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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Georges Leroux, “Dieu de la paix, Dieu de la guerre”. Un article publié dans Le Devoir, Montréal, édition du 13 septembre 2003 – idées. [Autorisation accordée par l'auteur le 5 novembre 2006 de diffuser cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

Texte de l'article

Georges Leroux, “Dieu de la paix, Dieu de la guerre


Monos, le seul, l'unique: la confession partagée des religions du Livre constitue certes leur richesse commune, mais elle n'a pas endigué les divisions historiques qui n'ont cessé de proliférer en leur sein. Et cela, malgré l'injonction de respect mutuel et de fraternité que chacune transmet à ses fidèles de génération en génération. Déjà les noms manifestent le symptôme de ces divisions: Israël est un nom propre, celui d'un peuple, objet de l'élection divine, le judaïsme n'en est qu'une essence lointaine. Le christianisme, lui, s'identifie à une doctrine universelle abstraite, qui a presque occulté le nom qui l'engendre. Enfin, l'islam est le nom d'une attitude spirituelle, celle de la communauté croyante qui rassemble tous ceux qui font soumission devant l'Unique. Rien de moins simple donc, malgré les apparences et malgré la référence commune au texte biblique, que l'unité des religions du Livre. Rien de plus urgent, par ailleurs, au regard de la théologie politique que chacune de ces religions commande et dans la foulée tragique du 11 septembre, que de relancer le travail de cette unité sur le terrain même de leur histoire violente et de leur aspiration à la paix. 

Dans un livre écrit à trois voix, cette unité est proposée comme une tâche inscrite au sein de l'histoire, mais privée, pour ainsi dire a priori, de sa résolution historique. Les religions du Livre devraient-elles se soumettre à l'évolution qui fait de l'islam celle qui proclame le plus ouvertement sa vocation universelle et se montre aujourd'hui la plus prosélyte ? Cette attitude est non seulement impossible, elle ne correspond pas à l'essence spirituelle de chacune. Mais il faut alors reconnaître que la différence religieuse, si elle doit avoir pour effet de stimuler le conflit politique en le légitimant, devient par elle-même une position intolérable, assez en tout cas pour qu'on puisse soutenir que le monothéisme, devenu la propriété de rivaux, est la cause de la violence historique. Les trois essais réunis ici, bien qu'ils soient privés d'un propos introductif qui préciserait leur intention, éclairent admirablement l'enjeu.

 

L'enjeu de la différence

 

Chacun est l'oeuvre d'un écrivain important dans la tradition qui le porte. Shmuel Trigano, un philosophe qui a montré dans ses nombreux travaux antérieurs la profondeur de son approche herméneutique, livre ici une lecture de l'élection et de l'alliance qui cherche à nous débarrasser du stéréotype d'Israël comme synonyme de l'exclusion. 

À cette lecture philosophique du judaïsme, Gregory Baum joint une critique très sévère de la prétention universaliste du christianisme. Retraçant l'évolution très lente de l'attitude du Vatican à l'égard des juifs, pour ne rien dire de sa quasi-indifférence à l'endroit de l'islam, il montre l'importance d'un respect intégral de l'Ancienne Alliance et de la communauté islamique. Gregory Baum insiste sur l'éthique commune aux religions du Livre, qui est une éthique de paix, de justice et de compassion pour les démunis et qui doit être opposée au projet politique de l'extension. Comme Trigano, il pense que, si l'élection des gens du Livre a un sens, ce doit être celui d'une mission de justice et d'amour. 

Le troisième texte est l'oeuvre de l'écrivain libanais Salah Stétié, auteur entre autres d'une magnifique biographie de Mahomet (Albin Michel, 2002). La voix du poète vient se joindre à celles du philosophe et du théologien, elle se porte au-devant du texte du Coran pour en manifester l'ouverture et les appels à la fraternité. Lucide sur les limites de la théologie politique de l'islam, Salah Stétié montre cependant qu'elle n'atteint aucunement la doctrine de l'Unique. Parlant de l'audace éthique du Coran, de sa proposition de convergence du monothéisme, il met en relief, à travers une histoire complexe, la nécessité de toujours reporter l'islam à son attitude fondamentale : la prière, la soumission devant la transcendance et l'appel à la fraternité de la communauté universelle. Comme Gregory Baum, il insiste sur la proclamation du monothéisme au-delà de sa faillibilité dans l'histoire, de son inachèvement politique. 

Des livres de cette portée et de cette exigence, il en faudrait plusieurs autres. Nous pouvons lire déjà la réflexion de Michel Dousse sur la guerre et ses justifications religieuses (Dieu en guerre, Albin Michel), un parcours très fouillé dans le corpus des trois textes fondateurs; nous pouvons lire aussi l'interprétation du psychanalyste Daniel Sibony (Au nom de Dieu, Seuil, 2002), mais rien ne remplace l'interprétation vivante au sein même des trois traditions du monothéisme, et ce recueil nous en fournit un accès essentiel.

 

Le Monothéisme. Un Dieu, trois religions
Shmuel Trigano, Gregory Baum, Salah Stétié
Fides, coll. «Métissage». Montréal, 2003, 213 pages.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 27 janvier 2007 10:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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