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Collection « Les sciences sociales contemporaines »
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Maurice Lagueux, “Le néo-libéralisme et la gauche” (1987)
Introduction
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- Une édition électronique réalisée à partir du texte de Maurice Lagueux, “Le néo-libéralisme et la gauche”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Lizette Jalbert et Lucille Beaudry, Les métamorphoses de la pensée libérale sur le néo-libéralisme actuel, pp. 157-191. Québec : Les Presses de l'Université du Québec, 1987, 237 pp. Collection : Études d'économie politique. Collection dirigée par l'Association d'économie politique. [Autorisation accordée par l'auteur le 19 mai 2006]
Introduction
On a déjà trop commenté sans doute ce « virage à droite » qui, de la façon la plus inattendue, a fait fondre comme neige au soleil le préjugé favorable dont bénéficiait, au cours des années 1960, à peu près tout ce qui était alors associé à la gauche. Dans de larges milieux, les thèses néo-libérales ont donné lieu à de nombreux écrits inspirés par une ferveur aussi prolixe que celle qui animait les marxistes d'antan ; d'autres auteurs, demeurés fidèles aux idées de gauche, n'ont pas manqué, par contre, de faire du néo-libéralisme l'objet privilégié de leurs critiques, voire de leurs sarcasmes, en se désespérant souvent de la vitalité d'une philosophie qu'ils avaient logée trop vite dans un lointain passé à jamais révolu ! Plutôt que de prolonger indûment un débat aussi polarisé, je voudrais m'interroger ici sur la réaction, apparemment assez inefficace, que la gauche a opposée à la montée du néo-libéralisme. Plus précisément, il s'agira de diagnostiquer et d'analyser ce qui paraît être un malaise persistant dans la façon dont, à gauche, on a réagi le plus souvent à cet engouement soudain pour l'économie néo-libérale. Quel qu'en soit l'intérêt proprement thérapeutique, on peut au moins espérer d'un tel diagnostic qu'il contribue à situer l'ensemble du débat dans une plus juste perspective.
L'examen requis ne peut aller sans précisions préalables sur la nature du « virage à droite » dont il est ici question. Il faut, en tout premier lieu, dissiper l'équivoque qui a amené plusieurs partisans de la gauche à traiter comme s'il s'agissait d'un simple revirement politique forcément superficiel ce qui se présente plutôt comme un profond glissement idéologique. Or un tel glissement, s'il affecte incontestablement la conjoncture politique, ne peut se réduire aux remous qu'avec bien d'autres facteurs il contribue seulement à provoquer à ce niveau. Quelles que soient les chances respectives de réélection des actuels leaders de droite ou de gauche, on doit admettre que, depuis le milieu des années 1970, un sentiment durable de méfiance à l'égard des idées de la gauche et de sympathie relative à l'égard des idées de la droite s'est installé profondément, un peu partout en Occident. Ce n'est pas dans l'analyse des boîtes de scrutin qu'il faut chercher la mesure de ce qui ressemble à une mutation profonde de toute une manière de penser. Aussi, est-ce uniquement ce phénomène d'ordre idéologique, et non les aléas de la vie politique auxquels il sert de toile de fond, qui sera évoqué ici par l'expression « virage à droite ».
Pour caractériser ce virage, je m'efforcerai, dans une première section, de dégager ce qui a changé dans la manière d'appréhender la réalité sociale elle-même. La deuxième section proposera ensuite une sorte de typologie des principaux arguments que ce virage a inspirés à ceux qui se réclament de la gauche et suggérera que, pour des raisons variées, ces arguments étaient condamnés à ne pas avoir beaucoup d'impact. Dans une troisième section, il s'agira de dénoncer quelques confusions conceptuelles - en particulier à propos des notions de « science » et d'« idéologie » - qui expliquent la relative inefficacité de ces arguments. Enfin, une quatrième section permettra d'entrevoir comment la critique de gauche pourrait tirer parti de la remise en cause proposée ici de conceptions auxquelles elle ne doit rien d'autre qu'un pseudo-radicalisme mécanique et stérile.
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Dernière mise à jour de cette page le jeudi 1 juin 2006 15:38
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi. |
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