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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Précis de transcription de documents d’archives orales. (1982)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Vivian Labrie, Précis de transcription de documents d’archives orales. Québec: Institut québécois de recherche sur la culture, 1982, 218 pp. Collection: Instruments de travail, no 4. [L’auteure nous a accordé conjointement avec son éditeur, Les Presses de l’Université Laval, le 22 septembre 2015 l’autorisation de diffuser en accès libre à tous ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[11]

Précis de transcription de documents
d’archives orales.

Avant-propos

[12]

[13]

En tant qu'objet de recherche ou comme source documentaire, le discours oral apparaît aujourd'hui comme un aspect essentiel des préoccupations méthodologiques dans presque toutes les disciplines des sciences humaines. De manière générale, et en particulier lorsqu'ils s'intéressent aux sociétés sans écriture, les anthropologues et ethnologues sont obligatoirement confrontés au problème de l'oralité, quand ce n'est, pas à celui des dialectes et de la traduction. Dès le début de leurs études sur les formes populaires du savoir, les folkloristes ont eux aussi été entraînés dans des univers de culture essentiellement orale et gestuelle. Les préoccupations de relations interpersonnelle et clinique des psychologues débouchent sur cette voie directe de la communication humaine. Pour des raisons similaires les sociologues choisiront de préférence la formule orale de l'histoire de vie ou de 1'entrevue plus ou moins formelle, lorsque l'objet de leur recherche les amène à souhaiter que leurs sujets s'expriment plutôt librement et sans contrainte.

Depuis ses premiers balbutiements au début du vingtième siècle et son lot d'images héroïques – qu'on pense par exemple à Marius Barbeau, qui a effectué ses premières enquêtes orales dans la région de Charlevoix à bicyclette, un appareil Edison dans le porte-bagage –, l'usage de l'enregistrement sonore s'est progressivement imposé comme un moyen sûr d'accéder à une information authentique et complète. En devenant un prolongement de la mémoire et de la plume, le microphone posait néanmoins un problème de taille : celui de la matérialisation de l'événement parlé.

Comme toujours lors d'une innovation technologique, il a fallu un certain temps avant que les perspectives et les contraintes propres aux nouveaux procédés d'enregistrement ne se dégagent précisément de l'emprise idéologique établie par les anciennes façons de faire. C'est ainsi que les pionniers du casque d'écoute auront souvent eu peine à "entendre" le document oral dans sa vérité, paralysés qu'ils [14] étaient par les habitudes de réécriture qui leur étaient imposées par l'enquête manuscrite. De même, l'inutilité apparente de l'enregistrement, et même de la parole une fois son contenu récupéré, a possiblement distrait les chercheurs de deux problèmes de "cuisine" qui nous apparaissent maintenant de façon plus évidente : celui de la conservation des documents sonores et celui de la transcription de ces documents. L'absence de préoccupation précise autour de ces deux sujets a contribué au maintien de situations anarchiques qui n'ont pas toujours été relevées par les textes de méthode. Que de bobines et de cassettes dans des fonds de tiroir ! Que de transcriptions d'une logique sinueuse !

En raison probablement de leur obsession chronique de la disparition des traditions populaires et probablement aussi en raison de leur intérêt intrinsèque pour les documents oraux, ce sont les folkloristes qui, pour une fois, ont opéré la brèche la plus importante en ce domaine. Au Québec, les Archives de folklore de l'Université Laval ont été les premières à s'intéresser à la centralisation et à la systématisation des diverses collections d'enquête. Le sentiment de la valeur "nationale" du fonds ainsi regroupé, ainsi que les besoins d'une recherche essentiellement descriptive et comparative, ont contribué à créer un souci constant des questions de conservation et de transcription. Si les normes de conservation y ont atteint un niveau d'excellence internationalement reconnu, les problèmes de transcription se sont surtout réglés à la pièce jusqu'en 1979 alors que la perspective d'une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour la transcription d'une collection importante, la collection Bouthillier-Labrie, a en quelque sorte exigé l'ouverture d'un débat sur le sujet.

Il était en effet méthodologiquement impensable d'entreprendre un travail de transcription de cette envergure en se contentant des critères approximatifs et individuels qui avaient prévalu jusque-là. Une procédure claire et systématique [15] s'imposait, de manière à uniformiser la notation de l'ensemble et à permettre un certain consensus parmi différents transcripteurs. Or la rédaction d'une telle procédure impliquait une réflexion préalable sur les notions d'oralité et d'écriture, tout comme elle supposait une revue attentive des solutions déjà en usage pour la transcription de documents ethnographiques. Ne valait-il pas la peine alors d'étendre la portée d'un tel effort et de profiter de l'occasion pour préparer un document utile à l'ensemble des folkloristes ?

C'est ainsi qu'est née l'idée d'une consultation ouverte aux chercheurs s'intéressant à ce problème d'ethnographie. Une première réunion en mars 1979 a permis de confronter publiquement les différentes positions et d'élire un comité plus restreint, composé de René Bouchard, étudiant gradué en arts et traditions populaires, de Claude Poirier, linguiste, de Nancy Schmitz, anthropologue, et de moi-même, en vue de suivre le problème de plus près. Ce comité a évalué ensuite les premières ébauches de procédure et c'est grâce à ses critiques qu'un premier document restreint a pu être mis à l'essai l'automne suivant, la subvention du CRSHC ayant été obtenue. Environ deux mille documents oraux ont ainsi été transcrits de septembre 1979 à octobre 1980.

Le présent ouvrage regroupe les divers éléments de l'expérience ainsi acquise. Il propose dans l'ordre :

  • une réflexion sur la notion de transcription ;
  • une revue, illustrée d'extraits, des normes de transcription adoptées jusqu'à maintenant pour le français canadien ;
  • une procédure de transcription de documents d'archives ;
  • des exemples d'application de cette procédure aux contraintes propres à divers genres oraux (la section sur la chanson a été écrite conjointement avec Robert Bouthillier, du CÉLAT) ;
  • une démonstration progressive des possibilités de simplification de cette même procédure.

La procédure ainsi décrite a pour principal mérite d'être à la fois simple, pratique et efficace. L'usage [16] montre qu'elle est également accessible "à l'honnête homme", ce qui peut constituer un atout lorsqu'on sait que ce genre de travail est accompli habituellement pour des étudiants non spécialisés en linguistique. Elle ne résout cependant pas dans tous leurs détails les difficultés inhérentes au processus complexe de la mise en écrit du discours oral. Le transcripteur devra encore prendre beaucoup de décisions : il ne trouvera ici qu'un guide, toujours adaptable à ses besoins, et parfois même discutable selon la nature et le contexte du document à transcrire.

Cette procédure cherche avant tout à produire un parallèle écrit suffisamment respectueux de la continuité parlée pour pouvoir constituer un bon document d'archives et pour pouvoir servir de source sérieuse à une recherche de type universitaire. Selon les motifs pour lesquels on entreprend la transcription, il se peut que son degré de fidélité au document sonore dépasse les besoins individuels : on se référera alors avec profit au dernier chapitre, celui-ci illustrant comment on peut dégager assez systématiquement l'essentiel de l'accessoire des règles proposées.

On se rappellera également que ces règles ont été construites en fonction d'une documentation ethnographique et pour les fins de la recherche ethnographique. On peut imaginer toutefois qu'elles puissent s'appliquer à une autre documentation ainsi qu'à d'autres types de recherches en sciences humaines. Quelques indications en ce sens ont même été insérées dans le texte, mais ce n'est qu'à la longue, après une pratique plus diversifiée, qu'on pourra vraiment apercevoir le problème sous cet angle plus général. Dans la perspective de la création d'archives orales ouvertes à la recherche pluridisciplinaire, où une même transcription de base serait appelée à satisfaire des chercheurs d'appartenance variée, il devient intéressant de considérer que le besoin de l'ethnographie s'annonce cependant comme le plus conservateur : une transcription découlant de la présente procédure risque donc de rencontrer et même d'aller au-delà des exigences des autres disciplines, de telle sorte que dans la plupart des autres cas on n'aura qu'à retrancher ou à standardiser les informations superflues sans avoir à procéder à une retranscription onéreuse.

[17]

Il me reste à remercier ici chaleureusement tous ceux qui ont participé au débat "oral" à partir duquel ce document "écrit" est né. Je pense entre autres à Robert Bouthillier, René Bouchard et Nancy Schmitz, à Claude Poirier, sans qui ce document n'existerait pas, à Francis Boucher et à Marie Godbout, transcripteurs actifs, critiques et impliqués, et enfin à Jean Bourassa et à Nicole Gagnon qui ont revu fort utilement le manuscrit à la lumière de leur expérience de sociologues.

[18]



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 15 octobre 2016 16:42
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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