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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Annie Hubert † [ -2010]
Anthropologue, directeur de recherche CNRS, directrice adjointe
du laboratoire "Sociétés Santé Développement" (CNRS - Université Bordeaux 2)


Annie Hubert

Anthropologue, Chercheur scientifique
Décédé le 11/06/2010 (voir toutes les personnalités décédées en 2010)

HUBERT (Ana, Maria, Manuela dite Annie), Anthropologue, Chercheur scientifique. Née le 5 avril 1941 à Montevideo (Uruguay). Fille de René Hubert, Sculpteur, Décorateur, et de Mme, née Denise Rouchon, Documentaliste-archiviste. Mar. le 24 octobre 1981 à Jean-François Baré, Chercheur scientifique (3 enf. de précédents mariages : Nathalie et Eric Cunningham, Caroline Lemoine)


Études : Collège français de Buenos Aires (Argentine). Diplômes : Doctorat d’ethnologie, Diplôme de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Carrière : missions en Thaïlande (1959-66 et 1968-71) et au Laos (1966-67), Chercheur vacataire au Centre de documentation et de recherches sur le monde insulindien (Cedrasemi) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (1967-81), Vacataire de recherche à l’Institut Gustave Roussy (1981-83), Attachée de recherche à l’Institut Pasteur à Lyon (1983-84), Ingénieur d'études (1984-87), Directeur de recherche (1988), Directeur d'un groupement de recherche (1994) puis Directeur de recherche émérite au CNRS; Vice-président de la Société d'écologie humaine (2001-03), Président de l'Institut aquitain du goût (depuis 2002), Coordonnatrice des sciences humaines et sociales au Cancéropôle Grand Sud-Ouest; Membre de l'Association d'anthropologie de Paris. Œuvres et travaux : recherches en Asie du Sud-Est sur l'alimentation de diverses ethnies (Atoni, Thaï, Hmong et Yao); Responsable d'enquêtes épidémiologiques sur les facteurs environnementaux et le cancer du rhino-pharynx en Tunisie, au Groenland et en Chine et d'une étude pilote interdisciplinaire sur les modes de vie et le cancer dans le Languedoc-Roussillon; recherches sur la prévention primaire de divers types de cancers, recherches pluridisciplinaires en alimentation et santé; participation à divers colloques et congrès; ouvrages : Herbes et épices (en coll., 1977), le Pain et l'olive, aspects de l'alimentation en Tunisie (1984), l'Alimentation dans un village yao de Thaïlande du Nord (1985), Modes de vie et cancers (en coll., 1988), le Manger juste (1991), l'Héritage de la cuisine française (1993), Pourquoi les Eskimos n'ont pas de cholestérol (1995), Alimentation : pas de panique (2002), Eloge de la maturité (2005), la Santé est dans votre assiette: même pas vrai (2007); nombreux articles et traductions. Distinctions : Prix de la recherche de l'Institut français pour la nutrition (2005)

Distractions : musique, cuisine. Violon d'Ingres : chant. Sport : marche. Membre de l'American Anthropological Association, Secrétaire générale de l'International Commission for the anthropology of food.

Source: Who's who in France. [EN LIGNE] Consulté le 15 janvier 2013.

In memoriam

Annie Hubert


Nous sommes particulièrement affectés par le décès d’Annie Hubert. Largement connue comme anthropologue de l’alimentation, Annie faisait partie des quelques personnes qui ont permis le développement de l’anthropologie de la santé en France, et de ces chercheurs engagés pour la recherche par-delà les institutions et les frontières disciplinaires. Sans être directement impliquée dans la vie de l’Amades, elle l’a inspirée, appuyée et aidée à se développer.

Annie a d’abord mis en valeur l’importance de l’alimentaire dans une recherche en ethnologie d’approche « classique » chez les Yao de la Thaïlande du Nord. C’est surtout grâce à ses travaux sur les dimensions socioculturelles des cancers du pharynx qu’Annie Hubert s’est fait connaître dans le monde de la médecine. Appelée par le virologue Guy de Thé à travailler avec l’Institut Pasteur, elle devait trouver « sur le terrain des pratiques alimentaires » et dans les médecines populaires locales l’explication des taux de prévalence particulièrement élevés en Tunisie, au Groenland, et dans deux populations de la Chine du Sud. Cette étude a été l’un des premiers travaux d’épidémiologie socioculturelle en France, qui a permis non seulement d’élucider les origines sociales des inégalités de distribution des cancers, comme habituellement avec ce type d’approche, mais aussi au professeur de Thé et à son équipe d’identifier les mécanismes biologiques qui mettent en relation le virus d’Epstein-Barr et le cancer du pharynx au travers du jeu de substances carcinogènes, collectées et « mises en contexte » par Annie Hubert. L’ouvrage Mode de vie et cancers (1988, plusieurs fois réédité) retrace les étapes des enquêtes de terrain et des travaux de laboratoire, et présente les concepts-clé des disciplines concernées, qui permettent de situer l’importance des résultats de cette étude. L’analyse sociologique de cette collaboration montre combien cette avancée épistémologique a dû nécessiter d’explications et de négociations, voire de transgressions, de la part d’Annie Hubert face à un monde médical ignorant des paradigmes des sciences sociales ; cette histoire, qui repose sur des échanges étroits entre anthropologue, biochimiste, épidémiologistes et virologue, est rapportée par Christophe Perrey et Guy de Thé dans Le souple et le dur. Les sciences humaines au secours des sciences biomédicales (2009). C’est ainsi en partant de la pratique et d’une connaissance des avancées en anthropologie médicale aux État-Unis où elle avait vécu, qu’Annie Hubert a développé sa réflexion sur les rapports entre anthropologie et médecine, et sur les fondements théoriques de l’anthropologie et les formes de « l’application » (voir son article : « Anthropologie et recherche biomédicale. De quoi parle donc l’anthropologie ? » dans l’ouvrage édité par J.F. Baré : Les applications de l’anthropologie. Un essai de réflexion collective depuis la France, 1995). Annie a par la suite défendu inlassablement une plus grande ouverture des institutions médicales aux sciences sociales, en phase avec la démarche d’Amades, avec une capacité d’indignation face aux cécités disciplinaires qui n’a pas faibli, attestée par la fréquence des points d’exclamation dans ses écrits sur le sujet… Une cause qui, malgré les avancées observées concernant la légitimité des sciences sociales de la santé, doit toujours être défendue, notamment dans le domaine de l’épidémiologie socioculturelle, assez peu reconnue en France.

Aussi, c’est toujours avec stoïcisme face aux résistances de l’institution médicale et avec à propos qu’elle a initié des recherches en anthropologie à l’Institut Bergonié, le centre de lutte contre le cancer de Bordeaux. Le groupe de recherche « Sciences humaines et cancer », baptisé Groupe Susan Sontag (http://www.shs-sontag.u-bordeaux2.fr/), qu’elle avait créé à l’université de Bordeaux a beaucoup contribué à faire percevoir par les cancérologues l’intérêt d’une approche anthropologique, notamment à propos de travaux qu’Annie a dirigés sur l’expérience des personnes vivant avec divers cancers ou sur les relations soignants-soignés en cancérologie. Le colloque « Cancers, corps et identités » organisé en 2008 est une des réalisations de ce groupe.

Par-delà ses recherches personnelles, Annie Hubert a trouvé une manière scientifiquement juste de mener un travail de communication avec « le grand public » au travers d’ouvrages de vulgarisation scientifique à la fois intéressants, intelligents et stimulants, comme l’excellente compilation de recettes qu’elle avait sélectionnées dans les diverses cultures culinaires qu’elle a connues, précédée par une introduction théorique : Pourquoi les Eskimos n’ont pas de cholestérol (1995), ou les livres : La santé est dans votre assiette (2007) paru dans la collection « Même pas vrai » qui démonte des « idées reçues » entretenues par la médicalisation croissante de l’alimentation, Pas de panique (alimentaire) (2002) qui remet en question de discours sécuritaire associé au contrôle sanitaire ou à la promotion du « bio ».

À partir de 2003, Annie Hubert s’est intéressée dans le cadre de l’OCHA à la manière dont les normes sociales s’imposent particulièrement aux femmes au travers du contrôle de leur corps et de l’idéologie de valorisation de la jeunesse associée à la pathologisation du vieillissement. Le colloque « Corps de femmes sous influence, questionner les normes » (novembre 2003) a donné lieu à un rapport disponible sur Internet (http://www.lemangeur-ocha.com/dossiers/detail/auteur-texte/0/corps-de-femmes-sous-influence-questionner-les-normes-symposium-de-locha-novembre-2003/disp/). Une partie des réflexions à ce propos ont été reprises dans son livre : Éloge de la maturité, qui par des textes inspirés de la connaissance des cultures qu’Annie a côtoyées et de photographies, présente une réflexion scientifiquement nourrie sur le discours culturel « genré » en matière de vieillissement (2005). Là encore, Annie Hubert a su conjuguer la dimension scientifique, l’expérience personnelle, le regard critique et une forme d’engagement — cette fois d’ordre « féministe »— d’une manière assez unique.

Au-delà de ses travaux scientifiques, l’enthousiasme communicatif d’Annie Hubert pour sa discipline et pour les échanges scientifiques et la diversité culturelle, de même que son ouverture aux autres, ont probablement été à l’origine de vocations en anthropologie de la santé comme en anthropologie de l’alimentation. Sa manière de « faire de l’anthropologie » continuera d’inspirer l’esprit que nous avons souhaité aux origines de l’Amades.

Source:
Bulletin Amades, no 81, 2010. [EN LIGNE] Consulté le 15 janvier 2013.


Retour à l'auteur: Marc Bélanger Dernière mise à jour de cette page le mardi 15 janvier 2013 14:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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