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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Introduction aux méthodes des sciences sociales (2000)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jean-Louis Del Bayle, Introduction aux méthodes des sciences sociales. Paris-Montréal: L'Harmattan, 2000, 272 pp. Une édition numérique réalisée par ma fille cadette, Émilie Tremblay, bénévole, doctorante en sociologie à l'UQAM. [Autorisation de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales accordée par l'auteur le 8 avril 2012, Jour de Pâque.]

[7]

Initiation aux méthodes
des sciences sociales.


Introduction

En employant, dans le titre de cet ouvrage, l’expression méthodes des sciences sociales on utilise un intitulé devenu classique qui, pourtant, renvoie à des notions qui ne font pas toujours 1’unanimité et à propos desquelles subsistent encore parfois des controverses entre spécialistes. Il en est ainsi d’abord de la définition même de ces disciplines scientifiques particulières que sont les sciences sociales et de la détermination de l’objet de leurs recherches. Par ailleurs, le terme de science appliqué à l’étude des faits sociaux n’est pas sans soulever des difficultés. Enfin, il est nécessaire de préciser ce que l’on entendra par le terme de "méthodes" qui, lui non plus, n’est pas d’un usage univoque.


I. L’OBJET DES SCIENCES SOCIALES

Les sciences sociales constituent une branche des sciences humaines, c’est-à-dire des sciences qui ont l’homme et ses activités pour objet d’étude, et l’on peut déjà noter que les spécificités de cet objet entraînent un certain nombre de conséquences que l’on retrouvera ultérieurement. L’homme ne s’étudie pas exactement de la même manière qu’un objet physique, une plante ou un animal.

Parmi les sciences humaines, les sciences sociales se distinguent des disciplines qui étudient les aspects physiques de l’homme, comme la médecine, ou qui envisagent les hommes en tant qu’individus, comme la psychologie. Les sciences sociales étudient une catégorie particulière de phénomènes humains : les phénomènes sociaux, les faits sociaux. Dans une première approche, on peut définir les faits sociaux comme ceux qui résultent de la vie en société et qui ne se produiraient pas dans une existence humaine totalement solitaire. Donc les faits sociaux sont les faits relatifs à l’homme en société.

• Cependant, si l’on peut dire que les sciences sociales étudient l’homme dans son milieu social, il faut reconnaître que cette expression peut recouvrir des phénomènes et des situations extrêmement diverses. Une civilisation, telle la civilisation occidentale ou la civilisation chinoise, constitue à l’évidence un milieu social qui modèle les individus qui lui appartiennent. Une nation, bien que faisant partie d’une civilisation, [8] présente aussi des traits originaux qui la distinguent des autres. A l’intérieur d’une nation, une ville, un village, les classes sociales, les entreprises industrielles, les administrations, les partis politiques sont autant de milieux sociaux présentant les caractéristiques de groupes fortement organisés. Les familles constituent, elles aussi, des milieux sociaux avec leurs traditions, leurs manières de vivre spécifiques. Cette analyse peut se poursuivre en recensant des phénomènes plus informels. Ainsi, une équipe de football, les classes d’une école, l’équipage d’un avion, dont les membres sont en contact direct, s’organisent, se structurent, évoluent d’une manière originale qu’étudie par exemple la "dynamique de groupe". Enfin, si deux personnes se rencontrent dans la rue, s’abordent et bavardent quelques instants, il se produit entre elles un échange de signes, de gestes, de mots qui crée un phénomène social particulier avec ses caractéristiques propres. Entre cette rencontre fortuite de deux personnes et une civilisation millénaire l’écart est immense. Pourtant ce sont, l’une et l’autre, des réalités sociales.

Aussi la formule utilisée plus haut, du fait de la complexité des réalités auxquelles elle renvoie, n’est-elle pas dépourvue d’ambiguïté. Notamment elle implique à la fois l’idée de collectivité, de groupe organisé, et, d’autre part, l’idée que ces comportements collectifs sont le fait d’individus. Pour cette raison, elle a été interprétée, particulièrement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, dans des sens contradictoires. Ces interprétations ont oscillé entre deux positions extrêmes que l’on peut caractérisé par les termes de holisme méthodologique et d’individualisme méthodologique.

• La thèse du holisme méthodologique met l’accent, dans le rapport individu-groupe, sur le second terme. Pour elle, le groupe constitue la réalité fondamentale : la société a une réalité objective, irréductible à une simple juxtaposition ou combinaison d’individus et de comportements individuels. Dans ses expressions les plus extrêmes, cette tendance va jusqu’à affirmer que l’individu n’a pas d’existence propre en dehors de l’existence concrète de la société à laquelle il appartient et qu’il n’est qu’une sorte de réalité dérivée, de réalité "seconde" par rapport à celle-ci. Ainsi, chez les auteurs organicistes, héritiers de Spencer, comme Lilienfield ou De Greef, ou dans l’école allemande de "l’ontologie de la communauté". Sous une forme plus ambiguë, cette position est aussi celle de Marx (1818-1883) ou celle de Durkheim (1858-1917). Pour Durkheim la société constitue une réalité morale qualitativement distincte des individus qui la composent : c’est un être vivant avec ses intérêts, ses idées, son vouloir propre, indépendant des consciences individuelles. Dès lors la sociologie aurait pour objet l’étude des groupes sociaux, observés de l’extérieur, indépendamment de l’analyse des psychologies individuelles.

• À l’opposé, pour les tenants de ce que Raymond Boudon appelle l’individualisme méthodologique, l’individu est la seule entité à avoir une existence concrète, empiriquement constatable et la société [9] n’est qu’une construction abstraite, à laquelle ne correspond aucune réalité objective. Il n’existe rien d’autre qu’une pluralité d’individus et les phénomènes sociaux sont simplement des modes de relation entre individus, des agrégats de conduites individuelles. Dès lors, la sociologie tend à devenir une psychologie des interactions individuelles. Telle était déjà la thèse défendue face à Durkheim, par Gabriel Tarde (1843-1904) : celui-ci affirmait que la sociologie devait être une psychologie "intermentale", qu’il appelait une "interpsychologie". Si Tarde fut peu suivi en France, où l’emporta l’influence de Durkheim, il a trouvé en revanche une postérité dans les pays anglo-saxons avec les fondateurs de l’actuelle psychologie sociale, comme l’anglais Mac Dougall (1871-1938) ou l’américain F.H. Giddings (1855-1938) et, surtout, l’école "relationiste" de Chicago voyant dans le groupe un système de relations entre individus.

• En fait, ces deux positions sont plus complémentaires que contradictoires et Georges Gurvitch (1894-1965) n’avait peut-être pas tort de ranger ce débat parmi "les faux problèmes de la sociologie du XIXe siècle". Il s’agit plutôt en effet de deux approches différentes d’une même réalité, qui est à la fois faite de collectivités structurées et organisées et de relations interindividuelles, l’importance relative de ces deux aspects variant suivant les phénomènes étudiés. C’est ce que soulignait d’ailleurs la classification proposée par Georges Gurvitch, qui distinguait dans la diversité de la réalité sociale trois niveaux : le plan macrosociologique des sociétés globales, qui comprend les ensembles sociaux assez complets pour suffire à tous les besoins de leurs membres, tels, par exemple, une nation ou une civilisation ; le plan des groupements partiels qui entrent dans la composition des sociétés globales, comme la famille, les groupes de parenté, les associations volontaires, les classes sociales, etc. ; le plan microsociologique des différents modes de liaison sociale - que Gurvitch appelait aussi les "formes de sociabilité" - c’est-à-dire les divers types de rapports sociaux qui s’établissent entre les membres d’une collectivité et les "différentes manières dont ces membres sont liés au tout social et par le tout social" [1].

Cette complémentarité des deux approches est d’autant plus évidente que dans la réalité ces trois plans s’interpénètrent et se conjuguent : les sociétés globales sont formées de groupements particuliers ; sociétés globales et groupements particuliers se constituent à partir de différents types de liaisons sociales. Aussi l’étude et l’explication des faits sociaux demandent que l’on considère à la fois le groupe et les individus : les faits individuels devant être intégrés dans les faits collectifs et les faits collectifs dans les conduites individuelles. Ce que soulignait d’ailleurs Gurvitch lorsqu’il écrivait : "On ne saurait étudier avec quelque précision un groupement concret quel qu’il soit, sans d’une part l’intégrer dans une société globale particulière, sans d’autre part décrire la constellation [10] singulière du microcosme de liaisons sociales qui le caractérise. On peut donc formuler l’observation méthodologique suivante : il est aussi impossible de faire de la microsociologie sans tenir compte de la typologie différentielle des groupements et de la typologie des sociétés globales que de faire de la macrosociologie en négligeant la microsociologie. Ces trois aspects "horizontaux" de la sociologie se fondent et se tiennent réciproquement, car ils sont indissolublement liés dans la réalité des choses" [2]. Dans le même sens Norbert Elias remarquait : "Ce qu’on a coutume de désigner par deux concepts différents, "l’individu" et la "société", ne constitue pas, comme l’emploi de ces termes nous le fait souvent croire, deux objets distincts qui existent séparément, ce sont en fait des niveaux différents mais inséparables de l’univers humain" [3].

• On peut alors définir les sciences sociales, en reprenant une formule de Guy Rocher, comme les sciences dont l’objet est constitué par l’étude des faits "qui ont ceci en commun qu’ils constituent un environnement, un cadre, un milieu qui résultent d’une activité humaine collective et qui conditionnent les activités humaines individuelles" [4]. Dès lors, avec A. et R. Mucchielli [5], qui définissent de même les sciences sociales comme "les sciences qui ont pour objet l’homme dans ses relations avec les autres humains et avec l’environnement régulateur ou modeleur de ces relations", on fera notamment figurer sous cette rubrique générale la sociologie, la psychologie sociale, l’anthropologie culturelle, les sciences du langage, la science économique, la science politique, l’histoire, la géographie humaine, la démographie, les sciences du droit et des institutions.


II. LA NOTION DE SCIENCE SOCIALE

Si des incertitudes ont pu ainsi se manifester sur l’objet des sciences sociales, en raison de la nature particulière de cet objet, celle-ci n’a pas été non plus sans répercussions sur le statut de ces disciplines scientifiques spécifiques. En effet, les caractéristiques originales des faits sociaux ont amené à discuter la possibilité de procéder à leur étude comme on le fait pour les phénomènes de la nature et donc à contester la possibilité de procéder à une étude scientifique de la réalité sociale. De fait, sans conduire à cette conclusion extrême, l’histoire des sciences sociales prouve qu’effectivement cette approche scientifique des phénomènes sociaux a eu du mal à s’imposer et s’est heurtée à un certain nombre d’obstacles.

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• Une première difficulté tient au caractère positif de l’activité scientifique, orientée vers un seul objectif : la connaissance. Comme le dira Durkheim : "La science étudie les faits uniquement pour les connaître et en se désintéressant des applications auxquelles peuvent se prêter les notions qu’elle élabore". Or l’histoire montre que, si la réflexion sur les phénomènes sociaux est ancienne, cette attitude positive en face de la réalité sociale est d’apparition beaucoup plus récente. Pendant très longtemps en effet l’étude des faits sociaux a été conduite dans une perspective de philosophie sociale, c’est-à-dire, non pas tellement dans un but de connaissance, que dans celui de rechercher des principes, des règles, permettant une meilleure organisation et un meilleur fonctionnement de la société. Par opposition à une recherche de type scientifique, qui se borne à constater les faits et à les expliquer, la philosophie sociale n’est pas positive mais normative, dans la mesure où elle s’intéresse moins à ce qui est qu’à ce qui doit ou qui devrait être. Elle ne se limite pas à dire que tel phénomène se produit de telle façon et à telle cause, elle ajoute que telle organisation de la société est préférable à telle autre, que tel comportement social est préférable à tel autre.

• On peut dire, de manière générale, que, jusqu’au XVIIIe siècle, la réflexion sur les phénomènes sociaux n’est pas arrivée à se dégager de cette perspective dominante de philosophie sociale. Jusque là, tous les penseurs sociaux se sont plus ou moins situés dans cette perspective normative, dominée par la recherche du meilleur type de gouvernement et du meilleur mode d’organisation de la société. C’est seulement au XVIIIe siècle que cette approche positive commencera à apparaître dans certains domaines, chez certains auteurs. Ainsi avec Montesquieu (1689-1755) déclarant au début de L’esprit des lois : "Ici on dit ce qui est et non ce qui doit être". Par la suite, l’objectif de tous les grands penseurs sociaux du XIXe siècle sera de faire accéder l’étude des faits sociaux à ce stade positif, depuis Saint-Simon (1760-1825) jusqu’à Durkheim (1858-1917), en passant par Marx (1818-1883), Spencer (1822-1903) ou Auguste Comte (1789-1853). Le père de la sociologie écrivait ainsi : "L’observation des faits est la seule base solide des connaissances humaines... Envisageant toujours les faits sociaux, non comme des sujets d’admiration ou de critique, mais comme des sujets d’observation, elle (la science sociale) s’occupe uniquement d’établir leurs relations mutuelles" [6].

• Ceci étant, il faut remarquer que si, aujourd’hui, la nécessité de tendre à cette attitude positive est assez généralement admise, il n’en reste pas moins que dans la pratique il n’est pas facile d’éliminer toute perspective normative de nature idéologique. D’ailleurs on peut noter que l’effort des grands sociologues du XIXe siècle pour donner à l’étude des faits sociaux un statut scientifique n’était pas lui-même exempt d’arrière-pensées normatives.

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C’est ainsi qu’en arrière plan de leur perspective scientifique on trouve l’intention de fonder une "politique positive" chez Saint-Simon et chez Comte, l’aspiration révolutionnaire chez Marx, le souci de la redéfinition d’une morale sociale chez Durkheim. De même, l’orientation ultra-empiriste de la sociologie américaine jusque dans les années 60, caractérisée par le souci de multiplier les recherches de terrain en éliminant les grandes spéculations théoriques, ne lui a pas épargné le reproche de dissimuler sous son apparente neutralité une justification conservatrice de la société américaine [7]. "N’est-il pas curieux, a écrit le politologue Stanley Hoffmann, que des pionniers de la science "neutre" en soient arrivés à se transformer en chantres et serviteurs de la démocratie américaine" [8]. Inversement les travaux de nombreux sociologues européens ont souvent été sous-tendus par une volonté de critique sociale. Ces remarques soulignent donc la difficulté d’une attitude rigoureusement neutre et objective en face des phénomènes sociaux et la nécessité pour le chercheur de rester toujours vigilant et lucide sur les déformations idéologiques et normatives qui peuvent se glisser dans sa recherche.

• D’ailleurs, l’idée d’une observation scientifique des phénomènes sociaux, l’idée de traiter les réactions humaines comme des faits, d’objectiver leur connaissance n’est pas sans pouvoir susciter des difficultés d’ordre philosophique. C’est ainsi qu’une certaine forme d’humanisme rationaliste ou hyper-spiritualiste, insistant sur la spécificité de la nature humaine, a tendu plus ou moins consciemment à réclamer pour l’homme un statut privilégié et à mettre en cause la possibilité de faire de l’homme et de ses activités un objet de science au même titre que les faits naturels, chimiques ou physiques par exemple. De ce point de vue, il est vrai que le progrès des sciences humaines s’accompagne d’une certaine "mort de l’homme", dans la mesure où il suppose la mise en cause de ce statut d’exception, ce qui ne signifie cependant pas, comme certains pourraient être tentés de le penser, que l’homme soit totalement réductible à ce qu’en apprennent les sciences humaines. Que l’homme puisse être objet de science ne signifie pas qu’il ne soit que cela. Que l’homme soit par exemple, pour partie, le produit de conditionnements sociaux que l’on peut étudier et analyser n’implique pas qu’il soit réductible à ces seuls conditionnements. Telle peut être malgré tout l’origine philosophique de certaines résistances au développement des sciences sociales.

• À ces réticences philosophiques on peut aussi ajouter des réticences que l’on peut qualifier de psychologiques. Ainsi en est-il de la réaction qui consiste à regarder comme inutile le développement de la recherche sociale en considérant qu’elle ne fait que mettre à jour des évidences qu’il suffirait d’un peu d’attention pour découvrir, en usant de l’expérience que chacun a des réalités sociales. Il y a donc ainsi une sorte de sociologie spontanée du sens commun qui a été longtemps un frein au [14] progrès des sciences sociales. Pour d’autres, au contraire, ce sont les connaissances ainsi mises à jour qui constituent une source d’inquiétude dans la mesure où l’on accuse ces connaissances de mettre en cause l’équilibre des sociétés en révélant leurs ressorts cachés ou inconscients, dans la mesure aussi où l’on craint que ces connaissances ne soient utilisées par les détenteurs de toutes les formes de pouvoir pour manipuler et conditionner l’humanité.

• Un obstacle méthodologique, enfin, tient au fait que si certains admettent la légitimité de la recherche sur les phénomènes sociaux, ils contestent la possibilité de couler celle-ci dans le moule de l’analyse scientifique. Ils font ainsi valoir que les sciences de l’homme ou de la société ne sauraient prétendre parvenir à des conclusions objectives à portée générale qui caractérisent l’approche scientifique. Ils estiment impossible l’application aux faits humains des méthodes de mesure et d’expérimentation qu’emploient les sciences de la nature et affirment que la liberté humaine empêche toute possibilité de formulation d’allure déterministe et interdit toute prévision. Cette thèse s’est particulièrement cristallisée dans une opposition devenue classique entre "explication" et "compréhension" qui, pour certains auteurs, comme l’allemand Wilhelm Dilthey (1833-1911) entraînerait une opposition radicale entre les sciences de l’homme et les sciences de la nature.

• Pour Dilthey et ses partisans, "l’explication" est le propre des sciences de la nature. Elle consiste à rechercher de l’extérieur, des liens de cause à effet entre des phénomènes que l’on est impuissant à "comprendre" parce qu’ils n’ont rien d’humain et sont étrangers à notre nature. La démarche qui conduit à l’explication est de ce fait essentiellement objective dans la mesure où les constatations et les affirmations qui en résultent portent sur des réalités matérielles et peuvent souvent être soumises à un contrôle expérimental. Cette objectivité permet que puisse se dégager un assentiment assez général des spécialistes compétents sur un tel savoir. Au contraire, la situation serait très différente dans les sciences de l’homme. Alors que les phénomènes de la nature peuvent seulement être constatés, les faits dont s’occupent ces disciplines sont susceptibles d’être "compris" par une expérience vécue. Comprendre c’est retrouver de l’intérieur la signification que porte en lui-même le donné et non lui en attribuer une seulement de l’extérieur. Dans les sciences humaines le chercheur a en effet la possibilité de comprendre les situations qu’il observe à partir de son expérience personnelle, dans une démarche qui peut prendre appui sur l’intuition et l’expérience intime. Cette subjectivité expliquerait les divergences d’interprétation qui peuvent se manifester à l’égard d’un même phénomène. Toutefois, cette incertitude et cette subjectivité de la méthode compréhensive seraient compensées par la possibilité d’atteindre un très haut niveau d’intelligibilité.

• Si la position de Dilthey conserve quelques défenseurs, elle est cependant écartée par la plupart des spécialistes de sciences sociales. [15] S’il est vrai qu’il est possible effectivement de recourir à une certaine interprétation subjective des faits sociaux, il n’en reste pas moins que le progrès de la connaissance semble lié au développement de procédés objectifs permettant l’observation du dehors des réalités sociales. Il ne paraît donc pas judicieux de distinguer radicalement les sciences humaines et les sciences de la nature comme le font les disciples de Dilthey. Toutefois, leurs analyses ont le mérite d’attirer l’attention sur une certaine spécificité des sciences sociales, qui rencontrent des problèmes et des difficultés que l’on ne trouve pas dans les sciences de la nature. De ce fait, si le rapprochement avec les sciences de la nature apparaît légitime et fécond, il ne doit pas conduire à une imitation servile contre laquelle, aussi "scientiste" qu’il ait pu être, Durkheim lui-même mettait en garde lorsqu’il remarquait : "La sociologie prit naissance à l’ombre des sciences... Il va de soi que parmi les premiers sociologues quelques-uns eurent le tort d’exagérer ce rapprochement, au point de méconnaître l’originalité des sciences sociales et l’autonomie dont elles doivent jouir à l’égard des autres sciences qui les ont précédées" [9]. C’est donc à juste titre que l’on a pu écrire : "Que l’être humain puisse être abordé scientifiquement et que l’on doive le considérer comme formant un domaine d’ordre particulier, voilà les deux conditions difficilement remplies, difficilement maintenues, de l’avancement d’une science humaine" [10].


III. MÉTHODE ET TECHNIQUES

Le terme de "méthodes" demande lui aussi à être précisé car ce terme est utilisé dans la pratique avec des sens très divers pour désigner des procédés qui se situent à des niveaux d’abstraction différents et qui correspondent à des étapes variées de la recherche. Pour y voir un peu plus clair, on distinguera "la méthode" et "les méthodes".

• Au singulier, le terme de méthode désigne, selon certaines approches, "la marche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration de la vérité" [11]. En se référant à cette définition, on considèrera la méthode d’une recherche comme l’ensemble des opérations intellectuelles permettant d’analyser, de comprendre et d’expliquer la réalité étudiée. Par là, la méthode désigne donc une démarche logique, indépendante du contenu particulier de la recherche, et qualifie des processus et des formes de perception et de raisonnement destinés à rendre intelligible la réalité à appréhender. Le problème est alors de savoir s’il existe une méthode spécifique des sciences sociales. La réponse à cette question est étroitement liée aux problèmes évoqués précédemment [16] relatifs à la nature des faits sociaux et à la possibilité de les étudier scientifiquement. Du fait des incertitudes dont nous avons parlé, les controverses ont été sur ce point nombreuses. Les querelles méthodologiques été telles qu’elles ont parfois fait oublier l’objet que l’on se proposait d’explorer. Henri Poincaré écrivait ainsi sous forme de boutade : "Chaque thèse de sociologie propose une nouvelle méthode que, d’ailleurs, le nouveau docteur se garde bien d’appliquer, de sorte que la sociologie est la science qui possède le plus de méthodes et le moins de résultats !". Concrètement, le débat s’est circonscrit sur le point de savoir s’il est possible d’utiliser pour l’étude de la réalité sociale la démarche méthodologique qui a fait ses preuves dans les sciences de la nature : la méthode scientifique expérimentale.

• Ainsi qu’on l’a vu, l’accord s’est progressivement fait sur la possibilité de transposer dans les sciences sociales la méthode scientifique expérimentale utilisée dans les sciences de la nature, mais à condition de tenir compte des problèmes spécifiques qu’impliquent les caractéristiques particulières des phénomènes sociaux. Comme a pu le noter un politologue [12], "l’inspiration centrale de la méthode expérimentale ne saurait être récusée dès qu’on entend quitter le plan de l’interprétation subjective, mais cette référence de principe doit s’accompagner naturellement d’un souci d’éviter les transpositions mécaniques, en bref d’adapter le cycle expérimental à nos besoins". Cette constatation déterminera une première perspective de cet ouvrage, dans la mesure où celui-ci s’efforcera de décrire comment s’opère cette transposition à la recherche sociologique de la méthode expérimentale, avec quelles adaptations et quelles corrections.

• Cette perspective commandera le plan des développements qui suivront, car celui-ci sera construit en référence aux différentes phases de l’analyse scientifique expérimentale. En effet, le raisonnement scientifique expérimental constitue un véritable cycle d’opérations qui peuvent être, dans une certaine mesure, distinguées les unes des autres. C’est ainsi que Claude Bernard écrivait dans son ouvrage classique Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, que l’on considère comme un exposé plus général de la méthode scientifique expérimentale : "Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale : 1o) il constate un fait ; 2o) à propos de ce fait, une idée naît dans son esprit ; 3o) en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles" [13]. Ce qu’un autre auteur complète en constatant : "Schématiquement, la recherche et la vérification d’une loi commencent par une observation relativement initiale, qui donne naissance à une conjecture, transformée par l’induction en une hypothèse (loi supposée universelle). Par déduction un cas [17] singulier est prévu que l’expérimentation rend réel ; une observation relativement finale infirme ou confirme la prévision" [14].

Ainsi apparaissent les différentes étapes de l’enchaînement d’opérations qui constitue le cycle de l’analyse expérimentale avec ce qui fait sa spécificité, une dialectique constante entre le niveau des faits et celui des idées. De l’observation des faits naissent des propositions d’explication qui constituent des hypothèses ; ces hypothèses sont ensuite confrontées avec la réalité au cours d’un processus de vérification qui comporte notamment le recours à l’expérimentation ; ce processus de vérification permet de formuler une ou des explications de la réalité qui pourront donner naissance à des lois ou à des théories.

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• Il faut immédiatement préciser que cette description linéaire des phases de l’analyse scientifique, que l’on peut qualifier d’hypothético-inductive, du fait de l’accent qu’elle met sur le rôle moteur de l’observation dans la genèse inductive des hypothèses, constitue une présentation trop simple de la réalité, correspondant à ce que d’aucuns appellent un "inductivisme naïf". L’inexactitude de ce schéma, telle qu’elle est mise en évidence par des épistémologues comme Karl Popper (1902-1994), tient d’abord au fait que la dialectique des idées et des faits qu’il illustre intervient pratiquement à toutes les étapes de ce schéma [15]. Ainsi l’observation de la réalité n’est pas un commencement ex nihilo de la démarche scientifique, elle est pour une large part commandée par les questions que le chercheur se pose sur la réalité, qui, elles-mêmes, ne sont pas sans rapport, par exemple, avec les théories ou les lois déjà formulées sur celle-ci. En effet, la science naît pour une part de l’affrontement avec le réel, mais elle naît aussi, ainsi que le note Popper, "dans les problèmes et finit dans les problèmes". Ce qui rejoint la remarque de Gaston Bachelard, lorsque celui-ci constate que la démarche scientifique "prend son départ réel dans un problème, celui-ci fut-il mal posé", c’est-à-dire dans les questions que l’on se pose sur la réalité et qui ne naissent pas seulement du simple contact avec celle-ci, la démarche hypothético-inductive se combinant ainsi souvent avec une démarche hypothético-déductive.

Par ailleurs, l’évolution de la réflexion méthodologique a conduit à relativiser la notion de "vérification" impliquant l’idée de l’accès possible, [18] grâce à cette démarche, à une vérité qui aurait un caractère absolu. Des auteurs comme K. Popper ont montré les limites de la vérification inductive, en soulignant que l’accumulation de faits confirmant une hypothèse constitue seulement une présomption de validité de celle-ci, la véritable preuve étant l’impossibilité de confirmer l’hypothèse contraire. Selon l’image de Popper, la conjecture "les cygnes sont blancs" sera relativement validée si on multiplie les observations de cygnes blancs, mais elle ne sera complètement prouvée que si l’on démontre l’impossibilité de découvrir des cygnes non-blancs. Inversement, une seule observation de cygne non-blanc suffira à la réfuter. Ceci étant, la confirmation et l’acceptabilité des hypothèses ne sauraient se passer de la confrontation avec la réalité, mais on préfère aujourd’hui, pour la désigner, remplacer le terme de vérification par le terme de validation empirique. "Un principe, remarque Carl Hempel, garantit l’objectivité scientifique : alors que les hypothèses et les théories peuvent être inventées et proposées librement en science, elles ne peuvent être admises que si elles subissent un examen critique qui comprend notamment la mise à l’épreuve de leurs implications par une observation ou une expérimentation rigoureuse". Plutôt que de parler de vérification, on préfère aujourd’hui considérer que ce processus de confirmation a pour but de corroborer les hypothèses "testées" et dire que "en l’absence de faits défavorables à une hypothèse, sa confirmation sera considérée comme croissant avec le nombre des résultats favorables qu’on obtient quand on la soumet à des tests" [16].


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• Ces précisions étant apportées, le schéma principal - sous sa forme linéaire ou circulaire - de la démarche scientifique déterminera le plan de cet ouvrage. La première partie évoquera les problèmes de l’observation, tout en sachant que celle-ci n’est pas un commencement absolu dans le processus de la recherche scientifique. La seconde partie traitera ensuite de la systématisation, c’est-à-dire du traitement des données fournies par l’observation selon le processus d’analyse que l’on vient d’évoquer. Il convient ici de répéter que cette présentation pédagogique des étapes de la démarche scientifique empirico-expérimentale est en grande partie artificielle et est adoptée dans un but didactique de clarification. Dans la pratique, ces différentes opérations sont plus simultanées que successives : elles sont en fait étroitement imbriquées, étroitement enchevêtrées et reliées par des rapports d’interaction réciproque. Ainsi, par exemple, si les constructions théoriques apparaissent dans ce schéma après l’observation, dans la pratique l’observation de la réalité est cependant aussi influencée par ces constructions théoriques. Encore une fois, la présentation chronologique adoptée ne doit pas faire illusion et ne doit pas être interprétée comme une succession irréversible. Comme le constate, à juste titre, P. Bourdieu : "en projetant dans l’espace sous forme de moments extérieurs les uns aux autres les phases du "cycle expérimental", elle (cette présentation) ne restitue qu’imparfaitement le déroulement réel des opérations puisque c’est en réalité tout le cycle qui est présent dans chacune d’elles" [17].

Dans une seconde perspective, cet ouvrage constituera aussi une introduction aux "méthodes" des sciences sociales, en employant ici ce terme au pluriel. En fait, pour éviter des confusions, on préfèrera parler de techniques, en désignant par là les procédés de recherche qui serviront à mettre en œuvre concrètement et à réaliser les opérations correspondant aux différentes étapes de la méthode. Ainsi, la méthode scientifique, comme on l’a vu, comporte une phase importante qui est l’observation. La notion d’observation relève de la méthode. En revanche, pour réaliser cette observation, on pourra mettre en œuvre des procédés divers, entretiens, sondages d’opinion, analyse de documents qui constituent autant de techniques. De manière plus abstraite, on dira que les techniques représentent des procédés limités, mettant en jeu des éléments pratiques, concrets, adaptés à un but précis et défini, alors que la méthode est une démarche intellectuelle générale coordonnant un ensemble d’opérations techniques dans un but plus large, à savoir connaître et expliquer les phénomènes sociaux. Les techniques apparaissent donc comme des outils de recherche mis en œuvre en fonction d’une stratégie générale définie par la méthode. Cet ouvrage s’attachera donc à décrire aussi les instruments techniques dont le chercheur peut disposer à chaque étape de la recherche.

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ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

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BACHELARD (G), Le nouvel esprit scientifique, Paris, Alcan, 1934. [Livre disponible dans Les Classiques des sciences sociales en octobre 2012. JMT.]

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[1] La vocation actuelle de la sociologie, Paris, PUF, 1963, tome I, pp. 11-14.

[2] G. Gurvitch, op. cit., p. 110.

[3] Qu’est ce que la sociologie?, Paris, Pandora, 1981, p. 156.

[4] G. Rocher, Introduction à la sociologie générale, Paris, Seuil, 1968, T. I, p. 14.

[5] Lexique des sciences sociales, Paris, ESF, 1969, p. 174.

[6] Cité par P. Arnaud, in Sociologie de Comte, Paris, Colin, 1969, pp. 14 et 17.

[7] Cf. Wright Mills, L’imagination sociologique, Paris, Maspéro 1977.

[8] Cité par J. P. Cot et J. P. Mounier, Pour une sociologie politique, Paris, Seuil, 1974, p. 12.

[9] Texte cité in A. Cuvillier, Où va la sociologie française?, Paris, A. Colin, 1953, p. 206.

[10] G. Hahn, "Sciences humaines et techniques d’action sur l’homme", in Semaines sociales de France : Socialisation et personne humaine, Grenoble, 1960, p. 273.

[11] Larousse encyclopédique

[12] Jean Meynaud, La science politique, Lausanne, Etudes politiques, 1960, p. 69. [Livre disponible dans Les Classiques sociales des sciences. JMT.]

[13] Op. cit., Paris, Garnier, 1966, p. 54.

[14] G. Bénézé, La méthode expérimentale, Paris, PUF, 1954, p. 4.

[15] Cette critique du positivisme a été aussi développée par les auteurs "constructivistes" (Cf. P. Berger et T. Luckmann, La construction sociale de la réalité, tr., Paris, 1992), dont certains en arrivent à conclure à la vanité de toute tentative pour atteindre la réalité.

[16] Carl Hempel, Eléments d’épistémologie, tr., Paris, Colin, 1997, p. 24 et p. 52

[17] P.Bourdieu, J.C. Chamboredon, J.C. Passeron, Le métier de sociologue, 1968, Paris, Mouton, p, 89.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 13 octobre 2012 9:47
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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