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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le nègre romantique. Personnage littéraire et obsession collective. (1973)
Avant-propos pour le lecteur blanc


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Léon-François HOFFMANN, Le nègre romantique. Personnage littéraire et obsession collective. Paris: Les Éditions Payot, 1973, 302 pp. Collection: Le regard de l'histoire. Une édition numérique réalisée par Pierre Patenaude, professeur de français à la retraite et écrivain, Chambord, Lac Saint-Jean, Québec. [Autorisation accordée par le Professeur Hoffmann le 29 novembre 2010 de diffuser toutes ses publications dans Les Classiques des sciences sociales.]

[5]

Le nègre romantique
Personnage littéraire et obsession collective


Avant-propos
pour le lecteur blanc


Je sais qu'il n'est plus de mode, après les aberrations nazies, de tenir des propos discriminatoires. Le Français se targue de ne pas être raciste, c'est bien connu. Et pourtant, lequel d'entre nous est certain de n'avoir jamais écouté la voix du mépris ? Ouvertement ou secrètement fier de la « mission civilisatrice de la France », lequel d'entre nous pense à ce que cette formule implique de dédain pour ceux qui ont été « civilisés », Gide et d'autres ont montré comment ?

Du mépris à la persécution, le pas est vite franchi. Dénoncer les lois de Nuremberg et l'apartheid, affirmer que les hommes sont frères et devraient avoir les mêmes droits n'est pas suffisant. Si la discrimination raciale a pu être érigée en système par certains pays occidentaux, c’est non seulement parce qu'elle s'appuyait sur une conviction explicite chez les uns, mais parce qu'elle n'a provoqué chez les autres que de timides protestations, laissant indifférents la majorité de ceux qui n'en étaient pas les victimes directes. Citoyens d'un pays qui fournit des armes au gouvernement de Pretoria, nous sommes bien placés pour le savoir.

Tout Blanc porte sa part de responsabilité dans l'entreprise d'avilissement dont les Noirs ont été – et continuent d'être – les victimes. Les réserves d'Afrique du Sud, les taudis de Chicago ne sont peut-être plus que des anachronismes appelés à disparaître. Le niveau de vie du Noir antillais ou nord-américain rattrapera peut-être celui de ses compatriotes blancs. Les ressources naturelles des pays indépendants d’Afrique enrichiront peut-être les populations locales plutôt que les actionnaires occidentaux. L'équité triomphera... mais ce n'est sans doute pas pour demain. Ni même pour après-demain.

[6]

Parallèlement au long combat pour l'égalité économique, il importe d'extirper cette gangrène qu'est le racisme : il faut que les Blancs deviennent capables de considérer les peuples de couleur et particulièrement les Noirs, comme des hommes à part entière. Et ce ne sera pas facile. Car depuis plusieurs siècles le Noir est tenu par le Blanc pour un inférieur. On se demandait, il n'y a pas longtemps encore, s'il ne constituait pas une espèce intermédiaire entre l'homme et les anthropoïdes. L'Encyclopedia Britannica de 1911 affirme :

Mentally, the Negro is inferior to the White.

Préjugé d'anglo-saxons ? Notre propre Grand Larousse universel est encore plus catégorique :
C'est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l'espèce nègre est aussi intelligente que l'espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver l'existence chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c'est qu'ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l'espèce blanche, et [...] ce fait suffit pour prouver la supériorité de l'espèce blanche sur l'espèce noire.

(P. LAROUSSE, Grand Dictionnaire universel, 1866-1880, art. Nègre).

Les choses ont-elles vraiment changé depuis le temps de nos grands-pères ? L'homme continue à se définir lui-même en fonction de groupes, raciaux, nationaux, sociaux, religieux, etc. et à postuler que les groupes qui ne sont pas les siens sont inférieurs et hostiles. Pour le Français de ma génération, l'endoctrinement commençait dès l'école primaire. On nous apprenait en particulier à considérer les hommes et les choses d’Afrique comme puérils et retardés, tandis que les media nous en offraient la caricature. Pour les besoins de la politique coloniale ? Bien sûr, mais ce mélange de crainte, de mépris et de bienveillance condescendante qui caractérisait, qui caractérise encore notre vision du Noir s'est formé il y a bien longtemps. Un lourd atavisme pèse même sur ceux d'entre nous qui nous prétendons délivrés de tout sentiment raciste envers le Noir. Nos habitudes de pensée, notre langage nous trahissent à chaque instant. Et que nous soyons conscients et satisfaits de notre largeur d'esprit au lieu de l'exercer tout naturellement est un signe troublant.

Il ne s'agit pas de masochisme intellectuel, et la mauvaise conscience ne va généralement pas plus loin. Il s'agit d'exorciser le racisme, d'en dépister et d'en dénoncer toutes les manifestations.

Je voudrais montrer comment nos ancêtres à nous voyaient les [7] ancêtres de ces Noirs qui revendiquent aujourd'hui la dignité qu'on leur a si longtemps refusée. Comme l’écrit Etiemble : « tout humanisme est dérisoire qui ne se propose pas, pour premier objectif, de mettre hors-la-loi le racisme ». Si elle apporte quelques lumières sur l'origine et le développement du préjugé de couleur, je souhaite que la présente étude puisse (combien modestement, j'en suis bien conscient) contribuer à sa disparition.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 19 décembre 2013 8:51
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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