RECHERCHE SUR LE SITE

Références
bibliographiques
avec le catalogue


En plein texte
avec Google

Recherche avancée
 

Tous les ouvrages
numérisés de cette
bibliothèque sont
disponibles en trois
formats de fichiers :
Word (.doc),
PDF et RTF

Pour une liste
complète des auteurs
de la bibliothèque,
en fichier Excel,
cliquer ici.
 

Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le conflit sino-soviétique et l'Europe de l'Est... (1970)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jacques Lévesque, Le conflit sino-soviétique et l'Europe de l'Est: ses incidences sur les conflits soviéto-polonais et soviéto-roumain. Paris: Les Presses de l'Université de Montréal, 1970. 387 pp. Une édition numérique réalisée conjointement par Jean-Marie Tremblay et Marcelle Bergeron, bénévoles. [Autorisation formelle accordée par l'auteur le 10 janvier 2004 de diffuser cette oeuvre dans Les Classiques des sciences sociales.]


Avant-propos

Jacques Lévesque
New York, le 10 juillet 1969 

Le conflit sino-soviétique constitue sans aucun doute l'événement le plus dramatique et le plus déchirant de l'histoire du mouvement communiste international. En quelques années, il a pris une importance considérable dans l'évolution des relations internationales en général et des relations entre pays socialistes.

Le but de cet ouvrage est d'étudier les effets qu'il a pu exercer à différents niveaux sur les relations entre l'U.R.S.S. et les démocraties Populaires de l'Europe de l'Est, là où l'influence soviétique paraissait solidement établie par un réseau de liens politiques, idéologiques, économiques et militaires des plus étroits.

Pour les fins d'une analyse plus détaillée et plus fouillée, j'ai pensé concentrer l'ouvrage sur les cas de deux démocraties populaires : la Pologne et la Roumanie. J'ai choisi deux cas plutôt qu'un, de façon à pouvoir dresser un bilan comparatif et tirer des conclusions générales susceptibles d'avoir une plus grande valeur théorique pour l'ensemble des démocraties populaires de l'Europe de l'Est. Ceci est, je crois, de nature à accroître l'intérêt de l'ouvrage.

Le choix de la Pologne et de la Roumanie a été motivé par plusieurs considérations. Tout d'abord, il est généralement connu que les divergences sino-soviétiques ont eu des effets sur le cours des relations entre l'U.R.S.S. et la Pologne, particulièrement lors de la crise de l'automne 1956, et, pour ce qui est de la Roumanie, au cours des années 60. Il semblait donc intéressant et important de chercher à établir de façon précise comment, dans quel contexte, et dans quelle mesure ces effets se sont fait sentir. Un second facteur, qui motive ce choix, tient à ce que la Pologne et la Roumanie sont deux pays où le régime socialiste a été installé au pouvoir grâce à l'appui et à la présence militaire de l'Union soviétique. La dépendance de ces pays par rapport à l'U.R.S.S. était donc à l'origine extrêmement étroite et rigide. Il était d'autant plus intéressant d'étudier le processus d'assouplissement de leurs relations avec l'U.R.S.S. et d'y situer l'importance du conflit sino-soviétique.

La Pologne et la Roumanie ont toutes deux connu un moment de crise dans leurs relations avec l'Union soviétique. Ces crises ne se sont cependant pas soldées par des ruptures brutales avec l'U.R.S.S., comme ce fut le cas pour la Hongrie et l'Albanie. Par conséquent, et c'est là une autre raison de mon choix, cet ouvrage qui sera d'abord axé sur ces crises pourra s'appuyer ensuite sur une certaine continuité dans l'évolution des relations difficiles de la Pologne et de la Roumanie avec l'U.R.S.S. Ainsi les effets du conflit sino-soviétique pourront être examinés sur une plus longue période, et il sera plus facile d'en évaluer les variations d'importance, et de niveau d'application.

Après une étude sommaire on peut constater que les effets du conflit sino-soviétique se sont fait sentir de façon significative à des époques différentes pour la Pologne et la Roumanie, correspondant aux époques de leur conflit avec l'U.R.S.S. Ceci est apparu comme un avantage justifiant le choix des cas polonais et roumain. Dans le cadre d'une analyse comparative, il sera ainsi possible d'établir des différences et des similarités de nature et d'importance des effets du conflit sino-soviétique par rapport à des différences de temps et de contexte dans l'évolution politique du monde communiste. Les conclusions qui pourront être tirées de cette analyse comparative pourront être plus aisément projetées sur d'autres cas.

Comme cet ouvrage commence par l'étude de la crise des relations soviéto-polonaises de l'automne 1956, il y a lieu de se demander si on peut déjà parler de conflit sino-soviétique en 1956. Si on se fie aux affirmations actuelles des dirigeants chinois, la réponse est simple. Ceux-ci affirment en effet que le point d'origine de leurs divergences avec les Soviétiques se situe lors du XXe congrès du P.C.U.S. de février 1956. Si on peut difficilement parler de conflit véritable entre la Chine et l'U.R.S.S. en 1956, on peut cependant, dès cette époque, relever des différences de vue sur plusieurs problèmes, et nous aurons à en signaler quelques-unes. C'est dans la mesure où ces différences de vue ont pu avoir une influence sur les relations entre l'U.R.S.S. et les démocraties populaires, que je retiens l'argument chinois, selon lequel il faut faire remonter le conflit sino-soviétique jusqu'en février 1956.

Il doit être entendu que le but de cet ouvrage n'est pas d'étudier le conflit sino-soviétique lui-même, mais bien d'analyser le cours des relations entre l'U.R.S.S. et les démocraties populaires de Pologne et de Roumanie pendant des périodes de tension et d'y situer ses effets. Toutefois, dans les premiers chapitres qui traitent d'une période pendant laquelle les divergences sino-soviétiques n'en étaient qu'à leur début et demeurent encore assez obscures, je devrai m'attarder à en expliquer le sens pour bien comprendre la signification et surtout la portée de l'appui donné par la Chine à la Pologne durant cette période.

Pour ce qui est de la période 1960-1968 traitée plus loin dans l'ouvrage, les politiques et les principes en cause dans le conflit sino-soviétique sont suffisamment connus, car ce sont encore les mêmes aujourd'hui, et il nous suffira d'en faire quelques brefs rappels.

Il convient peut-être de dire quelques mots ici sur la méthode et le plan de travail utilisés dans cet ouvrage. Après beaucoup de réflexion, j'ai finalement décidé d'opter pour une méthode qui se veut à la fois historique et analytique. C'est-à-dire que l'analyse des effets du conflit sino-soviétique se développera au fur et à mesure du développement historique des relations entre l'U.R.S.S. et les démocraties populaires de Pologne et de Roumanie.

Différentes considérations m'ont forcé à adopter une approche historique. Tout d'abord, l'histoire des relations entre l'U.R.S.S. et les démocraties populaires est mal connue dans ses détails et particulièrement en ce qui concerne ceux qui m'intéressent dans ce travail. Les acteurs en présence ont souvent et volontairement rendu obscurs différents faits et événements pour dissimuler la nature et parfois même l'existence de plusieurs difficultés qui intervenaient dans leurs relations. Une partie considérable de l'ouvrage consiste donc à tenter d'établir des faits obscurs ou mal connus, à en rappeler d'autres mieux connus et à les mettre en conjonction pour en montrer la dynamique historique. C'était là une tâche essentielle pour pouvoir en analyser la signification.

Le fait que les crises dans les relations de la Pologne et de la Roumanie avec l'U.R.S.S. soient intervenues à des époques différentes, m'a aussi incité à adopter une approche historique et à séparer l'étude des cas polonais et roumain. Compte tenu des différences essentielles qui existaient dans le contexte politique du camp socialiste et dans la nature du conflit sino-soviétique, aux époques où ce dernier a fait sentir ses effets de façon significative pour la Pologne et pour la Roumanie, il a paru impossible de procéder à une analyse simultanée des deux cas. En établissant les faits significatifs dans leur succession historique j'ai donc analysé d'abord le cas polonais et ensuite le cas roumain. Ce n'est qu'après avoir ainsi précisé des particularités historiques essentielles qu'il a été possible à la fois de m'en dégager et d'en tenir compte pour dresser dans la conclusion générale un bilan comparatif des expériences polonaise et roumaine.

L'ouvrage se divise en deux parties, et chacune de ces parties se divise elle-même en deux chapitres.

La première partie traite des relations soviéto-polonaises de 1956 à 1959, considérées sous l'aspect de l'influence des divergences sino-soviétiques. La seconde traite des relations soviéto-roumaines de 1960 à 1967, considérées sous le même aspect. Les deux chapitres que contient chacune de ces deux parties ont été établis en fonction de périodes qui nous paraissent marquer des étapes importantes et délimitées dans les relations de la Pologne et de la Roumanie avec l'U.R.S.S.

J'ai cru nécessaire de maintenir une continuité entre les deux parties de l'ouvrage. Pour ce faire, dans l'introduction de la seconde partie, je traiterai brièvement des problèmes politiques généraux de la Roumanie, touchant à ses relations avec l'U.R.S.S. pour la période de 1956 à 1959. Ceci permettra aussi d'introduire quelques éléments importants de comparaison avec la Pologne et d'insister sur plusieurs facteurs qui ont fait différer sensiblement le cours des relations de ces deux pays avec l'U.R.S.S. Au cours de la première partie, je considère que 1959 clôt une étape significative des relations entre l'U.R.S.S. et la Pologne et que c'est de 1956 à 1959 que les divergences sino-soviétiques ont exercé leur plus grande influence sur ces relations. Des effets secondaires et indirects du conflit sino-soviétique se sont fait sentir pour la Pologne après 1959, à l'époque où celui-ci devenait important pour la Roumanie. J'en tiendrai compte dans la seconde partie consacrée au cas roumain et ceci aidera encore à maintenir une continuité dans l'ouvrage, continuité que l'on retrouvera pleinement dans la conclusion générale qui se veut synthétique.

Il est peut-être bon de faire maintenant une mise au point quant aux sources de traduction des textes et des documents des pays socialistes qui représentent les sources les plus fréquemment citées dans l'ouvrage. À moins d'indications contraires (qu'on trouvera dans le texte), les traductions des textes soviétiques sont les miennes. Pour ce qui est des textes polonais, roumains, chinois et est-européens, à moins d'indications contraires (fréquentes), les citations proviennent de traductions de source privée mises à ma disposition par le Research Institute on Communist Affairs de l'Université Columbia de New York. Je citerai quelques fois dans l'ouvrage des textes, de nature politique, d'émissions radiodiffusées dans différents pays socialistes. Ils proviennent de compilations et de traductions mises à ma disposition par le Research Institute on Communist Affairs.

Il ne me reste plus qu'à remercier quelques-uns des nombreux universitaires ou spécialistes de France, des États-Unis, de Pologne, et de Roumanie, qui, par les entretiens et les conseils qu'ils m'ont accordés, ont grandement contribué à l'aboutissement de cet ouvrage. Je m'excuse auprès d'eux de ne pouvoir tous les nommer ici. Je dois cependant mentionner, d'abord M. Pierre Hassner, et MM. Stephen Fischer-Galati, John Michael Montias, François Fejtö, György Heltai et James F. Brown. Je dois à des conversations que j'ai eues avec eux, et, bien sûr aussi, à leurs ouvrages, plusieurs des idées exprimées dans ce livre.

Je dois enfin remercier le Research Institute on Communist Affairs de l'Université Columbia de New York et son directeur, M. Zbigniew K. Brzezinski, qui m'ont accueilli en 1967 à titre de Visiting Scholar et au printemps de 1969, à titre de Senior Fellow pour favoriser la préparation de cet ouvrage auquel ils ont bien voulu donner leur patronage académique.

Est-il nécessaire de dire que je me suis efforcé d'arriver à la plus grande objectivité possible dans les pages qui vont suivre ? Malgré cela, le lecteur trouvera peut-être que transpire dans l'ouvrage ma sympathie générale pour tous les pays concernés. Je ne pense pas que ce soit un défaut. je crois qu'on ne peut étudier pendant des années, les aspirations, les difficultés et les vicissitudes des pays socialistes, sans en venir à s'attacher à eux.

J. L.

New York, le 10 juillet 1969 


Revenir à l'auteur: Jacques Lévesque, politologue, UQAM. Dernière mise à jour de cette page le dimanche 16 mars 2008 8:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
Commanditaires




Saguenay - Lac-Saint-Jean, Québec
La vie des Classiques des sciences sociales
dans Facebook.
Membre Crossref