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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Marc LeBlanc, Boscoville: la rééducation évaluée (1983)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Marc LeBlanc, Boscoville: la rééducation évaluée. Préface de Gilles Gendreau. Montréal, Éditions Hurtubise HMH, Ltée, – Cahiers du Québec Collection Droit et criminologie. 1983, 416 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 23 mai 2005].

Introduction

Boscoville ! Encore Boscoville ! Pourquoi revenir sur cet internat de rééducation pour jeunes délinquants ? Internat dont le modèle de rééducation est louangé par les uns et dénigré par les autres. Malgré ces controverses, le mot Boscoville évoque un type d'intervention qui jouit d'un prestige certain dans les cercles criminologiques et d'éducation spécialisée, que ces derniers soient européens ou nord-américains. 

Toutes ces discussions font de Boscoville un cas type qu'il est essentiel d'analyser encore, cette fois sous un angle nouveau. Non plus du point de vue des concepteurs et des animateurs, les Gendreau, Guindon, ni sous l'angle restreint d'une analyse statistique à partir de la mesure de la récidive, comme l'ont fait Landreville ou Petitclerc ; encore moins sous l'angle des visiteurs, souvent de quelques heures qui, dans leurs chroniques, adoptaient un point de vue dicté par leurs impressions premières, leurs émotions ou même leurs idéologies. L'analyse que nous présentons est une évaluation compréhensive réalisée par un organisme indépendant, le Groupe de Recherche sur l'Inadaptation Juvénile, dirigé par des personnes dont la formation et l'expérience ne peuvent être associées en aucune manière à la psycho-éducation, et conduite avec des méthodes scientifiques issues de la statistique, de la sociologie et de la psychologie, qui ne sont propres ni à la criminologie ni à la psycho-éducation. 

L'évaluation que nous présentons de Boscoville arrive à point dans le débat actuel entre ceux qui affirment qu'il est possible de changer les jeunes délinquants et ceux qui soutiennent qu'aucune des méthodes d'intervention connues n’est efficace. C'est le débat majeur qu'a conduit la communauté scientifique au cours des années 1970, débat cristallisé autour des positions favorables de Palmer et défavorables à l'internat de Martinson (Voir Martinson et al., 1976). D'autre part, la communauté des gestionnaires a aussi été déchirée entre les abolitionnistes et les défenseurs de l'internat, les premiers réussissant même à fermer les grands internats au Massachusetts ou tout au moins à faire adopter des politiques de gel des constructions de centres résidentiels ou une loi qui consacre la priorité du maintien de l'enfant dans son milieu naturel, comme la nouvelle loi sur la Protection de la jeunesse du Québec. Parallèlement à ces remous chez les scientifiques et les gestionnaires, la communauté des éducateurs vivait ce que Gendreau (1978) a nommé la crise de l'intervention : une crise d'identité où punition et éducation sont en conflit, où sont confrontées responsabilités sociale et professionnelle, où les rôles sont insuffisamment ou trop délimités. 

Dans ce contexte, une évaluation compréhensive d'un cas type comme celui de Boscoville, apparaît utile pour clarifier un débat qui ne repose souvent sur aucune donnée scientifique ou sur des données partielles ou biaisées. Notre évaluation est compréhensive par l'esquisse de recherche employée, par la définition de l'efficacité utilisée, et par l'étude du rapport entre l'effort et l'efficacité que nous tentons. 

Les évaluations des internats pour jeunes délinquants ont toujours porté sur les résultats obtenus à la suite du séjour, sauf pour les travaux sur Provo (Empey et Lubeck, 1971) et Silverlake (Empey et Erickson, 1972) ; ainsi il était, dans la plupart des études, impossible d'apprécier des changements sur le plan de la conduite ou de la personnalité car le point de référence devenait un zéro absolu, l'absence de récidive. Pour lever l'ambiguïté et la vulnérabilité de telles comparaisons, nous avons adopté une esquisse de recherche qui permettait de comparer directement la conduite et la personnalité des jeunes délinquants avant et après le séjour en internat ; c'est le modèle expérimental avant/après. 

En plus d'adopter l'esquisse de recherche la plus puissante, nous avons pris le parti de mesurer l'efficacité grâce à des mesures diversifiées, à savoir la récidive connue, mais surtout à travers deux prismes fort peu utilisés : l'état de la personnalité avant et après le traitement, et le mode de vie ainsi que la conduite déviante et délinquante avant et après le séjour en internat. Ces diverses approches de l'efficacité permettent de nous placer du point de vue de la protection de la société, la récidive, et du point de vue de l'individu à qui on a demandé de changer sa personnalité et/ou sa conduite ; deux faces indissociables d'une notion compréhensive de l'efficacité. Ce faisant il nous était possible de sortir de l'ornière habituelle où l'efficacité est synonyme d'absence ou de présence de récidive, où on exige la disparition de la mésadaptation alors que la réalité de la vie nous ferait attendre une réduction de la délinquance. Cette perspective est d'autant plus intéressante qu'elle nous amène à attendre une amélioration de la personnalité et une réduction des activités délinquantes, mais pas une transformation radicale de la personnalité ni un arrêt total de la délinquance. 

Une approche renouvelée de la notion d'efficacité ne saurait être complète sans que nous tentions d'apprécier aussi adéquatement l'effort que nous ne le faisons pour l'efficacité. En effet, la faiblesse majeure des évaluations a été de se centrer sur l'efficacité sans évaluer la qualité de l'effort en termes de mise en application du modèle théorique, et de qualité et d'humanité de l'intervention. Nous nous proposons de combler cette lacune en effectuant une évaluation qui nous permettra de mieux situer le rapport entre effort et efficacité. Ce rapport constitue pour nous la pierre de touche de toute recherche évaluative.

En acceptant la responsabilité de l'évaluation de Boscoville, nous étions pleinement conscients d'avoir une connaissance plus que rudimentaire de cet internat, c'est pourquoi la toute première question soulevée a été aussi élémentaire que : qu'est-ce que Boscoville ? Imaginant que la plupart des lecteurs ne seraient pas plus informés que nous l'étions, nous avons essayé dans le premier chapitre de présenter le modèle théorique boscovillien et ses moyens d'action de manière à faire justice à Boscoville relativement à ce qu'il se propose de faire. Cette connaissance acquise, la question qui vient immédiatement à l'esprit est : met-on en application ce modèle théorique ? ou, quelle est la qualité de l'intervention ? C'est l'objet du second chapitre. Connaître le modèle théorique et apprécier sa mise en application, c'est mesurer l'effort ; mais avant d'aborder l'efficacité, nous nous sommes demandé : pour qui et surtout sur qui cette intervention est-elle appliquée ? Pour y répondre, les caractéristiques de la clientèle et la dynamique de sa sélection sont présentées. 

Modèle théorique, mise en application, qualité de l'intervention et clientèle étant connus, nous nous sentions en mesure d'aborder l'efficacité, ce que font les deux chapitres suivants de ce livre. Avec le chapitre trois, nous aborderons la question centrale du point de vue de Boscoville : transforme-t-on la personnalité des jeunes délinquants ? Le chapitre quatre s'attache à la permanence de ces changements et à l'efficacité du point de vue de la protection de la société. Voilà notre cheminement et celui qui sera rapporté dans ce livre. Il est suivi d'un chapitre de conclusions qui s'intitule : les paradoxes de la rééducation des jeunes délinquants ; ce sont des réflexions sur les résultats souvent contradictoires qui émergeront tout au long de ce livre, et leurs conséquences pour les gestionnaires et les praticiens. 

Notre démarche est complexe et les résultats ne sont pas simples. Voilà peut-être les incidences fâcheuses d'une démarche d'évaluation qui se veut la plus compréhensive possible mais qui ne saurait encore être exhaustive ; nous vous convions à la faire avec nous. Mais avant de nous y engager rappelons que l'objet de ce livre est le Boscoville théorique et pratique des années 1974 à 1979 ; c'est là la limite majeure de toute recherche en sciences humaines. Toutefois, il est raisonnable de penser que cet internat n'a pas changé radicalement depuis la période de recherche et que celle-ci n'était sûrement pas très variable par rapport à la décennie précédente.


Retour au texte de Jean-Marc Leblanc, criminologue, retraité de l'Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le jeudi 21 décembre 2006 13:54
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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