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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Denise LEMIEUX, “Du temps destin au temps géré : une conquête ou un piège pour les femmes ?” In ouvrage sous la direction de Gilles Pronovost et Daniel Mercure, Temps et société, pp. 205-222. Questions de culture, no 15, sous la direction de Gilles Pronovost et Daniel Mercure. Québec: Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), 1989, 262 pp.

[205]

Questions de culture, no 15
“Temps et société.”
QUATRIÈME PARTIE
9

 Du temps destin au temps géré :
une conquête ou un piège
pour les femmes ?


par
Denise LEMIEUX

Alice avait, non sans quelque curiosité, regardé par-dessus son épaule : « Quelle drôle de montre ! remarqua-t-elle. Elle indique le jour du mois et elle ne dit pas quelle heure il est [1]. »

Le temps social renvoie aux découpages des activités humaines selon leur inscription dans une durée délimitée par des bornes empruntées aux grands rythmes cosmiques, récurrence des jours et des saisons, ou au déroulement de phénomènes physiques et biologiques. Du cadran solaire aux montres digitales en passant par la clepsydre et l'horloge à poids, les savoirs techniques ont permis d'affiner les mesures, de quadriller plus étroitement les plages temporelles. Selon Jacques Attali, l'apparition au cours de l'histoire de nouveaux instruments de mesure, eux-mêmes produits sociaux serait, autant de signes annonciateurs de mutations sociales d'envergure [2]. L'histoire du temps annonce ou du moins enveloppe l'histoire du travail et de la vie humaine. Pourtant, ce temps mesuré, comptabilisé n'épuise pas toute la réalité des temps sociaux qui s'avèrent multiples et enchevêtrés [3]. Chaque phénomène, chaque activité produit son propre temps, et la société orchestre les activités multiples qui s'agitent en son sein, construisant le temps social en heures, en jours de travail et jours de fêtes, en années, en décennies et en siècles. Rythmant la vie quotidienne, le temps social offre aussi des repères pour la mémoire.

[206]

Car, à court et à long terme, la mémoire et l'anticipation sont au cœur de la conscience du temps et ce sentiment de la durée doit s'inscrire dans les cadres du temps social pour donner cohérence à la réalité. Pourtant, la conscience du temps échappe en partie à ces cadres et le sentiment d'un temps plus qualitatif renvoie aussi à l'expérience et à la subjectivité de chacun. Le temps de la vie quotidienne est justement l'intersection entre le temps cosmique et son calendrier produit socialement et le temps intérieur et ses différenciations [4].

Chaque groupe social établit ses rythmes de rencontres, découpe une durée particulière dans le temps plus large commun a tous et organise ses activités dans la durée. Les femmes ne constituant pas un groupe social, mais la moitié du genre humain, sans doute peut-il sembler curieux d'examiner ici le temps des femmes, qui renvoie à l'universel tout comme le temps des hommes. Dans chaque cas, c'est la participation à des groupes particuliers qui peut avoir produit historiquement des attitudes envers le temps et des pratiques temporelles légèrement différenciées. Une réflexion sur les transformations des temps sociaux du point de vue des femmes offre peut-être un angle d'interprétation pertinent pour envisager les changements de l'horizon temporel au cours du dernier siècle. Plutôt qu'à des différences de nature, la problématique des cadres sociaux de la mémoire élaborée par Halbwachs dirige d'emblée la réflexion vers les groupes d'appartenance [5].

DES CADRES DE LA MÉMOIRE
EN MUTATION


« Vous pensez donc n'être plus vous-même [...] ? » — « J'en ai peur, en effet, monsieur, dit Alice ; je ne peux me souvenir des choses comme je m'en souvenais d'ordinaire, et je ne conserve pas la même taille dix minutes de suite ! »

Scruter la mémoire des femmes pour des périodes anciennes demeure tâche ardue pour les historiens puisque cette mémoire a laissé peu de traces. Après bien d'autres, Michelle Perrot parle du silence des archives publiques et observe que les secrets des [207] greniers susceptibles de livrer des trouvailles à cet égard sont souvent décevants, les papiers de famille ayant été livrés à la destruction par les descendants, quand les femmes n'avaient pas effacé elles-mêmes leurs grimoires jugés de peu d'importance [6]. Plus récemment, les témoignages recueillis par l'histoire orale ou dans des écrits s'apparentant aux récits de vie ont permis de retracer des mémoires de femmes portant sur des expériences vécues dans un passé peu éloigné. Les objectifs de ces enquêtes relevant d'interrogations diverses concernant la vie paysanne, la guerre, la crise, la vie urbaine, la politique, mais surtout la vie individuelle dans ses rapports avec différents contextes, ces témoignages s'avèrent tout aussi variés que les questionnements. Par-delà le foisonnement des thèmes, un constat se dégage de plusieurs enquêtes, celui de l'ancrage de la mémoire des femmes dans la sphère du privé, de ses connivences manifestes avec la mémoire familiale. « Faut-il parler d'une mémoire masculine et d'une mémoire féminine ? », écrit Isabelle Bertaux-Wiame, précisant plus loin qu'il s'agit bien de la place sociale qui structure la mémoire et non d'une différence biologique qui produirait par nature des formes de mémoires spécifiques aux deux sexes. « En raccourci, on peut dire que les hommes racontent leurs quêtes d'emplois alors que les femmes cherchent d'abord à constituer le cadre familial qui est leur cadre premier de production (celle des enfants) [7]. » Ces observations, tirées d'entrevues avec des couples plutôt que de comparaisons systématiques de récits féminins et masculins, sont renforcées par le constat similaire d'une revue de la recherche sur les histoires de vie. Susan G. Geiger conclut que, par-delà les différences de cultures, de classes, de races, d'ethnicité et de religion, les femmes semblent partager une condition d'enchâssement dans le cadre familial, qui est centrale dans la façon dont elles expérimentent et construisent le monde social [8]. Affaire de culture ou de genre, plutôt que de nature et de sexe, ne risque-t-on pas de figer pareillement une différence, qui renvoie plutôt à des conditions historiques particulières, même si elles furent largement partagées par les femmes de plusieurs sociétés ? À l'inverse, à vouloir affirmer à tout prix que la mémoire n'a pas de sexe, peut-être s'enferme-t-on dans un [208] nouveau déterminisme, celui de la culture conçue de façon trop absolue. À travers les transformations de la mémoire des femmes, c'est en effet l'historicité de leur rapport au temps qui est mise en relief.

Une étude a souligné à juste titre que, parmi les femmes qui évoquent la Résistance, les femmes mariées empruntent le cadre social de la famille tandis que les célibataires se rappellent à partir de contextes assez similaires à ceux des souvenirs masculins [9]. Nous pouvons faire l'hypothèse d'une diversification des cadres sociaux de la mémoire des femmes ou même d'une alternance entre la sphère privée et la sphère publique, à mesure que s'accroît la participation des femmes à la vie active. Il est donc important d'élargir cette question de la mémoire des femmes à celle des temps sociaux et d'en considérer successivement un certain nombre de dimensions : le temps biographique, le temps de la vie quotidienne et celui des rituels.

LE TEMPS BIOGRAPHIQUE

Mais alors, pensa Alice, ne deviendrai-je jamais plus âgée que je ne le suis actuellement ? Ce serait une consolation, en un sens, que de ne jamais devenir une vieille femme. Mais aussi, toujours devoir apprendre des leçons ! Ah, je n'aimerais sûrement pas cela !

C'est dans une étude sur les transformations historiques du cycle de vie des femmes que nous avons aussi constaté, dans les autobiographies, la prégnance de la famille et de la vie privée comme cadres de la mémoire des femmes, en particulier pour les générations nées au début du siècle [10]. Si un tel objet connote la mémoire et en fait apparaître quelques traits, le cycle de vie renvoie lui-même à une unité particulière du temps social, le temps biographique.

Bien qu'on ait pu confondre le temps biographique avec le temps individuel et le croire réservé à la psychologie, les changements successifs de la définition des âges de la vie depuis l'aube du XXe siècle permettent de percevoir aisément ce que les anthropologues [209] avaient pu saisir au prix de lointains voyages : à savoir que non seulement l'âge comporte des étapes, évidence de toujours, mais que chaque société construit ses définitions d'âge et les situe à des points variables dans l'échelle de la vie humaine. Le portrait paradisiaque d'une adolescence dans les îles du Pacifique avait peut-être été embelli par Margaret Mead dans Coming of Age in Samoa, mais personne n'a jamais contesté le cœur de sa découverte, soit que l'adolescence des filles dans l'Amérique des années trente constituait un phénomène historique spécifique [11].

Depuis lors, les historiens nous ont aidés à percevoir l'historicité de notre temps de l'enfance, d'un temps de la jeunesse qui n'en finit plus et d'une vie adulte hachurée qui s'étire et cherche à se redéfinir des haltes et des renouveaux à tous les tournants. Le temps biographique est donc un temps socialement marqué, sinon étiqueté, et loin d'être confiné au domaine de l'individuel, ses soubresauts ébranlent avec eux toute la société.

Pour expliquer la transformation des âges de la vie, les démographes Louis Roussel et Alain Girard ont présenté, en guise d'hypothèse de travail, un modèle descriptif où trois types de sociétés sont caractérisées par la façon dont y sont organisés les rapports d'âge et de sexe. Ainsi les sociétés préindustrielles, où la vie était relativement brève et où la fécondité et la mort échappaient aux visées humaines, étaient le lieu d'un temps répétitif, les générations succédant aux générations réunies autour d'un patrimoine, et le temps y était conçu comme un temps destin. Avec l'allongement de l'existence, la mort devient davantage prévisible et l'on réussit peu à peu à contrôler sa fécondité. L'existence est conçue comme un capital à gérer et l'on investit dans quelques enfants dont on assure l'éducation. Le temps linéaire et perfectible plutôt que répétitif et cyclique est appelé ici un temps géré. À cette forme de temporalité propre aux sociétés industrielles, tous n'auraient pas accédé en même temps et en particulier les démunis et les femmes :

[210]

La situation de l'homme était nettement changée. Au contraire, l'image que la femme se faisait de sa propre vie demeurait dépendante autant des sujétions de la maternité et de l'élevage des enfants que de l'autorité légale reconnue au mari. Tout se passait comme si l'homme seul avait réussi à maîtriser le temps, la femme demeurant liée aux contraintes de la nature, et d'abord à sa fonction de mère [12].

Le troisième type de société, qu'on dit caractérisé par le refus du temps, fait davantage intervenir le changement technique qui, dans les sociétés industrielles avancées, altère la signification des âges et les multiplie, annulant les possibilités de transferts de savoirs et de valeurs d'une génération à l'autre. Par sa rapidité, le changement technique semble donc échapper au contrôle des individus. La longévité s'accroît légèrement et la tendance demeure de gérer son existence, mais l'individu, incertain de l'avenir, cherche à maximiser ses satisfactions dans le moment présent et à prolonger l'étape de la jeunesse. À ce nouveau type de temporalité, hommes et femmes participeraient à peu près également, bien que le cycle de vie des femmes demeure légèrement différencié par des entrées et sorties du marché du travail, associées aux maternités.

Une conception du temps biographique comme un temps destin caractérise encore le Québec du début du siècle et nous en avons saisi quelques échos dans les autobiographies ; elle n'est pas particulière aux femmes mais leurs conditions de vie étaient propices à son maintien. La diffusion de l'hygiène, les progrès de la médecine et son accessibilité vont remettre en question cette conception et apporter une première transformation de la vie des femmes qui peuvent désormais garder leurs enfants, survivre à leurs couches et commencent à engendrer de plus petites familles. Les années trente et quarante nous sont apparues à cet égard comme des moments de ruptures. Il faudra cependant un certain temps avant que les femmes conçoivent leur vie comme un « temps à gérer » et surtout la conçoivent en tant que projet individuel. Car l'industrialisation instaurant une séparation entre la sphère du travail et la sphère de la vie privée, la famille devint le lieu d'activité [211] prédominant sinon exclusif de la majorité des femmes. Or, la sphère du privé demeure le lieu de la reproduction de l'existence, ce domaine étant assujetti aux rythmes répétitifs du quotidien, ce qui en fait surtout un temps cyclique [13]. Si l'existence des femmes dans les sociétés industrielles se déroule encore largement dans la sphère de la vie privée, cette sphère n'a pas échappé entièrement aux rythmes du temps géré, par le biais des techniques mais aussi des idéologies. C'est en examinant plus attentivement cette lente transition, non plus au niveau du temps biographique mais de la vie quotidienne, que nous croyons pouvoir mieux cerner les enjeux et les contradictions de l'entrée des femmes dans le temps géré.

LE TEMPS DE LA VIE QUOTIDIENNE

Vous n'auriez qu'un mot à dire au Temps, et l'aiguille ferait le tour du cadran en un clin d'œil ! Voilà qu'il serait déjà une heure et demie, l'heure du déjeuner ! [...]
— Ce serait certes, magnifique, dit Alice, pensive ; mais alors... mais alors... voyez-vous, je n'aurais probablement pas faim.

Il appartient à tous, hommes et femmes des sociétés préindustrielles, d'avoir vécu dans un temps relativement immobile, au fil des jours et des saisons, chaque année répétant la précédente, les générations remplaçant les générations, mais les femmes semblent avoir, un peu plus longtemps que les hommes, poursuivi leur vie à l'intérieur de rythmes proches des alternances du jour et de la nuit et d'activités liées aux besoins quotidiens de l'existence. Ce constat n'est pas absolu et dès les débuts de l'industrialisation, des jeunes travailleuses furent soumises elles aussi aux nouveaux temps de la productivité, ce qui ne se fit pas sans résistance. Marianne Debouzy évoque les ouvrières de la Nouvelle-Angleterre qui n'aiment pas travailler au rythme de la cloche de l'usine, et encore moins à la lueur de ces lampes qui, au cœur de l'hiver, prolongent les journées de travail. C'est avec un rituel tout à fait analogue aux fêtes traditionnelles qu'elles célèbrent au printemps le retour de la lumière naturelle. [14]

[212]

Au cours des premières phases des sociétés industrielles, la plupart des femmes adultes vont cependant consacrer leurs activités principales à la procréation des enfants et à l'entretien quotidien de leur famille [15]. Leur vie se déroule donc pour une large part à l'intérieur du groupe familial et a échappé partiellement à la fragmentation de l'existence propre à l'industrie, qui atteindra plus tardivement l'enceinte de la vie privée. Alors qu'une partie de la société structure ses occupations en fonction d'un temps géré, comptabilisé et monnayé, les femmes vont poursuivre leurs tâches dans un temps scandé par les travaux ménagers, les repas, les retours de l'école, les jeux et les cris du petit dernier. Certes, la sirène de l'usine et les temps de travail du conjoint ont pu se répercuter quelque peu sur le temps de la famille, tandis que les périodicités du salariat plutôt que les saisons venaient modeler les cycles de la consommation. Par le contenu des activités qui s'y déroulaient, la vie quotidienne des femmes conservait dans son ensemble des rythmes répétitifs particuliers aux temps cycliques [16].

Dès l'aube de la révolution industrielle, sont nés des projets de rationalisation des tâches ménagères tandis que des ouvrages moralistes visaient à inculquer aux femmes de milieux ouvriers et moyens des habitudes de travail et une organisation du temps issues du monde des usines. Préconisant une organisation rationnelle, les adeptes de l'économie domestique enseignaient aussi des savoirs pour hausser la qualité de la vie et en confiaient la clef à la mère au foyer/ménagère. Par diverses innovations provenant d'autres lieux et institutions, le temps géré colonisait aussi la vie privée. Erickson nous a rappelé que les modèles proposés au début du siècle pour nourrir les bébés à partir d'horaires rigides ont des liens étroits avec les habitudes temporelles valorisées par les sociétés industrielles [17]. On peut aussi supposer que l'industrialisation de la préparation et de la conservation des aliments qui accompagna la révolution industrielle et se répandit au début du XXe siècle a tôt modifié certaines façons d'acheter les aliments et de préparer les repas [18]. Enfin, vers les années trente des machines sont venues alléger certaines tâches d'entretien pénibles et diminuer le temps de travail alloué à chacune. Plusieurs auteurs soulignent [213] toutefois la difficulté de rationaliser des opérations qui relèvent d'objectifs disparates et de temps discontinus, sont exécutées à très petites échelles et sont amalgamées avec bien d'autres activités dont la famille est le site. La technologie ménagère, si elle a augmenté la qualité de la vie, ne semble pas avoir diminué le temps de travail consacré aux travaux domestiques, qui semble dépendre davantage de la taille de la famille et de l'âge des enfants [19]. S'il fut lui aussi l'objet de maintes tentatives de rationalisation tant dans ses aspects physiques que psychologiques, l'élevage des enfants, autre facette du rôle maternel, demeure une entreprise multiforme et rébarbative à toute compression dans une grille horaire.

Pourtant, on ne saurait nier l'impact de certaines techniques de la vie domestique sur le rapport au temps. Entre autres, on soulignera la discontinuité accrue des activités et certains auteurs parlent même d'une déqualification d'un travail qui jadis requérait des savoirs mieux intégrés [20]. Autour des années cinquante et au début des années soixante, les femmes semblent déjà participer au temps géré, bien qu'elles apparaissent surtout comme des gestionnaires de leur famille.

Il existe peu d'études ethnologiques sur le temps vécu au sein de la vie privée. Aussi, il importe de s'arrêter à ce tableau complexe de la vie dans une banlieue aisée présenté par des anthropologues canadiens aux abords des années soixante [21]. Dans un milieu fortement axé sur la mobilité des carrières et le succès professionnel, le temps comptabilisé exerce son emprise non seulement sur l'univers du travail qui demeure l'apanage des hommes adultes, mais il s'immisce dans la vie quotidienne par l'intermédiaire des institutions secondaires : écoles, lieux de loisirs, transports, organismes de santé, programmes de télévision répercutent sur la famille des horaires très précis, mais désordonnés. À la mère revient la tâche d'orchestrer les allées et venues, de prendre les rendez-vous, d'adapter le moment des repas. Ce rôle de gestionnaire se retrouve aussi dans une ville minière pauvre de l'Ouest de sorte qu'on peut se demander si cette transformation du quotidien [214] n'était pas propice à une entrée plus globale et définitive des femmes dans le temps géré, qui se réalisa au cours de la période suivante.

L'ENTRÉE DÉFINITIVE
DANS LE TEMPS GÉRÉ


Si vous connaissiez le Temps aussi bien que je le connais moi-même, dit le Chapelier, vous ne parleriez pas de le gaspiller comme une chose. Le Temps est une personne.

C'est la participation croissante des femmes mariées au travail salarié qui permet cependant de généraliser à plusieurs milieux l'entrée des femmes dans le temps géré. L'un des effets imprévus de cet accès au marché du travail a été de faire percevoir le travail domestique à travers les catégories du temps marchand. Prise de conscience du travail invisible, d'une part, et tentatives d'en comptabiliser les heures en termes de production. Mise en évidence de la double tâche, d'autre part, avec, comme inévitable complément, un temps libre limité que rapportent toutes les études sur le loisir. Face au défi de la double tâche, chaque femme semble jouer sur plusieurs tableaux, coupant ici le polissage superflu, là les loisirs trop exigeants et surtout amorçant dans son entourage des stratégies de changements qui débouchent inévitablement sur la transformation des rôles culturels. Bien que les résultats varient légèrement selon les catégorisations utilisées, les comptabilités concernant le travail ménager accompli par les deux conjoints d'un couple à double emploi, semblent mesurer assez peu de changements du côté du partage des tâches, et la participation au marché du travail opère surtout une contraction importante du total des heures consacrées aux tâches domestiques. Le rôle féminin serait-il le seul qui soit en train de se modifier [22] ? On ne saurait le présumer.

Avant de pousser plus loin l'interrogation sur le sens possible de ces transformations, il importe de scruter l'idéologie sous-jacente à la conception du temps géré dont les analyses de budget-temps sont une expression achevée. Rappelant l'origine historique de [215] cette technique issue des velléités de planification sociale des pays de l'Est, Claude Javeau souligne à quel point la notion même de budget s'insère dans une perspective économiste qui s'inspire de l'univers du travail productif et projette, sur les autres activités, des catégories qui réduisent toutes les formes de temporalité à celles du travail et de la technologie, constituant tous les non-travailleurs en marginaux. L'usage des budgets-temps, poursuit Javeau, suppose un cadre social inerte et aboutit à la négation même du temps et de ses procès [23].

Alors que les budgets-temps ont été et demeurent des outils fort utiles des analystes féministes pour ce qui est du travail des femmes et de ses rapports étroits avec leurs situations familiales, des analyses récentes axées sur le travail ménager poussent assez loin la critique de leurs lacunes afin de saisir toute la complexité de ce qui relève du domestique et des rôles qui s'y nouent. Louise Vandelac s'en prend avec virulence à toutes les comptabilités économistes du travail domestique, méthodes sous-estimant la valeur et la nature même de ce travail, et elle déplace l'analyse du côté des inégalités entre les sexes. Diane Bélisle fait une critique élaborée du temps marchand et de son outil des budgets-temps ; elle réclame pour les femmes « un temps à soi » qui ne serait pas un bien économique mais inclurait une possibilité pour les femmes de « perdre leur temps » en le partageant avec un enfant [24]. S'agirait-il de récuser le temps géré ?

Sans doute tel n'est pas le propos. On ne saurait assimiler l'entrée dans le temps géré aux seules contraintes liées aux horaires de travail. Le travail est un lieu d'accomplissement et permet d'accéder à un certain nombre de biens, dont l'accès à un temps personnel, dans le cadre du travail lui-même ou des loisirs qu'il procure. La possibilité de gérer non plus simplement sa famille, mais sa vie, semble un acquis fragile et inachevé des dernières décennies et l'accès au temps individuel est sans doute de ce point de vue une véritable conquête pour les femmes. Pourtant, les études sur le temps de la vie quotidienne pourraient suggérer que les femmes paient d'un certain prix cette conquête. Dans une étude [216] sur le temps, dont l'échantillon féminin et masculin était constitué uniquement au sein de la population active, William Grossin a observé plus de similitudes que de différences entre hommes et femmes et les différences se situaient non pas dans les comportements temporels reliés au travail, mais dans l'ombre que projette leur participation à la famille sur le temps des femmes actives [25]. Notons-en quelques aspects : les femmes plus que les hommes pratiquent le cumul des tâches dans un même temps, habituées qu'elles sont à gérer la vie quotidienne qui requiert une telle pratique. Elles semblent vivre dans un temps plus serré que celui des hommes, elles consultent plus souvent leur montre, écourtent les trajets entre le lieu de travail et le domicile et semblent entretenir une angoisse au sujet du temps, parfois une nervosité, qui se rattache à leur responsabilité dans l'organisation de la vie quotidienne. Une fois entrées dans le temps gérés, les femmes actives verraient-elles disparaître toute temporalité échappant à l'emprise des temps contraints ? Seraient-elles de nouvelles adeptes de la course à la montre comme le lapin d'Alice au pays des merveilles ? Par ailleurs, certaines observations de Grossin révèlent la persistance de temporalités issues d'autres univers sociaux que de l'univers du travail, temporalités bien distinctes du temps géré.

LE TEMPS DES RITUELS FESTIFS

C'est toujours l'heure du thé ; nous n'avons donc jamais le temps de faire la vaisselle.

— Alors vous faites sans arrêt le tour de la table, je suppose [...] Mais qu'arrive-t-il quand vous vous retrouvez à votre point de départ ? se hasarda à demander Alice.

Les femmes savent bien qu'on ne saurait festoyer sans qu'il en résulte quelques peines, mais s'obstinent à recréer des rituels qui relèvent de la quotidienneté ou de la fête. Plus que les hommes, selon Grossin, leur horizon temporel s'ouvre sur le passé et ceci se rattache à leur rôle de gardiennes de la mémoire familiale et des rituels festifs : « Elles ont par exemple un souvenir plus précis des événements familiaux et c'est à elles, plus qu'aux hommes, [217] qu'il faut demander les dates des anniversaires, des décès, des mariages. » Leur horizon temporel s'ouvrant moins sur l'avenir lorsqu'il s'agit de projets précis, les femmes semblent entretenir davantage d'espoir, tant pour elles-mêmes que pour leurs enfants, ce qui suggère un lien plus étroit avec les autres générations [26].

Longtemps après que l'émiettement des terroirs aura fait disparaître les derniers rituels villageois, les femmes vont continuer la pratique des réunions de famille, recréant pour tous, à domicile, des rituels jadis prescrits par la liturgie selon le cycle calendaire, ainsi que des cérémonies initiant aux étapes de la vie. Dans la banlieue de Crestwood Heights où la mémoire familiale semble être devenue plutôt restreinte, ce sont les épouses au foyer qui maintiennent les liens de parenté, expédient lettres, cartes d'anniversaires et cadeaux. Elles sont au centre de toutes les fêtes annuelles, Noël, Pâques, Bar Mitzvah et en assument les préparatifs [27]. Observant un semblable phénomène dans les familles italo-américaines de la Californie, que les femmes travaillent ou non à l'extérieur, Micaela Di Leonardo [28] cherche à cerner les enjeux individuels et sociaux de ce qu'elle conceptualise comme un « travail de parenté », par analogie avec ce travail invisible et non comptabilisé qui désigne le travail ménager et les soins aux enfants. En l'absence d'une femme adulte, observe-t-elle, cette fonction créatrice de sociabilité disparaît tandis que s'émiette la parenté et que s'aplanit le temps du calendrier. L'auteure s'interroge sur les motivations individuelles incitant les femmes à poursuivre ce « travail de parenté » et elle évoque des indices d'une recherche de pouvoir entre les femmes, ainsi que le désir exprimer d'obliger les bénéficiaires de la fête envers elles. Peut-être faut-il souligner que ces types de comportements semblent relever davantage de ces manifestations ostentatoires de gaspillage et de gratuité inhérentes à la fête et aux échanges de type communautaire que d'une logique de la gestion du temps et du contrat. Le don du rien, comme l'appelle Jean Duvignaud, résiste à toutes nos analyses de comportements rationalisés et renvoient à une éthique de la communauté qui subsiste, même difficilement, aux temps marchands. Cette affinité des femmes avec un ethos communautaire que Jessie Bernard [218] identifie après un vaste panorama des pratiques culturelles des femmes [29], disparaîtra-t-elle avec leur adhésion plus définitive au monde du travail ? Certains travaux situent dans la prolifération des techniques, au sein même de la vie quotidienne, un certain effacement des rôles liés au genre qui laisse présager une disparition pure et simple du temps de la vie.

ENTRE LE REFUS DU TEMPS
ET L'AVÈNEMENT DU TEMPS PERSONNEL


Le Temps n'admet pas qu'on le veuille marquer comme le bétail. Alors que si seulement vous étiez restée en bons termes avec lui, il ferait faire aux pendules tout ce que vous voudriez, ou presque.

C'est la transformation de la vie quotidienne sous l'influence de changements techniques qui, selon Janet Zollinger Giele, expliquerait l'abandon de maintes assignations selon l'âge et le sexe, et la multiplication de zones mitoyennes, là où, jadis, existaient des clivages et presque des frontières dans les sphères d'activités et les rôles d'âge et de sexe [30]. Ce qui nécessitait de longs apprentissages et des opérations complexes peut être exécuté à partir de processus simplifiés et au moyen de machines faciles à manipuler. L'exemple apporté, celui de la cuisine, pourrait donner lieu à certaines réserves, mais il faut reconnaître qu'une forme de cuisine peut désormais être préparée rapidement, sinon réchauffée à partir d'aliments pré-cuisinés. De cette réalité déjà en place dans maints secteurs de la société, Jacques Attali évoque une image de science-fiction dans son Histoire du temps :

La même obsession du gain de temps fait de la cuisine un lieu de programmes intégrés. D'abord la montre à quartz pénètre dans les objets qui s'y trouvent : il devient possible de programmer des robots mécaniques, de décider longtemps à l'avance de ce qu'ils feront et de les faire travailler simultanément. Puis, comme dans l'automobile, à l'image de l'Horloge Parlante, une voix vient énoncer ce qui se fait ou est à faire. Par ailleurs, la congélation permet le stockage durable de plats produits en série. Dès lors, le temps nécessaire à la vie d'une famille n'est plus nécessairement [219] localisé en une pause précise. Les machines produisent désormais ces services pendant le temps où les hommes les produisent elles-mêmes. La femme n'est plus alors astreinte en rien à une fonction spécifique, et son temps n'est plus différent de celui de l'homme [31].

Du moins en principe, car aucun robot n'a encore réussi à organiser et confectionner le repas, à prendre en charge l'éducation des enfants, bien que le fantasme d'une reproduction entièrement reportée sur la technique semble hanter certains apprentis-sorciers. Le refus du temps biographique conçu comme un parcours différencié par l'âge et l'expérience de la vie aurait-il comme contrepartie ce refus du temps de la vie quotidienne, que permettrait théoriquement une technique toujours davantage déployée au sein de la vie privée ?

Si ce temps zéro du travail ménager nous semble tout aussi utopique que le temps géré du bourgeois, sans doute devons-nous néanmoins prêter plus d'attention à l'impact des techniques sur le temps de la vie quotidienne et en particulier à l'érosion des repères temporels et de ses rythmes. Mais surtout, la recherche doit s'attarder davantage à ce temps qualitatif, temps du travail, mais aussi de la vie privée qui, par-delà les activités ménagères et parfois par leur intermédiaire, donne sa saveur et sa chaleur à la vie de chaque jour. Derrière la dissolution des temps de la vie quotidienne, c'est finalement la disparition de la communauté qui se profile, dont le dernier bastion est peut-être la famille. Le temps individuel, conquête tardive des femmes, ne saurait s'affirmer dans un vide temporel et surtout dans le désert que suppose la négation de la socialité. Pour l'instant, les femmes semblent encore choisir de maintenir des lieux d'échanges et de recréer la vie quotidienne et la fête non seulement dans leur famille immédiate mais dans les cercles élargis de la parenté et de l'amitié. Cela aussi peut se partager.

[220]

NOTES

Pour faciliter la lecture des notes en fin de texte, nous avons converti celles-ci en notes de bas de page dans cette édition numérique des Classiques des sciences sociales. JMT.

[221]

[222]



[1] Les textes en exergue sont tirés de Lewis Carroll, Les aventures d'Alice au pays des merveilles, traduction de Henri Parisot, Paris, Flammarion, 1972.

[2] Jacques Attali, Histoire du temps, Paris, Fayard, 1982, 332 p.

[3] À titre d'exemple, on pourra consulter la nomenclature des temps sociaux ébauchée par Georges Gurvitch et comprenant huit genres de temps sociaux, qui sont ensuite confrontés aux niveaux de la réalité sociale puis aux sous-groupes qui la composent. (« La multiplicité des temps sociaux », La vocation actuelle de la sociologie, tome 2, Antécédents et perspectives, ch. XIII, Paris, P.U.F., 1963.)

[4] Peter L. Berger et Thomas Luckmann, The Social Construction of Reality, A Treatise in the Sociology of Knowledge, New York, Doubleday & Company, 1966, p. 27.

[5] Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, P.U.F., 1952, 296 p.

[6] Michelle Perrot, « Pratiques de la mémoire féminine », Traverses 40, avril 1987, p. 19-27.

[7] Isabelle Bertaux-Wiame, « Mémoires et récits de vie », Pénélope, pour l'histoire des femmes, Mémoires de femmes, n° 12, printemps 1985, p. 47-54.

[8] Susan N.G. Geiger, « Women's Life Histories : Method and Content », Signs, Journal of Women in Culture and Society, hiver 1986, p. 334-351.

[9] Étude citée par Sylvie Van de Casteele-Schweitzer et Danièle Voldman, « Les sources orales pour l'histoire des femmes », Une histoire des femmes est-elle possible ?, sous la direction de Michelle Perrot, Paris-Marseille, Éditions Rivages, 1984, p. 63.

[10] Denise Lemieux et Lucie Mercier, « Familles et destins individuels féminins : le prisme de la mémoire (1880-1940) », Recherches sociographiques, vol. XXVIII, n° 2, 1987. Denise Lemieux et Lucie Mercier, La vie des femmes au tournant du siècle, Âges de la vie et temps quotidien, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989.

[11] Margaret Mead, Corning of Age in Samoa, New York, William Morrow & Company, 1928, 1961, 304 p.

[12] Louis Roussel et Alain Girard, « Régimes démographiques et âges de la vie », Les âges de la vie, tome I, INED, cahier n° 96, Paris, P.U.F., 1982, p. 15-23.

[13] Voir Danielle Chabaud et Dominique Fougeyrollas, « Travail domestique et espace-temps des femmes », International Journal of Urban and Régional Research. Women and the City, vol. 2, n° 3, octobre 1978, p. 421-431.

[14] Marianne Debouzy, « Aspects du temps industriel aux États-Unis au début du siècle », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXVII, 1979, p. 197-220.

[15] Cette assignation au privé ne fut pas appliquée de façon identique dans tous les pays en raison de leurs structures de classes différentes précise Neil Smelser, « Vicissitudes of Work and Love in Anglo-American Society », dans Neil J. Smelser et Erik H. Erikson (éds), Thèmes of Work and Love in Adulthood, Cambridge, Harvard University Press, 1981, p. 105-119.

[16] Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, tome II, Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, L'Arche, 1961, p. 58-60. Lefebvre note enfin que les ouvriers retrouvent le temps cyclique dans leur vie quotidienne.

[17] Erik H. Erikson, Enfance et société, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, p. 107.

[18] Jack Goody, Cooking, Cuisine and Ciass, A Study in Comparative Sociology, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, p. 154-175.

[19] Christine E. Bose, Philip L. Bereano et Mary Malloy, « Household Technology and the Social Construction of Housework », Technology and Culture, vol. 25, n° 1, janvier 1984, p. 53-82.

[20] Meg Luxton, More than a Labour of Love, Three Generations of Women's Work in the Home, Toronto, The Women's Press, 1980, p. 159.

[21] John R. Seeley, R. Alexander Sim et E.W. Loosley, Crestwood Heights, A Study of the Culture of Suburban Life, Toronto, University of Toronto Press, 1971. Chapitre 4, « Time ».

[22] On peut se référer au dernier article sur le sujet pour le Québec, Céline Le Bourdais, Pierre J. Hamel et Paul Bernard, « Le travail et l'ouvrage. Charge et partage des tâches domestiques chez les couples québécois », Sociologie et sociétés, vol. XIX, n° 1, avril 1987, p. 37-55. Une enquête auprès de familles ouvrières à double emploi révèle davantage de changements. Voir Alain Vinet et al., La condition féminine en milieu ouvrier, une enquête auprès des travailleuses de cinq usines de la région de Québec, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1982, p. 94.

[23] Claude Javeau, « Comptes et mécomptes du temps », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXXIV, janvier-juin 1983, p. 71-82.

[24] Louise Vandelac et al.. Du travail et de l'amour, les dessous de la production domestique, Montréal, Éditions Saint-Martin, 1985, 418 p. En particulier le chapitre de Diane Bélisle, p. 135-181, et celui de Louise Vandelac, p. 182-256.

[25] William Grossin, Le temps de la vie quotidienne, Paris, Mouton, 1974. Chapitre II, « Les hommes, les femmes et les temps ».

[26] Ibid., p. 81-83.

[27] John R. Seeley et al., op. cit., p. 207.

[28] Micaela di Leonardo, « The Female World of Cards and Holidays : Women, Families, and the World of Kinship », Signs, Journal of Women in Culture and Society, vol. 12, n° 3, 1987, p. 440-453. Pour une analyse québécoise de ces phénomènes, voir : Andrée Roberge, « Réseaux d'échanges et parenté inconsciente », Anthropologie et sociétés, vol. 9, n° 3, 1985, p. 5-31 ; Andrée Fortin et al., Histoires de familles et de réseaux. La sociabilité au Québec d'hier à demain, Montréal, Éditions Saint-Martin, 1987, 225 p.

[29] Jessie Bernard, The Female World, New York, Collier Macmillan, 1981, 614 p.

[30] Janet Zollinger Giele, « Adulthood as Transcendence of Age and Sex », dans Themes of Work and Love in Adulthood, op. cit., p. 151-173.

[31] Jacques Attali, op. cit., p. 305.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 7 juin 2018 14:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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