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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Vincent Lemieux, Le parti libéral du Québec. Alliances, rivalités et neutralités (1993)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Vincent Lemieux, Le parti libéral du Québec. Alliances, rivalités et neutralités. Sainte-Foy: Les Presses de l’Université Laval, Québec, 257 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation de l'auteur accordée le 13 août 2004 de diffuser toutes ses publications.]

Introduction

LES PARTIS ET LA MAÎTRISE DU RITUEL POLITIQUE 

Le présent ouvrage porte sur le Parti libéral du Québec depuis le début du vingtième siècle. Il cherche à expliquer les réussites et les échecs du parti, à l'aide d'un modèle qui repose sur les cinq propositions suivantes :

 

1) Les dirigeants des partis, pour se maintenir en place, ont à faire la preuve de leur supériorité. Pour faire cette preuve, ils doivent maîtriser ce que nous nommons le « rituel politique », entendu comme un ensemble d'actes visant à dispenser la « vie » aux participants au rituel, c'est-à-dire à leur transmettre une puissance qui leur permette de vivre des situations satisfaisantes ;
 
2) Cette puissance a une dimension utilitaire assurée par des moyens d'action, mais elle a aussi une dimension expressive assurée par des relations sociales ;
 
3) Dans nos sociétés sécularisées et pluralistes, plusieurs sources de puissance, dont les partis, sont en compétition dans l’accomplissement du rituel politique, et des relations d'alliance, de rivalité ou de neutralité se forment entre elles. Selon les participants au rituel, une même source peut apparaître comme positive, négative ou neutre par la puissance qu'elle dispense ;
 
4) Dans le cas des partis, les relations sociales et les attributions de moyens qu'elles comportent les rendent plus ou moins attirants pour les électeurs qui choisissent parmi eux et qui décident ainsi des résultats électoraux ;
 
5) Trois espaces « rituels », avec leurs alliances, rivalités et neutralités, apparaissent significatifs aux yeux des électeurs du Québec, soit l'espace proprement partisan, l'espace extra-sociétal, où le gouvernement central et ses partis sont des sources de puissance importantes, et l'espace intra-sociétal québécois, avec d'autres sources importantes comme l'Église, les entreprises, les syndicats, les milieux nationalistes, intellectuels, etc.

 

Dans l'introduction, nous développerons d'abord brièvement ces propositions. Puis nous montrerons comment sera organisé l'ouvrage, qui vise à rendre compte de l'évolution du Parti libéral, selon les catégories proposées, et nous formulerons ensuite un modèle structural des alliances, des rivalités et des neutralités dans les partis, les systèmes partisans et les systèmes politiques. 

Ces notions d'alliance, de rivalité et de neutralité sont centrales dans le modèle, tout comme elles le sont dans la pratique politique. Les acteurs politiques, et plus particulièrement les acteurs partisans, voient le monde de cette façon. Les autres acteurs avec qui ils ont à établir des relations apparaissent comme des alliés, des rivaux ou des neutres, et l'action politique, dans sa dimension stratégique, consiste en bonne partie à établir ou à maintenir des relations d'alliance, de rivalité ou de neutralité, ou encore à les transformer l'une dans l'autre. C'est pourquoi nous pensons que l'étude structurale de ces relations présente un grand intérêt, théorique et pratique à la fois. 

 

LES DIRIGEANTS ET LA MAÎTRISE DU RITUEL POLITIQUE

 

Là où ils existent, les partis se distinguent des autres acteurs politiques en ce que leurs dirigeants visent à occuper les postes d'autorité suprême dans le système politique. Il leur faut obtenir pour cela des décisions favorables de l'électorat. Les définitions des partis, dont en particulier celle, souvent citée, de La Palambora et Weiner (1966 : 6) – selon laquelle les partis sont des organisations ayant la volonté de prendre et d'exercer le pouvoir par la recherche d'un soutien populaire –, soulignent ces deux caractéristiques, liées entre elles, qui distinguent les partis des administrations, des autres organisations et des groupes participant aux processus politiques. 

Les dirigeants élus se trouvent en position de supériorité, et pour se maintenir en place, ils ont à faire la preuve de cette supériorité, surtout dans les systèmes partisans de nature compétitive où des dirigeants d'un autre parti sont toujours susceptibles de prendre leur place. On peut dire d'eux ce que Paul Veyne écrivait des dirigeants de la Grèce et de Rome, à la toute fin de son ouvrage monumental, Le pain et le cirque (1976 : 730) : 

Les gouvernants devaient faire symboliquement la preuve qu'ils restaient au service des gouvernés, car le pouvoir ne peut être ni un job, ni une profession, ni une propriété comme les autres. Le droit d'être obéi est une supériorité, or toute supériorité doit s'exprimer, sous peine de faire douter d'elle-même [...]. Enfin la politique, comme l'amour, est relation interne des consciences : un maître n'est pas une chose, un aliud, c'est un homme comme moi, un alter ego, et ce qu'il pense de moi me touche dans l'idée que j'ai de moi-même. D'où des exigences qu'il est verbal d'appeler « symboliques » (elles ne symbolisent rien, elles existent pour elles-mêmes) et qu'il serait naïf de dédaigner comme par trop platoniques.

 

À la suite de Veyne, nous proposons, à l'aide d'Hocart, d'adopter une vue symbolique du politique. Les recherches anthropologiques de cet auteur l'ont amené à voir dans l’organisation gouvernementale un dérivé historique d'une organisation d'abord rituelle. La gouverne apparaît ainsi, de façon métaphorique, comme une espèce de célébration rituelle, visant à assurer la « vie ». Hocart écrit à ce propos (1978 : 110) : 

Cette organisation rituelle précède de très loin tout gouvernement, puisqu'on la trouve là où il n'y a ni existence, ni besoin de gouvernement. Mais quand, par un développement croissant, une société devient si complexe qu'elle a besoin d'un organisme coordinateur, sorte de système nerveux, c'est l'organisation rituelle qui peu à peu assume ce rôle.

 

Pour Hocart, le rituel est « une quête de vie » (p. 123), un ensemble de « procédures dispensatrices de vie » (p. 110), ou encore, comme il l'écrit dans un autre ouvrage (1935 : 166) : 

Pour le rituel, donc, la frontière importante, est celle qui sépare la vie pleine de la vie défaillante, qu'il s'agisse de vie corporelle ou de vie spirituelle. Son but, c'est le bien-être.

 

Appelé à définir la vie, le philosophe Whitehead, cité par Rodney Needham dans son introduction à l'ouvrage d'Hocart (1978 : 26), disait : « l’art de vivre consiste 1) à être vivant 2) à être vivant de manière satisfaisante 3) à développer cette satisfaction. » 

C'est pourquoi on peut dire très généralement de la gouverne, interprétée selon la métaphore du rituel, qu'elle consiste pour les officiants du rituel politique à réguler les sources de puissance de façon qu'elles assurent la vie aux membres de la collectivité, ou tout au moins à ceux dont l'appui est jugé nécessaire au maintien en poste des officiants. 

 

LES MOYENS D'ACTION ET LES RELATIONS SOCIALES

 

La puissance, que les sources gouvernementales ainsi que d'autres sources sociétales assurent aux participants, a une dimension utilitaire qui réside dans des moyens d'action, mais elle possède aussi une dimension expressive, plus symbolique, qui se trouve dans des relations sociales. 

Paul Veyne, dans le texte cité plus haut, fait allusion à cette distinction quand il parle des exigences « symboliques » auxquelles doivent aussi se soumettre les maîtres. C'est toutefois dans l'œuvre de Gregory Bateson (1972) et dans celle de ses disciples qu'a été le plus clairement exprimée cette distinction entre la relation et les relatés contenus dans la relation. 

Watzlawick et ses collaborateurs en ont fait un de leurs axiomes de la communication. « Une communication, écrivent-ils, ne se borne pas à transmettre une information, mais induit en même temps un comportement » (1972 : 49). Et ils formulent l'axiome de la façon suivante : « Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et par suite est une méta-communication » (1972 : 52). 

De même, nous posons que non seulement les membres d'une société sont sensibles aux relations sociales qui se forment dans les activités de gouverne, outre qu'ils le sont aux moyens d'action qu'ils obtiennent ou dont ils sont privés, mais que leur évaluation des relations sociales importe autant, sinon plus, que celle des moyens d'action. 

Cette proposition est contraire à la vision de l'homo economicus qui inspire actuellement les travaux dominants en science politique et dans d'autres sciences sociales. Ainsi, selon un courant théorique lancé avec brio par Anthony Downs (1957), l'électeur évaluerait les partis en fonction des coûts et avantages (se rapportant à ce que nous nommons les « moyens d’action ») qui sont dus à l'action passée, présente ou future de ces partis. Nous allons tenter de montrer, pour expliquer l'évolution du Parti libéral, que la perception des relations sociales, qui provoque des identifications et des différenciations des électeurs par rapport aux partis, doit être prise en compte, en plus de la perception des coûts et avantages des moyens d'action. 

 

LES RELATIONS AVEC LES AUTRES SOURCES DE PUISSANCE

 

On peut donc entendre par « rituel politique » les processus dispensateurs de « vie », c'est-à-dire de puissance assurant des situations satisfaisantes, qui sont accomplis par des sources disposant de l'autorité suprême sur l'ensemble de la société. Ces sources principales ou suprêmes ont à se préoccuper d'autres sources qui ont elles aussi la capacité, par les moyens d'action qu'elles attribuent et les relations sociales qu'elles établissent, de dispenser de la puissance à tous les membres de la société, ou à de larges secteurs de la société. 

Autrement dit, les partis, même s’ils visent à être ou à paraître les maîtres du rituel politique, ne sont pas les seules sources dispensatrices de la puissance par laquelle on cherche à garantir la « vie ». Dans la société québécoise, au vingtième siècle, le gouvernement central et les partis fédéraux s'avèrent également des sources importantes. Il en a été de même pendant longtemps de l'Église et des milieux nationalistes. Les grandes entreprises, puis les syndicats et les milieux intellectuels constituent d'autres sources que les partis doivent prendre en compte. L’administration publique et les gouvernements municipaux représentent des sources davantage liées au gouvernement, mais elles ne sont pas pour autant négligeables. 

En conformité avec la primauté que nous donnons aux relations sociales, nous accorderons une attention spéciale, comme l'indique le titre de l’ouvrage, aux relations d'alliance, de rivalité et de neutralité que le Parti libéral a établies avec les autres sources, afin de maîtriser le rituel politique. Ces relations qui peuvent être transformées de l'une à l'autre (par exemple, des neutres deviennent des alliés) ont leurs propres lois, qui ont été dégagées dans des théories comme celles de la consonance cognitive (Festinger, 1957) ou de l'équilibration sociale (Harary et al., 1968). On les retrouve dans les dictons populaires, par exemple : « L’ennemi de mon ami est mon ennemi. » 

Dans l'appendice de l'ouvrage, nous tentons d'élaborer une théorie structurale des partis, des systèmes partisans et des systèmes politiques, qui repose sur les relations d'alliance, de rivalité et de neutralité. 

 

L’ÉVALUATION ÉLECTORALE DES ALLIANCES, RIVALITÉS ET NEUTRALITÉS 

 

Notre quatrième proposition de départ vient préciser les précédentes. Nous posons en effet que ce qui est surtout évalué par les électeurs dans les relations sociales, ce sont les alliances, les rivalités et les neutralités établies par le Parti libéral dans un certain nombre d'espaces significatifs. 

Selon les théories de la consonance et de l'équilibration que nous évoquions plus haut, les électeurs non constants qui participent aux élections choisiraient ou non le Parti libéral selon que la configuration de ses relations d'alliance, de rivalité et de neutralité, avec les attributions de moyens qu'elles comportent, leur conviendrait ou non. 

Les configurations sont évaluées comme positives ou négatives selon les moyens d'action qui sont attribués aux électeurs, mais aussi selon les relations sociales qu'elles comportent. Ce qui renvoie à une dialectique de l'utilitaire et de l'expressif, où celui-ci est souvent plus signifiant que celui-là. 

 

LES ESPACES PARTISAN, EXTRA-SOCIÉTAL ET INTRA-SOCIÉTAL 

 

Pour les dirigeants d'un parti aussi bien que pour les électeurs qui les évaluent, alliances, rivalités et neutralités se produisent dans trois espaces où se trouvent des sources dispensatrices de puissance, soit l'espace partisan, l'espace intra-sociétal et l'espace extra-sociétal. Le premier de ces espaces se trouve dans l'environnement interne du parti, et les deux autres dans son environnement externe. Les espaces sont reliés entre eux et, pour maîtriser le rituel politique, aucun des trois ne doit être négligé, même si, aux yeux des dirigeants de parti et des électeurs, l'un ou l'autre espace peut, dans certaines conjonctures, paraître plus déterminant que les autres. 

L’espace partisan rassemble les acteurs qui appartiennent d'une façon ou d'une autre à l'un des partis politiques : le chef, les autres dirigeants et leur entourage, les députés, les candidats, les principaux organisateurs et les autres partisans, de même que les électeurs qui s’identifient à un parti politique et votent pour lui de façon constante. Les partis sont à cet égard des équipes, au sens où l'entend Bailey (1971), où les alliances ont une nature « morale » ou « contractuelle », selon qu'elles reposent principalement sur la qualité des relations sociales qui sont formées ou sur la quantité des moyens d'action qu'elles permettent d'obtenir. 

Idéalement, toutes les relations à l'intérieur d'un parti doivent être des relations entre alliés, si on exclut les inévitables rivalités qui se forment autour d'enjeux comme le poste de chef, les postes de candidats, d'autres postes à l'intérieur du parti, ou encore les orientations à donner au parti. Et même là, une fois qu'une personne ou une tendance l'a emporté sur une autre, les rivalités doivent disparaître. Autrement, les divisions internes au parti, surtout si elles sont portées à la connaissance des électeurs, nuiront à la performance du parti. Par contre, les partisans doivent non seulement entretenir des relations de rivalité avec les partisans de l'autre ou des autres partis, mais ils doivent donner l'impression qu'ils dominent ces relations, que les situations satisfaisantes qu'ils assurent ou qu’ils promettent d'assurer sont préférables à celles de leurs rivaux. Les partis, et en particulier leurs dirigeants, ne l'oublions pas, doivent faire la preuve de leur supériorité, à commencer par l'espace partisan où ils se trouvent. 

Le gouvernement central et les partis fédéraux qui visent à le diriger sont des sources de puissance dans l'espace extra-sociétal. Un parti provincial ne peut les ignorer. Cela est tout particulièrement évident dans le cas du Parti libéral, dont l'équivalent en politique fédérale a dirigé le gouvernement central pendant la majeure partie du vingtième siècle. De plus, le Parti libéral a toujours obtenu la majorité des votes et des sièges québécois aux élections fédérales, sauf en 1958, en 1984 et en 1988. Nous aurons l'occasion de voir que les relations d'alliance entre les deux partis libéraux, teintées parfois de rivalité ou de neutralité, ont eu des effets non négligeables sur les réussites et les échecs électoraux du Parti libéral du Québec. 

Dans l'espace intra-sociétal ont existé et existent encore aujourd'hui des sources dispensatrices de puissance, dont la portée est telle qu'elles concurrencent les partis dans la maîtrise du rituel politique L’Église, les milieux nationalistes, les milieux d'affaires, les milieux syndicaux et les milieux intellectuels, par les moyens d’action qu'ils attribuent ou par les relations sociales qu'ils établissent, provoquent des identifications et des différenciations au sein de l'électorat. Lorsque ces relations sont en accord avec celles d'un part envers ces milieux, les électeurs sont portés à appuyer ce parti, tandis que si elles en diffèrent, les électeurs ont tendance à favoriser un autre parti ou encore à s'abstenir. 

C'est pourquoi les dirigeants d'un parti s'avèrent généralement soucieux d'établir avec les sources importantes de puissance dans la société des alliances, des rivalités ou des neutralités telles qu'elles entraînent les électeurs à appuyer davantage leur parti que le parti ou les partis rivaux. 

Enfin, comme l'indique ce qui précède, nous traiterons du Parti libéral dans son espace électoral. Nous établirons la proportion d'électeurs constants et nous tenterons d'expliquer les choix des autres par leur évaluation de la performance du parti, par rapport aux autres partis, dans les espaces partisan, extra-sociétal et intra-sociétal 

 

LE CHOIX DU PARTI LIBÉRAL 

 

Plusieurs raisons nous ont amené à choisir le Parti libéral pour l’élaboration d’un modèle centré sur les relations d’alliance, de rivalité et de neutralité dans l'action partisane, et plus généralement dans l'action politique. 

Le Parti libéral est le parti de la continuité dans le système des partis provinciaux du Québec. C’est le seul parti d'importance à s'être maintenu tout au cours du vingtième siècle. Son principal adversaire fut d'abord le Parti conservateur, durant le premier tiers du siècle. Il y eut ensuite l'Union nationale, au cours du deuxième tiers du siècle. Et depuis le début des années 1970, le Parti québécois constitue le grand rival du Parti libéral. 

Non seulement le Parti libéral a-t-il été, de façon constante, l’un des deux grands partis provinciaux du Québec au cours du vingtième siècle, mais il a donné naissance aux mouvements ou partis qui, seuls ou avec d'autres, ont réussi à renouveler l'opposition aux libéraux. Ce sont de jeunes libéraux déçus qui ont formé, derrière Paul Gouin, l'Action libérale nationale, qui s'est alliée au Parti conservateur dans l'Union nationale à l'occasion des élections de 1935. Cette dernière allait devenir l'autre grand parti du Québec jusqu'à la fin des années 1960. Ce sont aussi des libéraux, en désaccord avec leur parti, qui ont constitué, en 1967, autour de René Lévesque, le premier noyau du Mouvement souveraineté-association, qui donnait naissance, l'année suivante, au Parti québécois. 

Le Parti libéral a été un parti dominant et un parti dominé dans le système partisan du Québec. Ses relations d'alliance, de rivalité et de neutralité ont varié dans le temps, et ce dans chacun des trois espaces, partisan, extra-sociétal et intra-sociétal. Il offre donc un champ tout particulièrement intéressant pour l'étude de ces relations, de leur logique et de leurs effets. 

Étudier le Parti libéral, c'est étudier le système des partis provinciaux du Québec, et aussi presque tout le système politique québécois. Nous le ferons à partir des propositions qui sont présentées dans l'introduction. Nous espérons de cette façon combler au moins deux lacunes importantes dans l'étude des partis du Québec. Non seulement le Parti libéral n'a-t-il fait l'objet d'aucun ouvrage d'envergure, mais le système partisan où il s'inscrit n'a jamais été traité comme tel, ni comme composante centrale du système politique. 

 

PLAN DE L’OUVRAGE 

 

Étant donné la problématique du présent ouvrage, centrée sur l'impact électoral des relations d'alliance, de rivalité et de neutralité, nous traiterons de l'évolution du Parti libéral au vingtième siècle selon des sous-périodes qui vont d'une victoire électorale majeure à une défaite majeure, ou l'inverse. 

La première sous-période, qui fait l'objet du premier chapitre, va de la victoire de 1897 à la défaite de 1936. Le Parti libéral remporte dix victoires électorales consécutives, toutes relativement faciles, avant de remporter une dernière victoire, difficile, en 1935, et d'être défait de façon tout à fait décisive en 1936. Jusqu'au début des années 1930, le Parti libéral et ses alliés sont beaucoup plus attirants que leurs rivaux dans chacun des espaces –extra-sociétal, partisan et intra-sociétal – et, par voie de conséquence, dans l'espace électoral, où le réalignement qui s'est produit de 1886 à 1897 favorise les libéraux. 

Le deuxième chapitre porte sur la sous-période allant de la défaite de 1936 à la victoire de 1960. Cette sous-période est marquée en son début par le réalignement électoral favorable à l'Union nationale. Elle est dominée ensuite par Maurice Duplessis, le chef de ce parti, qui regroupe autour de l'Union nationale des alliés plus attirants que ceux du Parti libéral. Il y a bien la victoire libérale de 1939, mais elle représente un accident de parcours survenu dans une conjoncture très particulière où l'espace extra-sociétal, encore très favorable au Parti libéral, occupe à peu près toute la place. Puis, l'Union nationale remporte quatre victoires consécutives, de 1944 à 1956, avant d'être défaite par le Parti libéral, en 1960, moins de un an après la mort de Duplessis. 

La troisième sous-période que nous avons découpée va de la victoire de 1960 à la défaite de 1976, élection alors remportée par le Parti québécois. C'est l'objet du troisième chapitre. La défaite de 1976 peut être considérée comme le terme d'un réalignement, commencé en 1970, où le Parti québécois remplace l'Union nationale comme principal rival du Parti libéral dans l'espace partisan. Nous caractérisons cette sous-période en disant que des alliés deviennent des rivaux, parce que le Parti québécois n'aurait pu réussir à supplanter le Parti libéral s'il avait compté uniquement sur les anciens partisans de l'Union nationale et sur les nouveaux électeurs. Il a fallu aussi que des alliés du Parti libéral se convertissent à d'autres causes, à commencer par celui qui deviendra le chef du Parti québécois, René Lévesque. Durant cette sous-période comme durant la précédente, il y a un accident de parcours, l'élection de 1966, où l'Union nationale, avec beaucoup moins d'alliés électoraux que le Parti libéral, gagne pourtant plus de sièges que lui. 

Le quatrième chapitre couvre la sous-période suivante : de la défaite de 1976 jusqu'à la victoire de 1985, en passant par le référendum de 1980. L’attirance des rivaux va en déclinant après leur victoire de 1981. Des alliés perdus par le Parti québécois passent sans grande conviction au Parti libéral, favorisé par des transformations qui se produisent dans l'espace extra-sociétal et l'espace intra-sociétal. Cette sous-période est plus courte que les précédentes, mais elle se révèle très intense. En outre, nous disposons de plus de données sur elle, et dans une perspective de science politique, qui est la nôtre, plutôt que d'histoire, elle présente l'intérêt d'être la plus proche dans le temps. 

Le cinquième chapitre, beaucoup plus bref que les autres, porte sur la très courte sous-période allant de la victoire de 1985 à celle de 1989. Nous y soulignons les faits marquants qui se sont produits dans les relations d'alliance, de rivalité et de neutralité du Parti libéral dans chacun des quatre espaces, y compris l'espace électoral. Dans une dernière section, nous montrons comment les positions constitutionnelles prises parle Parti libéral, en 1991, et défendues lors du référendum de 1992, sont en continuité et en rupture à la fois avec les caractéristiques du parti au vingtième siècle. 

L’ouvrage se termine par le sixième chapitre qui situe le Parti libéral dans le système partisan et qui dégage les principales caractéristiques du parti pour ce qui est de ses relations d'alliance, de rivalité et de neutralité. Nous y avons ajouté un appendice qui propose un modèle de ces relations, en vue de l'élaboration d'une théorie structurale des partis, des systèmes partisans et des systèmes politiques. 

Rappelons que le présent ouvrage n'a pas la prétention de tout dire sur le Parti libéral. Il vise plutôt à montrer que les relations d'alliance, de rivalité et de neutralité du parti, à l'intérieur et à l'extérieur de lui-même, permettent de donner une explication originale de ses succès et de ses échecs, de ses victoires et de ses défaites. C'est dire que nous serons sélectif dans le choix des événements et des activités. Nous croyons toutefois que notre étude sélective des espaces partisan, extra-sociétal, intra-sociétal et électoral permet de ne négliger aucune des dimensions principales de l'action du parti.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 28 avril 2007 18:43
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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