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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Évolution de la délinquance cachée et officielle des adolescents québécois de 1930 à 2000 (2003)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Marc LE BLANC, “Évolution de la délinquance cachée et officielle des adolescents québécois de 1930 à 2000”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Marc Leblanc, Marc Ouimet et Denis Szabo, Traité de criminologie empirique, 3e édition, chapitre 2, pp. 39-70. Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal, 2003, 779 pp. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 23 mai 2005.

Introduction

La délinquance des adolescents augmente-t-elle ? Y a-t-il davantage de délinquants aujourd'hui qu'auparavant ? Y a-t-il davantage de délits avec violence ? La nature des vols est-elle différente aujourd'hui ? Voilà quelques-unes des questions qui reviennent régulièrement dans les médias et qui interpellent constamment les personnes qui oeuvrent auprès des adolescents ou qui sont responsables du développement et de l'application des politiques sociales. Brosser un portrait fidèle de la délinquance juvénile représente un défi qui ne va pas sans embûches. En effet, la délinquance se présente comme un problème social extrêmement complexe, qui se manifeste sous la forme d'une réalité ondoyante dont les variations dans l'espace et le temps sont multiples et souvent instables. C'est un phénomène qui se dérobe facilement à la mesure, qu'il s'agisse des statistiques officielles ou des enquêtes sur la délinquance autorapportée. 

Les statistiques officielles de la délinquance sont loin d'être totalement sûres même si nous possédons, au Canada et au Québec, un système cohérent, standardisé et stable de cueillette des données géré par Statistique Canada. Par contre, les informations disponibles manquent de cohérence, notamment parce qu'il n'y a pas de continuité entre les données policières et les données judiciaires, et parce qu'il est impossible de suivre un individu à travers l'ensemble du système de justice pour mineurs. De plus, ces informations ne sont pas suffisamment standardisées en raison d'un manque de concertation entre les greffiers des tribunaux et les membres des divers corps policiers (Tardif, 1976 ; Le Blanc, 1982). Elles ne sont pas toujours comparables d'une période ou d'une source à l'autre, car les catégories de la délinquance et les méthodes de compilation utilisées ne sont pas toujours uniformes à travers les unités territoriales, que ce soit pour l'ensemble des données policières ou des données judiciaires, et encore moins des unes aux autres. Finalement, elles ne sont pas totalement fiables, leur qualité variant dans le temps en fonction des politiques administratives et des pratiques diversifiées d'application de la loi et d'administration de la justice. Malgré ces faiblesses, les statistiques officielles, particulièrement celles qui proviennent du Programme canadien de déclaration uniforme de la criminalité, permettent tout de même d'arriver à une représentation approximative de l'état de la délinquance. Pour étudier l'évolution de celle-ci, nous nous servirons des données portant sur l'ensemble du Québec. Par contre, pour décrire la délinquance depuis 1930 jusqu'à la fin des années 1970, nous donnerons la priorité à la délinquance connue du service de police de la ville de Montréal, de manière à diminuer les effets de la standardisation plutôt pauvre pour l'ensemble du Québec avant les années 1970. 

Compte tenu de la déficience des statistiques officielles, beaucoup de criminologues ont préféré, depuis le milieu du XXe siècle, les enquêtes sur la délinquance cachée, celle qui n'est pas nécessairement portée à l'attention des autorités policières ou judiciaires. Ces chercheurs sélectionnent un grand échantillon d'adolescents, leur soumettant un questionnaire qui comprend des descriptions d'actes délinquants. Les adolescents rapportent les actes délinquants et déviants qu'ils ont commis, ainsi que leur fréquence habituellement durant la dernière année. Au Québec, des données épidémiologiques de cette nature sont disponibles pour chaque décennie depuis les années 1960. Elles ne sont pas sans failles. Les données d'enquêtes sont souvent critiquées sur le plan de la représentativité, de la comparabilité et de la véracité (Fréchette et Le Blanc, 1987 ; Le Blanc, inédit). Les échantillons recrutés pour décrire la population des adolescents sous-représentent souvent certains groupes ethniques, certaines classes sociales, les décrocheurs, les délinquants ou d'autres catégories sociales. Trop souvent les actes délinquants inventoriés sont des actes bénins qui ne couvrent pas l'ensemble du spectre des actes criminels inscrits dans le Code criminel ou traités par le système de la justice pour les mineurs. Il est souvent difficile de comparer les données de plusieurs enquêtes conduites à différentes époques, car les échantillons sont plus ou moins semblables dans leur composition et les actes délinquants ne sont pas formulés tout à fait de la même manière. De reste, plusieurs personnes doutent de la véracité des réponses des adolescents malgré les démonstrations scientifiques de leur validité. Tout en reconnaissant que ces critiques sont justifiées, nous utiliserons quatre enquêtes sur la délinquance autorapportée par des adolescents montréalais au cours des quatre dernières décennies ; ces données nous permettrons de décrire l'évolution de ce phénomène chez les adolescents. 

Malgré les faiblesses respectives des statistiques officielles et des données d'enquête, il n'en demeure pas moins que nous disposons au Québec d'informations suffisamment fiables pour dessiner un portrait réaliste de l'évolution de la délinquance des adolescents à travers plusieurs décennies. Ces deux sources de données sont utilisées pour décrire la délinquance des adolescents dans ce chapitre. Toutefois, les résultats provenant de ces sources de données sur le phénomène de la délinquance ne semblent pas toujours concorder. Les données sur la délinquance cachée ou son « chiffre noir » indiquent qu'il s'agit d'un phénomène généralisé et plutôt stable à travers le temps, tandis que les données officielles décrivent la délinquance comme limitée à un nombre restreint d'adolescents et dont l'évolution semble marquée par des oscillations importantes. Devant ces résultats à première vue discordants, certains criminologues ont soutenu que les enquêtes basées sur l'aveu étaient dangereuses, car elles remettaient en question la définition et l'identification de la délinquance par les organes officiels de réaction sociale. D'autres criminologues ont prétendu qu'elles faussaient l'évaluation de la distribution de la délinquance et de ses causes. D'autres criminologues, enfin, leur ont reproché de « dramatiser » l'ampleur et de « dédramatiser » la gravité de la délinquance, ce qui risquait d'inciter la population et les instances responsables de la réaction sociale à faire preuve soit d'une rigueur excessive soit d'une tolérance exagérée. Malgré ce débat, il n'en demeure pas moins que la délinquance officielle et la délinquance cachée sont les deux versants d'un même phénomène et que chacune apporte, comme nous le verrons, un éclairage, somme toute, comparable de l'évolution de la délinquance des adolescents.


Retour au texte de Jean-Marc Leblanc, criminologue, retraité de l'Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le mardi 15 août 2006 19:18
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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