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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte de Micheline Labelle, (2008), “Les intellectuels québécois face au multiculturalisme: hétérogénéité des approches et des projets politiques”, Canadian Ethnic Studies, 2008, vol. 40, n° 1-2, p. 33-56. [Autorisation accordée par l'auteure le 13 novembre 2015 de diffuser le texte de cet article en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales.]

[33]

Micheline Labelle

Les intellectuels québécois
face au multiculturalisme:
hétérogénéité des approches
et des projets politiques
.”

Un article publié dans la revue Canadian Ethnic Studies / Études ethniques canadiennes, vol. 40, no 1, 2008, pp. 33-56.

Résumé [33]
Abstract [33]

Le multiculturalisme canadien [35]

Mise en contexte de la politique publique canadienne [35]
La pensée critique du multiculturalisme canadien [37]
Terminologie et niveau d’analyse [37]
Un facteur particulièrement structurant : la question nationale au Québec [39]
L’État et les processus d’essentialisation et de racisation de l’altérité [41]

L’interculturalisme québécois [42]

La politique publique québécoise [42]
Les positions  des intellectuels québécois sur l’interculturalisme [45]
Chez les tenants de la convergence [45]
Multiculturalisme et interculturalisme : des divergences affirmées [46]
Deux poids, deux mesures ? De quelques critiques  lapidaires du modèle québécois [48]

Conclusion [50]
Références [53]
Remerciements [56]


RÉSUMÉ

Cet article propose d’abord une analyse du discours critique du multiculturalisme canadien avancé par des intellectuels issus du milieu universitaire québécois. La seconde partie du texte porte sur un modèle alternatif : l’interculturalisme québécois. Nous avons mis en évidence l’hétérogénéité de l’argumentation sur le multiculturalisme, alors que cette argumentation est trop souvent présentée comme une totalité indifférenciée représentant « le point de vue du Québec ». En effet, il serait erroné de postuler que le discours critique du multiculturalisme se réduit à la thèse de la fragmentation. Un net constat se dégage de nos conclusions : la pensée des intellectuels québécois varie selon les auteurs et les traditions disciplinaires quant aux concepts centraux, aux thèmes privilégiés et aux thèses élaborées. Il en va de même des projets politiques explicites ou sous-jacents.

Abstract

In the first part, this article proposes an analysis of the critical discourse produced by intellectuals in Quebec’s universities about Canadian multiculturalism. The second part concerns an alternative model, the Quebec model of interculturalism. Whereas the critical discourse on multiculturalism is often presented as an undifferentiated whole representing “Quebec’s point of view,” we have highlighted the heterogeneity of such a discourse. It would be erroneous to assume that the critical discourse about multiculturalism can be reduced to the fragmentation thesis. A clear conclusion emerges from our findings : Quebec intellectuals’ thoughts vary greatly depending on the authors and the various disciplinary traditions. This variation concerns the central concepts used in the analysis, the themes that receive most attention, and the theses that are elaborated. The same applies to the political projects that are explicit or implicit in such discourses.

________________________

Après des décennies de gains en politique de la reconnaissance de la diversité,  les démocraties libérales font entendre un rappel à l’ordre. Renforcement de la droite et du conservatisme, résurgence du racisme, exhortation à la cohésion sociale, prévalence de la sécurité caractérisent la décennie en cours. Les revendications identitaires des mouvements sociaux ont perdu leur cote de légitimité et sont maintenant perçues comme des sources de fragmentation sociale et politique. La citoyenneté est l’objet d’une reconfiguration particulière eu égard à l’unité de la communauté politique. L’idéologie du multiculturalisme fait problème : on craint le communautarisme et on [34] prône une vision néo-intégrationniste basée sur les anciens modèles de l’assimilation culturelle. Bref, on assiste au repli du multiculturalisme, voire à son dénigrement, alors que les philosophes se livrent à une justification incessante de sa compatibilité avec le libéralisme [1]. Cette tendance n’est pas nouvelle, mais elle revêt une dimension exacerbée.

D’entrée de jeu, il nous faut  préciser ce que l’on entend par multiculturalisme. Le multiculturalisme est une notion polysémique qui renvoie tantôt à une philosophie politique de contestation des postulats classiques de l’appartenance à l’État-nation, tantôt à un ensemble de dispositifs juridiques, politiques et institutionnels portant sur la reconnaissance de la diversité (au sens large), tantôt à un strict fait démographique. Trop souvent, l’on confond dans les débats les niveaux d’analyse. Une autre difficulté réside dans le fait que les arguments  pour ou contre le multiculturalisme varient fortement selon les répertoires culturels nationaux, les traditions théoriques, les regards disciplinaires et les alignements politiques.

Dans l’ensemble canadien, la pensée de droite fustige  l’idéologie du multiculturalisme à l’aide de stéréotypes réducteurs tels que « la tyrannie des minorités », la « mentalité victimaire », la « dilution de l’identité canadienne », les « excès identitaires », la « balkanisation croissante de la société », etc. À gauche, la contestation met en cause  le multiculturalisme au profit de la perspective postcoloniale, du transnationalisme ou de la citoyenneté cosmopolitique

Quant à la politique fédérale du multiculturalisme, les critiques se sont exprimées dès son institutionnalisation en 1971. Déjà John Porter (1980) mettait en garde quant à ses conséquences négatives sur l’intégration et la mobilité sociale des immigrants et des minorités. Depuis lors, les évaluations universitaires, politiques et journalistiques ont dévoilé certains effets pervers de la politique fédérale, notamment en ce qui concerne le décalage persistant entre les visions normatives du « vivre ensemble multiculturaliste » et les obstacles que rencontrent les minorités racisées. Ces inégalités diverses, ces discriminations directes et systémiques  minent le sentiment d’appartenance à la nation canadienne (Li 2003 ; Biles, Tolley et Ibrahim, 2005 ; Warburton 2007). Reitz et Bannerjee (2007) en concluent que la politique du multiculturalisme est inadéquate pour faire face au défi de la cohésion sociale dans la société canadienne. En résumé, les effets négatifs du multiculturalisme concernent l’emphase mise sur la différence, l’impact sur les conflits potentiels de civilisation, le maintien de la stratification sociale et des rapports de pouvoir et les conflits de loyauté au sein de la fédération (Garcea et al, 2007).

Dans le cas du Québec et des nations autochtones, les arguments sont différents.

Cet article se propose d’analyser, pour commencer, les critiques du multiculturalisme canadien avancées par des intellectuels issus du milieu universitaire québécois. La seconde partie porte sur un modèle alternatif : l’interculturalisme québécois. [35] Nous voulons mettre en évidence l’hétérogénéité de l’argumentation sur le multiculturalisme, alors que cette argumentation est trop souvent présentée comme une totalité indifférenciée représentant « le point de vue du Québec »

– lequel d’ailleurs est  plus souvent qu’à son tour l’objet de surveillance constante, comme en témoignent les sondages effectués dans le champ des « études canadiennes ». En effet, il  serait erroné de postuler que le discours critique du multiculturalisme se réduit à la thèse de la fragmentation. S’il est vrai, comme le souligne Lloyd Wong, qu’un  aspect central du discours « post-multiculturaliste » est basé sur la perception que le multiculturalisme nuit à la cohésion sociale et, à la limite, conduit à un choc des civilisations, il ne se réduit pas à cela (in Garcea, Wong et Kirova, 2007). 

Deux remarques s’imposent quant à la délimitation du corpus analysé. D’abord, nous n’avons retenu que des textes d’intellectuels francophones, ce qui est forcément limitatif, compte tenu du contexte pluriel et multilingue de la société québécoise ; mais telle était la demande des éditeurs. Ensuite, nous avons exclu un certain nombre de textes de philosophie politique  portant sur la politique de la reconnaissance, de même que le discours de la droite francophone sur le multiculturalisme et la diversité qui est traité par Chedly Belkhodja dans ce numéro spécial.

LE MULTICULTURALISME CANADIEN

Mise en contexte de la politique publique canadienne

Comme le résume bien Moodooq : « Là où le multiculturalisme a été accepté et a fonctionné comme projet d’État ou projet national (au Canada, en Australie et en Malaisie, par exemple) il n’était pas une dimension accidentelle, mais faisait partie intégrante d’un projet de construction nationale » (2007, 47). Rappelons le rôle particulièrement structurant de certains facteurs. D’abord, se développe, à partir de 1940, une référence identitaire pleinement nationale au Canada, à la faveur de la Seconde guerre mondiale et de l’émergence de l’État-providence au cours des décennies suivantes. Ensuite, s’impose la nécessité d’unifier les populations minoritaires et d’élaborer une stratégie dirigée contre le nationalisme québécois (Warburton 2007).

En juillet 1963, le premier ministre canadien Lester B. Pearson créait la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dont le mandat était de faire le point sur la question. Les indicateurs socioéconomiques avaient révélé la profonde situation d’inégalité du groupe canadien-français, ce qui expliquait la montée fulgurante du nationalisme au Québec. Dans leur rapport final paru en 1969, les commissaires avaient reconnu l’importance capitale de la notion de deux « sociétés distinctes » tout en mentionnant que, chez les « autres groupes ethniques », « certaines personnes acceptent volontiers le bilinguisme officiel mais rejettent carrément le biculturalisme. Elles considèrent le Canada comme un pays [36] officiellement bilingue et foncièrement multiculturel » (idem 13). Le rapport de la Commission fut mis sur les tablettes par Pierre Trudeau et le biculturalisme fut remplacé par une politique officielle de multiculturalisme en 1971.

D’autres éléments ont joué : la Déclaration canadienne des droits en 1960, les intérêts commerciaux liés à  la décolonisation au sein du Commonwealth, la Loi sur les langues officielles en 1969, la ratification de la Convention internationale sur la discrimination raciale en 1970 (Warburton 2007, 277). Le retrait des mesures racistes dans la politique d’immigration en 1965 a modifié en profondeur la provenance des flux migratoires internationaux et soulevé de nouveaux enjeux. Garcea mentionne en plus la rationalité politique : des politiques nationales et provinciales de valorisation de la diversité allaient contribuer à maximiser les avantages économiques sur le marché du travail (Garcea 2006, 2-3).

La première phase de la politique canadienne du multiculturalisme fut sous-tendue par une idéologie de song and dances et axée sur la préservation des cultures d’origine, le financement de groupes et de médias ethniques (McRoberts 1997 ; Patel 2007). Compte tenu des critiques émanant des milieux politiques et de la société civile, la politique publique a visé, au cours des années 1980 l'intégration sociale et économique par la suppression des obstacles liés à la discrimination, par la réforme des institutions et les mesures de promotion sociale en faveur de l'égalité des chances (Leman 1999, 8). Elle est passée de la célébration des différences dans les années 1970 à des objectifs de citoyenneté inclusive dans les années 2000 (Kunz et Sykes 2007, 8). La diversité religieuse est maintenant au cœur de nombreux débats sur le multiculturalisme. Le multiculturalisme/diversité devient de plus en plus un outil de rentabilisation économique pour faire face à la mondialisation « stimulant la créativité », « aidant à développer les marchés de biens et de services » et permettant d’obtenir une certaine crédibilité dans les affaires internationales » (Patrimoine canadien, 2007 ; Burstein 2004). La diversité est également associée au thème de la sécurité et du risque, ce qui crée de vives tensions entre les objectifs du multiculturalisme (Patrimoine canadien, 2007).

Quant à l’enjeu du racisme, il émergea dès la décennie 1970 des controverses entourant les limites de la politique du multiculturalisme. Les recherches récentes montrent que, dans le contexte géopolitique international et la situation  intérieure actuels, le racisme constitue « an important public policy issue » (Patel 2007, 259). C’est pourquoi, en 2005, à l’engagement du Canada « à embrasser les principes de la Conférence mondiale contre le racisme » et au rapport de Doudou Diène, rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme au Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU (2004), le gouvernement répondit par un Plan d’action canadien contre le racisme auquel s’est ajouté un projet de Loi interdisant le profilage racial (Projet de Loi C-476, 2004).

[37]

La pensée critique du multiculturalisme canadien 

Trois thèses principales se dégagent de notre analyse du discours critique du multiculturalisme canadien tenu par des intellectuels issus du milieu universitaire québécois francophone : 1) la thèse de la fragmentation et de la citoyenneté « particulariste », défendue par  Gilles Bourque et Jules Duchastel ; 2) la thèse de la prise en compte de la diversité ethnoculturelle dans un espace politique plurinational, sous laquelle nous regroupons les écrits de Éric Breton, Raffaele Iacovino, Alain G. Gagnon, Micheline Labelle, Guy Rocher, François Rocher et Michel Seymour ; 3) la thèse critique des identités et du pluralisme normatif qui ressort des travaux de Jocelyne Couture, Jean-Luc Gignac, Geneviève Nootens, Lukas S. Sosoe. Ces positions présentent des convergences et des divergences que nous allons exposer en les regroupant autour de thèmes précis : la terminologie et le niveau d’analyse du  multiculturalisme, les ordres concurrents de politiques publiques, les processus d’essentialisation et de racisation de la différence. Soulignons par ailleurs que si certains intellectuels se montrent plus sensibles que d’autres à la diversité, leur analyse ne relève pas de la pensée de la droite.

Terminologie et niveau d’analyse

La terminologie utilisée laisse filtrer les postulats, les orientations intellectuelles et politiques. Elle varie également selon le niveau d’analyse.

La thèse de la fragmentation et de la citoyenneté particulariste s’attarde surtout, mais non exclusivement, à l’idéologie du multiculturalisme. Son institutionnalisation juridico-culturelle a provoqué l’apparition d’une multiplicité de groupes d’ayants droits dont les rapports sont conflictuels, ce qui a contribué à la fragmentation de l’espace politique canadien (Bourque et Duchastel 1996 ; 2000 ; 2006). Les auteurs utilisent un discours où dominent les notions de « citoyenneté culturelle », « identitaire », « incorporée », « particulariste ».

Cette thèse se distingue par la référence récurrente à l’opposition universalisme/particularisme. Alors que dans des phases initiales, les citoyennetés politique et sociale étaient inspirées par une perspective universaliste, la « citoyenneté culturelle », apparue au cours d’une troisième phase, « favorise l’émergence d’une représentation particulariste des rapports sociaux » (Bourque et Duchastel 2000, 149). Ceci favorise la judiciarisation progressive des rapports sociaux » (Duchastel et Bourque 2000, 150). La « citoyenneté multiculturelle » doit son émergence au déploiement d’une nouvelle catégorie de droits, les droits culturels : « Ces derniers chambardent le dispositif initial de la citoyenneté, fondé sur l’existence des droits de l’homme, sur le sujet démocratique et sur l’acteur collectif transcendé dans la communauté politique (le peuple ou la nation) » (Duchastel 2005, 3). L’« État multiculturel » représente l’aboutissement de ce processus et entretient un certain « pluritribalisme ».

[38]

La thèse de la prise en compte de la diversité dans un espace plurinational, défendue par un éventail plus large de politologues et de sociologues, se fonde surtout sur une analyse de la politique publique du multiculturalisme, laquelle renvoie aux configurations politiques au sein de la fédération canadienne. Selon les auteurs,  le multiculturalisme canadien entre en contradiction avec l’interculturalisme québécois ; les deux modèles d’intégration se faisant concurrence, ils sont source de confusion, voire de  confrontation politique. Par là-même, ils se trouvent à faire obstacle à la consolidation d’un sentiment d’appartenance à la société québécoise et à l’implantation d’une citoyenneté québécoise territoriale et pluraliste. Il faut insister sur le fait que les auteurs se positionnent nettement en faveur de la prise en compte de la diversité ethnoculturelle et nationale, se démarquant ainsi du discours de la fragmentation et de la « citoyenneté particulariste » tenu par Bourque et Duchastel.

La terminologie se distingue également du discours de la fragmentation, bien que variant selon les auteurs. Certains intellectuels s’inspirent directement  de la perspective culturaliste de Kymlicka. Ainsi Breton distingue un « multiculturalisme multinational » et un « multiculturalisme polyethnique », et il défend la reconnaissance constitutionnelle de « communautés nationales » au sein de la fédération canadienne : les peuples autochtones, les Québécois et les anglophones qui forment des « communautés sociétales » (Breton 2000, 160). Il en va de même pour Gagnon, Iacovino ou Seymour, qui utilisent les concepts de « contexte de choix », de « culture sociétale » et de « culture publique commune ». Labelle et Rocher se démarquent à cet égard ; plus critiques de Kymlicka, ils privilégient la perspective théorique de la citoyenneté et privilégient les notions de « pacte civique », de « cadre civique commun » ou de « socle de principes et de valeurs politiques ».

La thèse critique des identités et du pluralisme normatif s’intéresse essentiellement aux fondements philosophiques de l’idéologie du multiculturalisme et de la politique de la reconnaissance. Les auteurs, philosophes politiques pour la plupart, recourent à un univers conceptuel différent. Ainsi Couture discute d’une « conception cosmopolitique de la citoyenneté et de la démocratie » au sein des sociétés multiethniques et multinationales. Elle s’élève contre les conceptions identitaires et culturalistes de Kymlicka et de Norman qui fondent la citoyenneté sur l’appartenance communautaire et culturelle. La « citoyenneté cosmopolitique » s’appuie sur une réappropriation de la notion d’appartenance qui tente d’éviter  l’essentialisation des cultures et le relativisme culturel (Couture 2004). Gignac, critique du multiculturalisme procédural, soutient que la « citoyenneté multiculturelle, juridique et corporative », induit une idéologie du ressentiment, peut engendrer une politique de contrôle identitaire et favoriser une gestion bureaucratique et judiciaire des « particularismes » (Gignac 1997, 37 et 63). Nootens argue que le multiculturalisme se différencie de l’idée classique de « tolérance » puisqu’il doit négocier avec des caractéristiques identitaires très politisées [39] qui interpellent la nature des principes de vie collective. Selon elle, le défi du multiculturalisme réside dans la nécessité de trouver des façons d’accommoder les différences ethniques et nationales qui soient moralement justifiables et propres à assurer la stabilité des États pluriethniques et plurinationaux, ce qui se révèle impossible dans le contexte canadien (Nootens 1998, 168). Sosoe plaide en faveur d’une « thèse critique des identités culturelles ». La reconnaissance des cultures, défendue par les tenants du multiculturalisme, résulte d’une évolution historique qui plonge ses racines dans le passé colonial. L’oppression des cultures a abouti à une série de revendications qui élèvent maintenant la culture au niveau des droits de l’homme, et cet état de fait entraîne une confusion qui donne « l’impression que le droit à sa propre culture est un droit qui peut se déduire, sans condition et sans restriction, des droits de l’homme » (Sosoe 2002, 427 et 439). Sosoe dénonce donc le « multiculturalisme normatif » (moralement inacceptable) et le « relativisme culturel » ; il rejette l’idée d’« égalité des cultures » et propose une « colonisation permanente » et critique des présupposés culturels, entreprise qui ne devrait épargner aucune culture existante dans le monde.

Un facteur particulièrement structurant :
la question nationale au Québec


Les controverses entourant la politique fédérale du multiculturalisme ont été largement déterminées par la question nationale, à savoir les rapports de pouvoir entre le Canada et le Québec. Il faut tout de suite souligner que les gouvernements du Québec, quel que soit le parti politique au pouvoir, ont toujours rejeté la politique fédérale du multiculturalisme, et ce, au nom de la protection du caractère français et des caractéristiques spécifiques de la société québécoise. En témoigne une lettre du premier ministre Robert Bourassa à Pierre-Elliot Trudeau, le 11 novembre 1971,  expliquant la nature de son opposition : « Le Québec n’adopte pas, au niveau du principe du multiculturalisme l’approche de votre gouvernement […]. Le Québec doit assumer le rôle de premier responsable sur son territoire de la permanence de la langue et de la culture française ». La ministre Louise Robic écrira plus tard que « le multiculturalisme tel que prôné dans le document Cimenter la mosaïque canadienne crée une multitude de sociétés, n’ayant en commun que la cohabitation sur le même territoire » et mine l’unité et la fierté d’un pays (Québec 1988, 3 et 7). Et de préciser : Tous les gouvernements du Québec ont toujours « démontré le souci constant de reconnaître la diversité culturelle » (idem, 4).

Dans le monde universitaire, le sociologue Guy Rocher a été le premier à proposer une critique du multiculturalisme en 1973 : « Les ambiguïtés d’un Canada bilingue et multiculturel », sur la base de quatre énoncés : 1) le multiculturalisme canadien compromet l’avenir du bilinguisme, conséquence logique et normale du biculturalisme ; 2) le bilinguisme n’ayant plus qu’un caractère officiel perd toute signification culturelle [40] et n’invite pas les Canadiens à mieux se connaître ; 3) la nation canadienne perd ainsi un noyau culturel nettement identifiable et se définit désormais par l’absence de culture nationale ; 4) le multiculturalisme représente un pas en arrière pour les Canadiens français qui ne sont pas reconnus comme le pendant de la communauté canadienne-anglaise dans la structure sociologique canadienne (Rocher 1973, 97-100).

La politique du multiculturalisme nie le principe même du fédéralisme canadien, affirment la majorité des auteurs. La Constitution de 1867 est le résultat d’un compromis entre les élites des diverses colonies de la British North America. Deux questions non résolues, le nationalisme canadien-français et les réalités autochtones, font déjà obstacle à la construction d’une communauté politique unifiée (Labelle, Rocher et Rocher, 1995 ; Bourque et Duchastel 1996, 81). L’inachèvement de l’État national combiné aux conflits de compétence liés à l’édification de l’État providence favorisera la constitutionnalisation, au fil du temps, des enjeux politiques et sociaux. C’est dans ce contexte qu’apparaît la Loi fédérale du multiculturalisme de 1971, le multiculturalisme constituant une stratégie de pouvoir  « visant à gérer les différences inhérentes à une société complexe » et marquée par le refus de reconnaître au Québec un statut particulier au sein de la fédération (Bourque et Duchastel 2005, 1, 4).

Breton argue que la politique canadienne du multiculturalisme engendre la division. Tout d’abord, elle freine l’intégration des nouveaux arrivants à la vie canadienne. Ensuite, elle banalise les revendications québécoises et autochtones de reconnaissance spécifique (Breton 2000, 158). Le multiculturalisme a échoué dans sa volonté de conjuguer égalité et diversité, puisqu’il n’étend pas sa politique de reconnaissance aux minorités nationales. Le problème du Canada réside dans le fait qu’il se confine à  un multiculturalisme polyethnique et non multinational.

Selon Labelle et Rocher, le Québec a cherché à construire son propre régime de citoyenneté, parfois en complémentarité avec les politiques publiques adoptées par l’État central, parfois en opposition avec elles. On ne saurait donc s'étonner que la présence de projets politiques qui ne cherchent pas nécessairement à renforcer l’espace politique canadien trouve son expression conflictuelle dans le traitement politique de la diversité (Labelle et Rocher 2006, 161). L’objectif unificateur de la politique fédérale du multiculturalisme repose sur une vision centralisatrice du fédéralisme incompatible avec l’existence de sociétés globales qui se définissent comme des nations. En principe, «  Un État multinational doit être ouvert à des aménagements politiques particuliers en regard de la citoyenneté sans pour autant nier le principe de l’égalité des personnes. La meilleure façon de promouvoir un sens de la solidarité passe par l’accommodement des identités nationales plutôt que par leur subordination » (idem, 161). Les politiques du bilinguisme officiel et du multiculturalisme ainsi que l’enchâssement d’une Charte des droits et libertés dans la nouvelle constitution de 1982 ont plutôt renforcé une politique de la diversité basée sur des identités [41] non territorialement constituées, alimentant du même coup un courant de pensée déjà peu favorable à  la reconnaissance de la « nation québécoise » et, plus globalement, de toute forme de nationalisme (idem, 148).

La théorie sociale, au cours de la décennie 1990, a été dominée par la pensée des philosophes éthiciens, libéraux et communautariens, soucieux de promouvoir des arrangements institutionnels de reconnaissance de la diversité inhérente au Canada, plus particulièrement par des aménagements reflétant le fédéralisme asymétrique et la reconnaissance du caractère multinational du Canada. Paradoxalement, les pratiques sociales liées à la gouvernance canadienne se sont caractérisées par un virage marqué du « régime de citoyenneté canadienne », teinté par les tendances néolibérales, centralisatrices, restrictives, voire coercitives, à l’endroit des revendications nationalitaires (Labelle et Rocher 2006, 146). En fait, la culture politique fédérale (qui s’inscrivait dans les principes de l’engagement formel et de l’accord mutuel des parties constituantes) s’est grandement étiolée (Rocher et Smith, 1997).

La politique fédérale réduit le « vouloir vivre ensemble » et les obligations d’échanges interculturels (Gagnon 2000, 17-18) : « […] la politique canadienne ne parvient pas à reconnaître que les minorités nationales, à l’opposé des communautés pluriethniques, cherchent à fournir un espace central d’identification qui soit leur propre pôle d’allégeance nécessaire pour l’unité et l’achèvement d’un but commun » (Gagnon et Iacovino, 2003, 430). Le modèle canadien ne sert qu’à défendre l’objectif de l’unité devant le défi que présente l’existence de minorités nationales (Gagnon et Iacovino 2008, 142 ; Seymour, 1999, p.46).  Seymour dénonce même la vision de la nation québécoise chez Kymlicka, vision culturaliste qui réduit la nation aux seuls francophones (Seymour 2001, 118) :

« Le véritable nœud du problème se situe dans la référence aux cultures publiques communes des différentes communautés nationales, qui sont malheureusement absentes autant dans la lettre que dans l’esprit de la politique du multiculturalisme canadien. L’intégration ne doit pas être seulement linguistique ; elle doit impliquer l’insertion au sein d’une culture publique commune propre à une communauté d’accueil spécifique. » (Seymour 1999, 55).



L’État et les processus d’essentialisation
et de racisation de l’altérité


Des intellectuels canadiens tels que Bannerji, Kobayashi, Satzewitch, Patel, Warburton, etc., ont mis en évidence l’essentialisation et la racisation qui découlent de l’idéologie du multiculturalisme ou de la politique publique canadienne. Des intellectuels québécois font écho à ces remarques.

La théorie critique des identités et du pluralisme normatif aborde notamment le problème de l’essentialisation des cultures et se distancie de la perspective de la « citoyenneté multiculturelle » de Kymlicka, et, par ricochet, de la politique publique [42] fédérale (Sosoe 2002). Selon Couture, Sosoe ou Gignac, le multiculturalisme minimise la différenciation sociale et politique interne des minorités et donne lieu à la fabrication artificielle d’« identités fixes » ou « désignées ». La Charte canadienne des droits et libertés aurait codifié juridiquement le multiculturalisme. En conséquence, « un glissement vers un libéralisme procédural des droits culturels est inévitable et fait déraper l’expression politique du pluralisme vers une gestion bureaucratique et judiciaire des particularismes » (Gignac 1997, 57-58) au lieu de les laisser s’interpénétrer de par le jeu démocratique. Ce pluralisme juridique ne favorise donc pas la rencontre de l’altérité, mais le cloisonnement de chacun dans ses droits et la « judiciarisation de la différence ». Un modèle de citoyenneté qui construit ainsi des identités « fixes » peut devenir plus homogénéisant qu’un modèle qui n’impose pas d’identité groupale aux citoyens. La position multiculturaliste nie la diversité interne du groupe, et elle engendre une politique de contrôle identitaire plutôt qu’une politique de rencontre de l’altérité (idem,  37).

La catégorisation que défend l’État dans sa sphère administrative aboutit à des « statistextes » (expression empruntée à Kobayashi), lesquels contribuent à la  « racisation permanente » des citoyens (Labelle 2006). Le discours fédéral sur le multiculturalisme contribue en effet à la reproduction élargie du discours racialiste. En fait foi l’appellation de « minorité visible » qui, de la sphère administrative où elle était cantonnée, a envahi l’espace public, la société civile, le discours universitaire. Ainsi, Kymlicka dans ses récents travaux utilise largement la notion de « minorité visible » et d’« ethnies blanches », comme il ethnicise la notion de Québécois (Kymlicka, 2007 ; 2008). L’usage de la notion de « race » dans la législation canadienne et dans les textes gouvernementaux occulte le fait que cette fausse notion est un produit même de l’idéologie raciste. Or, elle imprègne notamment le Plan d’action canadien contre le racisme (idem) rendu public en 2005.

Venons-en maintenant au modèle québécois de l’interculturalisme.

L’INTERCULTURALISME QUÉBÉCOIS

La diversité ethnoculturelle a engendré au Québec une politique publique vue par plusieurs comme relevant de l’interculturalisme. Mais contrairement au niveau fédéral, le Québec n’a jamais, à ce jour,  adopté une Loi sur l’interculturalisme.  Par contre, la notion d’interculturalisme est enchâssée dans les politiques d’intégration et d’aménagement de la diversité du Québec (Rocher, Labelle, et al. 2008).

La politique publique québécoise

Dans les années 1970, la nécessité de s’aligner, d’une part, sur les nouvelles normes internationales en matière de droits de l’Homme et de préciser, d’autre part, [43] les objectifs démographiques et économiques en matière d’immigration ont incité le Québec à élaborer une politique d’aménagement de la diversité, à l’instar du palier fédéral – sans oublier ce facteur propre au Québec qu’est le questionnement sur son identité nationale et francophone.

La volonté du Québec de se redéfinir en tant que société d’accueil et d’intégration de langue française s’est inscrite dans l’approche structurante de la Révolution tranquille aux plans économique, politique, linguistique et culturel. À partir des années 1960, l’État québécois a tenté de consolider son rôle en matière d’immigration et d’intégration afin d'assurer le poids démographique et politique du Québec au sein de la fédération canadienne et de contrer la préférence des immigrants pour la langue anglaise. À cette fin, il créa un ministère de l’Immigration en 1968 et négocia une série d’ententes fédérales-provinciales. À la suite des rapports de diverses commissions d’enquête sur les pratiques linguistiques, une Charte de la langue française (1977) affirma la volonté de l’État québécois de poursuivre son objectif de francisation « dans un climat de justice et d’ouverture à l’égard des minorités ethniques, dont elle reconnaît l’apport précieux au développement du Québec » (Québec 1977, 8). Ce moment fondateur allait amorcer une série de contestations judiciaires en même temps que l’élaboration d’un ensemble cohérent de dispositifs de « gestion de la diversité » sous la forme  d’un cadre juridique destiné à contrer la discrimination, à promouvoir l’égalité et à garantir les droits  : Charte des Droits et Libertés du Québec (1975), Déclaration du gouvernement du Québec sur les relations interethniques et interraciales (1986) étant donné la proclamation par l'Organisation des Nations Unies, en novembre 1983, de la deuxième décennie de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale et l'appui que le gouvernement du Québec lui donnait en septembre 1985 ; programmes d’équité en emploi, de formation interculturelle, adaptation des services publics, mesures d’accommodements raisonnables, mise en œuvre d’une politique d’interculturalisme.

Tout comme le multiculturalisme canadien, la politique de l’interculturalisme est passée de la promotion des différences à la fin des années 1970 aux notions de citoyenneté inclusive et de participation dans les années 2000. Mais la politique québécoise présente cette différence fondamentale que l’interpellation d’intégration et de rapprochement interculturel vise à consolider un sentiment d’appartenance au Québec, vu comme une société globale, française et minoritaire en Amérique du Nord.

La politique québécoise sera définie dans le cadre de plusieurs énoncés et plans d’action. Le premier plan d’action ministériel, Autant de façons d’être Québécois. Plan d'action à l'intention des communautés culturelles,  fut déposé en 1981 par le gouvernement du Parti Québécois dans un contexte post-référendaire sur la souveraineté du Québec. Il proposait un modèle différent de celui du creuset américain, du multiculturalisme canadien ou de l’assimilation à la française. La culture [44] québécoise de tradition française y était définie comme un « foyer de convergence des autres traditions culturelles qu’il veut maintenir originales et vivantes partout où elles s’expriment ». Le droit à la différence, affirmé sans équivoque, s’inscrivait dans une perspective de rapprochement et de compréhension interculturelle. Un gouvernement libéral adopta en 1990 un Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration. Les notions de contrat moral et de culture publique commune devinrent, conjuguées avec la notion d’interculturalisme, les principaux référents du discours étatique. La politique québécoise précise les attentes et les obligations mutuelles entre les immigrants et la société d’accueil autour de valeurs dites communes (Labelle 2008).

Le thème de la citoyenneté québécoise a été mis à l’ordre du jour, alors que le Parti québécois était au pouvoir entre 1996 et 2003. La citoyenneté québécoise fut alors définie comme

« un attribut commun à toutes les personnes résidant sur le territoire du Québec. La citoyenneté s'enracine dans le sentiment d'appartenance partagé par des individus qui ont à la fois des droits et des libertés et des responsabilités à l'égard de la société dont ils font partie. Cette perspective de la citoyenneté reconnaît les différences tout en se fondant sur l'adhésion aux valeurs communes. » (Québec 1998, 11).

En octobre 2007, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, proposa à l’Assemblée nationale deux projets de loi : 195 (Identité québécoise) et 196 (Constitution du Québec), dans le contexte des débats sur les accommodements raisonnables. La loi sur l’identité québécoise visait à donner au Québec une constitution interne, une citoyenneté québécoise, un renforcement de la Charte sur la langue française et de la Charte des droits et libertés. Enfin, le gouvernement du Québec rendra public en 2008 un Plan d’action contre le racisme.

En résumé, la politique québécoise est le résultat d’un chassé-croisé entre une perspective citoyenne et un discours communautariste et elle est sous-tendue par des intérêts politiques divergents. La même tension s’observe au niveau fédéral où il faut maintenir l’équilibre entre le multiculturalisme et le renforcement de la citoyenneté canadienne (Labelle et Salée, 1999). Il s’agit ici de gérer une contradiction fondamentale au sein de toute communauté politique, accentuée ici par l’histoire particulière de la fédération canadienne et la diversification croissante de sa population.

Cette mise en contexte devrait favoriser la compréhension des positions québécoises sur la convergence et la divergence de deux modèles de prise en compte de la diversité qui cherchent à consolider leur légitimité au sein de la fédération canadienne, et ce, depuis plus de 30 ans.

[45]

Les positions des intellectuels québécois
sur l’interculturalisme


Certains observateurs canadiens anglais pensent que l’interculturalisme n’est qu’une version modifiée du multiculturalisme canadien. La politique fédérale ayant généralement servi de modèle, les diverses politiques provinciales offriraient plus de similitudes que de différences (Leman 1999 ; Garcea 2006), bien que le Québec, étant à la croisée des influences britanniques et de l’esprit français républicain, soit jugé parfois plus « intégrationniste ». Cependant, Garcea reconnaît que : « The appeal to the ethos of interculturalism is greater than of multiculturalism » (Garcea 2006, 16).

Chez les tenants de la convergence

Selon Pietrantonio, Juteau et McAndrew, les deux politiques convergent sur les points suivants : la reconnaissance de la nature pluraliste des cultures canadienne et québécoise ; un rapport comparable au pluralisme linguistique ; le rejet de l’assimilation ; la priorité des enjeux sociaux sur les enjeux culturels ; l’égalité ; la réorientation des subventions aux communautés vers les institutions publiques ; la reconnaissance de l’existence sociologique des communautés (1996, 155) : « Au-delà des différences, on remarque fortement dans les deux contextes la tentative de passer d'un paradigme culturel vers un paradigme plus civique et social et que ce passage se heurte à des résistances similaires » (1996, 156 ; voir également Helly 1996 ; 2000 ; Houle 1999 ; Mc Andrew 2007). L’on admet que si le multiculturalisme a été critiqué à titre de politique communautariste visant à « ghettoïser » la société canadienne, il a par contre évolué avec le temps : « La politique canadienne de multiculturalisme apparaît maintenant, somme toute, très près de la politique québécoise d'intégration » (Houle 1999, 120). Selon Anctil :

« Bien que deux discours sur la diversité culturelle (multiculturalisme et interculturalisme) soient tenus de manière tout à fait parallèle par les deux ordres de gouvernement, assortis de programmes différents qui s'appliquent simultanément sur le territoire du Québec, rien n'indique en fait qu'ils poursuivent des buts opposés ou même contradictoires. Simplement, les deux paliers préfèrent nommer de façon contrastée dans la sphère politique une seule et même réalité qu'il est impossible de compartimenter aussi précisément sur le terrain » (Anctil 2005, 50).

Ces analyses s’inscrivent généralement dans la foulée de la pensée de Kymlicka pour qui les deux politiques sont « virtuellement identiques », les deux reconnaissant et accommodant la diversité en conformité avec des principes libéraux démocratiques (Kymlicka 2001, 280-281). Cependant, cette analyse est loin de faire l’unanimité au Québec.

[46]

Multiculturalisme et interculturalisme :
des divergences affirmées


Il se dégage plutôt un consensus chez les intellectuels, les éditorialistes et les journalistes, à savoir que la politique québécoise se distingue de la politique fédérale du multiculturalisme et qu’elle s’est développée en opposition à cette dernière, sur la base de trois arguments que ne prennent pas en considération les tenants de la convergence. Ces arguments ont trait aux contradictions relatives à la langue officielle, à l’idéologie d’aménagement de la diversité et aux représentations de la citoyenneté.

 En fait foi l’avis présenté en 1994 par le Conseil des Communautés culturelles et de l'Immigration du Québec :

« Il est donc de première importance que ces nouveaux Québécois ne soient pas victimes d’une méprise comme celle, par exemple, d’avoir été attirés par la politique fédérale du "multiculturalisme", politique que le Québec n’a jamais acceptée. La politique québécoise, elle, est axée sur l’objectif d’intégration, plus clair et surtout plus viable, à égale distance d’une politique assimilationniste ou d’une politique multiculturaliste » (CCCI 1994, 3-4).

Treize ans plus tard, on lira dans le document de consultation de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC, 2007), placée sous la présidence de Gérard Bouchard et de Charles Taylor, que le multiculturalisme favorise une conception selon laquelle « le respect de la diversité l’emporte sur les impératifs de l’intégration collective » (CCPARDC 2007, 43). En contraste, la politique québécoise, plus soucieuse de la survie culturelle de la minorité francophone, se préoccupe davantage de l’intégration : « L’interculturalisme québécois continue d’affirmer son originalité comme variété de pluralisme. Il contient l’idée qu’à la longue et au gré d’une dynamique transculturelle, chaque culture empruntera quelque chose aux autres et contribuera à l’évolution de la culture québécoise, tout en préservant sa spécificité » (idem, 20).

Ceux et celles qui défendent la prise en compte de la diversité dans un espace plurinational considèrent que la langue, ayant été l’enjeu d’un combat politique historique, a eu pour effet de provoquer le développement d’un modèle québécois d’intégration et d’interculturalisme. La législation linguistique adoptée par le gouvernement du Québec en 1977 suscite « une redéfinition du nationalisme culturel au nationalisme politique » (Labelle, Rocher et Rocher 1995, 219). Le multiculturalisme « ne force aucunement les immigrants à s’intégrer au Québec à la « communauté politique de langue française,  ce qui est contraire à la reconnaissance de la nation québécoise »,  objecte Seymour (2001, 117-118). 

Gagnon et Iacovino plaident en faveur de l’interculturalisme québécois qui  se différencie du modèle canadien puisqu’il ne juxtapose pas les groupes ethnoculturels. Cette politique  affirme la primauté de l’État québécois dans les domaines de la politique et de l’identité.  En mettant l’accent sur la « fusion des horizons » grâce au [47] dialogue, ces auteurs concluent que l’interculturalisme québécois est un modèle d’intégration plus accompli que le modèle canadien du multiculturalisme, parce qu’il cherche à réaliser un équilibre entre droits individuels et relativisme culturel (Gagnon et Iacovino 2003, 425 ; 2007, p. 134).

La conflictualité politique entourant la coexistence de deux modèles d’aménagement de la diversité, issus de deux paliers de gouvernement, a des effets sociologiques sur l’intégration à la nation québécoise. La politique québécoise est en partie court-circuitée par la promotion que fait le  gouvernement fédéral du caractère bilingue et multiculturel du Canada. Le multiculturalisme étant indissociable de la valorisation de l’identité et de la promotion de la citoyenneté canadienne, la coexistence de deux modèles concurrents au sein de la fédération canadienne ne peut faire l’économie d’une certaine tension, laquelle a des répercussions sur le sentiment d’appartenance et la signification de la citoyenneté dans un cadre fédératif. Cette tension fait obstacle à l’intégration des groupes minoritaires et des nouveaux arrivants dans la société québécoise en alimentant une forte ambiguïté référentielle (Labelle, Rocher et Rocher 1995 ; Labelle 2000 ; Labelle et Rocher 2006 ; Rocher, Labelle, et al, 2008).

L’existence de modèles concurrents comporte donc une forte charge d’effets pervers, en particulier quant à la légitimité, la supériorité ou la compréhension exacte de l’un et de l’autre des modèles en présence. Elle entretient des malentendus dans l’opinion publique québécoise dont ne rendent pas compte les enquêtes d’opinion pancanadiennes qui cherchent à sonder les attitudes de « l’âme québécoise » vis-à-vis du « multiculturalisme », de leur écart par rapport à l’Ontario ou à la « moyenne générale », sans préciser s’il s’agit d’idéologie, de simple réalité démographique ou de politique publique fédérale. Les enquêtes réalisées auprès de dirigeants d’associations à identité ethnique et racisée ont révélé une importante polarisation des arguments sur le multiculturalisme et l’interculturalisme, avec, en  trame de fond, les opinions et les alliances politiques portant sur la place du Québec au sein de la fédération canadienne (Labelle 2000, 280-289 ; Labelle et Salée 2001).

Un autre effet pervers mis en évidence par plusieurs commentateurs concerne les décisions de la Cour suprême sur des questions relatives à l’aménagement de la diversité, par exemple, le jugement sur le port du kirpan pour un élève de confession sikhe (mars 2006). Ces décisions sont perçues, souvent à tort, comme directement inspirées par la philosophie du multiculturalisme ou par la politique publique fédérale. L’article 27 de la Charte indique que « toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l'objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens » contrevient à entretenir un « sentiment de dépossession démocratique » au Québec, selon certains adversaires. Cet argument s’est exprimé particulièrement au Québec lors des audiences de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles.

[48]

Deux poids, deux mesures ?
De quelques critiques lapidaires du modèle québécois


Les politiques publiques québécoises de la langue et de l’aménagement de la diversité ont, depuis les années 1980, fait l’objet de jugements sévères de la part même des intellectuels québécois. Ces critiques concernent la sous-estimation du racisme par le gouvernement provincial et le retard  à en faire une priorité dans le domaine des politiques publiques, les effets pervers de la catégorisation étatique sur l’appartenance citoyenne, la sélection politique des leaders associatifs par l’État – toutes critiques analogues à celles qui ont été formulées à l’endroit de la politique fédérale. À titre d’exemple, Gay dénonçait en 1985 le postulat culturaliste inscrit dans la politique du multiculturalisme et la politique québécoise en ces termes :

« La doctrine du multiculturalisme et celle de la convergence (culturelle), en postulant  l’influence déterminante de la culture sur les attitudes et comportements, envisagent la transformation de l’ordre, en laissant intacte la structure socio-économique et politique existante, qui, elle, n’est pas passive cependant. » (Gay 1985, 89).

Cette position rejoint une certaine ligne de points de vue exprimés dans le reste du Canada.

Cependant, un certain discours semble faire deux poids, deux mesures, en s’attaquant exclusivement aux politiques publiques de l’État du Québec. Cela est particulièrement le cas des tenants de la vision trudeauiste du multiculturalisme et de la citoyenneté, qui n’ont de cesse d’accuser l’État du Québec de hiérarchiser les composantes de la société québécoise et de pratiquer un discours ethniciste fondé sur les notions de « souche » et de « tronc commun ». Ainsi,  Juteau juge suspecte la volonté d’affirmation du groupe majoritaire « dominant » (1986) vis-à-vis les minorités (dominées), de même que le virage à la citoyenneté proposé par le ministère de l’Immigration et des Relations avec les citoyens en 1998 et en 2000, sous prétexte  qu’il s’agit d’une entreprise obsolète à l’ère de l’effritement de l’État-nation et du post-nationalisme  (Juteau 2002).

Inspirées par les travaux de Colette Guillaumin sur l’idéologie raciste, Fontaine et Shiose ont critiqué l’institutionnalisation juridique de la notion de « communautés culturelles » accompagnant la mise sur pied du ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec dans les années 1980, lorsque le Parti québécois était au pouvoir. Elles l’ont accusé de pratiquer une politique d’essentialisation permanente de la différence, fondée sur la « race  » :

« L’institutionnalisation bureaucratique de cette catégorie politique a créé, malgré toutes les confusions et contradictions, une frontière légale et politique entre les citoyens résidant au Québec. Cette frontière sépare les citoyens "membres des communautés culturelles", [49] et les "Québécois", citoyens par excellence ». Elle en fait des "Autres" permanents, sur la base de la "race" et du lieu de naissance. » (Fontaine et Shiose 1991, 443).

Une telle analyse dénature foncièrement les objectifs explicites de La politique québécoise du développement culturel de 1978 _ lesquels considèrent que la culture de tradition française doit « servir de foyer de convergence pour les diverses communautés qui continueront par ailleurs de manifester ici leur présence et leurs valeurs propres »_, ou encore le document Autant de façons d’être québécois de 1981 et le Plan d’action qui l’accompagne, lequel n’a rien à voir avec la « race » (pour une analyse plus élaborée des politiques du Québec au cours de cette période,  voir Labelle 2008). 

Des critiques récentes vont dans le même sens, tentant de démontrer la « nature » ethnicisante, voire raciste, des orientations de la politique québécoise, quelles qu’elles soient.  Ces analyses sont reprises dans l’espace canadien, y reçoivent souvent un accueil favorable, encourageant ainsi la rhétorique du Quebec bashing [2].

Dans un texte récent, Salée conclut que l’écart entre les orientations « vertueuses » de la politique publique québécoise et la réalité des inégalités sociales et des discriminations s’explique par une macro-hypothèse, celle des fondements de l’« État racial », hypothèse inspirée du philosophe américain Goldberg :

« It is important to comprehend the fundamental nature of the state as racial in order to understand why socioeconomic differentials between Eurodescendants and racialized minorities persist in Quebec : like that of any modern state, the defining logic of the Quebec state is simply not geared to address this disparity genuinely ; it is driven instead by a much stronger compulsion to maintain the social boundary that is essential to the survival of the primarily Eurocentric universe upon which Quebec society is founded » (Salée 2007, 127).

Or, comme le note McAndrew, cette macro-hypothèse témoigne d’un « hiatus profond avec la réalité sur le terrain ». De plus, elle a un effet démobilisateur, et pour les décideurs, et pour les acteurs sociaux qui s’en réclament et s’en inspirent dans leurs pratiques d’intervention sociale en matière d’aménagement de la diversité (McAndrew 2007). 

Tout aussi polémique et réducteur, Weinstock s’attaquant à la crise des accommodements raisonnables au Québec conclut que le multiculturalisme n’a jamais eu bonne presse au Québec chez « trois figures idéal-typiques » : le « nationaliste civique », le « progressiste » et le « conservateur » (Weinstock 2007, 21). Sans référence aucune aux auteurs ou la documentation de partis politiques incriminés, le philosophe éthicien contribue à la confusion des genres, entretient l’amalgame entre idéologie du multiculturalisme et politique publique fédérale, n’accorde aucune attention aux textes traitant de la politique québécoise de l’interculturalisme et de la citoyenneté. Il favorise ainsi la reproduction de stéréotypes sur l’anti-multiculturalisme des intellectuels et des politiciens québécois, sur la base de cas de figures artificiellement construits.

[50]

Conclusion

De cette analyse du discours sur le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois, un net constat se dégage : la pensée des intellectuels québécois ne se réduit pas à l’entreprise de totalisation à laquelle elle est trop souvent réduite, hors Québec,  pour des raisons idéologiques et politiques évidentes. Les positions théoriques sur le multiculturalisme et la diversité varient selon les auteurs et  leurs traditions disciplinaires quant aux concepts centraux, aux thèmes, aux arguments présentés. Elles se  distinguent également selon les projets politiques proposés.

La thèse de la fragmentation se distingue par la référence au couple « universalisme »/« particularisme », opposition présente dans la pensée fonctionnaliste inspirée de Talcott Parsons et du néo-fonctionnalisme (Alexander, 1995). Selon nous, cette opposition fait problème. En effet, les revendications qualifiées de « particularistes » sont faites le plus souvent au nom de principes universels de reconnaissance identitaire et de justice sociale, comme l’ont montré Nancy Fraser (1998),  Iris Marion Young (2000), Anthony Appiah (2005), Lamoureux (2008), entre autres auteurs. Le discours sur les « particularismes », nous semble-t-il, met en doute la légitimité des revendications issues de la diversité.

La thèse de la prise en compte de la diversité dans un espace plurinational (Gagnon, Iacovino, Seymour, Labelle, Rocher, Breton) se démarque de la thèse de la fragmentation. Ainsi, Labelle et Rocher se positionnent délibérément en faveur de l’élargissement de la démocratie, afin de tenir compte de la « recréation permanente de la communauté des citoyens » (Balibar, 1998). La diversité, pour eux, est constitutive du peuple québécois, et ce, dès sa fondation, et ils soulignent  la responsabilité de l’État, à tous les paliers de gouvernement, quant aux mesures à prendre pour favoriser la participation de tous à la gestion de la Res publica.

Les théories critiques des identités et de la citoyenneté cosmopolitique (Couture, Sosoe, etc.), également ouvertes à la diversité, ont le mérite de souligner l’essentialisme et l’eurocentrisme de la pensée multiculturaliste. Elles se réclament de l’influence des études sur le transnationalisme et le post-colonialisme.

Quant aux positions sur la politique publique de l’interculturalisme au Québec, elles varient également. Certains universitaires (tels Weinstock) se situent directement dans l’orbite de la pensée de Kymlicka pour en démontrer la légitimité et la convergence avec la politique fédérale du multiculturalisme. D’autres en analysent les divergences profondes qui ont trait à la définition de la communauté politique de référence ( le Canada ou le Québec). En témoigne l’influence des penseurs de l’interculturalisme sur les commissaires Bouchard et Taylor, qui, dans leur rapport publié le 22 mai 2008, alors que nous achevions cet article, faisaient la recommandation suivante :

[51]

« Pour mieux établir l’interculturalisme comme modèle devant présider aux rapports interculturels au Québec, que l’État en fasse une loi, un énoncé de principe ou une déclaration en veillant à ce que cet exercice comporte des consultations publiques et un vote de l’Assemblée nationale » (Québec, 2008, 268).

Ainsi la force de la recommandation tient justement au fait qu’elle est mise de l’avant par deux intellectuels de renom qui, en dépit de leur divergence connue concernant le statut du Québec, réussissent néanmoins à s’entendre sur une approche qui permettrait au Québec de prendre ses distances par rapport au multiculturalisme à la canadienne. Charles Taylor soulignait, dans une entrevue donnée à The Gazette, le 23 mai 2008 :

« The policies are fundamentally different, and the rules are different in Quebec (…) We’re a société d’accueil, a society that’s receiving, a society which itself is under pressure, which has to take certain measures to maintain a certain historical line on the (French) language, and so on. That doesn’t exist at all in the rest of Canada…..Multiculturalism is an excellent policy, but it has to be applied in each society in a way that fits. And that’s what fits us (in English Canada) ».

Dans ce débat, il faut souligner que certains intellectuels défendent des perspectives plus à gauche, plus politiques que culturalistes, c’est-à-dire davantages articulées à une réflexion sur la citoyenneté inclusive,   réclament une gestion étatique de la diversité plus affirmée, imputable, une remise en question des inégalités et des discriminations.

Enfin, comment établir la force politique relative des positions ? Les controverses sur le couple multiculturalisme/interculturalisme nous renvoient aux projets politiques que défendent ouvertement les auteurs ou qui sont sous-jacents à leur discours.

Le discours de la fragmentation et de la citoyenneté particulariste, tenu par Bourque et Duchastel, et amplifié par les sociologues de générations nouvelles, tels Jacques Beauchemin et Mathieu Bock-Côté, semble porter fruit dans la conjoncture actuelle. Cette position, précisons-le, exerce une influence sur le courant néoconservateur qui fustige les diversités et se nourrit, au Québec comme ailleurs,  de la critique de la « société des identités » et des excès de la démocratie (Labelle 2008 ; Belkhodja, 2008). Ce courant alimente le discours de la droite et  il risque de pénétrer celui des politiques publiques. En ce sens, il semble davantage inspirer les acteurs politiques (tels Mario Dumont de l’Action démocratique du Québec) qui tentent de récupérer les craintes exprimées dans certains milieux à l’endroit de la diversité et de ses conséquences pratiques dans le cadre d’une société qui se veut pourtant démocratique et libérale _ on ne peut être à la fois ouvert à la diversité et soutenir un discours qui met l’accent sur la fragmentation. Le premier impose des limites légitimes dans le but de protéger les droits des minorités alors que le discours sur la fragmentation met l’accent sur la cohésion sociale d’une majorité qui craint les changements qu’amènent les transformations du tissu social.

[52]

Les tenants de la prise en compte de la diversité dans un espace plurinational ne sont pas tous sur la même longueur d’onde politique, bien qu’étant tous des nationalistes engagés. Certains défendent une nouvelle forme de fédéralisme, avec la reconnaissance de la nation et de la communauté politique québécoise au sein de la fédération. Ils souhaitent que cette reconnaissance s’inscrivent dans la politique même du multiculturalisme : « Le véritable nœud du problème se situe dans la référence aux cultures publiques communes des différentes communautés nationales, qui sont malheureusement absentes autant dans la lettre que dans l’esprit de la politique du multiculturalisme canadien. L’intégration ne doit pas être seulement linguistique ; elle doit impliquer une insertion au sein d’une culture publique commune propre à une communauté d’accueil spécifique. » (Gagnon et Iacovino 1999, 55 ; 2007). Pour d’autres intellectuels québécois, au contraire, l’interculturalisme ne pourra donner sa pleine mesure que dans le cadre d’un Québec souverain : alors sera en place un cadre référentiel nettement plus clair et sera subvertie la polarisation entre Québécois de diverses origines engendrée par l’institutionnalisation étatique des catégories de l’altérité (Labelle et Rocher 2006 ; Rocher, Labelle et al, 2008). Une nouvelle articulation entre interculturalisme et citoyenneté devra alors intervenir. Mais cette position n’est pas dominante dans la conjoncture actuelle.

Quant aux auteurs qui nient la différence entre multiculturalisme et interculturalisme, ou s’en prennent exclusivement à l’interculturalisme québécois, ils  sont en général alignés sur des  positions fédéralistes et intégrés dans des réseaux scientifiques d’influence, proches du pouvoir fédéral et « provincial » ; ou encore, sans être « militants », ils tiennent un discours condescendant à l’égard des tenants de la souveraineté du Québec qui va jusqu’au mépris.

Ces controverses ne peuvent que nous rappeler les réflexions de Pierre Bourdieu sur le champ scientifique et la ruse du pouvoir. Le champ scientifique  québécois, comme tout champ scientifique, « est le lieu d'une lutte de concurrence qui a pour enjeu spécifique le monopole de l'autorité scientifique inséparablement définie comme capacité technique et comme pouvoir social » (Bourdieu, 1975). À ce titre, il serait bon que le champ scientifique au Canada anglais se pénètre de cette vérité afin d’éviter toute rationalisation réductrice et tout nivellement par le bas.

[53]

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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier François Rocher et Ann-Marie Field, de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC), Université du Québec à Montréal, pour leurs commentaires judicieux sur la portée politique du discours des intellectuels dont il s’agit dans cet article.


MICHELINE LABELLE est professeure titulaire au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est la titulaire de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC). Elle a publié de nombreux ouvrages et articles sur la diversité, la citoyenneté, le racisme, la nation et le transnationalisme.



[1] Sur les analyses concernant le  repli du multiculturalisme, voir Biles, 2005 ; Brubaker, 2001 ; Joppke, 2001, 2007 ; Modood,  2007 ; Wieviorka, 2006 ; Zapata-Barrero et Qasem, 2007. Sur la justification récurrente de la compatibilité du multiculturalisme avec le libéralisme, voir les récentes publications de Kymlicka (2007, 2008).  Sur le dénigrement du multiculturalisme, voir par exemple : Andrau, 2000 ; Bock-Côté, 2008.

[2] À titre d’exemple, voir Ship qui conclut, de façon aussi grossière qu’erronée, que la nation québécoise repose sur un postulat implicite, celui d’un « racial background of the Francophone Québécois – that they are of European and white ‘racial stock’ ; assumptions about ‘race’ that operate at a largely unconscious level, and in the absence of a formal state discourse on race in Queb c » (Ship 2005, 80). Selon Ship, il ne fait pas de doute que le terme Québécois : « was intended to denote Francophone québécois de ‘vieille souche’, or the old-line French Canadian ethnic group, rather than all francophones, revealing yet again the narrow ethnic basis of PQ nationalist politics » (idem, p. 83).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 7 octobre 2016 20:11
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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