarino et Sherman (1980), en comparant un quartier à risque et un autre non à risque, ont observé que, dans le premier cas, 25% des familles avaient au moins un parent à la maison pour le retour d'école de l'enfant, contre 86% pour le quartier à risque faible.

De même, 9% des familles laissent seuls à la maison les enfants malades qui ne peuvent fréquenter l'école dans les quartiers à risque et 0% dans ceux non à risque. De la caractérisation des individus aux plans psychologique et social, on passe donc à la caractérisation de l'environnement. Cette contribution sera fondamentale pour l'amélioration des programmes de dépistage des familles à risque et la réorientation des recherches sur le rôle de l'isolement social.

Dans un deuxième temps, cette variable (le quartier) est mise en relation avec les caractéristiques socio-démographiques des parents abusifs, et c'est ici qu'on retrouve peut-être la contribution majeure de cette approche. Si l'approche sociologique avait démontré une corrélation entre pauvreté et violence faite aux enfants, l'approche écologique relativisera cette hypothèse en démontrant que le taux de déclaration de cas d'abus et de négligence varie de façon significative d'un quartier défavorisé à un autre (Garbarino et Sherman, 1980). En fait, tous les quartiers défavorisés économiquement ne sont pas à risque. Ce sont ceux présentant un fort appauvrissement social qui présentent le plus de cas de signalement à Montréal (Bouchard, 1984). Il faut donc chercher au-delà d'une certaine « culture de la pauvreté » les sources de la violence. L'isolement social des parents, les conditions de logement, l'absence d'infrastructure de loisirs, de garderies, de parcs, de facilités de transport, constituent autant de conditions de vie concrètes qui rendent ces quartiers à risque.

Malheureusement, les recherches ont tendance à classer ces derniers en fonction de leur potentiel de soutien social, à tel point que quartier et soutien social sont présentés comme deux facettes d'un môme facteur de risque : l'isolement social. Or, il est clair que la vie de quartier n'est pas réductible à la seule qualité du soutien social (formel ou informel) disponible. Elle intègre de même les diverses composantes de la culture du milieu (valeurs, idéologie, normes sociales, etc.) et sert de cadre à leur reproduction. C'est cette dernière dimension qui devra être considérée, dans un deuxième temps, par le modèle écologique.

La culture de la violence

Le modèle écologique attire l'attention des chercheurs sur l'influence de diverses composantes de la culture globale dans laquelle évolue la relation parent-enfant. L'attitude des parents qui consiste à considérer l'enfant comme leur propriété privée, comme un bien (Belsky, 1981), les idéologies sexistes qui responsabilisent la mère et non son conjoint pour tout ce qui concerne les soins et l'éducation des enfants et confine le père dans son rôle autoritaire et disciplinaire, ou encore l'immunité dont jouit le territoire familial comme territoire privé ultime, bastion infranchissable de l'intimité du citoyen occidental moderne (Garbarino, 1977), constituent autant de composantes fondamentales qui font de l'environnement culturel un facteur de risque d'abus et de négligences.

Il faudra noter, toutefois, que ces valeurs et idéologies seront réinterprétées, adaptées, corrigées par les diverses sous-cultures en présence (sous-cultures de classe, ethniques, etc.) (Korbin, 1977). La recherche devra prendre ces diverses variantes en considération, les rapports entre ces idéologies et les abus et négligences étant susceptibles de fluctuer significativement d'un sous-groupe à un autre (Long, 1986). Les divers groupes ethniques, en particulier, présentent des valeurs, des attitudes et des comportements reliés à l'éducation des enfants qui sont susceptibles de générer des malentendus avec les intervenants professionnels. Les conceptions culturelles des limites à respecter dans le recours à la discipline physique risque même de conduire à une persécution de ces parents (Gray et Cosgrove, 1985) par les intervenants issus du groupe majoritaire. En ce sens, il sera important de pousser plus à fond les recherches sur les conceptions populaires de la compétence parentale (Massé, 1989) et des abus et négligences et ce, tant dans les milieux de pauvreté francophones que dans les groupes ethniques du Québec.

À un niveau plus global encore devra être analysée l'influence de la « culture de la violence » dans laquelle baignent les parents. Le cinéma, la télévision, les journaux et revues inondent le citoyen d'images de violence. Tant au niveau de la politique internationale que des faits divers locaux, les médias présentent la violence comme un mode privilégié de résolution des tensions et conflits. Cette violence immanente à la vie des sociétés occidentales est d'ailleurs alimentée par les structures socio-économiques fondamentalement inégalitaires de nos sociétés.

Or, ici encore, l'état de la recherche ne permet que la formulation d'hypothèses sur le rôle de cet environnement culturel « à risque » dans le développement de la violence faite aux enfants. Malgré les nombreuses difficultés méthodologiques qu'elle ne manquera pas de rencontrer, la recherche devra s'attaquer à ce type de facteur en priorité.

Apports et limites du modèle écologique

Le modèle écologique a su dépasser le stade de la culpabilisation des parents pour mettre en cause les caractéristiques de l'environnement social et culturel dans lequel évolue la relation parents-enfants. Dans ce transfert des responsabilités des compétences parentales aux compétences environnementales, le modèle resitue les divers facteurs de risques dans le cadre d'un réseau complexe de variables reliées à la violence, mais d'abord reliées entre elles. La violence faite aux enfants n'apparaît plus comme une excroissance spectaculaire, un phénomène marginal généré par une juxtaposition de variables « causales ». On assiste donc à un recentrage du phénomène de la violence au cœur de la vie quotidienne d'une communauté, d'un quartier, d'une niche sociale.

La recherche devra être recentrée dans l'environnement même qui génère la violence et prendre en compte, dans le cadre du vécu des familles, l'articulation entre compétence des parents, réseau de soutien, conditions de logement, composantes de la sous-culture concernée, etc. Ce type d'approche n'est pas accessible aux enquêtes par questionnaire et siéra mieux aux méthodes qualitatives d'observation participante et d'analyse des savoirs populaires.

Si le modèle écologique identifie clairement l'influence de l'environnement culturel, cette préoccupation ne se traduit que par un petit nombre de recherches empiriques et de réflexion théorique sur l'empreinte de la culture de la violence sur les conceptions populaires de la violence, de l'autorité parentale, du rôle du père, de la discipline, des approches éducatives, etc., et ce, dans les sous-cultures de classe ou ethniques, etc. Bouchard (1981) notait, il y a quelques années, l'absence de recherches ou d'interventions qui prendraient en compte l'ensemble des facteurs micro, méso et macrosystémiques. Cette lacune ne semble pas avoir été comblée depuis, les recherches s'attaquant encore à mesurer l'une ou l'autre des composantes de l'environnement. En centrant leurs efforts sur la démonstration de l'importance du soutien social dans la recherche étiologique sur les abus et négligences et la pratique professionnelle préventive, les écologistes n'abordent pas de front la réflexion critique sur les fondements politiques, économiques et culturels de notre « culture de la violence ».


CONCLUSION

Le bilan de la recherche sur les causes du phénomène des abus et négligences est somme toute décevant. L'analyse sommaire de la multitude de textes publiés montre qu'une majorité de ces publications ne reposent pas sur des données originales. La qualité méthodologique des autres est mise en doute. De plus, les recherches cherchent généralement plus à décrire les caractéristiques des individus concernés ou de leur environnement immédiat qu'à analyser, dans le cadre d'un modèle systémique, les articulations entre les divers ordres de déterminants. Le modèle écologique a su élargir le spectre des facteurs de risque sans avoir actualisé, pour l'instant, son approche systémique. Enfin, le recentrage des divers facteurs causals dans le vécu quotidien et l'univers culturel des membres des milieux de pauvreté ou des groupes ethniques reste à faire.

Les acquis de la recherche en ce domaine ne sont toutefois pas négligeables. Une liste exhaustive des déterminants psychologiques, sociologiques et environnementaux des abus et négligences est disponible. Reste maintenant à produire des recherches qui viseront à analyser les rapports de ces déterminants entre eux et leur contribution cumulative à l'explication de ce phénomène. Les méthodes qualitatives et quantitatives doivent chacune apporter leur contribution. Les premières permettront l'analyse de l'articulation des divers déterminants dans le cadre du vécu quotidien de la famille. Les secondes analyseront cette articulation à l'échelle des sous-groupes sociaux, à la condition d'avoir des effectifs importants et les méthodologies appropriées. Ces efforts n'auront toutefois de sens qu'une fois reconnue l'importance de définir clairement et avec concordance les divers déterminants analysés.


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SUMMARY

This article is a critique of research concerning physical abuse and negligence towards children. Without systematically reviewing the literature on the subject, the author identifies the various determining factors of violence underlined by the three principal models - psychological, sociological and ecological -and profiles their contribution and limitations in building an etiology of violence. The author reveals that little research has been carried out based on an original gathering of data, that methodology lacks a certain rigour and that noticeable differences exist in the definition of variables. In light of this, the author suggests that identifiable risk factors be dealt with by using greater circumspection. The author also argues for the need of a systemic analysis of the determining factors of violence.



* L'auteur est chercheur au Département de Santé Communautaire, Centre Hospitalier de Verdun.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 13 mai 2009 7:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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