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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Jean-Louis Loubet del Bayle, “1968. Aux origines de la sociologie de la police en France.” In revue Cahiers de la sécurité, no 6, octobre-décembre 2008, pp. 173-181. Un numéro intitulé : “La criminalité numérique.” Rubrique : “Repères.” L’Institut national des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice, France. [Autorisation de diffuser cet article en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales accordée par l'auteur le 24 novembre 2015.]

[173]

Jean-Louis Loubet del Bayle

Historien des idées et sociologue de la police
Professeur émérite de Science politique
à l'Université des Sciences sociales de Toulouse-Capitole

1968. Aux origines de
la sociologie de la police en France
.”

In revue Cahiers de la sécurité, no 6, octobre-décembre 2008, pp. 173-181. Un numéro intitulé : “La criminalité numérique.” Rubrique : “Repères.” L’Institut national des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice, France.

Introduction [173]
Avant 1968 : un quasi-désert bibliographique [173]
Le changement des années 1970 [174]
Les développements des années 1980 [176]
Obstacles et réticences [178]
Un objet scientifique problématique [179]


Introduction

En ces temps de commémoration des événements de mai 1968, on voudrait évoquer ici une conséquence au premier abord assez paradoxale de ces événements, à savoir la façon dont ceux-ci ont ouvert la voie, en France, et plus largement, en Europe, au développement des recherches sur les institutions policières en contribuant ainsi à l'essor de cette discipline que l'on peut appeler aujourd'hui la sociologie de la police (en usant ici du terme police dans son sens fonctionnel et en l'appliquant à toutes les institutions assurant des fonctions policières).

En effet, la dénonciation par les mouvements contestataires de l'époque de l'orientation « répressive » des institutions politiques et sociales établies a conduit à accorder une attention particulière à ce qui est alors apparu comme l'un des instruments privilégiés de cette « répression » : la police. Commence ainsi à se manifester un mouvement d'intérêt pour la connaissance des institutions policières et de leurs pratiques, qui s'articule donc sur de fortes motivations idéologiques, en s'accom-pagnant d'une prégnante orientation normative, celle-ci se traduisant par une attitude très critique, surtout soucieuse de débusquer et de dénoncer dans la police le « bras armé » de l'ordre social établi. Cela dit, et quelle que soit l'ambiguïté de ces motivations initiales, s'est ainsi amorcée une évolution qui va faire émerger les institutions policières et leurs pratiques comme des objets légitimes de la réflexion intellectuelle et scientifique.

Avant 1968 : un quasi-désert bibliographique

Jusque là, en France tout particulièrement, la réflexion sur la police était très peu développée et un observateur pouvait noter, non sans raison, au tout début des années 1970 : « Dans notre pays latin, bourré d'inhibitions et d'interdits, les sujets tabous ne manquent pas. La police est de ceux-là. Une forme de pudeur rend muets les hommes politiques, de l'opposition comme de la majorité, au moment de répondre aux questions concernant la place de cette institution dans le pays » [1]. Le comportement des milieux intellectuels n'était guère différent. Ainsi, en 1970, la première édition de l’Encyclopoedia Universalis ne comportait pas d'article « police », alors qu'on trouvait dans son équivalent anglais, l'Encyclopaedia Britannica, un article de vingt pages sur le sujet. De même, dans l'index-matière de la Revue Française de Science Politique pour les années 1951-71 ne figurait pas d'entrée « police » et, en 1970 toujours, rendant compte en cinq lignes du livre de David H. Bayley, The police and political development in India, la chronique bibliographique de cette même revue s'étonnait « qu'une si importante étude soit consacrée à un tel sujet » !

En France, les ressources bibliographiques en matière de connaissances sur les phénomènes policiers étaient donc à cette époque des plus limitées [2]. Elles ont, en effet, longtemps été rares et essentiellement constituées, à côté de quelques ouvrages de journalistes [3] et de polémistes, par des écrits de policiers. Soit des livres de mémoires et de souvenirs, au contenu souvent très anecdotique, soit, de façon plus technique, des thèses de droit rédigées par des commissaires de police, comportant assez fréquemment des perspectives réformatrices, notamment pour remédier à l'éclatement des services de police qui a caractérisé l'organisation policière française jusqu'en 1941. À cela, il faut ajouter un certain nombre d'ouvrages sur l'histoire de la police, concernant surtout l'histoire de la police de Paris après le XVIIe siècle.

Après la Seconde Guerre mondiale, la situation jusqu'aux années 1970 ne s'était guère modifiée. La littérature sur la police est alors toujours une littérature de commissaires de police, que leur formation, leurs intérêts et leurs goûts personnels incitaient parfois à une réflexion plus générale [174] sur leur métier. Ainsi avec les ouvrages historiques des commissaires Henri Buisson [4], Jacques Delarue [5] ou Willy-Paul Romain [6]. À cela, il faut ajouter les travaux de policiers engagés dans des activités d'enseignement dans les Instituts de criminologie, comme le commissaire Fernand Cathala à l'Institut d'études criminelles de Toulouse ou le commissaire Marcel Le Clère à l'Institut de criminologie de Paris. Celui-ci publiera, dans la collection Que-sais-je ?, deux ouvrages, l'un, en 1947, sur L'histoire de la police, l'autre, plus fonctionnel, en 1972, intitulé La police. Par ailleurs, dans un article de l’Encyclopédie Larousse, il se prononçait, en 1971, pour l'apparition d'une « policologie » [7], consistant dans l'étude de « l'ensemble des règles pragmatiques, technologiques et déontologiques régissant l'organisation et les interventions de la police », avec la perspective « d'atténuer la position inconfortable occupée par la police dans toute société évoluée » et le souci d'éviter aux citoyens les risques qui peuvent naître des « nécessités facilement invoquées de l'ordre, jointes à la possibilité d'une coercition immédiate ». C'est donc une approche qui mettait l'accent sur l'intérêt du développement des connaissances, mais en l'accompagnant d'une perspective normative, à la fois réformiste et légitimatrice, de l'action policière, comme en témoigne par exemple aussi le titre de l'un des ouvrages du commissaire Cathala, Cette police si décriée [8].

Cette perspective réformiste, on la retrouvait chez un autre commissaire de police, secrétaire général du Syndicat des commissaires de 1955 à 1968, Jean Susini, qui, lui aussi, s'est fait parallèlement l'avocat d'un développement de la recherche scientifique sur les questions policières. Il fut à l'origine de la création, au début de 1968, d'un Bureau de criminologie et des sciences humaines au sein de la direction de la Formation de la Police nationale, qui ne survivra pas aux événements de mai. Bien qu'orienté principalement vers la recherche criminologique, ce Bureau n'excluait pas d'utiliser les « sciences humaines » pour étudier « les problèmes latents dans les diverses branches de la police » [9]. Au début des années 1970, la même préoccupation conduira Jean Susini à traverser l'Atlantique et à devenir pendant quelques années professeur associé à l'École de criminologie de l'université de Montréal. Cette expérience nord-américaine le mit en contact avec le courant de recherches qui avait commencé à se développer aux États-Unis dans les années 1960, dont il va s'attacher à faire connaître les travaux à travers les « chroniques de police » trimestrielles qu'il publie dans la Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Comparé, en plaidant à la fois pour le développement de ce type de recherches en France et pour la prise en compte de ce genre de travaux dans la réflexion sur l'évolution des institutions et des pratiques policières françaises [10].

Cette approche - lorsqu'elle n'était pas anecdotique - était donc une approche qui restait fortement marquée par des perspectives professionnelles, comme c'est encore une approche à partir d'un point de vue professionnel, celui d'un représentant de l'institution judiciaire, que l'on trouvait dans les livres successifs publiés par le magistrat Serge Fuster sous le pseudonyme de Casamayor [11]. Par ailleurs, les perspectives de ces travaux restaient très juridiques avec des orientations, comme on l'a vu, plus ou moins légitimatrices et réformistes, les perspectives de Jean Susini étant les plus novatrices du fait de son ouverture nord-américaine.

Le changement des années 1970

C'est cette situation qui va se transformer après 1968. Comme on l'a déjà indiqué, pour des motifs scientifiquement ambigus, va naître un courant de recherches sur les institutions policières, qui, peu à peu, plus ou moins épuré de sa dimension idéologique, va évoluer, chez un certain nombre de chercheurs, d'une réflexion militante vers une réflexion scientifique. C'est vrai pour la France, mais ce phénomène a aussi été observable en Grande-Bretagne ou en Allemagne et, dans ces pays, nombre de travaux publiés dans le dernier quart du XXe siècle sont nés d'une curiosité initiale qui n'était pas exempte d'a priori idéologiques et normatifs. De ce fait, dans les années [175] 1970, la police, et donc aussi la réflexion intellectuelle sur les phénomènes policiers, vont se trouver au centre de vives discussions de nature idéologique et politique [12]. D'autant plus qu'à partir de 1974-75 vont commencer à émerger en France les problèmes posés par la croissance des phénomènes de délinquance et d'insécurité, qui se traduiront, par exemple, par la publication du Rapport Peyrefitte sur la violence en 1977 [13] et, jusqu'en 1981, par des controverses sur la réalité du « sentiment d'insécurité », tenu par certains comme l'alibi idéologique d'une dérive autoritaire du pouvoir politique de l'époque.

Dans ce contexte, le premier travail de recherche universitaire important conduit par un non-policier est alors la thèse de droit public soutenue en 1972 par Jean-Jacques Gleizal, La police nationale : droit et pratique policière en France. En partant d'une approche juridico-administrative, celui-ci y étudiait le processus de modernisation des institutions policières françaises qui a abouti à la constitution de la Police nationale, telle qu'elle se présentait à la fin des années 1960, après la réforme centralisatrice de 1941, complétée, en 1966, par l'intégration dans la Police nationale de la préfecture de police de Paris. En termes socio-politiques, il interprétait cette évolution centralisatrice comme le processus de construction d'un « État policier », pour faire face à « l'intensification de la lutte des classes », résultant de l'émergence d'un « capitalisme monopolistique d'État » [14].

Devenu professeur à la faculté de droit de Grenoble, Jean-Jacques Gleizal, qui se définissait comme un « juriste-politologue », y créera un Centre l'études et le recherches sur la formation et l'administration, dans le cadre duquel, tout en continuant lui-même à travailler sur ces questions, il fait effectuer un certain nombre de recherches concernant les problèmes policiers, avec des points de vue proches des orientations du groupe « Critique du droit ». C'est aussi en partie dans l'orbite de ce groupe que se développeront à Lyon, tout à la fin des années 1970, les recherches du politologue Claude Journès, spécialiste notamment de l'étude de la Grande Bretagne, dans le cadre d'un Centre d'épistémologie juridique et politique.

Parallèlement, un jeune enseignant de droit public, Bernard Asso, qui avait été membre du cabinet du ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin au début des années 1970, avait créé, en 1974, à la faculté de droit de Nice, au sein d'un Centre d'études administratives, un Centre l'études du droit de la police, dont les activités étaient en relation avec la préparation des étudiants aux concours d'entrée dans la Police nationale. Ce centre organisera en 1977 un colloque sur « la sécurité dans les villes », réunissant des intervenants policiers et universitaires, dont il sera rendu compte dans la Revue le la Police nationale. Ses animateurs publieront en 1979 un ouvrage de présentation des Missions et structures le la Police nationale [15].

En 1976, se crée enfin, à notre initiative, à l'Université des Sciences sociales de Toulouse, dans le cadre de l'Institut d'études politiques, le Centre l'études et le recherches sur la police (CERP). Influencé par certaines des thèses de Jean Susini, ce centre entendait, dès sa création, se singulariser par trois spécificités : la volonté d'abord de substituer à une approche à dominante juridique, une approche sociologique et politologique des institutions policières et de leur fonctionnement ; le souci ensuite d'étudier ces problèmes dans une perspective aussi objective que possible, en tentant de se libérer, autant que faire se peut, des controverses idéologiques ou partisanes suscitées par ces questions ; la préoccupation enfin de distinguer la démarche scientifique à mettre en œuvre pour la connaissance des réalités policières de la réflexion normative [16].

Ainsi, à la fin des années 1970, le développement de la recherche sur les institutions et les pratiques policières s'est organisé en France autour de trois ou quatre pôles institutionnels, qui présentaient la particularité d'être tous implantés dans des universités non parisiennes, à Grenoble et Lyon, à Nice et à Toulouse. Cela étant, le développement de ces recherches reste alors freiné par la centralisation du système policier français et par les réticences que manifestent les institutions policières, en tant que telles, pour s'ouvrir aux investigations des chercheurs, alors que pourtant s'exprime au niveau individuel une volonté des policiers de faire mieux connaître les caractéristiques et les difficultés de leur métier.

[176]

De ce fait, les recherches de terrain supposant un minimum de coopération des institutions policières ne sont alors possibles que lorsque des responsables policiers prennent à titre individuel l'initiative de faciliter le travail des chercheurs, comme ce sera le cas pour la thèse sur les pratiques policières en matière de flagrant délit préparée par René Lévy dans le cadre du Service d'études pénales et criminologiques du ministère de la Justice, dirigé par Philippe Robert, qui deviendra plus tard, en 1984, le CESDIP {Centre d'études sociologiques sur le droit et les institutions pénales). En fait, les quelques travaux réalisés durant la fin des années 1970 sont des travaux isolés qui ne nécessitent pas d'autorisations institutionnelles, comme la thèse d'Irène Dootjes-Dussuyer sur Les images de la police dans l'opinion publique (Grenoble II, 1979), celle de Marie-Hélène Cubaynes, sur La police et la presse : des institutions et des hommes (Toulouse I, 1980) [17], celle d'Henri Souchon sur Le pouvoir discrétionnaire des organes de police [18], les recherches bibliographiques de Marcel Le Clère [19] et de Jean-Claude Salomon [20], ou le colloque historique sur L'Etat et sa police [21] organisé en 1977 à l'initiative de l'Institut d'histoire administrative.

À l'issue de cette période, la légitimité scientifique de ce type de recherche demeure encore très fragile et le milieu universitaire, encore imprégné des thèses idéologiques dominantes à la fin des années 1960, reste fortement réticent. Si notre article sur « La police dans le système politique » est accepté par la Revue Française de Science politique en 1981, le sociologue du travail Dominique Monjardet choisit encore, en 1983, de publier le petit ouvrage monographique qu'il consacre aux policiers sous le pseudonyme de Pierre Demonque [22].

Les développements des années 1980

Dans cette histoire amorcée en 1968, 1982 représente une date importante. Après l'alternance politique de 1981, à l'initiative de la direction de la Formation de la Police nationale et de son directeur Jean-Marc Erbès, s'organise un programme de réforme de la formation des policiers qui entend faire une place aux enseignements que la recherche sociologique peut apporter pour la connaissance des réalités policières. Pour ce faire est alors créé, sous l'égide de la direction de la Formation, avec la collaboration du ministère de la Recherche, un Comité scientifique composé de chercheurs et de policiers [23]. Celui-ci était investi d'une double mission : d'une part, définir les orientations des recherches à susciter et à encourager, d'autre part, organiser des appels d'offre pour gérer des crédits accordés par le ministère de la Recherche afin de favoriser le développement de ce type de recherches.

Cette initiative est importante dans la mesure où elle consacre la légitimité de ces recherches, aussi bien aux yeux de la Police nationale qu'à ceux d'un certain nombre de responsables de la recherche scientifique. En témoignera le numéro spécial qui, à l'instigation de Dominique Monjardet, sera consacré en 1985 à ces questions par la revue Sociologie du travail, qui s'ouvrira sur un article de Jean-Claude Monet [24] exprimant le point de vue de l'institution policière sur cet appel aux sciences sociales. La légitimation policière a aussi une conséquence de grande importance pour les chercheurs, à savoir l'ouverture de la Police nationale à leurs investigations et l'accès à des terrains de recherche restés jusque-là inaccessibles. Par ailleurs, dans le même temps, concrétisant cette évolution, est confiée à un organisme de recherche extérieur, la société Interface, la réalisation d'une grande étude sociographique interne sur les personnels de la Police nationale, comportant notamment l'analyse de prés de 9 000 réponses à une enquête par questionnaire [25].

Ces mesures incitatives vont atteindre leurs objectifs. Elles contribuent d'abord à soutenir et à dynamiser les activités des pôles institutionnels qui s'étaient constitués antérieurement à Grenoble, Lyon, Nice et Toulouse. Jean-Jacques Gleizal publie ainsi, en 1985, Le désordre [177] policier [26], Claude Journès édite l'ouvrage Une science politique de la police [27], et tous deux mettent en en chantier, avec Jacqueline Gatti-Domenach, le livre qui sera publié en 1994 sur La police, le cas des démocraties occidentales [28]. À Toulouse, l'activité du CERP se traduira notamment par la publication sous notre direction de deux ouvrages, Guide des recherches sur la police (1985) et Police et société (1988), aux Presses de HEP de Toulouse, par les études conduites en collaboration avec Serge Albouy sur « Les rapports police-public dans la formation des gardiens de la paix » [29], par la thèse de Georges Portelli sur Le portrait socio-culturel des commissaires de police, et par un séminaire sur « Police et politique » qui nourrira un peu plus tard la rédaction de notre ouvrage La police, approche socio-politique [30]. Ces mesures amènent certains chercheurs proches du CESDIP à s'orienter dans cette voie, comme René Lévy en matière de police judiciaire [31] ou Frédéric Ocqueteau sur les questions de sécurité privée [32]. Le CESDIP organise aussi un séminaire périodique pour réunir les chercheurs français travaillant en ce domaine, auxquels se joindront bientôt des chercheurs étrangers rassemblés dans le cadre du Groupe européen de recherche sur les normativités (GERN) que crée, avec le soutien du CNRS, Philippe Robert en 1985.

Commencent, par ailleurs, à se nouer des relations entre chercheurs français et certains chercheurs du Centre international de criminologie comparée de l'université de Montréal et de l’Association internationale des criminologues de langue française, comme Denis Szabo [33] ou Jean-Paul Brodeur. Elles incitent aussi de nouveaux chercheurs à s'intéresser à ce type d'objet dans le cadre des contrats de recherche gérés par le Comité scientifique de la Police nationale. Ainsi des politologues : par exemple à l'Université de Paris I, autour de Philippe Braud [34], ou à l'Institut d'études politiques de Paris autour de Pierre Favre [35]. Il en est de même chez les sociologues [36], et c'est dans ce cadre que Dominique Monjardet engage les recherches de terrain dont il dressera plus tard le bilan dans son ouvrage Ce que fait la police [37]. De même, cette période voit s'achever le travail monumental de Georges Carrot, Histoire du maintien de l'ordre en France de la Révolution Française à 1968 [38], tandis que Michel Berges, Jean-Marc Berlière et Marie Vogel entreprennent leurs recherches sur l'histoire policière de la IIIe République, qui déboucheront au début de la décennie suivante [39].

Le mouvement que l'on vient de décrire a surtout concerné les recherches sur la Police nationale. Il a néanmoins touché aussi l'autre institution policière française qu'est la Gendarmerie nationale, mais avec une chronologie un peu différente. En effet, la gendarmerie a été l'objet d'une recherche, autorisée par elle et financée par le ministère de la Recherche, de façon relativement précoce, dès la fin des années 1970, avec l'enquête de Hubert Lafont et Philippe Meyer, qui sera publiée sous le titre Le nouvel ordre gendarmique [40]. Mais, cette étude, ayant reçu [178] un accueil réservé de l'institution, restera sans lendemain immédiat. Il faudra attendre la fin des années 1980, après les remous provoqués par la crise résultant de la fronde épistolaire de l'été 1989, pour voir la gendarmerie s'ouvrir aux recherches de François Dieu, chercheur au Centre d'études de recherches sur la police de Toulouse [41].

Telles sont les grandes lignes de l'évolution française de la réflexion intellectuelle et scientifique sur les questions et les institutions policières qui s'est amorcée dans le prolongement des événements de mai 1968 et dont l'une des conséquences institutionnelles sera, en 1989, en élargissant le champ des investigations à toutes les questions de sécurité intérieure, la création de l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), devenu depuis l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES).

Obstacles et réticences

Ce rappel historique présente un intérêt non seulement pour la connaissance du passé, mais aussi en raison des leçons que l'on peut en tirer pour le présent. Notamment du fait des remarques et des interrogations qu'il peut susciter du point de vue de la psychologie et de la sociologie de la connaissance, pour mettre en évidence les obstacles intellectuels que le développement de la sociologie de la police a pu, et peut encore, rencontrer.

Une première observation concerne la marginalité des initiatives qui ont marqué cette histoire en France. Marginalité dans le temps, avec une apparition tardive par rapport aux pays anglo-saxons et à l'évolution nord-américaine, qui a précédé d'une à deux décennies l'évolution française [42]. Marginalité dans l'espace, avec un développement qui s'est fait initialement dans des pôles de recherche « périphériques », non parisiens, ce qui ne saurait être sans signification quand on sait l'hyper-centralisation parisienne de la vie intellectuelle et universitaire française. La conclusion à en tirer est sans doute que ce type de recherches et de réflexion n'a pu naître que dans des lieux et à des moments situés, pour des raisons diverses, un peu à l'écart des conformismes et des modes de pensée et de réflexion installés. Ce poids des conformismes idéologiques ou intellectuels restant d'ailleurs une des difficultés récurrentes auxquelles continue à se heurter ce type de recherches, chez les chercheurs eux-mêmes comme dans leur environnement, notamment du fait d'une médiatisation de ces questions, dans laquelle l'intérêt traditionnel de la presse pour les faits divers se mêle à des considérations qui peuvent être plus idéologiques et plus politiques selon l'actualité ou la sensibilité du moment.

Cela dit, cette marginalité est d'autant plus paradoxale qu'il n'est pas besoin d'une réflexion approfondie pour constater à quel point ces questions se trouvent pourtant au coeur de l'organisation des sociétés, et c'est le côté positif des événements de mai 1968 et des années 1970 de l'avoir mis en évidence. Dès lors, on ne peut que s'étonner que sociologues comme politologues aient mis si longtemps à s'en apercevoir. On ne peut, sur ce point, que partager les interrogations du chercheur américain David H Bayley lorsqu'il constate à propos des politologues : « Le désintérêt des politologues à l'égard de la police est particulièrement curieux. Le maintien de l'ordre est la quintessence de la fonction gouvernementale. Non seulement la légitimité du pouvoir est pour une large part dépendante de sa capacité à maintenir l'ordre, mais l'ordre constitue le critère permettant de dire si un pouvoir politique existe ou non. Conceptuellement comme fonctionnellement, pouvoir politique et ordre sont liés. Bien que les politologues aient reconnu l'utilité d'étudier les fonctions de gouvernement, ils ont négligé l'étude de ses responsabilités fondamentales. Ceci se manifeste dans le fait qu'il y a de très nombreuses études sur les parlements, le pouvoir judiciaire, les armées, les gouvernements, les partis politiques, l'administration en généra], mais très peu sur la police. Pourtant la police détermine les limites de la liberté dans une société organisée et constitue un trait essentiel pour caractériser un régime politique » [43]. Cela dit, cette relation avec l'essence du politique est aussi sans doute, tout aussi paradoxalement, une source de difficultés pour aborder sereinement cet objet, d'autant plus qu'en même temps on constate une tendance des différents acteurs concernés - policiers, politiques, médias - à en escamoter la réalité ou à la réduire à des interprétations superficiellement partisanes [44].

[179]

Si, en ce qui concerne l'attention portée à ces réalités, les choses ont un peu évolué pour certains sociologues et politologues, on peut néanmoins penser que du chemin reste à faire si l'on envisage la reconnaissance de la légitimité scientifique de ces recherches, aussi bien en sociologie qu'en science politique. En science politique, il suffit, par exemple, d'ouvrir les nombreux manuels de science politique du marché universitaire pour constater qu'ils ignorent à peu près tous cette dimension de la réalité politique, alors que, pourtant, beaucoup de ces ouvrages se réfèrent à l'approche weberienne du politique, en faisant référence à la « monopolisation de la violence légitime », tout en ignorant les institutions qui en sont, dans l'ordre interne, la manifestation [45]. De même, les réticences idéologiques, séquelles persistantes du contexte des années 1970, n'ont pas complètement disparu [46] et certains politologues semblent d'autant plus en rester à des préjugés datant de cette époque que leurs travaux s'inspirent assez souvent de références intellectuelles issues de cette période, en illustrant les récents et sévères propos de Marcel Gauchet sur le champ intellectuel français, lorsqu'il décrit celui-ci comme encore encombré par « les suppôts diversement talentueux et les suiveurs plus ou moins originaux du lacanisme, du derridisme, dufoucaldisme ou du bourdivisme » [47].

Un objet scientifique problématique

Cela dit, au-delà des préjugés idéologiques, David H. Bayley [48] met cependant l'accent sur quelques raisons objectives qui peuvent expliquer la relative cécité intellectuelle que l'on a pu constater pendant longtemps en la matière, en France comme dans d'autres pays. Tout d'abord, la police n'apparaît pas, à première vue, comme un acteur décisif dans la genèse des grands événements historiques, son rôle semblant se limiter à la quotidienneté d'activités routinières, ayant plus de rapport avec le destin prosaïque des individus ordinaires qu'avec le sort des nations et des États. De ce fait, l'exercice des fonctions policières est aussi perçu comme peu prestigieux, surtout caractérisé par la fréquentation des bas-fonds de la société, ce prestige étant d'autant plus faible que les policiers, et même les chefs de police, ont été pendant longtemps peu recrutés dans les classes supérieures de la société. Enfin, l'usage de la violence à des fins internes, dans des conflits civils, et avec une orientation par nature assez souvent conservatrice, est génératrice de réticences qui sont d'autant plus accentuées que l'activité de la police a parfois un caractère quelque peu sordide et ne s'accompagne pas de l'imagerie héroïque qui entoure l'histoire militaire. Ces difficultés inhérentes à l'objet et à sa représentation, sont, en outre, renforcées en France par les conséquences indirectes du sous-développement de la recherche criminologique, qui n'a pas réussi à y acquérir de réel statut universitaire du fait de la tendance séculaire des facultés de droit à confondre étude du fait criminel et étude du droit pénal [49].

À cela on peut ajouter les difficultés concrètes que représente une tradition de secret, à laquelle se heurtent d'ailleurs souvent, de manière générale, les recherches de science administrative, mais qui est ici considérablement aggravée dans la mesure où le secret peut apparaître comme une nécessité fonctionnelle, indispensable pour permettre à la police d'assurer avec efficacité les missions qui sont les siennes. Ce souci, sinon cette obsession, du secret, a d'ailleurs été relevé par tous les chercheurs qui se sont intéressés à la « culture policière » ou ont tenté de décrire « la personnalité de travail » des policiers. Aussi, après avoir souligné que la police a encore moins d'historiens et surtout de sociologues que l'armée, est-ce sur cet obstacle que certains mettent l'accent lorsqu'ils constatent que la police est un objet qui se dérobe à [180] l'observation : « Une police est plus disposée à recueillir les renseignements sur les autres groupes qu'à en donner sur elle-même. [50]

De plus, la police est une institution qui tend à susciter spontanément des attitudes et des jugements contrastés, souvent fortement influencés par des réactions affectives ou des préjugés idéologiques ou partisans, plus ou moins en relation avec le contexte social, médiatique ou politique du moment. C'est ainsi que la médiatisation des questions de police a tendance à encourager leur instrumentalisation par les acteurs politiques, avec, notamment, assez souvent, une utilisation de ce vecteur par l'opposition pour déstabiliser le pouvoir en place, en mettant, par exemple, en avant le thème de « l'insécurité » et de « l'inefficacité » de la police lorsque l'opposition est de « droite », ou celui des « bavures » et des dérives « liberticides » lorsque l'opposition est de « gauche ». Sur ces points, le contexte des années 1970 évoqué précédemment constitue une illustration assez probante de ces observations, à quoi s'ajoutent parfois les ambiguïtés que peut créer la tentation chez certains chercheurs de jouer les « conseillers du Prince ». De ce fait, il n'est pas rare que les écrits sur la police se caractérisent, plus ou moins ouvertement et plus ou moins explicitement, par des orientations critiques ou apologétiques, en mêlant approche scientifique et points de vue normatifs [51].

Aussi n'est-il pas facile au chercheur d'adopter en ce domaine l'attitude de neutralité qui doit être la sienne, en évitant, selon la recommandation d'Auguste Comte, de considérer l'objet de ses investigations comme un objet de critique ou d'admiration. D'autre part, à supposer qu'il parvienne à cette objectivité, il lui est encore plus difficile de faire admettre et reconnaître cette neutralité, qui risque d'être toujours vue avec suspicion au gré de préjugés contradictoires. Pour les uns - c'est souvent la réaction des institutions policières elles-mêmes - la curiosité du chercheur sera suspecte de cacher des intentions malveillantes, sinon subversives, tandis que, pour d'autres - c'est plutôt la réaction universitaire - l'intérêt scientifique porté à la police ne pourra être que l'alibi de la complicité d' « intellectuels organiques » avec le pouvoir établi et avec ses aspects les plus autoritaires et les plus répressifs. Le chercheur se heurte ainsi souvent à une censure – et parfois une autocensure - idéologique à laquelle il peut lui être difficile d'échapper. On peut ajouter que celle-ci est d'autant plus susceptible de pénaliser le développement de la recherche que, ces mêmes raisons semblent aussi conduire certains chercheurs à éprouver des difficultés pour mettre en œuvre le processus cumulatif de connaissances, qui est pourtant la condition nécessaire de tout progrès scientifique, quel qu'en soit l'objet. Il suffit de constater les lacunes des références et des bibliographies de certains ouvrages pour se convaincre de l'existence de ce problème, et pour regretter que cette sorte de maladie infantile de la discipline tarde, en France, à se résorber.

Enfin, parmi les causes possibles des réticences à étudier l'objet policier, il en est une plus profonde et plus inconsciente qu'évoque notamment Olivier Philippe dans son travail sur La représentation de la police dans le cinéma français [52], lorsqu'il remarque que, d'une certaine façon, la mise en œuvre de la fonction policière traduit un échec de la communauté à assurer l'intégration de ses membres et est donc, de ce fait, révélatrice de ce qui « fonctionne mal » dans une société, en attirant l'attention sur des zones d'ombre que l'inconscient social est plus disposé à dissimuler qu'à mettre en évidence. A contrario, cette observation permet de rendre compte du traitement différent accordé à l'institution militaire qui, elle, apparaît, à l'inverse, comme le symbole et la manifestation de l'unité de la société, toute entière mobilisée pour défendre collectivement son identité contre les menaces extérieures, en l'exaltant et en la glorifiant.

Dans ce sens, on peut d'ailleurs observer qu'un peu partout le développement de la réflexion intellectuelle sur la police et les pratiques policières à partir des années 1950, a été plus ou moins lié à des situations de crise, dans lesquelles s'est trouvée plus ou moins impliquée la police. Tel a été le cas aux États-Unis, avec les émeutes urbaines et le développement du mouvement des droits civiques dans les années 1950-1960. De même, en Grande Bretagne, les problèmes de maintien de l'ordre liés aux troubles interethniques, au terrorisme irlandais et à l'aggravation d'un certain nombre de conflits sociaux n'ont pas été étrangers à l'attention qui s'est portée sur les questions de police. Quant à la France, c'est aussi une situation de crise de l'institution policière qui, comme on [181] l'a vu, dans les années 1970, a préparé l'évolution des années 1980. Avec, d'abord, les interrogations sur la nature et la légitimité des institutions policières, qui se sont développées dans le climat plus ou moins « libertaire » des événements de mai 68 et, ensuite, avec les difficultés grandissantes que ces institutions ont rencontrées pour faire face à la montée de la petite et moyenne délinquance et les interrogations sur « l'insécurité » qui ont marqué la seconde moitié des années 1970, dans un contexte d'affrontements idéologiques et partisans.

Plus généralement, ceci montre que, d'une certaine manière, le développement des recherches sur les institutions et les pratiques policières ne relève pas seulement de l'histoire de la connaissance, mais qu'il est aussi révélateur des problèmes que connaissent ces institutions pour s'adapter à un environnement dont elles reflètent les profondes transformations. S'il est vrai, comme l'a noté Denis Szabo, que la police peut être considérée comme un véritable « sismographe social » [53], particulièrement sensible aux mouvements et aux changements qui affectent l'évolution des sociétés, des plus superficiels aux plus profonds, il est évident qu'à travers les mutations qui caractérisent aujourd'hui les institutions policières et leurs pratiques, et les questions qu'elles suscitent, ce sont des phénomènes beaucoup plus généraux qui sont perceptibles, qu'il s'agisse de l'évolution des formes de contrôle social, des tendances anomiques que peut comporter le développement de l'individualisme dans les sociétés contemporaines, ou, plus fondamentalement encore, des interrogations qui peuvent se manifester sur la nature du lien social, sur ses conséquences et sur ses justifications.

Dans l'évolution que l'on a décrite, 1968 a bien été une date importante, illustrant les connexions qui peuvent s'établir, parfois d'une manière paradoxale, entre l'histoire sociale et l'histoire intellectuelle. Cela dit, en matière de sociologie de la police, l'héritage de 1968 peut être considéré comme ambivalent. Il a contribué à déclencher un mouvement de curiosité et de réflexion sur des réalités dont l'on avait jusque-là tendance à ignorer l'importance sociale, en insérant ainsi la recherche française dans le courant du développement international de la réflexion scientifique sur ces questions. En même temps, ce mouvement, encore aujourd'hui, a parfois du mal à se libérer du contexte dans lequel il est né, qui pèse encore doublement sur son état actuel. D'une part, du côté des chercheurs, en raison de son parasitage par des considérations liées aux préjugés idéologiques ou aux passions politiques partisanes, dont il n'arrive pas toujours à s'abstraire, dans un domaine où ces pressions restent fortes, du fait notamment, comme on l'a vu, de la tendance persistante chez les acteurs politiques à une instrumentalisation de ces questions, comme aussi du fait de leur médiatisation. D'autre part, en raison des réticences et des préventions que ce parasitage peut induire du côté des institutions policières et de leurs agents comme du côté des responsables politiques ou administratifs, en les incitant à considérer trop facilement qu'ils n'ont rien à apprendre des connaissances que la sociologie de la police peut leur apporter ou en limitant leur intérêt pour celles-ci à la récupération de quelques formules simplificatrices.

Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE

Centre d'études et de recherches sur la police (CERP)
Université des Sciences sociales de Toulouse



[1] J. Sarrazin, La police en miettes, Paris, Calman-Lévy, 1974, p. 207.

[2] Cf. Jean Bastier, Introduction à une historiographie des institutions policières françaises, Toulouse, Publications du CERP, 1989, 84 p.

[3] Comme celui d'André Ulmann, te quatrième pouvoir, police, Paris, Aubier,1935, 285 p.

[4] La police : son histoire, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1958, 318 p.

[5] Histoire de la Gestapo, Paris, Fayard, 1962, 472 p.

[6] Le Dossier de la police : en bourgeois et en tenue, Paris, Librairie Académique Perrin, 1966, 438 p.

[7] Article « Policologie », Encyclopédie Larousse, Paris, Larousse, 1971, p. 9625.

[8] Saverdun, Editions du Champ de Mars, 1971. Il a aussi publié chez le même éditeur : La police au fil des jours (1981), La police face à la criminalité (1984), Délinquance et enquêtes financières (1987).

[9] J. Susini : « La Direction de la formation et le Bureau de Criminologie et de Sciences humaines de la Police Nationale », Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Comparé, 1968, III, p. 679 et s.

[10] Les plus importantes de ces chroniques ont été rassemblées à l'initiative du CERP dans l'ouvrage La police, pour une approche nouvelle, Toulouse, Presses de l'IEP de Toulouse, 1982, 262 p.

[11] Le bras séculier : justice et police, Paris, Seuil, 1960, 310 p. ; La police, Paris, Seuil, 1973, 199 p.

[12] On peut rappeler ici que, dans cette perspective, le cas de la première édition (1970) de l’Encyclopaedia Universalis, déjà citée, était doublement significatif : du désintérêt pour l'objet, hérité du passé, - pas d'article « police » - mais aussi de son idéologisation, reflétant, cette fois, le contexte du moment, car elle comportait une entrée « police », mais avec un renvoi au mot « répression ».

[13] Réponses à la violence, 1977, Paris, Presses Pocket, 228 p.

[14] Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1974, 352 p.

[15] P. Arrighi et B. Asso, Paris, Editions de la Revue Moderne, 1979, 296 p.

[16] Sur les circonstances de la création de ce centre, on pourra se reporter à notre article « Eléments d'ego-histoire », Revue Internationale de Criminologie et de Police technique et scientifique, 2004, n° 4.

[17] La police et la presse : des institutions et des hommes, Publications du CERP, 2 tomes, 1981.

[18] Admonester, du pouvoir discrétionnaire des organes de police. Editions du CNRS, 1981, 201 p.

[19] Bibliographie critique de la police, Paris, Yzer, 1981, 351 p.

[20] Bibliographie historique des institutions policières françaises, Toulouse, Publications du CERP, 1986, 78 p.

[21] L'État et sa police, Genève, Droz, 1979, 216 p.

[22] Les policiers, Paris, La Découverte, 1983. 130 p.

[23] Celui-ci était notamment composé de : André Bruston, Georges Carrot, Laurence Coutrot, Jean-Marc Erbès, Jean-Jacques Gleizal, Claude Guillot, Claude Journès, Jean-Louis Loubetdel Bayle, Gérard Métoudi, Jean-Claude Monet, Dominique Monjardet, Claude Noreck, André Sibille, Jean Susini, Bernard Tarrin. Animé par André Sibille, ce comité sera présidé par le politologue Claude Emeri de 1984 à 1986.

[24] Qui publiera, en 1993, Police et sociétés en Europe, Paris, La documentation Française, 338 p.

[25] Les policiers, leur métier, leur formation, Paris, La documentation Française, 1983, 182 p.

[26] Paris, Presses Universitaires de France, 202 p.

[27] Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1988, 218 p.

[28] Paris, Presses Universitaires de France, 1994, 390 p.

[29] Toulouse, Publications du CERP,   1988,  192 p.

[30] Paris, Montchrestien, 1992, 158 p. En 1995, l'activité du CERP se traduira par la création de la collection « Sécurité et société » aux Editions l'Harmattan, dont le catalogue comporte à ce jour plus d'une vingtaine de titres, et par l'organisation de formations universitaires de troisième cycle (master), à finalité professionnelle ou de recherche.

[31] Du suspect au coupable : le travail de police judiciaire, Paris, Meridiens-Klinksiek, 1987, 184 p.

[32] Dont il fera la synthèse dans Les défis de la sécurité privée, Paris, L'Harmattan, 1997, 184 p.

[33] Fondateur de l'École de Criminologie de l'Université de Montréal et organisateur, en 1972, d'un colloque international sur la police, qui sera à l'origine de l'ouvrage Police, culture et société, préfacé par lui et postface par J. Susini (D. Szabo éd., Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1977, 262 p).

[34] Avec des travaux dont on trouve l'écho dans La violence politique dans les démocraties européennes occidentales, (P. Braud, éd., Paris, L'Harmattan, 1993, 414 p.), et le début des recherches de Patrick Bruneteaux (cf. Maintenir l'ordre, Paris, Presses de la FNSP, 1995, 420p.) et d'Alain Pinel (Une police de Vichy : les CMR (Paris, L'Harmattan, Collection « Sécurité et société », 2004, 400 p.)

[35] Avec notamment des travaux sur le phénomène des manifestations et sur leur contrôle. Cf. P. Favre, éd., La manifestation, Paris, FNSP, 1990, 397 p.

[36] Ainsi, Dominique Lhuillier, La police au quotidien, Paris, L'Harmattan, 1987, 232 p. ; Marc Jeanjean, Un ethnologue chez les policiers, Paris, Métaillé, 1990, 300 p.

[37] Paris, La Découverte, 1996, 316 p. Cf. aussi La police au quotidien. Éléments de sociologie du travail policier, multigraphié, Paris, CST-CNRS, université Paris VII, 1984, 222 p.

[38] Publié par le CERP. Toulouse, Presses de l'IEP de Toulouse, 1984, 2 tomes, 890 p.

[39] M. Bergès, Corporatismes et construction de l'État : le champ policier (1852-1940), Thèse, Toulouse, CERP, 1994 ; Le Syndicalisme policier (1880-1940), Paris, L'Harmattan, 1995 - Berlière J.M, L'institution policière en France sous la IIIe République, 1875-1914, Lille, Atelier national de reproduction des thèses, 3 vol.,1991 ; Le préfet Lépine, Denoël, Paris, 1993, 280 p. - M. Vogel, Les polices urbaines sous la IIIe République, Thèse, Grenoble, 1993.

[40] Paris, Seuil, 1980, 216 p.

[41] F. Dieu, Gendarmerie et modernité, Paris, Montchrestien, 1993, 495 p. Premier d'une série de plusieurs ouvrages, dont : Gendarmerie. Secrets d'un corps (Bruxelles, Complexe, 2000) ou Sociologie de la Gendarmerie (Paris, L'Harmattan, 2008). Il est aujourd'hui directeur du Centre d'études et de recherches sur la police de l'université de Toulouse I.

[42] Cela dit, on doit constater que la littérature internationale reste très largement à dominante anglo-saxonne, avec une tendance de la sociologie de la police internationale à privilégier, en conséquence, les points de vue intellectuels anglo-saxons. On a pu dire que les chercheurs français en la matière se comptent en unités ou, au mieux, en dizaines, alors qu'ils se comptent pas centaines en Grande-Bretagne et par milliers aux États-Unis.

[43] Patterns of policing, New Brunswick NJ, Rutgers University Press, 1985. p. 5

[44] Cf. J.L Loubet del Bayle, Police et politique. Une approche sociologique, Paris, L'Harmattan, 2006, 320 p.

[45] Sur ce point cf. F. Dieu, « Un objet (longtemps) négligé de la recherche scientifique : les institutions de coercition » in E. Darras et O. Philippe (ed), La science politique une et multiple, Paris, L'Harmattan, 2004.

[46] Elles restent notamment sensibles dans des domaines dont les réactions sont souvent, par nature, décalées dans le temps par rapport à l'évolution intellectuelle, comme celui de la gestion des recrutements et des carrières universitaires ou celui de l'organisation administrative de la recherche. Ainsi, alors qu'il a acquis progressivement une réputation reconnue, nationalement et internationalement, dans un domaine où la recherche française est très peu présente, le Centre d'études et de recherches sur la police de l'université de Toulouse I a vu périodiquement son existence administrative contestée, tant par les autorités universitaires locales que nationales.

[47] « Bilan d'une génération », te Débat, mars-avril 2008, p. 107.

[48] Patterns of policing, op. cit., p. 6 et sqq.

[49] Cf. sur cette situation le constat récent de la mission Bauer (Bauer Alain et a/., « Déceler, étudier, former : une voie nouvelle pour la recherche stratégique. Rapprocher et mobiliser les institutions publiques chargées de penser la sécurité », Cahiers de la sécurité, supplément au n° 4, avril-juin 2008, 165 p.). Concernant les conséquences négatives qu'a eues sur l'histoire universitaire française la tendance historique des Facultés de droit à confondre criminalité et droit pénal, économie et droit économique, politique et droit constitutionnel, cf J.L Loubet del Bayle, « La science politique et les facultés de droit, approche socio-institutionnelle », in E. Darras, O. Philippe (ed), La science politique une et multiple, op. cit.

[50] J.W. Lapierre, Analyse des systèmes politiques, Paris, PUF, 1973, p. 18.

[51] Cette remarque ne condamne évidemment pas toute réflexion normative sur ces sujets. Elle tend seulement à souligner que les deux types de réflexion doivent être distingués et ne pas se perturber, en évitant notamment que les choix normatifs ne viennent altérer la perception et l'analyse objective de la réalité, en notant d'ailleurs qu'une authentique réflexion normative suppose une connaissance informée des phénomènes auxquels elle s'applique.

[52] Paris, L'Harmattan, Collection « Sécurité et société », 1999, 480 p.

[53] Police, culture et société, op. cit., p. 7.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 7 novembre 2016 10:45
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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